Tottenham 3-1 Inter Milan : l’analyse qui écarte le champion d’Europe

Deux choix s’offraient à moi ce soir : Benfica-Lyon sur TF1, après un match aller moyen et sans suspense après 50 minutes de jeu, ou Tottenham-Inter sur Foot+, après une première rencontre au scénario rocambolesque avec l’éclosion d’une star gauchère et galloise à San Siro. Petit élément supplémentaire qui est venue se greffer à ma réflexion, je m’étais coltiné 90 minutes de Monaco-Bordeaux avec Mbokani, Ben Khalfallah, Gosso, Wendel et les autres. Vous comprendrez donc l’envie de stars qui m’a poussé à choisir le choc du groupe A entre le champion d’Europe et des Spurs aux dents longues.

Vu la magnifique performance des hommes de Harry Redknapp, j’ai décidé de concentrer mon analyse sur eux. Quelques mots, malgré tout sur l’Inter qui s’est déplacé à White Hart Lane avec son 4-2-3-1 classique que l’on a appris à connaître la saison dernière : Eto’o devant Sneijder ; Pandev à gauche et qui y reste sauf pour permuter avec Sneijder ; Biabiany à droite qui rentre dans l’axe en percussion à 30/40 mètres des buts adverses pour ouvrir son couloir à Maicon et/ou permuter avec Eto’o ; derrière un duo Muntari-Zanetti avec le Ghanéen en rampe de lancement et l’Argentin à la récupération et à la conservation du ballon ; en défense, Chivu à gauche, Samuel et Lucio dans l’axe et Maicon à droite. Pour contrer ce beau monde, Tottenham a appliqué de recette, une par mi-temps. Avec et sans Van der Vaart.

Première mi-temps :

Au coup d’envoi de la rencontre, Tottenham se présente sur sa pelouse avec la même organisation que son adversaire du soir : défense à quatre avec, de droite à gauche, Hutton – Gallas – Kaboul – Assou-Ekotto ; un duo Modric – Huddlestone dans l’entrejeu ; Bale et Lennon sur les ailes et Van der Vaart en soutien de Crouch dans l’axe.

L’assise défensive (en vert) :

Très rapidement, le projet défensif de Tottenham se dessine. Outre une pression constante mise sur l’adversaire, un back-five se dégage avec la présence du seul Huddlestone devant la défense lorsque Modric est encore en train de se replier. Sur ces phases de jeu, les trois axiaux défensifs de Tottenham (Gallas, Kaboul, Huddlestone) se partage le marquage de Eto’o et Sneijder : deux en individuelle pour ne pas laisser le moindre espace aux deux top-players de l’Inter, le troisième en couverture en cas de passe dans le dos.

Ses deux meilleurs joueurs en infériorité dans l’axe, l’Inter se devait de trouver d’autres solutions. L’apport de Muntari dans cette zone ? Le Ghanéen est resté très sobre et n’a pu se signaler que par certains changements de jeu et autres ouvertures depuis le milieu du terrain. Les rentrées de Pandev ? Le Macédonien était très bien suivi par Hutton. Biabiany ? Ses rentrées à l’intérieur auraient pu finir par faire mal à la défense des Spurs, Modric ne se serait peut-être pas aussi bien replié pendant 90 minutes…

Mais de toute façon, pour augmenter le danger, il aurait fallu quelqu’un pour prendre le couloir dans le même temps. Et même là, Maicon se faisait dévorer par le repli de Bale.

L’animation offensive (en rouge) :

Je l’avais évoqué dans je ne sais plus quelle review de Premier League sur Panenka.fr : Modric derrière Van der Vaart, c’est de la balle ! Ce soir, le Néerlandais a encore une fois évolué en soutien de l’attaquant de pointe (Crouch). J’irai même jusqu’à dire qu’il a joué deuxième attaquant. Pourquoi ? En étant constamment au plus près de Crouch, il a, en plus d’être présent sur les seconds ballons, permis d’attirer à lui l’autre défenseur central de l’Inter. Samuel rivalisait avec Crouch dans les airs et Lucio tournait autour avec Van Der Vaart. Résultat, le stoppeur droit de l’Inter n’était pas forcément dans les parages pour couvrir Maicon lorsque celui-ci se faisait déborder !

