Rapport : la Juventus face à Sienne

Il y a un peu plus d’une semaine, la Roma avait fait l’objet d’un rapport lors de sa défaite face à Cagliari. Dans le même temps, la Juve l’emportait largement à Parme avec un excellent Pirlo dans l’entrejeu. Des débuts assez convaincants pour se pencher sur le nouveau look de la Vieille Dame, désormais entraînée par Antonio Conte. En un mot ? Classique.

Composition et tableau noir :

Au coup d’envoi, Antonio Conte titularise quatre nouveaux joueurs parmi la dizaine arrivée durant l’été. L’ancien Lillois Lichsteiner est ainsi titulaire sur le flanc droit de la défense ; le côté gauche du milieu de terrain est reconstruit à 100% avec Pirlo axe gauche et Giaccherini dans le couloir. Devant, Vucinic est associé à Matri, inamovible depuis le mois de janvier dernier à la pointe de l’attaque bianconera.

Malgré l’important remaniement de l’effectif au cours de la dernière inter-saison, la Juventus conserve le schéma en 4-4-2 qu’elle utilisait déjà lorsque Del Neri était à la tête de l’équipe. Ainsi, Buffon est installé devant une défense complétée à la gauche de Lichsteiner par Barzagli, Chiellini et Grosso dans le couloir. Dans l’entrejeu, Marchisio est dans l’axe aux côtés de Pirlo tandis que Pepe conserve son poste de l’aile droite (du moins au coup d’envoi).

Sans ballon :

En phase défensive, pas de surprise à signaler dans le replacement. Derrière la paire Matri-Vucinic, les deux joueurs de couloir se replient sagement à hauteur des deux milieux de terrain axiaux pour former un premier rideau de quatre joueurs, évoluant à plat et coulissant sur la largeur du terrain.

Lorsque la formation adverse tente de remonter le terrain par un côté, le premier rideau turinois tente parfois de l’enfermer en jouant le surnombre dans la zone. En plus des deux joueurs censés bloquer le couloir (ci-dessus, Grosso et Giaccherini), un milieu vient en pointe pour exercer le pressing (Marchisio), l’autre restant en soutien pour bloquer les solutions de passes et offrir un soutien rapide en cas de récupération de balle (Pirlo). L’ailier à l’opposé de l’action coulisse lui dans l’axe pour venir fermer l’axe découvert par les déplacements des deux milieux de terrain.

Face à des préparations plein axe en revanche, la Juve ne sort que très peu. Et pour cause, les milieux de terrain n’ont pas vocation à se découvrir puisqu’ils prendraient le risque de découvrir totalement leur défense centrale. Face à Sienne, l’absence d’un troisième milieu de terrain (la fameuse sentinelle) a poussé les défenseurs turinois à se montrer très agressifs pour empêcher les déplacements entre les deux lignes des attaquants adverses -notamment des ailiers qui sont à plusieurs reprises rentrés à l’intérieur du terrain.

Lorsque l’un d’entre eux sort de la défense (ci-dessus, Chiellini), les trois joueurs restés à l’arrière se resserrent le temps que le premier se réintègre à la ligne. Ces mouvements ont ouvert des espaces sur les extérieurs pour Sienne, notamment grâce à des courses combinées des promus en Série A : un attaquant rentrait pour demander le ballon entre les lignes, il était suivi par un défenseur, la ligne de trois derrière se regroupaient alors que, dans le même temps, un autre joueur démarrant de l’axe demandait le ballon sur l’aile. Mais, au moment de revenir dans la surface, la charnière Chiellini-Barzagli n’était jamais inquiétée.

Néanmoins, le carton jaune reçu au quart d’heure de jeu par Chiellini a forcé la Juve à revoir quelque peu ses plans à l’arrière. Les deux milieux axiaux ont évolué un cran plus bas pour occuper les zones qui étaient avant couvertes par les sorties des défenseurs. Logiquement, les ailiers ont suivi et c’est le bloc entier qui a joué plus bas au cours de la deuxième moitié de la première mi-temps. Ce qui a eu des répercussions sur l’efficacité offensive de l’équipe…

Avec ballon :

Car dans le système mis en place par Antonio Conte, ce sont les deux joueurs de couloir qui ont pour vocation de lancer les actions de jeu. Lorsque la Juve doit ressortir de son camp, le 4+2 (défenseurs + milieux axiaux) se transforme en 2+4, les latéraux venant à hauteur des milieux de terrain pour former la ligne qui va devoir toucher l’un des quatre joueurs à vocations offensive.

Plus cette ligne de relance sera haute, plus les deux joueurs de couloir seront proches de leurs attaquants. Or, la limitation des distances entre ces joueurs est extrêmement importante. Car s’ils ne sont pas servis dans la profondeur, les ailiers ont pour mission de combiner rapidement avec leurs partenaires les plus proches. Si la ligne de relance est haute, ils essaieront de toucher l’un des deux attaquants présents entre les lignes en attendant la montée d’un soutien venu de l’arrière pour occuper l’espace libéré (ex : Lichsteiner en débordement côté droit).

A l’inverse, si le bloc évolue plus bas, les deux joueurs de couloir auront plus de mal, à moins de prendre le dessus sur leur adversaire direct, pour atteindre leurs attaquants. Le jeu sera alors développé plus lentement, en repassant par une nouvelle phase de possession devant le premier rideau adverse mettant à contribution les deux milieux axiaux (Marchisio et Pirlo) et les latéraux pour dégager une nouvelle possibilité de jeu vers l’avant. Autre possibilité, utiliser la capacité de Pirlo ou Marchisio pour trouver les ailiers directement dans la profondeur et ainsi permettre une remontée plus rapide du bloc.

Durant son temps faible, en fin de première mi-temps, la Juve a connu des difficultés dans la ressortie des ballons. Les maux étaient simples : le bloc était bas, les ailiers loin des attaquants et pris par des adversaires très agressifs et jouant sur l’anticipation. Il a fallu que Vucinic décroche de la même manière pour se libérer du marquage adverse (calqué sur le 4-4-2 de la Juve) pour se charger de remonter les ballons.

Le but :

Après cette première analyse de l’animation offensive turinoise, le seul but inscrit lors de cette partie (inscrit par Matri) fait office d’exemple appliqué parfait. La Juve remonte le terrain par la gauche avec Pepe (capable de permuter avec Giaccherini). Le droitier renverse sur l’autre aile pour l’autre milieu excentré qui arrive à connecter dans l’axe avec Vucinic qui fait la différence avant se servir son buteur sur un plateau. Une attaque rapide où les quatre offensifs ont touché le ballon. Dès que le tempo est plus lent, les latéraux et les deux milieux axiaux viennent se joindre au mouvement…

Coaching :

Dans la foulée de l’ouverture du score, Antonio Conte a réalisé plusieurs changements. Averti et blessé, Chiellini a cédé sa place poste pour poste  à Bonucci (57e). Mais surtout, quelques minutes plus tôt, Vidal avait remplacé Vucinic, faisant ainsi passer la formation d’un 4-4-2 classique à un 4-3-3 remettant Pirlo dans des conditions ressemblant à celles qu’il connaissait au Milan.

Mais l’impact le plus important reste l’entrée en elle-même de Vidal dans l’entrejeu. D’abord, elle a permis à la Juve de gérer sereinement la fin de la partie grâce au surnombre crée au milieu de terrain (trois contre deux dans l’axe). Mais surtout, paradoxalement, elle a rendu la Juventus plus dangereuse. Car à l’inverse de Vucinic qui démarrait d’une position haute et décrochait dans des zones pour offrir des appuis contre des adversaires, Vidal démarre d’une zone où il peut être libre (grâce au surnombre) et peut ainsi naviguer à loisir entre les lignes adverses pour offrir dans les intervalles à ses deux ailiers.

En un peu plus d’une demi-heure de jeu, le Chilien a ainsi tenté sa chance à quatre reprises et cadré deux de ces essais. Si elle a surtout permis à la Juve de contrôler les débats, cette dernière demi-heure a certainement offert une esquisse de la formation que pourrait utiliser Conte dans les grands rendez-vous. En tout cas, malgré un temps de jeu réduit, Vidal a clairement apporté une valeur ajoutée à la formation de Conte. A voir s’il débute le premier gros match qui attend les Turinois cette saison : face au Milan AC, le 2 octobre prochain.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *