Manchester United 1-1 Liverpool : l’analyse tactique

Le grand derby entre Manchester United et Liverpool a été le théâtre d’une belle bataille entre deux des meilleurs coachs de ces dix dernières années. Les deux formations se sont d’abord neutralisées, comme lors du match aller (0-0) avant qu’un but de Milner ne change la physionomie de la partie.

Obligés de revenir au score, les Red Devils ont poussé et Mourinho a osé risquer le déséquilibre pour aller chercher l’égalisation. Une audace qui a payé en toute fin de partie, mettant au passage en exergue les limites de Liverpool sur ce match. Les Reds ont en effet été dans l’incapacité de doubler la mise alors que United offrait de plus en plus d’espaces.

Les compos :

Aucune surprise à signaler au coup d’envoi. Des deux côtés, les cadres sont au rendez-vous. Liverpool est néanmoins diminué par les absences de Sadio Mané (à la CAN), Joel Matip et Nathaniel Clyne (blessé).

1

Manchester United a verrouillé l’entrejeu : 

Pas le temps de s’observer dans ce derby : dès les premières minutes, on sent des deux côtés l’envie de ne pas laisser l’adversaire imposer son jeu. Cela s’illustre sur le terrain par beaucoup de jeu long (sous pression) et un taux de passes réussies bien loin des moyennes habituelles des deux formations.

Manchester United : 76% de passes réussies (84,8% depuis le début de la saison) – 20,2% de passes longues (11,9% depuis le début de la saison).
Liverpool : 70% de passes réussies (82,9% depuis le début de la saison) – 18,6% de passes longues (11,3% depuis le début de la saison.

A ce petit jeu, c’est Manchester United qui prend le dessus. L’équipe de José Mourinho parvient à bien bloquer la relance adverse en privant Lovren et Klavan de leurs solutions habituelles au milieu de terrain (Henderson, Can, Wijnaldum).

Les trois milieux mancuniens (Ander, Pogba, Carrick) abattent un gros travail afin d’empêcher la progression ligne par ligne de Liverpool. Au plus haut, un joueur rejoint Ibrahimovic afin d’orienter la relance vers un côté du terrain. Il rejoint ensuite ses partenaires du milieu, l’ensemble réduisant au maximum les espaces côté ballon côté ballon de manière à pouvoir couper les lignes de passes et/ou gérer les solutions offertes par les Reds.

2

3

Face à une telle densité, les Reds auraient gagné à avoir des défenseurs centraux plus entreprenants avec le ballon. Sans fixation de la part de Lovren ou Klavan, la proximité entre les milieux de Manchester United leur donne un énorme avantage. Résultat, pas de solution courte et trop de relances longues à destinations de Firmino ou Origi.

Liverpool, cantonné aux attaques rapides

Du coup, les Reds sont vite dépendants de leur pressing et des transitions qui en découlent pour se montrer dangereux. Il y a d’abord un ballon gagné au milieu de terrain par Henderson dans les pieds de Pogba, mais l’attaque qui suit n’aboutit pas (16e).

Mais il y a surtout des séquences en deux temps, qui voient d’abord les attaquants (Firmino, Lallana) mettre en difficulté la relance de Manchester United (Jones, Carrick) par leur pressing. Ces courses permettent à Liverpool de rester aux abords de la surface de United et d’y obtenir des coups de pied arrêtés. Sur le premier (22e), la défense tremble. Sur le second (26e), Pogba craque et fait une main, qui permet à Milner d’ouvrir le score sur penalty.

Ce but sort de nulle part tant les Reds ont du mal à développer leur jeu durant cette première demi-heure, à l’exception d’une action construite qui voit le jeune Alexander-Arnold finir dans la surface mancunienne (contré par Martial, 23e). Qu’importe la manière : comme le dit l’adage, « un derby ne se joue pas, il se gagne ». Et il revient désormais à United de faire le jeu. Or jusque-là, les joueurs de Mourinho ont aussi quelques soucis.

Manchester United, bloqué dans l’entrejeu : 

Ces difficultés sont symbolisées dans l’entrejeu par Michael Carrick. Le milieu de terrain anglais, clé du renouveau des Red Devils depuis le mois de novembre, a beaucoup de mal face à la densité proposée par Liverpool dans l’axe.

Car en choisissant de jouer en losange, Jurgen Klopp s’est assuré d’avoir presque toujours un joueur dans la zone de Carrick. Or, ce dernier n’aime pas se retrouver sous pression et a beaucoup de mal à assurer la circulation du ballon et l’orientation du jeu. Cela se ressent surtout lorsqu’il faut exploiter la largeur pour attaquer. A ce souci, il faut aussi ajouter le très bon travail d’Emre Can, qui prend très vite le dessus sur un Pogba méconnaissable et incapable de faire des différences balle au pied (1/3 dribbles).

Ces limites dans l’entrejeu n’empêchent pas United de se créer la première grosse occasion du match de manière très basique : un jeu long sur Ibrahimovic, le gain du 2ème ballon et la profondeur trouvée par Mkhitaryan pour lancer Pogba face à Mignolet… Mais le portier belge sort l’arrêt (18e).

Autre circuit intéressant pour les Red Devils, appuyer sur le côté gauche avec la capacité de percussion d’Anthony Martial. Face au jeune Alexander-Arnold, le Français oblige Liverpool à défendre en surnombre autour de lui, ce qui crée forcément des espaces ailleurs sur le terrain. Le problème, c’est que le ballon a du mal à ressortir de la zone, la faute au pressing des attaquants de Liverpool sur les milieux mancuniens (encore une fois sur Carrick).

