Manchester City 0-0 Manchester United : l’analyse tactique

Derrière la course-poursuite entre Tottenham et Chelsea pour le titre, la Premier League va offrir un final haletant pour l’accession à la Ligue des Champions. Liverpool, Manchester City, Manchester United et Arsenal se suivent de près et devraient lutter jusqu’à la dernière journée pour faire partie du Big Four (en attendant que la 5ème place devienne aussi qualificative en cas de victoire finale de Manchester United en Ligue Europa).

Jeudi soir, les deux clubs de Manchester se sont retrouvés pour un duel qui devait peser lourd dans ce sprint final. Mais comme souvent dans ces cas-là, la rencontre n’a jamais décollé et les deux équipes se sont séparées dos à dos (0-0). Néanmoins, sur le plan tactique, cette nouvelle opposition Guardiola-Mourinho a été intéressante à suivre. D’où l’analyse à lire ci-dessous.

Les compos : 

A la décharge des deux formations, beaucoup d’absents étaient à déplorer. Manchester City a dû faire sans son maître à jouer, David Silva, sorti blessé de la demi-finale de FA Cup perdue face à Arsenal le week-end dernier. Dans l’autre camp, c’était l’hécatombe puisqu’en plus des deux stars, Pogba et Ibrahimovic, Mourinho a composé sa défense en étant privé de Jones, Smalling et Rojo.

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Le plan de Mourinho : 

Pour comprendre ce match, il faut d’abord s’arrêter sur le plan de jeu choisi par le technicien portugais. Privé de ses hommes-clés du milieu (Pogba) et de l’attaque (Ibrahimovic), ce dernier a opté pour une tactique extrêmement défensive. Aucun intérêt d’aller chercher City dans son camp, l’objectif était clairement d’attendre les Skyblues derrière la ligne médiane avec un système très orienté vers le marquage individuel. Un choix qui ne pouvait que rappeler les habitudes de Man United avec Louis Van Gaal (et les habitudes du coach néerlandais avec les Pays-Bas lors du Mondial 2014).

Le 4-3-3 du Portugais se calquait parfaitement sur le 4-2-3-1 de Manchester City. Il ne s’agissait pas néanmoins de suivre l’adversaire direct sur tout le terrain. Si un milieu de City décrochait à hauteur de la défense (ex : Touré), son vis-à-vis restait à distance et préservait ainsi la compacité du bloc-équipe. Même chose en cas de déplacement vers le côté : Carrick laissait plus du champ à De Bruyne lorsque ce dernier s’excentrait, de manière à protéger ce qui est le plus cher à son coach : l’axe.

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Pour les Red Devils, il s’agissait de forcer City à des passes plus longues et un jeu plus direct, gagner les duels à la réception puis exploiter la vitesse de Martial et Rashford en contre-attaque en utilisant les relais de Mkhitaryan, positionné dans l’axe en début de partie. En vérité, l’Arménien a rapidement retrouvé son couloir droit, laissant la pointe à Rashford (sans plus de succès).

Au-delà de ses propres limites du jour, Manchester United s’est aussi heurté à une équipe de City plutôt efficace dans le pressing à la perte du ballon. Les Skyblues ont certes eu du mal à construire depuis leurs bases, mais ils ont su rester dans le camp adverse en coupant les contres mancuniens à la source. Il faut noter au passage le bon match de Vincent Kompany. Le Belge a eu plusieurs interventions très importantes alors que son équipe était en position avancée sur le terrain (2/2 tacles et 2 interceptions et 1 passe contrée au milieu pour le défenseur belge : voir ci-dessous).

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Au-delà du jeu de transition, l’équipe de Mourinho n’avait pas de plan d’attaque très élaboré. Les relances se résumaient à du jeu long sur Fellaini, une bataille pour les deuxièmes ballons avec pour but de libérer une nouvelle fois Martial et Rashford pour faire des différences sur les côtés. Avec 9 dribbles tentés (5 réussis), le Français a été le plus en vue. Il a d’ailleurs été à l’origine de la meilleure occasion de Manchester United de la partie (tir de Mkhitaryan, 25e).

Les solutions pour Guardiola : 

Le véritable intérêt du match se trouvait plus dans l’utilisation du ballon par Manchester City : quelles solutions allait trouver l’équipe de Guardiola afin de créer des décalages dans le bloc mancunien ?

En refusant de mettre une réelle pression sur la relance de City, l’équipe de Mourinho était avant tout à la merci des bonnes passes partant des défenseurs. Le marquage sur l’homme peut en effet très vite déstructurer un bloc-équipe et créer des lignes de passes qui permettent de toucher directement les attaquants. L’Italie d’Antonio Conte en avait fait la parfaite démonstration en juin dernier face à la Belgique (voir ci-dessous et lire ici ou ).

Dans cette optique, les premières minutes de Manchester City ont été focalisées sur une seule relation : la relance de Kompany vers un Aguero disponible entre les lignes adverses. Si les passes sont arrivées à destination (avec 8 transmissions, Kompany est le 2ème joueur qui a donné le plus de ballons à Aguero dans le match), l’Argentin n’a pas su les utiliser. Mis sous pression par les défenseurs adverses (surtout Blind), il a perdu beaucoup de ballons (mauvais contrôles, mauvais choix, passes approximatives…).

Même s’il a progressé dans ce domaine depuis l’arrivée de Pep Guardiola à Manchester, ce match d’Aguero est une preuve de plus de ses limites individuelles pour ce style de jeu. Guardiola a besoin d’un attaquant capable de participer à la construction de son équipe. Or le Kun ne semble pas être doté de cette qualité, à l’inverse de son successeur annoncé, Gabriel Jesus, voire même d’Alexandre Lacazette (sur le marché cet été et qui intéresserait Dortmund, équipe très inspiré par le football de Guardiola).

Bilan d’Aguero, beaucoup de ballons reçus (56, c’est presque autant que De Bruyne !) mais bien trop de déchet technique (7 passes manquées sur 40 et 6 ballons perdus).

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Sans relais fiable pour assurer l’avancée dans le camp adverse, City a dû faire appel à d’autres solutions pour mettre de la vitesse et de la profondeur dans son jeu. Sterling a sonné la charge (9e). Plus vif que Darmian, il a pu se retourner et créer un décalage en allant fixer Carrick plein axe. Après un premier renvoi, la balle a fini sur De Bruyne côté droit qui a adressé un centre tendu qu’Aguero a envoyé sur le poteau (9e).

Sur cette action, on a eu l’occasion de voir la deuxième arme de City pour mettre à mal la défense de United : le contre-pressing. On a déjà parlé de leur récupération efficace pour couper les transitions adverses (65 ballons récupérés, dont 26 dans le camp adverse / 50 pour United, dont 4 dans le camp adverse). Récupérer rapidement, c’est aussi l’occasion d’attaquer une équipe qui n’est pas en place défensivement. Que ce soit à 30m ou à 60m des buts gardés par De Gea, les Skyblues ont eu des opportunités pour faire mal. Malheureusement pour eux, ils ont souvent manqué de justesse et/ou de tranchant sur ces phases de jeu.

L’absence de Silva, l’homme des bons choix, s’est clairement faite sentir, même s’il ne faut pas non plus oublier qu’il y avait un adversaire : les Red Devils ont été très rigoureux et impliqués sur le plan défensif, assurant un repli rapide et assez efficace de la 1ère à la 90ème minute.

City face à ses limites du moment : 

L’axe étant fermé ou peu fiable, la progression pour City était possible en passant par les côtés. Suivi comme son ombre par Carrick lorsqu’il se déplaçait dans l’axe et entre les lignes mancuniennes, Kevin De Bruyne a eu plus de liberté lorsqu’il s’excentrait. C’était d’ailleurs la même chose pour Aguero, qui est souvent allé chercher de l’espace côté droit.

Au fil de la première mi-temps, et surtout en seconde, les Skyblues ont ainsi avancé dans la moitié de terrain adverse en trouvant des relais dans les half-spaces, orientés vers les extérieurs. Le ballon n’arrivait plus de face avec un adversaire dans le dos, mais de côté, ce qui laissait une certaine latitude au joueur pour contrôler le ballon avant de le donner. Ces déplacements ont notamment permis à Kevin De Bruyne d’augmenter son volume de jeu entre les deux mi-temps (de 32 ballons touchés à 54).

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Le problème, c’était qu’il fallait enchaîner. Manchester United se repliait en nombre et présentait un bloc-équipe très compact, réduisant au maximum les risques de pénétration dans l’axe. La solution pour City aurait pu/dû venir des latéraux… mais on sait que ces derniers ne sont pas de véritables atouts lorsqu’il s’agit d’attaquer. Kolarov a certes tenté sa chance (1 tir dans le jeu) et distribué quelques centres (6 dont 2 passes-clés) mais son volume n’était clairement pas suffisant pour mettre à mal la défense adverse. C’était pire de l’autre côté avec un Zabaleta quasi-inexistant sur les phases offensives.

L’agressivité des milieux mancuniens a aussi laissé très peu de temps pour basculer le jeu afin d’utiliser toute la largeur. City n’a tenté qu’un seul renversement sur l’ensemble de la rencontre (qui a terminé en touche). De toute façon, rien ne dit qu’ils auraient abouti à quelque chose puisque cela aurait à nouveau mis à contribution les latéraux de l’autre côté du terrain.

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City, orphelin de David Silva 

D’une mi-temps à l’autre, Man City n’a résolu qu’une partie du problème posé par son rival. Les joueurs de Guardiola ont trouvé des solutions pour faire reculer le bloc de Manchester United, réduisant à la fois le nombre de ballons rendus et le risque de se faire contrer. Les chiffres sont là pour le prouver : United n’a récupéré que 18 ballons en 2ème mi-temps (32 en première), tiré qu’une seule fois au but (2 en première) et réussi 7 passes dans le dernier tiers (29).

Le problème, c’est que cette domination plus importante après la pause n’a pas été accompagnée par une pression plus forte dans la surface protégée par Blind et Bailly. Manchester City a considérablement augmenté son volume de jeu dans le dernier tiers adverse (de 65/96 passes dans les 30 derniers mètres en 1ère MT à 117/130 en 2ème) sans pour autant réussir à pénétrer dans la zone de vérité (8 passes tentées à l’intérieur de la surface en deuxième mi-temps contre 9 en première).

Mais faut-il être surpris lorsque l’on connaît l’importance de David Silva dans cette équipe ? Absent, l’Espagnol est le joueur-clé quand il faut justement entrer dans ses 16m : c’est souvent lui qui réalise cette passe qui met sur orbite Sané ou Sterling. Sans lui, l’équipe de Guardiola a beaucoup arrosé, certains oubliant parfois des partenaires mieux placés (Sterling, 42e). La palme revient à Aguero et ses 9 tirs (!) mais seulement 2 ont été cadrés et 2 autres ont eu lieu dans la surface (sur des centres de De Bruyne).


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