Nantes 1-2 Paris SG, l’analyse tactique

Au prix de quelques rebondissements, le PSG a enregistré sa première victoire de la saison ce dimanche soir sur la pelouse de Nantes. Un succès qui apparaissait « facile » au bout d’une demi-heure, mais qui a finalement mis plus de temps à se dessiner, la faute à une belle résistance des Canaris. Retour sur une rencontre agréable à suivre, qui aurait pu basculer dans un autre sens si Sirigu n’avait pas été là.

Au coup d’envoi, Laurent Blanc réserve une belle surprise aux observateurs : malgré une pelletée d’occasions obtenues face à Ajaccio la semaine dernière, le 4-4-2 n’est pas reconduit. Le coach parisien préfère tenter un 4-3-3 avec le trio Lavezzi-Ibrahimovic-Cavani aux avants-postes devant un second composé de Matuidi-Thiago Motta et Pastore dans l’entrejeu. Derrière, Jallet fait les frais de ses dernières sorties et est remplacé par Van der Wiel (Sirigu – Van der Wiel, Alex, Thiago Silva, Maxwell – Thiago Motta, Pastore, Matuidi – Cavani, Lavezzi, Ibrahimovic). Côté nantais, Michel Der Zakarian décide de faire face avec le système à trois défenseurs centraux préparé au cours de la dernière intersaison (Riou – Bedoya, Djilobodji, Vizcarrondo, Cichero, Veigneau – Veretout, Deaux, Bessat – Gakpé, Djordjevic).

Paris trouve la faille :

Comme prévu, le PSG prend possession du ballon dès les premières minutes de jeu. En phase défensive, le système de jeu nantais s’arrête au niveau du rond central avec une première ligne formée par Djordjevic et Gakpé qui s’opposent à la relance parisienne (Thiago Motta, Thiago Silva, Alex). Juste derrière, le milieu à trois nantais prend place avec Veretout devant la défense, Bessat axe gauche et Deaux axe droit. Ces deux-là sont chargés de mettre la pression sur Pastore et Matuidi. En couverture, Veretout complète ce premier groupe de cinq joueurs chargés de couper la relation milieu-attaque du PSG. Pour deux objectifs : isoler Ibrahimovic pour l’empêcher de faire office de rampe de lancement pour Cavani et Lavezzi et ne pas laisser Pastore et Matuidi démarrer pour combiner avec les mêmes attaquants.

Sur les côtés, les latéraux nantais doivent compléter ce travail en sortant de la ligne défensive pour aller s’opposer à leurs homologues. Lorsque Maxwell et Van der Wiel récupèrent le ballon au milieu de terrain, ils se retrouvent donc face à Bedoya et Veigneau. Une obligation pour les Nantais puisque, dans le cas contraire, les milieux seraient obligés de coulisser et donc de prendre le risque de libérer des espaces dans l’axe.

Veigneau sort au pressing sur Maxwell. Les trois milieux nantais n'ont pas à coulisser vers les couloirs : Bessat peut donc rester au contact de Pastore.

Veigneau sort au pressing sur Maxwell. Les trois milieux nantais n’ont pas à coulisser vers les couloirs : Bessat peut donc rester au contact de Pastore. Devant, Djordjevic et Gakpe sont à hauteur de Thiago Motta et Matuidi, qui a décroché pour sortir de la zone surveillée par Deaux. A noter aussi la position de Lavezzi entre les lignes et les deux contre deux entre Cavani et Ibrahimovic d’un côté, Cichero et Vizcarrondo de l’autre.

Lorsque le PSG fait circuler le ballon sur les côtés, c’est donc une ligne de quatre Nantais qui reste en couverture avec les trois centraux et le latéral côté opposé. A défaut de trouver ses attaquants dans de bonnes conditions, la formation parisienne commence par jouer long afin de tester la défense adverse (par Alex, Thiago Silva, Thiago Motta). A plusieurs reprises, le mauvais alignement de cette dernière offre des situations intéressantes à Cavani ou Ibrahimovic.

Thiago Motta, Pastore et Matuidi étant bloqués, Thiago Silva allonge avec une transversale à destination de Cavani, entre Veigneau et Cichero.

Thiago Motta, Pastore et Matuidi étant bloqués, Thiago Silva allonge avec une transversale à destination de Cavani, entre Veigneau et Cichero.

Mais au-delà de ces tentatives aériennes, les Parisiens restent à la recherche d’une solution pour pouvoir progresser vers les buts de Riou tout en conservant le ballon au sol. En début de partie, Lavezzi est le premier à décrocher au milieu de terrain pour offrir des solutions dans le dos de Veretout et Deaux. Mais ses déplacements sont généralement compensés par la sortie au marquage d’un défenseur. Sur son côté gauche, Maxwell est en revanche d’un apport intéressant : sa qualité de passes permet de passer dans le dos de Bedoya (sorti à sa rencontre) pour alerter ses attaquants (Ibrahimovic, 17e). Là encore, une mauvaise couverture de Djilobodji permet au Suédois de filer dans la surface avant de voir son centre renvoyé par Vizcarrondo.

Finalement, c’est au talent que le PSG réussit à faire plier son adversaire : sur une balle venu de la droite (Veigneau, sorti de l’alignement), Thiago Motta parvient à éliminer l’entrejeu nantais en une passe pour trouver Ibrahimovic, revenu au milieu de terrain. L’attaquant parisien résiste à la pression de Vizcarrondo et parvient à lancer Cavani en profondeur dans le dos de Cichero, dernier rempart côté gauche. Personne ne peut revenir sur l’Uruguayen qui finit le travail du droit face à Riou (24e).

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Avant d’arriver dans les pieds de Thiago Motta, la balle vient de la droite. Veigneau est donc en train de se replacer lorsque l’action démarre. Thiago Motta réussit à trouver l’intervalle entre Bessat et Veretout pour servir Ibrahimovic. Cichero étant sur Cavani, c’est Vizcarrondo qui doit sortir mais est trop loin pour intervenir. Le Suédois a tout le temps de contrôler et de lancer son partenaire en profondeur. A noter encore une fois l’alignement « spécial » des trois défenseurs nantais les plus reculés.

Nantes sort enfin :

Ultra-dominés au cours de la première demi-heure, les Nantais entrent réellement dans leur match à la faveur d’un changement tactique. Même si le projet de jeu initial en 3-5-2 semblait tenir la route d’un point de vue tactique, sa réalisation n’a pas suivi. Si le milieu se comportait plutôt bien, les Nantais subissaient dès que Paris allongeait, forçant le passage en 5-3-2. De cette phase défensive, les Jaune et Vert étaient ensuite incapables de ressortir proprement. Les latéraux revenaient défendre sur les flancs, aidés le plus souvent par leurs relayeurs pour fermer le couloir. Dans l’axe, Gakpé et Djordjevic devaient aussi revenir défendre afin d’empêcher Thiago Motta ou Matuidi de se retrouver sans adversaire direct à 40 mètres des buts (et de servir Ibrahimovic, 6e). Du coup, les Nantais se retrouvaient sous le pressing parisien et n’avaient pas vraiment d’autre choix que de balancer.

Tout a donc changé une fois l’équipe passée en 4-1-4-1. Du poste de latéral droit, Bedoya passe milieu gauche devant Cichero, et Veigneau arrière droit derrière Gakpé. Le milieu à trois ne bouge pas et poursuit son travail sur Pastore et Matuidi. Au lieu d’être forcés de passer dans l’axe pour ressortir, et donc de subir le pressing de Thiago Motta ou Matuidi, les Nantais peuvent désormais construire leurs mouvements dans les couloirs grâce aux triangles formés par les latéraux, les ailiers et les milieux axiaux encadrant Veretout : Veigneau, Gakpé et Deaux à droite, Cichero, Bedoya et surtout Bessat à gauche.

Les deux triangles de l'attaque nantaise en position dans le camp parisien. Le manque de cohésion défensive du PSG permet à Nantes de construire sur toute la largeur du terrain.

Les deux triangles de l’attaque nantaise en position dans le camp parisien. Le manque de cohésion défensive du PSG permet à Nantes de construire sur toute la largeur du terrain.

Si le ballon ne peut pas aller d'un triangle à l'autre, Veretout offre une solution en soutien pour changer le jeu.

Si le ballon ne peut pas aller d’un triangle à l’autre, Veretout (ou Deaux) offre une solution en soutien pour changer le jeu.

Ce dernier est de loin le Nantais le plus en vue : il plonge dans les espaces dans le dos de Van der Wiel et profite des absences défensive de son adversaire direct, Javier Pastore. L’Argentin est même passé axe gauche en fin de mi-temps afin de permettre à Matuidi de régler le problème du milieu nantais. Mais ses partenaires passent du côté côté droit (côté Pastore donc) pour construire et lui offrir la plus belle occasion jaune et verte de la première mi-temps (44e).

Après la pause, Nantes reprend la partie sur les mêmes bases et même avec plus d’allant au pressing. Désormais sur Matuidi, Bessat accompagner Djordjevic en première ligne lorsque ce dernier monte jusqu’à Thiago Silva. Derrière, le bloc suit le mouvement et Veretout se retrouve au contact de Thiago Motta.

