Manchester United 0-0 Chelsea, l’analyse tactique

Alors que la Ligue 1 attend toujours son premier choc de la saison (Marseille-Monaco, dimanche prochain), la Premier League a dégainé dès ce lundi soir avec un Manchester United-Chelsea qui était supposé lancer les hostilités tout en clôturant la 2eme journée… Mais la rencontre n’a pas été à la hauteur des attentes et des talents présents sur la pelouse. Insipide et sans intensité, le spectacle proposé laisse penser que les mastodontes du football anglais attendent le mois de septembre pour se dévoiler.

Pourtant au coup d’envoi, tout le monde est là (ou presque). Côté Red Devils, Rooney est titulaire, positionné en soutien de Van Persie. Titulaire lors de la victoire à Swansea la semaine dernière, Giggs fait les frais de ce retour et débute sur le banc (De Gea – Jones, Ferdinand, Vidic, Evra – Valencia, Cleverley, Carrick, Welbeck – Rooney, Van Persie). De son côté, José Mourinho procède à deux changements par rapport au onze de départ qui a difficilement battu Aston Villa en milieu de semaine dernière : Mata et Ba sortent de l’équipe au profit de De Bruyne et Schürrle, qui connaît du coup sa première titularisation dans le championnat anglais. Une première qui s’annonce difficile, seul en pointe face à la meilleure charnière centrale du Royaume (Cech – Ivanovic, Cahill, Terry, Cole – Ramires, Lampard – De Bruyne, Oscar, Hazard – Schürrle).

Neutralisation totale :

Tactiquement, les premières minutes de la rencontre permettent de découvrir deux organisations défensives  similaires pour bloquer la relance adverse. D’un côté comme de l’autre, les deux attaquants axiaux (Rooney-Van Persie et Oscar-Schürrle) se replacent au niveau du rond central et s’oppose aux rampes de lancement adverses (Ramires-Lampard et Carrick-Cleverley). Derrière eux, deux lignes de quatre quadrillent leur moitié de terrain. Sur les côtés, ailiers et latéraux s’affrontent. Dans l’axe, défenseurs centraux et milieux composent avec les déplacements des attaquants adverses (décrochages, mouvements dans l’axe etc…).

Avec le ballon, seuls les défenseurs centraux sont épargnés : de chaque côté du terrain, ce sont donc Vidic, Ferdinand, Cahill et Terry qui se chargent de la relance en début de partie. Evidemment, les solutions courtes manquent en raison de la position des deux blocs en phase défensive. L’axe étant bloqué, seuls les latéraux peuvent récupérer les ballons… mais les adversaires profitent de ces transmissions latérales pour mettre en place leur pressing dans le couloir, et forcer l’équipe adverse à reculer pour ne pas se retrouver en difficulté. Car d’un côté comme de l’autre là encore, les contres peuvent partir très vite…

Manchester relance. Carrick et Cleverley sont pris par Oscar et Schürrle. Vidic peut toutefois s'avancer avec le ballon.

Manchester relance. Carrick et Cleverley sont pris par Oscar et Schürrle. Vidic peut toutefois s’avancer avec le ballon.

Chelsea à la relance. Lampard profite de l'espace accordé par Van Persie pour tenir le ballon, mais les solutions ne se bousculent pas...

Chelsea relance. Lampard profite de l’espace laissé par Van Persie pour garder le ballon, mais les solutions ne se bousculent pas.

Manchester United : la largeur à défaut de profondeur

Pour les deux équipes, il s’agit donc de trouver des solutions pour envoyer le jeu dans le camp adverse et développer leurs attaques. Pour Manchester United, cela passe d’abord par le jeu long : l’équipe s’appuie en effet sur l’avantage physique de Valencia sur Cole. A plusieurs reprises, l’Equatorien est directement ciblé par Carrick, Ferdinand ou même Vidic. Qu’il gagne ou non ses duels, l’important pour Manchester United est d’être présent sur les seconds ballons. Rooney ou Van Persie mettent la pression sur Terry et Cahill ; Jones s’impose aisément à l’impact face à Hazard et la paire Cleverley-Carrick suit les attaquants afin de presser Ramires et Lampard.

C’est d’ailleurs un pressing gagnant des deux milieux mancuniens qui permet à Van Persie de toucher enfin le ballon dans la surface adverse (23e). Au fil des minutes, Manchester United adapte aussi sa relance. Carrick et Cleverley décrochent à tour de rôle entre Ferdinand et Vidic. La ligne de relance s’écarte de l’axe Oscar-Schürrle et se crée des possibilités de passes à destination de Rooney ou Welbeck qui décrochent au milieu de terrain. Bien suivis par Lampard et Ramires, ces mouvements ne permettent toutefois pas à Manchester United d’accélérer le jeu vers les buts adverses.

Tout au plus, ils offrent aux Red Devils la possibilité de bien faire circuler le ballon sur la largeur. Très souvent, ils vont donc développer leurs offensives d’une aile à l’autre, démarrant par exemple de la zone de Valencia pour finir de l’autre côté par une montée de Evra (la réciproque étant vraie avec Jones ou Valencia en fin de mouvement à droite). Sur ce point, le repli défaillant des deux attaquants de Chelsea (Oscar et Schürrle) est une aubaine pour les Mancuniens puisqu’il libère Carrick et Cleverley, qui se retrouvent libres de renverser le jeu depuis le rond central.

Très mobile, Rooney décroche offrir un relais à ses milieux de terrain.

Très mobile, Rooney offre un relais à ses milieux de terrain. Focalisant l’attention des milieux adverses, il permet à Cleverley et Carrick d’organiser tranquillement le jeu depuis le rond central. Ici, celui-ci part côté gauche vers Evra et Van Persie.

Chelsea : décrocher pour ressortir le ballon

De leur côté, les Blues n’ont pas la solution du jeu long pour faire reculer le bloc adverse et s’ouvrir ensuite le terrain. Ils doivent donc compter sur la capacité de leurs attaquants à se rendre disponibles. A ce jeu-là, c’est Oscar qui sort du lot (et de loin). Lampard et Ramires étant bloqués par Van Persie et Rooney, le milieu brésilien redescend à leur hauteur afin de prendre en charge les lancements de jeu. Avec Hazard en principale menace pour la défense mancunienne, Oscar trouve des espaces sur le côté gauche, où Valencia évolue assez bas afin de couper les transmissions vers l’ancien leader technique du LOSC. Côté opposé, l’apport limité de Ivanovic en phase offensive permet à Welbeck de revenir participer à la récupération de balle dans l’axe, limitant de fait les espaces pour les décrochages du meneur de jeu adverse.

Afin de compenser l’absence de son meneur de jeu aux avants-postes, De Bruyne quitte l’aile droite pour se rapprocher de Schürrle et Hazard. Oscar se retrouve au niveau de la ligne médiane, avec trois solutions à atteindre au coeur du bloc mancunien, dans la zone normalement gardée par Carrick et Cleverley. Si les transmissions sont possibles, les Blues ne sont toutefois pas forcément les premiers à la réception. Le repli de Rooney et Van Persie compense les montées de Ramires, Lampard et Oscar dans l’axe, limitant les possibilités d’enchaîner dans les 25 derniers mètres. Qui plus est, Manchester profite de ces lancements de jeu excentrés pour mettre en place son pressing et bloquer son adversaire sur un demi-terrain.

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Un lancement de jeu d’Oscar à gauche. Cleverley sort au pressing afin de l’empêcher de progresser. Dans son dos, Valencia, Carrick et les défenseurs encerclent les trois attaquants des Blues. Au cas où le ballon ressort dans l’axe, Rooney, Van Persie et Welbeck sont prêts à revenir défendre sur Lampard ou Ramires.

Les Red Devils procèdent ensuite très rapidement en contre-attaque, exploitant notamment les espaces dans le dos de Cole qui occupe le couloir gauche en phase offensive. Rooney se charge de prendre la profondeur, alors que Van Persie sert de point d’appui dans le rond central pour le lancer. Côté opposé, Welbeck repique dans l’axe afin d’accompagner l’attaque. Malheureusement pour les Mancuniens, et pour le spectacle, la défense de Chelsea prend à chaque fois le dessus sur les attaques.

Conclusion :

Et ses histoires se répètent quasiment à l’identique après la pause. Chelsea met tout de même un peu plus d’intensité défensive, et subit moins le rythme (déjà peu élevé) dicté par les Mancuniens. Les changements opérés par les deux entraîneurs n’ont pas de réelles conséquences sur l’affrontement. Pour Moyes comme pour Mourinho, l’essentiel est d’abord de conserver la rigueur défensive qui permet à leurs équipes de ne pas concéder de réelles occasions. La formule dit que « les points pris ne sont plus à prendre » : sur ce match, pour les deux équipes, il s’agissait surtout de ne pas en perdre. Et tant pis pour le rendez-vous manqué.

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5 réponses

  1. zord dit :

    Très belle analyse, ton article est vraiment très bien ;)

  2. Titov dit :

    Analyse très pertinente comme toujours. Un match sans relief limite ennuyant.
    On critique toujours Oscar sur la télévision mais il sort toujours du lot coté Chelsea. Hazard pas en forme, De Bruyne pas percutant, et Mata sur le banc. Mou ne voulais pas gagner ce soir apparemment et il n’a plus Christiano Ronaldo pour marquer des buts.

    Assez déçu du match de Chelsea et le recrutement de Rooney vu le match d’hier est plus qu’indispensable

  3. Mister foot dit :

    L’ombre de Rooney a fortement plané sur la rencontre

  4. janjan dit :

    Bon article comme d’habitude mais je vous trouve trop gentil pour Chelsea.
    Il faut peut être dire que Mourinho représente la négation du foot : il joue sans attaquant et bientôt les journalistes vont trouver cela génial et le comparer à Barcelone qui jouait sans attaquant alors que les desseins des 2 équipes et des 2 entraîneurs ne sont pas du tout les mêmes : Barcelone ne refusait pas le jeu mais, au contraire, le créait. De plus, il joue sans Mata qui est l’un des seuls à pouvoir créer et déstabiliser l’adversaire. Je pense qu’il ferait mieux d’aller voir ailleurs (Pourquoi pas Arsenal à qui ce joueur ferait du bien ?).
    Avec sa tactique, on ne sait pas qui joue à telle ou telle place ?
    Si Rooney y allait, il se retrouverait peut être à jouer arrière latéral.

    Et en plus, les médias disent qu’il a changé. Pourtant, il vient d’allumer Moyes avant ce match et Guardiola avant la Super Coupe d’Europe contre le Bayern par des allusions à peine déguisés.
    Il ferait mieux de s’occuper du jeu de son équipe.

  5. sebtheouf dit :

    Merci pour l’analyse. Juste une remarque. C’est vraiment pas grand chose, mais pour moi united était en 4-4-2…

    Rooney même s’il décroche, et redescent plus bas, ca reste un attaquant dans son impact dans le jeu pour moi.

    Ce qui compte c’est bien sur l’animation, mais dans une époque ou on nous rabache que le 442 ne fonctionne pas…

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