Manchester City 1-3 Leicester, l’analyse tactique

Donnés à 5000 contre 1 pour le titre par les bookmakers en début de saison, les Foxes de Leicester vont y croire pendant quelques semaines encore – au moins – après une nouvelle démonstration de force sur la pelouse de Manchester City, leur dauphin avant cette journée. Toujours aussi discipliné, les joueurs de Claudio Ranieri ont donné plusieurs leçons, qu’elles soient de rigueur, de solidarité, de réalisme et tout simplement tactique… Des ingrédients qui ont fait un champion-surprise il y a peu de temps (Atletico 2014).

Les compositions : 

Pour ce match au sommet, Manuel Pellegrini devait faire face à plusieurs absences, notamment celle de Kevin de Bruyne qui s’est installé sur le flanc droit de l’attaque cette saison. Numériquement, le Belge a été remplacé par Fabian Delph, placé sur l’aile gauche (sans doute pour aider Kolarov face à Ryad Mahrez). Autre choix, le replacement de Sterling en soutien d’Aguero, qui a repoussé Silva dans le couloir droit. Côté Leicester, pas de surprise à signaler : Claudio Ranieri pouvait compter sur son équipe-type au coup d’envoi.

Leicester vs Manchester City - Football tactics and formations

Leicester, tactiquement supérieur : 

Les matchs s’enchaînent et se ressemblent pour les adversaires des Foxes. Avant de se déplacer sur la pelouse de l’Etihad, les joueurs de Claudio Ranieri restaient sur 5 clean-sheets lors des six derniers matchs de championnat. Seul Aston Villa avait trouvé la faille dans leur défense lors de la 22ème journée (match nul 1-1). Cette série, les Bleus l’avaient d’ailleurs démarrée face à Manchester City fin décembre (0-0).

Pour plus de détails : Leicester 0-0 Manchester City, l’analyse tactique 

Pour cette deuxième confrontation en l’espace de quelques semaines, la formation mancunienne s’est heurtée aux mêmes problèmes. Leicester a une nouvelle fois récité une partition que l’on a appris à connaître : le 4-4-2 de Ranieri laise très peu d’espaces entre les joueurs, que ce soit sur la largeur ou la profondeur. Cette cohésion lui permet d’avoir l’avantage, qu’il soit dans les duels (prise à deux) ou le jeu de transition (voir par ailleurs).

Face à la relance adverse, Leicester laisse de l’espace aux défenseurs et place sa première ligne à l’entrée du rond central. Vardy et Okazaki coupent la relation entre les défenseurs et les milieux adverses, repoussant la première passe vers les côtés. Derrière eux, l’équipe met beaucoup d’agressivité dès la ligne médiane afin de ne pas laisser de temps à l’adversaire au milieu de terrain. Il s’agit notamment d’empêcher tout jeu long qui pourrait mettre Huth ou Morgan en difficulté.

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Fuchs ne laisse pas d’espaces à Silva lorsqu’il décroche afin de l’empêcher de se mettre dans le bon sens pour jouer dans le dos de Huth ou Morgan.

Si la récupération n’est pas possible sur ce pressing, c’est la qualité de la défense de position de Leicester qui fait la différence. L’équipe accepte de reculer et tous les joueurs reviennent défendre, des attaquants aux défenseurs. Il s’agit d’avoir toujours un joueur sur le porteur afin de le cadrer et de réduire ensuite les espaces autour des solutions qui s’offrent à lui.

L’ouverture du score très rapide de Huth sur coup de pied arrêté (3e) a permis aux Foxes de se concentrer sur ces efforts défensifs durant la première mi-temps. Face à une équipe de City à l’aise dans les petits périmètres, ils ont considérablement densifié le coeur du jeu. Résultlat, les Skyblues n’ont quasiment jamais pu trouver les relais intérieurs qui leur permettent normalement de porter le danger sur les buts adverses.