A la pause, Manchester United est mené et a beaucoup de mal à approcher les cages adverses (3 passes tentées dans la surface, 0 réussies). L’équipe est coupée en deux, non pas sur la hauteur mais sur la largeur comme le montrent les maps ci-dessous. Klopp est en train de réussir son pari  : éteindre Michael Carrick et coincer United sur des demi-terrains.

4

Manchester United prend la possession du ballon : 

Face à ce plan de jeu, Mourinho ne perd pas de temps pour réagir : dès la reprise, Carrick est remplacé par Rooney. L’équipe passe en 4-4-2 avec l’Anglais en soutien d’Ibrahimovic, qui était très esseulé et difficile à trouver en première mi-temps (seulement 7 passes pour 4 réussies…), et un nouveau milieu à deux tenu par Pogba et Ander Herrera.

5

Cette nouvelle configuration, qui plus est face à une équipe de Liverpool qui semble accepter d’attendre, permet à Manchester United de prendre l’ascendant en ce qui concerne la possession de balle. Alors que l’on était quasiment sur du 52/48 à la pause, celle-ci bascule en faveur des Red Devils dans le 1er quart d’heure (62% pour Manchester United, 38% pour Liverpool.

Cette domination ne s’est toutefois pas répercutée sur le but de Mignolet. La seule situation de Manchester United durant cette séquence est venue d’un pressing gagnant de Martial sur Alexander-Arnold, le ballon terminant dans la surface avec un contrôle manquée de Mkhitaryan qui se présentait une nouvelle fois face au portier belge (54e).

La formation de José Mourinho a certes l’avantage dans les débats grâce à la possession, mais certains choix en attaque l’empêchent d’être vraiment dangereuse. Les couloirs sont notamment sous-utilisés, alors que Valencia est très souvent seul sur l’aile droite. Au lieu de le lancer, les milieux ont trop souvent cherché des relais dans l’axe, zone pourtant très quadrillée par les Reds.

6

Ces mauvais choix auraient d’ailleurs pu avoir des conséquences plus fâcheuses puisque l’un d’entre eux (ouverture manquée d’Ander Herrera) a été à l’origine d’un contre bien mené par les Reds et conclu par Origi (49e), sans réussite toutefois.

Liverpool en position d’attente : 

Bien regroupés, les joueurs de Jurgen Klopp patientent jusqu’à l’entrée de Coutinho (61e), qui modifie la physionomie de la partie pendant quelques minutes. Face à une équipe de Manchester United moins fournie au milieu depuis la sortie de Carrick, l’entrée du Brésilien fait sens. Ses déplacements entre les lignes peuvent être très dangereux, que ce soit en contre-attaque mais aussi sur jeu placé.

7

Liverpool n’a pas besoin de beaucoup de temps pour créer le danger grâce à lui. Dans la foulée de son entrée, Firmino force De Gea à sauver son équipe une première fois (61e). Lallana tente lui aussi sa chance quelques minutes plus tard, sans plus de succès (65e).

La plus grosse occasion des Reds revient finalement à Wijnaldum à l’entrée du dernier quart d’heure (75e) sur un contre faisant suite à une perte de balle de Pogba.

Fellaini, la botte secrète de Mourinho : 

A un quart d’heure de la fin, alors que son équipe n’arrive toujours pas à être dangereuse dans la durée, Mourinho décide donc de dégainer son dernier joker : Marouane Fellaini. Le Belge entre à la place de Darmian, entraînant le repositionnement de Mkhitaryan au poste de… latéral gauche !

Avec cette entrée, l’équipe n’a plus à se soucier des orientations de jeu discutables de ses milieux : il s’agit de balancer sur Fellaini ou Ibrahimovic devant, gratter les 2èmes ballons, écarter et centrer dès que possible dans la surface de réparation. La tactique est basique, mais elle paye. Ses deux cibles sont impliquées sur le but égalisateur : Fellaini met une première tête sur le poteau et Ibrahimovic finit le travail après une remise de Valencia (84e).

8

Conclusion : 

Un match de haut de tableau où l’intensité a pris le pas sur le reste. Manchester United a fait une meilleure impression collective, même si l’équipe semble manquer d’idées quand il s’agit de faire face à des défenses regroupées. A défaut de créativité et de bons choix dans les zones-clés, Mourinho s’en est remis à la puissance physique et aux duels aériens pour forcer la décision.

En face, Liverpool n’a jamais semblé en mesure de développer le jeu affiché jusque-là en Premier League. L’ouverture du score de Milner a permis aux Reds de laisser l’initiative à leurs adversaires, ce qui les arrangeaient puisqu’ils ne trouvaient pas de solutions face à l’organisation de United.

En revanche, ils n’ont pas su proposer autre chose en 2ème mi-temps, alors que Manchester United s’est pourtant découvert dans l’entrejeu. Pour eux, la déception peut se situer à ce niveau, celui de ne pas avoir réussi à mettre à mal une équipe qui s’est considérablement déséquilibrée pour revenir au score.

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. soze dit :

    depuis que je suis votre site et votre podcast, je n’arrive plus à regarder les « analyses » proposés par match of the day. Vous avez ringardisé la dernière émission foot que je regardais encore lol.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *