Paris SG 2-2 Lille, l’analyse tactique

Pour le dernier match de 2013, la Ligue 1 a offert une très belle affiche entre le PSG et Lille. Ultra-réalistes, les Lillois ont ramené un très bon point du Parc des Princes, s’appuyant sur leur solidité et leur surnombre au milieu de terrain pour poser des problèmes au 4-3-3 parisien.

Rien d’étonnant au coup d’envoi, d’un côté comme de l’autre les coachs alignent les meilleures équipes possibles. René Girard et Laurent Blanc doivent chacun faire avec l’absence d’un cadre : Simon Kjaer pour le premier, Edinson Cavani pour le second. C’est David Rozenhal et Lucas Moura qui profitent de ces forfaits pour intégrer les onzes de départ. Avec un milieu en losange pour Lille : Enyeama – Béria, Rozenhal, Basa, Souaré – Mavuba, Balmont, Gueye, Martin – Kalou, Roux. En 4-3-3 pour le PSG : Sirigu – Van der Wiel, Alex, Thiago Silva, Digne – Thiago Motta, Verratti, Matuidi – Lucas Moura, Ibrahimovic, Lavezzi.

Lille face à la relance parisienne : 

Les premières minutes de la rencontre permettent de découvrir le système mis en place par René Girard pour contrer l’organisation parisienne. Pas de grande surprise à ce niveau, le coach lillois profite de la présence de 4 milieux de terrain pour mettre en place un pressing efficace sur la relance parisienne. Thiago Silva et Alex sont laissés sans opposition ; la première ligne se place à hauteur de Thiago Motta. Martin est concentré sur le marquage du regista parisien, encadré par Kalou et Roux. En deuxième rideau, Gueye et Balmont sortent sur Verratti et Matuidi, laissant Mavuba en couverture pour contenir les décrochages des attaquants parisiens, Ibrahimovic en tête.

Le système défensif du LOSC face à la relance parisienne : Martin, Balmont et Gueye face aux trois milieux parisiens, Mavuba en couverture face à Ibrahimovic, et Roux-Kalou positionnés de manière

Le système défensif du LOSC face à la relance parisienne : Martin, Balmont et Gueye face aux trois milieux parisiens, Mavuba en couverture face à Ibrahimovic, et Roux-Kalou positionnés de manière à couper la relation « simple » entre Thiago Silva-Alex et leurs latéraux. Forcer le jeu long pour atteindre ces derniers offre assez de temps au losange lillois pour coulisser vers le côté.

Preuve de l’efficacité du losange face à la relance parisienne, Ibrahimovic est très rapidement obligé de redescendre très bas, parfois même jusque dans son camp, pour offrir une solution supplémentaire à ses milieux de terrain et leur permettre de se libérer du marquage. Autour de Thiago Motta, Matuidi et Verratti quittent leur zone habituelle afin de se défaire du pressing de Balmont ou Gueye, ou de les mettre hors de position. Parfois excentrés, en soutien de leurs latéraux, on les retrouve aussi à combiner dans des périmètres resserrés pour attirer leurs adversaires directs dans une même zone, et libérer d’autres espaces. Aux attaquants parisiens (Ibrahimovic) ensuite de se positionner dans les intervalles.

Avec des milieux sous pression, le PSG s’en remet surtout à Thiago Silva pour mettre l’équipe dans le sens de la marche. Le Brésilien, laissé libre par le système lillois à partir du moment où il ne s’approche pas de la ligne médiane, a effectué une bonne partie du travail de relance. Ses cibles ? Les latéraux, Digne et Van der Wiel, qui bénéficient forcément d’espaces face au losange lillois. A défaut de pouvoir construire dans l’axe vers Ibrahimovic, la relance parisienne les recherchait afin de forcer le LOSC à reculer, soit le moment où Balmont et Gueye étaient obligés de lâcher le marquage de Matuidi et Verratti afin d’aller bloquer les couloirs face à Digne et Van der Wiel.

Au-delà de ses transmissions à destination des latéraux, Thiago Silva peut aussi faire la différence dans l'axe.

Au-delà de ses transmissions à destination des latéraux, Thiago Silva peut aussi faire la différence dans l’axe. Sous pression (Gueye et Balmont), Thiago Motta donne le ballon en retrait vers son capitaine.

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Au lieu de se repositionner, Gueye décide de poursuivre son pressing sur Thiago Silva. La sanction est immédiate : le défenseur parisien trouve l’intervalle et sert Ibrahimovic. Tous les milieux lillois sont éliminés et, avec le démarrage de Matuidi pour accompagner le Suédois, c’est un quatre-contre-quatre qui se prépare dans le camp lillois. Non-converti par les Parisiens.

Lille dans son camp : 

Servis dans leurs couloirs, deux solutions se présentent pour les latéraux parisiens : jouer vers l’avant et trouver leur ailier… ou revenir dans le coeur du jeu pour trouver les milieux de terrain, qui bénéficient désormais de plus d’espaces en raison du déplacement du losange lillois vers le couloir. La première solution n’a été que très peu utilisée en raison du marquage serré des latéraux lillois sur Lavezzi et Lucas Moura (qui offrait des espaces dans la profondeur sur les ailes, mais c’est une autre historie). Van der Wiel et Digne ont le plus souvent cherché à rejouer à l’intérieur vers Matuidi, Verratti ou Thiago Motta. A ce niveau, l’implication défensive des attaquants lillois était indispensable afin de compenser le déplacement de Balmont et Gueye sur les côtés.

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Paris déplace le jeu vers un couloir. Gueye se retrouve à fermer l’espace devant Van der Wiel. Verratti, resté en retrait, est pris par Martin. Thiago Motta se retrouve lui sous la garde de Mavuba. Dans le rond central, Balmont est à proximité de Matuidi. Bref, les Lillois conservent les milieux parisiens sous surveillance grâce à leur surnombre dans l’entrejeu. Loin de l’action, Ibrahimovic ne peut profiter de la situation pour créer le surnombre. En couverture, les défenseurs lillois sont au contact de Lavezzi et Moura.

En pointe du losange, Martin a dû abattre un très gros travail défensif, particulièrement sur Verratti et Thiago Motta lorsque le ballon revenait de Van der Wiel. Lorsqu’il faut compenser son absence, c’est Mavuba qui sort de sa position pour limiter le champ libre au milieu parisien laissé seul. La première occasion de la partie (Lavezzi, 22e) est venue d’une action de ce type : un ballon qui revient dans l’axe depuis le côté droit, Martin focalisé sur Verratti et Thiago Motta libre dans l’axe. Mavuba sort sur l’international italien qui parvient tout de même à renverser le jeu côté gauche vers Digne. Le centre du latéral est repris par Lavezzi, qui bute sur Enyeama.

L'origine de l'occasion de Lavezzi (22e). Le ballon sort du couloir droit et revient vers Thiago Motta.

L’origine de l’occasion de Lavezzi (22e). Le ballon sort du couloir droit et revient vers Thiago Motta alors que Souaré, Gueye et Martin sont sur Lucas Moura, Van der Wiel et Verratti. Mavuba est obligé de sortir sur Thiago Motta qui a quand même le temps de renverser le jeu côté gauche vers Digne, totalement seul dans son couloir en raison du positionnement axial de Lavezzi, qui attire Béria à l’intérieur. L’ancien Lillois centre en première intention et élimine Rozenhal, Ibrahimovic focalise l’attention de deux Lillois (Basa-Béria), laissant Lavezzi seul au second poteau.

En utilisant intelligemment la largeur du terrain, le PSG peut s’installer dans le camp adverse et y conserver le ballon. En revanche, l’activité des milieux lillois (Gueye et Balmont autour de Mavuba) empêche les Parisiens de porter le danger autour de l’axe Rozenhal-Basa. Dès que le ballon revient dans l’axe, notamment pour trouver Ibrahimovic dans sa position favorite (à 25 mètres du but adverse), les Nordistes sont présents en nombre pour couper les transmissions. Excepté l’action Digne-Lavezzi, Paris doit se contenter de coups de pied arrêtés pour créer le danger (Thiago Silva sur corner, 32e). Et c’est finalement un coup-franc d’Ibrahimovic qui lui permet d’ouvrir le score (1-0, 36e).

Lille et les remontées de balle : 

Condamnés à défendre, les Lillois souffrent jusqu’à l’approche de la mi-temps, avant de retrouver leur solidité, notamment grâce à la cohésion retrouvée entre leur ligne d’attaque et le reste de l’équipe. Offensivement, les Nordistes doivent se contenter de coups. Des attaques qui sont toutefois toutes construites de la même manière. Plutôt que de rester dans l’axe et de subir les duels face à Thiago Silva et Alex, Kalou et Roux demandent le ballon dans les couloirs, dans le dos des latéraux parisiens montés aux avants-postes. Lorsqu’ils parviennent à se défaire du duel, ils cherchent ensuite une solution vers l’intérieur du terrain.

Que ce soit Mavuba en retrait, Gueye, Balmont ou Martin à hauteur, les Lillois font ensuite circuler la balle sur la largeur, profitant du peu d’activité défensif de la part des ailier s parisiens (Lavezzi, Lucas Moura) pour faire courir les milieux de terrain (Thiago Motta, Matuidi, Verratti). En fin de mouvement, on retrouve les appels sur les ailes de Kalou, Roux ou des latéraux qui accompagnent parfois les mouvements. La clé pour le LOSC est de s’appuyer sur la force du nombre dans le coeur du jeu afin de ne pas subir le pressing des milieux parisiens (Matuidi et Verratti en tête), tout en comptant sur la passivité des Parisiens sur les côtés pour avoir toujours une solution.

