Rapport : le renouveau de l’Inter

C’est la plus belle remontée de l’hiver pour le moment. Grâce à une série de six victoires consécutives, l’Inter Milan est revenu à six points de la tête de la Série A, toujours occupée par la Juve. Après cinq succès face à des formations de seconde zone, les hommes de Claudio Ranieri ont passé avec brio le cap du choc face au Milan AC, en remportant le derby de la Madonnina dimanche soir. Retour sur cette dernière prestation, qui a permis de redécouvrir un Inter à la solidité retrouvée derrière.

Les compositions :

Excepté Emanuelson, préféré à Robinho par Massimiliano Allegri, le Milan AC s’avance avec son équipe-type pour démarrer. Le Néerlandais est aligné en soutien de Pato et Ibrahimovic qui mènent l’attaque milanaise : Abbiati (32) – Abate (20), Nesta (13), Thiago Silva (33), Zambrotta (19) – Van Bommel (4), Boateng (27), Nocerino (22) – Emanuelson (28), Ibrahimovic (11), Pato (7).

Du côté de l’Inter Milan, Claudio Ranieri continue de composer sans Sneijder qui reste sur le banc. Un choix qui lui permet d’aligner un 4-4-2 avec, au coeur du jeu, la paire Cambiasso-Motta encadrée par Zanetti et Alvarez : Julio César (1) – Maicon (13), Lucio (6), Samuel (25), Nagatomo (55) – Zanetti (4), Thiago Motta (8), Cambiasso (19), Alvarez (11) – Pazzini (7), Milito (22).

L’Inter en confiance derrière :

Pour ce premier gros choc depuis le renouveau de sa formation, Claudio Ranieri décide de limiter les prises de risques en début de partie. Dès les premières minutes de jeu, l’Inter abandonne le ballon au Milan AC et se focalise sur le quadrillage de sa moitié de terrain. Organisé en 4-4-2, il ne laisse que Pazzini et Milito dans le camp adverse. Comme souvent, les deux attaquants ont pour rôle de rester aux alentours de la ligne médiane pour gêner les relances vers l’avant.

A Milan, ces dernières s’opèrent autour du trio formé par Nesta, Thiago Silva et Van Bommel. Pazzini et Milito font ainsi les courses nécessaires pour repousser les premières passes sur les côtés, vers les latéraux milanais. Une fois servis, ces derniers se retrouvent face à leurs adversaires directs (Alvarez pour Abate, Zanetti pour Zambrotta), qui viennent fermer la profondeur pour couper la relation avec les attaquants qui s’excentreraient (Pato notamment).

Devant une défense qui couvre elle toute la largeur du terrain, les quatre milieux de l’Inter coulissent selon la circulation de balle adverse. Au coeur du jeu, Cambiasso et Thiago Motta suivent tous les déplacements verticaux des deux relayeurs adverses (Boateng et Nocerino). Que ces derniers décrochent à hauteur de Van Bommel ou rejoignent la ligne d’attaque, les deux milieux défensifs de l’Inter ne les lâchent pas. Il n’est ainsi par rare de voir les lignes défensives de l’Inter évoluer, passant du 4-4 au 5-3 voire au 5-2 en fin de première mi-temps lorsque Alvarez reste aux avants-postes.

Derrière ce milieu de terrain, c’est donc un quatre contre trois qui se joue la plupart du temps : Maicon, Lucio, Samuel et Nagatomo face à Pato, Emanuelson et Ibrahimovic. Rappel : toute tentative de surnombre est couverte par les milieux de terrain ; si le latéral milanais monte pour dédoubler, le milieu excentré de l’Inter se replie ; si un relayeur monte, un milieu axial le suit. Les défenseurs de l’Inter en font de même et suivent aussi les déplacements verticaux (décrochages) des attaquants du Milan AC. Ainsi, Samuel n’hésite pas à sortir de la défense pour prendre Emanuelson.

Le Milan trouve néanmoins la solution en fin de première mi-temps. Au lieu de décrocher d’une seule ligne (à hauteur des milieux de l’Inter), Emanuelson se libère du marquage de Samuel en redescendant à hauteur de Van Bommel pour offrir une deuxième solution de relance. Devant lui, Ibrahimovic joue en point d’appui, résistant au charge des défenseurs, entre les milieux de l’Inter pour servir Pato ou Nocerino qui a quitté l’axe pour évoluer côté gauche, où il se retrouve marqué par Zanetti. Le Milan peut alors développer son jeu sur les ailes mais manque cruellement de poids dans la surface de réparation.

Au final, il n’est dangereux qu’une seule fois en première mi-temps. Sur un duel remporté dans la surface, Pato libère son ballon en retrait pour Van Bommel, seul joueur dont les incursions ne sont pas suivies par l’organisation défensive de l’Inter, mais le Néerlandais frappe la barre. Une action qui résume bien ce que réussit l’Inter sur la première mi-temps : le Milan n’a fait la différence que sur un exploit individuel et le tir d’un joueur forcé de prendre des risques, les autres (Boateng et Nocerino) étant marqués de près.