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Seul David Silva est parvenu à déstabiliser la défense grâce à des prises de balle qui ont laissé Kanté et Drinkwater sur le carreau. L’Espagnol a d’abord cherché Sterling dans la profondeur, mais Schmeichel a bien lu l’action et coupé la trajectoire de sa passe (6e). Quelques minutes plus tard, il a tenté sa chance dans la surface adverse après avoir fait une nouvelle différence sur un contrôle orienté (15e). Sa frappe n’a toutefois pas trouvé le cadre.

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Le danger pour les Foxes : si le joueur face au porteur de balle est éliminé, les options s’ouvrent pour ce dernier.

Excepté ces éclairs de l’ancien Valencien, le jeu d’attaque de City s’est surtout résumé à des centres sur lesquels la défense de Leicester a rapidement pris l’avantage (35 centres pour City sur ce match contre 24 en moyenne, 26 « dégagements » pour Leicester dont la plupart dans sa surface de réparation).

City bloqué sur une seule vitesse : 

Cette opposition de style a aussi été l’occasion de redécouvrir l’une des principales faiblesses du Manchester City de Manuel Pellegrini : son incapacité à changer de rythme. Déjà face à Liverpool et Tottenham, les Skyblues avaient été dépassés par l’intensité et la qualité des formations de Jurgen Klopp et Mauricio Pochettino dans le jeu de transitions, qu’elles soient offensives ou défensives.

Tenant moins le ballon que ces deux équipes, Leicester a surtout brillé sur les transitions offensives. Le break a eu beau n’intervenir qu’à la 48ème minute sur un solo de Mahrez suite à un ballon bien remontée par Kanté, l’équipe de Ranieri aurait pu doubler la mise bien plus tôt. Dès la 8ème minute, son jeu direct a offert un premier duel à Vardy face à Hart (8e). Quelques minutes plus tard, Okazaki est lui aussi passé tout près du break sur une contre bien mené (21e).

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Leicester en défense : Okazaki et Drinkwater s’occupent du porteur, Mahrez, Kanté et Albrighton gèrent les solutions courtes à l’intérieur du bloc.

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Kanté récupère la balle dans les pieds de Touré. Il va mener le contre avec Mahrez, Okazaki et Vardy.

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City a beau tenté de revenir, c’est bien un quatre-contre-trois qui se joue dans le camp mancunien. On notera l’absence de Kolarov, qui a forcé Fernandinho à revenir aider sa défense centrale.

En difficulté au moment de se replier (Kolarov, Zabaleta ou Touré ont souvent été pris de vitesse), City a laissé sa charnière centrale souffrir face à la vitesse du tandem Okazaki-Vardy. La paire Demichelis-Otamendi n’a jamais semblé en mesure de rattraper le buteur de Leicester lorsque celui-ci se retrouvait face au jeu.

Autre problème pour City, le rythme à la récupération du ballon. Face à une défense de position efficace, c’est l’une des clés pour trouver la faille.. C’est comme ça que le Barça avait réussi à revenir au score le week-end dernier face à l’Atletico Madrid : alors que l’Atletico venait de repousser un premier assaut, une passe en première intention de Mascherano avait permis à Barcelone de lancer une nouvelle attaque alors que les Madrilènes n’étaient pas encore replacés.

Pour plus de détails : Barcelone 2-1 Atletico Madrid, l’analyse des 3 buts
Et : Barcelone 2-1 Atletico Madrid, l’analyse tactique

Mais les deux défenseurs argentins de City n’ont pas la même vista ou la même qualité de relance que leur partenaire en sélection… Demichelis a tout de même délivré une passe-clé pour Aguero sur une séquence de ce type, récupérant la balle sur un dégagement de Leicester pour la ramener dans le dernier tiers et décaler son partenaire (31e, premier tir cadré du match de City).

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Malgré une domination territoriale, Manchester City a récupéré moins de ballons que Leicester au-delà de la ligne médiane (7 contre 8).

Le cas de Yaya Touré est symptomatique des problèmes de Manchester City dans ce secteur. Face à la paire Kanté-Drinkwater, l’Ivoirien n’a pas pesé : que ce soit par la passe ou le dribble, il n’a jamais réussi à verticaliser le jeu. Son repli défensif est lui toujours aussi défaillant et il est possible de questionner la décision de le placer aux côtés de Fernandinho face à une équipe de Leicester aussi dangereuse en contre-attaque.

Deuxième mi-temps : 

A la pause, les joueurs de Manuel Pellegrini étaient dans les cordes. Le but de Mahrez dès la reprise les a mis KO (47e) et a forcé l’entraîneur de City à réagir. Cinq minutes plus tard, il faisait un double changement.Dépassé par le rythme de Leicester, Yaya Touré a cédé sa place à Fernando tandis que Delph est remplacé par Iheanacho.

La sortie de l’ancien milieu de terrain d’Aston Villa d’ailleurs ressemblé à un aveu d’échec de la part de l’entraîneur chilien. Pellegrini avait clairement choisi Delph pour sa capacité à défendre dans la zone de Ryad Mahrez pour aider Kolarov. Sauf que sur sa première prise de balle, l’Algérien s’est baladé entre les deux joueurs pour obtenir le coup-franc de l’ouverture du score.

Par la suite, Delph n’a pas pesé offensivement, manquant clairement de vitesse pour apporter de la percussion dans une zone où justement Leicester laissait plus d’espaces. L’entrée de Iheanacho a envoyé Sterling sur cette aile et le jeune Anglais a eu clairement eu plus de place pour faire parler ses qualités. Mais il a manqué de justesse pour en profiter. Le 3ème but de Leicester est en plus intervenu très vite (60e), enterrant les derniers espoirs des supporters de Manchester City.

Devant son public, les Ciel et Blanc ont nettement baissé les bras jusqu’à la réduction du score d’Aguero en fin de partie (87e). Trop relâchés (?), les Foxes se sont faits une dernière frayeur juste avant les arrêts de jeu sur une mauvaise passe de Simpson, qui a offert une deuxième balle de but à l’Argentin.

Leicester, jusqu’au bout ? 

C’est désormais la grande question qui peut se poser. Fin décembre, on se demandait si les hommes de Claudio Ranieri allaient survivre à la période du Boxing Day. Une période avait même été ciblée dans le calendrier : l’enchaînement Liverpool – Manchester City – Arsenal. Avant leur rendez-vous à l’Emirates, cela fait déjà deux victoires et un écart qui se creuse sur les poursuivants. Bref, ce bilan leur permet de croire à tout, d’autant plus que le calendrier sera a priori plus simple ensuite (Norwich, West Brom, Watford, Newcastle) alors que les autres candidats au titre vont retrouver la Coupe d’Europe.

Pour plus de détails, lire : Leicester City, les raisons du succès 

Pour City, rien n’est perdu malgré tout. En 2012, les Skyblues avaient 8 points de retard à 6 journées de la fin et ont quand même soulevé le trophée à l’issue de la 38ème journée. Néanmoins, la formation de Manuel Pellegrini n’est pas sur une dynamique qui incite à l’optimisme. Au-delà du départ déjà annoncé de Pellegrini, un autre élément est à souligner : City n’a pas battu un seul membre du Top 6 de cette saison (Leicester, Manchester United, Arsenal, Tottenham, West Ham) et Manchester United, Arsenal et Tottenham ont encore un match retour à jouer face à eux d’ici la fin du championnat…

 

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1 réponse

  1. tokar dit :

    Analyse vraiment bien détaillée et pertinente. Une fois de plus on constate les limites tactiques de PELLEGRINI, cette équipe de LEICESTER est vraiment surprenante et j’aimerais qu’elle aille au bout bien que je sois fan des gunners.
    Merci de nous faire de partager avec nous votre science de l’analyse tactique.

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