Le but de Mavuba juste avant la pause (1-1, 43e) symbolise assez bien l’animation lilloise, même si l’action démarre sur un ballon gagné par le futur buteur dans les pieds de Verratti. Passant par Gueye et Balmont, l’action s’est terminée par un centre de Kalou, décalé sur l’aile droite, bien repris au second poteau par Mavuba alors que deux autres Lillois étaient présents dans la surface de réparation (Roux et Martin). Autre point positif pour le LOSC, le peu d’occasions concédés suite à des balles perdues au milieu de terrain : s’il y a certes eu du déchet à la relance (celle à destination de Kalou ou Roux), les Nordistes n’ont pas offert de munitions à leurs adversaires, toujours redoutables en contre-attaque.

Des manques au PSG ? 

Les changements opérés à l’heure de jeu ne changent pas réellement l’opposition tactique. Le losange lillois ne bouge pas avec les entrées de Sidibé (Béria, 54e), Rodelin (Martin, 68e) et Origi (Roux, 82e). Côté parisien, Laurent Blanc pousse dans la dernière demi-heure avec les entrées de Pastore (Alex, 68e), Rabiot et Ménez (Digne et Lavezzi, 76e). Thiago Motta passe en défense centrale aux côtés de Thiago Silva, laissant l’entrejeu à Verratti et Rabiot alors que Matuidi prend le poste de latéral gauche. Pastore oscille lui entre le poste de n°10 et celui de 3ème milieu de terrain, laissant l’aile gauche à Ménez. Ces derniers ont des opportunités pour faire la différence dans les dernières minutes mais manquent à chaque fois leur dernier geste.

Au final, si le LOSC a une nouvelle fois fait preuve d’un réalisme à toute épreuve pour rester dans la partie, ce match met peut-être en exergue quelques points défaillants de l’animation parisienne depuis le début de saison. Des problèmes qui peuvent d’ailleurs rappeler certains soucis connus par les Girondins de Bordeaux, époque Laurent Blanc. Face au 4-4-2 en losange du LOSC et un axe densifié, la solution passe la plupart du temps par l’attaque des couloirs et des latéraux. Or, Paris n’a que très peu construit sur les ailes dans ce match. Des décalages ont certes été crées pour Digne ou Van der Wiel, mais très peu de mouvement ont été initiés directement sur les ailes, par des mouvements entre les ailiers, les milieux et les latéraux.

Quelques exceptions tout de même à signaler en début de deuxième mi-temps, puisqu'en l'espace de deux minutes,

Quelques exceptions tout de même à signaler en début de deuxième mi-temps, puisqu’en l’espace de deux minutes, le PSG essaie de créer sur les côtés : d’abord à gauche avec Digne avec le ballon, Lavezzi qui attire Béria et Matuidi qui prend l’espace…

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… puis à droite avec Verratti, Lucas Moura qui met Souaré hors de position et libère le couloir pour l’appel de Van der Wiel.

A la décharge du collectif parisien, Lavezzi et Lucas Moura ont été très discrets. Sans relais devant pour accompagner les actions sur les ailes, difficile de mettre en difficulté la défense adverse. Verratti et Matuidi n’ont que très peu percuté, et pris l’espace. Normal pour l’Italien qui aime avoir le ballon dans les pieds, moins pour le Français qui a d’abord dû faire de la place à Ibrahimovic dans l’entrejeu avant de finir le match au poste de latéral gauche. Des circonstances atténuantes évidentes, qui s’ajoutent à la fatigue générale d’une équipe qui attend la trêve.

Néanmoins, c’est peut-être là que se trouve la marge de progression de ce PSG : trouver des automatismes sur les ailes qui permettraient de passer outre un axe bloqué par la pression adverse. Car c’est la mode du moment en Ligue des Champions depuis la saison dernière et l’avènement du duo Bayern-Borussia : faire du rond central une zone interdite a été la clé des clubs allemands pour passer le cap des demi-finales. Et pour contrer leur gegen pressing, il n’y a pas 36 solutions : aller vers l’avant le plus rapidement possible.

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2 réponses

  1. Romain dit :

    Bonne analyse, comme d’habitude.

    Cela dit, Ibra redescend toujours très très bas cette saison, quelque soit l’opposition.

  2. the teacha dit :

    J’aime ce système du losange. Comme tout système, il à quelques failles mais il permet à l’équipe d’avoir pas mal d’options.
    C’est étrange de voir qu’il n’y ait pas plus d’équipes qui l’utilisent. Le Bordeaux de Laurent blanc jouait comme ca déjà en championnat, ca lui à réussi. Monaco est plus convaincant dans ce système, Lyon qui joue comme ça reprend des couleurs aussi même s’ils doivent améliorer leur défense et Lille est 2ème et Bordeaux 4ème avec ce système donc c’est que ca marche !
    En revanche, je trouve qu’il enleve un joueur créatif selon l’effectif.
    Un 4-3-3 ou 4-5-1 permet d’entrée d’avoir déjà 4 joueurs minimum à vocation offensive. Dans le losange logiquement, il y a 3 milieux travailleurs + un 10 et 2 attaquants, ce qui fait seulement 3 joueurs désignés pour l’attaque. ( je ne rentre pas dans les détails d’apport des latéraux ou de dépassement de fonction..)

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