Et le constat est le même pour tous les joueurs qui auraient pu prêter main forte au Brésilien face Bale. Biabiany tout d’abord : en quittant régulièrement son aile pour rentrer dans l’axe, voire pour s’installer en pointe, le jeune Français s’est retrouvé dans l’incapacité de suivre Assou-Ekotto lorsque celui-ci se décidait à prendre son couloir pour offrir des solutions ou des fausses pistes à son milieu. Résultat, un Maicon en infériorité numérique. Son dernier espoir se nommait Javier Zanetti. L’Argentin avait d’ailleurs aidé à éteindre Messi en Ligue des Champions la saison dernière à ce poste. Sauf que hier, il avait déjà à négocier les déplacements dans les intervalles de Modric, qui lançait l’action sur un côté avant de monter d’un cran pour tenter de la poursuivre en position de meneur avancé. Repassez-vous le but pour avoir un bon exemple…

La question Zonal Marking :

A la mi-temps, l’excellent ZonalMarking s’est posé la question du pourquoi d’une telle distribution des interception du côté de Tottenham. Comme on le voit, une diagonale se forme avec des interceptions plus basses à gauche qu’à droite. Plusieurs raisons à ce constat après 45 minutes.

La première, c’est que Tottenham finit la plupart de ces actions sur le flanc gauche. Bale et Assou-Ekotto étant à la dernière passe ou au dernier appel au moment du décalage, si celui-ci ne passe pas, il n’y a plus personne pour intercepter la relance intériste dans son propre camp. A l’inverse, sur le côté droit, Hutton n’est que très peu monté et Lennon avait plus un comportement d’ailier intérieur plutôt que de débordement. Logiquement, les deux hommes étaient donc plus en mesure de se retrouver face à la relance adverse très haut sur le terrain.

Deuxième mi-temps :

Changement de taille au retour des vestiaires : Redknapp perd son chargé de diversion, Van der Vaart. Plusieurs options s’offrent à lui mais il choisit, le résultat aidant (Tottenham mène) de changer son dispositif pour passer en 4-1-4-1. Jenas s’installe à droite de Modric et Huddlestone redescend officiellement au poste de sentinelle.

Si ce nouveau schéma ne va pas changer grand chose au plan défensif des Spurs (puisque le back-five avec Huddlestone est conservé), ces derniers ne peuvent plus se permettre l’une de leurs habitudes favorites en première période lorsque les solutions ne se présentaient pas : le long ballon vers Crouch pour une déviation sur Van Der Vaart présent sur le second ballon. Il fallait donc opter pour une nouvelle animation. Comme beaucoup d’équipes s’articulant dans cette organisation, les Spurs ont choisi de passer par les côtés.

J’ai déjà présenté ce type de circulation lors des sorties analysées de l’Olympique Lyonnais. Rien de bien sorcier, tout se base sur du jeu à trois entre le latéral, le milieu et l’ailier dans les intervalles laissés par leurs homologues adverses. Pour peu que ces derniers ne soient pas très pressants, le ballon peut facilement arriver en bout de chaîne. Ensuite, à l’ailier de faire la différence ou à l’un des deux autres de faire la course qui permettra de libérer un espace. Or hier soir, avec Lennon et Bale, Tottenham n’a pas eu trop de mal à faire les différences. La suite et la fin on la connaît.

Conclusion :

A l’arrivée, vous pouvez donc vous rendre compte qu’en plus du match stratosphérique de Bale, Redknapp a réalisé un gros match sur le plan tactique. Outre l’exploitation des failles de l’Inter (le non-repli suicidaire de Biabiany à droite), le positionnement de Van Der Vaart et rôle de piston de Modric en première période a permis de libérer encore un peu plus le Gallois sur son côté gauche. Défensivement, les trois de l’axe ont été très complémentaires pour éteindre Eto’o et Sneijder. Heureusement pour eux car sur la seule occasion où ils ont laissé deux mètres au Camerounais, ça a fait but. Le changement de schéma en deuxième mi-temps a permis aux Spurs de gérer leur avance en faisant circuler sur les ailes en attendant les deux éclairs de Gareth Bale pour finir et refinir le boulot.

De la belle ouvrage !

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