Bessat sort sur Alex et est suivi par les deux autres milieux axiaux nantais : Veretout sur Thiago Motta et Deaux sur Matuidi. Sur les côtés, Bedoya et Gakpé bloquent deux profils différents : le premier récupère Pastore, abandonné par Bessat, alors que le second est au contact de Maxwell.

Bessat sort sur Alex et est suivi par les deux autres milieux axiaux nantais : Veretout sur Thiago Motta et Deaux sur Matuidi. Sur les côtés, Bedoya et Gakpé bloquent deux profils différents : le premier récupère Pastore, abandonné par Bessat, alors que le second est au contact de Maxwell. D’où des espaces à exploiter côté droit pour Van der Wiel.

Continuant à construire sur les ailes, les joueurs de Der Zakarian sont rapidement récompensés de leurs efforts : sur un coup-franc excentré côté gauche, obtenu par Cichero, Djilobodji pousse Alex à la faute et permet à son équipe d’égaliser (52e). Les locaux tiennent sur le même rythme jusqu’à l’heure de jeu et une dernière occasion de prendre l’avantage (tête de Bedoya sur un centre venu de la droite, repoussée par Sirigu, 59e). Le tournant du match.

Paris revient au 4-4-2 :

Car après cette dernière alerte, Laurent Blanc passe à l’action sur son banc de touche : inutile en phase défensive, Pastore est remplacé par Lucas Moura. Le PSG repasse en 4-4-2 avec Lavezzi à gauche, comme la semaine dernière face à Ajaccio, et Lucas Moura à droite. Très vite, ce changement permet aux Parisiens de se rassurer défensivement grâce à la paire Motta-Matuidi enfin reformée dans l’axe. Offensivement, l’équipe alterne entre les percussions de Lavezzi, très haut sur l’aile gauche afin de peser sur Veigneau, et les combinaisons entre Lucas Moura et Van der Wiel côté opposé. Repiquant toujours dans l’axe pour se rendre disponible à ses milieux de terrain, le Brésilien n’oublie cette fois pas d’ouvrir le jeu sur l’extérieur afin de lancer son latéral. Le Néerlandais est d’ailleurs à l’origine du réveil parisien, adressant un centre dangereux à destination d’Ibrahimovic (69e).

Moura repique dans l'axe pour se rendre disponible dans le dos de Bessat et Bedoya.

Moura repique dans l’axe pour se rendre disponible dans le dos de Bessat et Bedoya. Il attire Veigneau hors de la ligne de 4, mais ce dernier reste trop loin pour intervenir. Du coup, il peut se retrouver rapidement battu si le ballon file sur Van der Wiel.

Cette première occasion parisienne de la deuxième mi-temps pousse Nantes à reculer. Déjà fatigués de leurs efforts, les Jaune et Vert sont clairement moins à l’aise face à la nouvelle formation parisienne. Un signe fort : au lieu de continuer à travailler dans l’axe en phase défensive, Bessat revient défendre dans le couloir gauche afin de bloquer les montées de Van der Wiel. Ce léger recul, les Nantais le payent très rapidement. Ressortant un ballon de son aile gauche, Maxwell trouve Ibrahimovic entre les lignes nantaises. Comme sur le premier but parisien, le Suédois attire l’attention des défenseurs nantais qui se font surprendre par l’appel en profondeur de Matuidi. Lancé dans la surface, le milieu de terrain sert Cavani qui manque le ballon. Après une tentative de Lucas Moura repoussée sur la ligne, c’est finalement Lavezzi qui le met au fond des filets (2-1, 73e).

Quelques minutes de flottement suivent, et les Parisiens manquent d’enfoncer le clou. Malgré tout, Nantes réussit à revenir dans la partie : Michel der Zakarian change entièrement sa ligne d’attaque (Bessat pour Nkoudou, 73e / Aristiguieta et Pancrate pour Djordjevic et Gakpé, 81e) et les entrants parviennent à se distinguer en insistant du côté de Van der Wiel et Lucas Moura. Malheureusement pour La Beaujoire, leurs derniers tirs sont tous renvoyés par la défense parisienne. Paris prend trois points, mais Paris se cherche encore.

Conclusion :

A la demi-heure de jeu, tout semblait très simple pour les Parisiens. Malgré quelques sacrifices (Cavani sur un côté, Pastore trop bas), le 4-3-3 s’animait plutôt bien et l’absence de réel danger permettait au PSG de dérouler sans difficulté. Mais il a suffit d’un seul changement pour révéler la fragilité de cet équilibre. L’absence de Pastore sur les phases défensives, ajoutées à celles de Ibrahimovic et Lavezzi, était clairement de trop pour la défense parisienne qui a beaucoup plus subi qu’à l’accoutumée. Des quatre « artistes », seul Cavani est revenu faire les efforts pour combler quelques brèches. Même l’entrée de Rabiot, véritable relayeur, aux côtés de Matuidi et Verratti dans les dernières minutes de jeu (Paris est repassé en 4-3-3 dans le final) n’a pas semblé régler les problèmes, le PSG subissant de nouveau les attaques adverses en fin de match.

Côté nantais, Michel der Zakarian se demandera sûrement ce qu’il serait advenu de cette rencontre si son équipe avait débuté en 4-1-4-1. Comme indiqué précédemment, le système à 5 derrière n’était forcément une mauvaise idée pour résister défensivement à l’armada parisienne. Mais à partir du moment où le positionnement de la défense était trop approximatif, il était inutile d’insister vu que les Jaune et Vert ne pouvaient pas ressortir de leurs 30 mètres. Une fois le changement tactique digéré, ces derniers ont montré de très belles choses offensivement et des combinaisons qui peuvent faire d’eux une équipe capable de faire des coups face à d’autres candidats à l’Europe. Suffisamment pour se maintenir ? Ce sera la grande question de cette saison.

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6 réponses

  1. the teacha dit :

    Perso, je n’ai vraiment pas compris pourquoi Paris est repassé au 4-4-2 en revenant de la mi temps.
    J’ai plutot été séduit par le 4-3-3 et son animation offensive et Pastore à quand même récupéré pas mal de ballons dans les 35 premières minutes. D’ailleurs, il à disparu quand il à été positionné à droite preuve qu’il n’est pas fait pour être sur un côté.
    Nantes à connu une période forte en fin de 1ère MT mais ca ne valait pas le coup de changer de systèmes.
    Je pense que c’etait plutot à Paris d’imposer ses choix tactiques contre un promu plutot que de changer son système.
    On sent que Cavani est quand même à l’aise à droite et qu’il peut combiner avec Ibra…
    A suivre

  2. Défensivement, le système de jeu parisien prenait tellement l’eau que Blanc devait faire quelque chose. Le passage en 4-4-2 a quand même mis fin aux offensives nantais à partir du moment où Lucas Moura est entré à droite. Ce n’est pas anodin comme changement dans la physionomie du match. Après, c’est vrai qu’offensivement c’était séduisant. Mais le fait est qu’il y a eu beaucoup moins de tirs et de positions favorables que face à Ajaccio, ce qui est très paradoxal vu le mouvement proposé cette fois. Avec tout ça, je suis incapable de deviner ce que sera l’organisation du PSG dans une semaine. Ca rend la chose intéressante.

  3. Pilou dit :

    Peut-être une position un peu basse pour Pastore même s’il est mieux dans l’axe qu’à droite. Le changement de système de jeu doit être lié aux difficultés du milieu de terrain en phase défensive je suppose.@the teacha

  4. sebtheouf dit :

    Je n’ai pas le match.

    Est ce que Der Zakarian n’a aps été surpris par le 4-3-3 parisien? Parce que Franchement vu ce que je comprends des explications, c’est quasiment du 1vs1 systématique derrière.

    Et du coup ne pense tu pas qu’ils aurait du revenir en 5-3-2 au changement tactique parisien pour garder un homme en plus derrière?

    Pastore, je reste persuadé que son seul avenir à Haut niveau c’est en meneur de jeu, mais il faut accepter qu’il travail moins défensivement et trouver des parades pour combler.

  5. the teacha dit :

    @florent: C’est un peu normal qu’il y ait eu moins de tirs que face à Ajaccio vu que les corses campaient dans leur surface.
    Laurent Blanc à évoqué un problème défensif à régler car il prend trop de buts. Tactiquement il se doit juste de jouer avec un bloc plus haut car les équipes sont tellement motivées à briller contre Paris qu’il faut les prendre à la gorge et leur empecher toute initiative.
    Après tout Montpellier n’a eu que 2 occaz », ajaccio une et nantes à part quelques corners et une belle tete stoppée par sirigu, il n’y a pas eu grand chose.
    Donc priorité à l’animation offensive et avec la reception de Guingamp la semaine prochaine au parc, encore un promu, ca m’etonnerait pas que le coach test une derniere formation genre 4-2-3-1 avec Ibra derriere Cavani et Lucas et Lavezzi sur les cotés en faisant sauter notre ami Pastore.
    Puis avec la treve internationale qui va suivre, laurent blanc aura tout le temps de choisir avec quelle formation il fera sa saison.

  6. Kanaritude dit :

    J’étais au match et je peux vous confirmer que Lucas Moura a permis aux Parisiens de l’emporter. Effectivement, Pastore est clairement un 10 pour moi.
    Nantes n’a pas eu qu’une tête loin de là, Paris a eu très chaud sur au moins 7 phases.

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