Avec le ballon, de Maicon à Nagatomo :

A dix minutes de la mi-temps, l’Inter se risque enfin à sortir dans le camp adverse. Alvarez évolue plus haut, se rapprochant de Pazzini et Milito et un 4-3-3 peut se distinguer sur quelques dégagements de Julio César. Sur d’autres, l’Inter se positionne dans un 3-5-2 avec une couverture Nagatomo-Samuel-Lucio et deux excentrés qui sont Alvarez et Maicon. Ce sont justement ces deux derniers qui se révèlent comme les joueurs-clés de la relance et de la construction des Nerrazurris.

Au-delà des longs ballons qui dessinent d’autres schémas de jeu, l’Inter construit la majorité de ses attaques de la droite vers la gauche. D’abord, il se base sur un socle de six joueurs : les quatre axiaux à vocation défensive (Samuel, Lucio, Cambiasso, Thiago Motta) auxquels il faut ajouter Nagatomo et Zanetti. Le positionnement de l’Argentin est ici très important puisqu’il crée le surnombre dans l’entrejeu, court-circuitant le pressing des deux milieux adverses (Boateng et Nocerino face à Cambiasso et Thiago Motta). Le six contre cinq (en bleu et rouge) en faveur de l’Inter aboutit à une sortie du ballon par le couloir droit où Zanetti lance Maicon (en orange).

Sans adversaire direct, aucun des attaquants du Milan ne suivant ses montées, le latéral brésilien a plusieurs solutions. Il peut aller disputer le duel avec Zambrotta, ou un Van Bommel venu fermer la porte si celui-ci n’est pas déjà occupé par un attaquant (Pazzini ou Milito) qui évoluerait en position décrochée. Autre possibilité, revenir dans l’axe en cherchant directement un attaquant ou en profitant de la course vers l’intérieur du terrain de Alvarez. L’Argentin quitte l’aile gauche pour endosser le rôle du meneur, organisant le jeu dans le camp adverse (en jaune orangé). Son déplacement resserre la défense adverse, ouvrant ainsi le côté gauche pour les montées de Nagatomo (en jaune). Sur une action terminée sur l’aile gauche par un centre du Japonais, Alvarez est d’ailleurs tout près d’ouvrir le score en fin de première mi-temps (40e).

Le but victorieux interviendra dix minutes après la reprise sur un raid côté droit, de Zanetti cette fois. L’Argentin résiste à Van Bommel et Zambrotta et renvoie le jeu dans l’axe à destination de Milito. Présent sur la trajectoire, Abate se manque et laisse l’attaquant de l’Inter filer au but. Une frappe croisée plus tard, la différence est faite. Passé ce but, l’Inter limite les prises de risques : Maicon ne sort plus, Zanetti restant devant lui pour alimenter directement les attaquants. Alvarez sort (67e), au profit de Chivu. L’Inter passe alors dans un 4-4-2 à plat classique avec Nagatomo devant Chivu dans le couloir gauche. Le Milan ne reviendra pas, malgré quelques frayeurs pour Julio César en fin de partie.

Conclusion :

Aux abois début novembre, l’Inter Milan revient aujourd’hui au premier plan grâce à une formule qui ressemble fort à celle qui lui a permis d’atteindre le toit de l’Europe en 2010. Soit, des défenseurs difficiles à prendre à défaut en un-contre-un et des milieux de terrain qui ne font aucune erreur de placement dans leurs 30 derniers mètres. Les marquage des relayeurs milanais par Cambiasso et Thiago Motta ressemblaient beaucoup à leur travail face à Barcelone il y a deux saisons, quand ils s’intégraient à leur défense pour suivre les courses de Xavi ou Iniesta. En bref, bien qu’il ne l’apprécie pas particulièrement, c’est bien une version arrangée de l’Inter de Mourinho qu’a façonné Ranieri. A une grosse exception près : la mise à l’écart de Wesley Sneijder, entré dans le dernier quart d’heure et resté invisible.

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2 réponses

  1. The teacha dit :

    Bonne analyse de ce match. En effet l’organisation défensive de l’inter est irréprochable ces dernières semaines. La clé du match pour le milan aurait pu être la titularisation de Robinho et favoriser ainsi le dribble pour éliminer un adversaire direct et créer un déséquilibre défensif direct chez l’Inter voir jouer avec un 10 comme Boateng qui serait placé constamment entre Motta et Cambiasso permettant ainsi à un autre milieu du Milan AC de s’introduire facilement dans le coeur du jeu et apporter un surnombre offensif. Enfin bon, c’est mon avis

    ps: j’ai découvert votre site il y a quelques jours, il est génial, je suis un archané de la tactique et des différents systèmes de jeu que j’adore décortiquer ou analyser . Je me régale à lire vos analyses beaucoup plus approfondies et expertes que celles des simples journalistes de l’Equipe ou francefootball qui n’ont pour la plupart jamais touché un ballon et qui font les grands experts… a bientot pour de futurs commentaires

  2. samirhenry dit :

    excellente analyse ! je rejoins l’idée de The teacha, qui parle de l’intronisation de Robinho (mm si j’aime pas trop ce joueur) ou le repositionnement de K.P.B en vrais 10 (a la tète du losange) au détriment d’Emanuelson, pour faire la différence et déstabiliser l’équilibre défensif!
    ps: juste un truc The teacha y a une différence entre chronique et analyse tactique. Moi par exemple je lis le deux ! tu sais tout le monde ne veut (ne peut) pas rentrer dans ces détails tactiques.

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