Paris SG 3-0 Saint-Etienne : l’analyse tactique

En tête du championnat après 4 victoires en autant de journées, le PSG a tout de même connu juste avant la trêve un match compliqué face à l’AS Saint-Etienne. Flatteur, le score de 3-0 était très dur pour les Stéphanois, qui avaient su réduire l’attaque parisienne à presque rien en première mi-temps. Unai Emery l’avait d’ailleurs reconnu en conférence de presse (« un écart de 3-0 aujourd’hui, c’est beaucoup par rapport à ce qui s’est passé sur le terrain »).

Retour en détails et en vidéos sur cette rencontre pour revenir sur les difficultés parisiennes… et les enseignements qui ont pu en être tirés par le staff.

« Ce match nous a donné beaucoup d’informations pour nous améliorer mais aussi pour l’adaptation de Neymar à nous, à l’équipe, dans le championnat et par rapport aux équipes adverses. » (Unai Emery)

Saint-Etienne : le plan de jeu d’Oscar Garcia 

Avant de parler de Paris, il faut d’abord revenir sur la performance de son adversaire. Oscar Garcia s’était-il inspiré des choix de son prédécesseur au moment d’aborder ce match ? Impossible de le savoir mais toujours est-il que son équipe s’est présentée au Parc des Princes avec une défense à trois (Théophile-Catherine, Perrin, Pierre-Gabriel) que l’on avait déjà vu sous la direction de Christophe Galtier.

Devant celle-ci, on retrouvait ensuite un bloc médian avec deux milieux axiaux (Selnaes-Maïga), deux latéraux (Silva, Janko), deux excentrés (Dabo, Hamouma) et un attaquant de pointe (Bamba). Face à la relance parisienne, l’équipe ressemblait à peu près à ça.

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Derrière Bamba, les quatre milieux de terrain formaient une ligne compacte, de manière à empêcher la relance parisienne de progresser dans l’axe. L’idée était d’amener le PSG sur les côtés et de piéger les solutions qui se proposaient alors à l’intérieur, entre les lignes.

Lorsque Paris parvenait à progresser dans l’axe, le bloc stéphanois réduisait les espaces entre ses lignes de manière à priver le porteur de solutions en profitant de son surnombre (3 centraux + 2 milieux déf).

Rien de révolutionnaire là-dedans, mais l’exécution était bonne et les Stéphanois se sont montrés efficaces dans leurs interventions. A la pause, les joueurs à vocation défensive n’avaient manqué que 2 tacles (sur 11). La véritable force de l’équipe résidait dans sa capacité à défendre collectivement et à créer des prises à deux ou trois sur les individualités parisiennes.

Sur les 45 premières minutes, le bloc n’a été finalement pris à défaut qu’à une seule reprise… sur l’action menant au penalty transformé par Cavani (20e). Il s’agit là de l’une des rares séquences qui a vu les Parisiens réussir à combiner dans l’axe. La défense stéphanoise s’est retrouvée en difficulté, coincée entre le besoin de réduire les espaces entre les lignes et l’appel de Cavani dans la profondeur.

Evidemment, le plan de jeu ne se résumait pas qu’à la défense. Les ballons récupérés devaient offrir aux Stéphanois des possibilités en contre-attaque. Sur ce point, tout n’a pas été parfait mais les Verts ont réussi quelques sorties de balle intéressantes. En les orientant vers les côtés, ils cherchaient à profiter des espaces dans le dos des latéraux parisiens.

Ils se sont notamment appuyés sur les courses de leurs latéraux (Janko, Silva) pour accompagner les remontées de balle et perturber le repli du club de la capitale. Ils ont ainsi souvent forcé les milieux parisiens chargés de la couverture dans le camp adverse à s’excentrer, ouvrant des brèches dans l’axe, qui pouvaient ensuite être exploitées pour atteindre le côté opposé.

Evidemment, des courses aussi longues ont été de plus en plus difficiles à reproduire. Une des raisons qui expliquent les difficultés stéphanoises en deuxième mi-temps.

Des Parisiens gênés, une structure en danger  

Un chiffre suffisait pour résumer les difficultés du PSG durant le premier acte : il n’ont tiré qu’une seule fois au but… et c’était le penalty du 1-0 (20e-. Dans le jeu, c’est l’ASSE qui s’est même crée la plus belle opportunité avec un face-à-face entre Bamba et Aréola (24e).

Sur cette séquence, les Verts ont profité de problèmes visibles dans la structure offensive du PSG depuis le début de la saison. On l’a déjà mentionné : les milieux sont plus tournés vers l’avant, les joueurs à vocation offensive sont plus libres et les latéraux toujours très haut. Tout cela peut mettre le PSG en situation précaire dans le camp adverse si le ballon est perdu et que le pressing à la perte est évité par l’adversaire.

Face à Toulouse déjà, les Parisiens avaient été « à la limite » à plusieurs reprises. A la pause, Andy Delort avait observé que la défense centrale parisienne pouvait se retrouver dans des situations de deux-contre-deux. Heureusement pour Paris, Thiago Silva, Marquinhos et Kimpembe sont tous les trois au niveau en ce début de saison, n’hésitant pas à sortir très haut pour couper les velléités adverses (parfois en concédant des fautes).

Mais si ce problème s’est plus vu face à Saint-Etienne que face à Toulouse, c’est aussi parce que les Parisiens ont perdu plus de ballons. Remplaçant de Verratti, Pastore a vécu une première mi-temps désastreuse, marquée par un grand nombre de pertes de balle et de passes manquées. Ce fut la même chose pour Neymar sur son aile gauche. Bref, Paris n’a pas eu la maîtrise habituelle et a ainsi offert des munitions à son adversaire.

Un plan anti-Neymar ? 

Après deux démonstrations face à Guingamp et Toulouse, Neymar a vécu une partie plus compliquée. A la mi-temps, il affichait déjà 7 pertes de balle (rappel : 5 contre Guingamp – 9 contre Toulouse en 90 minutes) et 77% de passes réussies sans avoir produit la moindre occasion (0 tir, 0 passe-clé).

Il faut dire que les Stéphanois lui ont prêté une attention particulière. Ses prises de balle dos au but ont fait l’objet de réactions quasi-immédiates : un joueur réduisait l’espace le plus rapidement possible pour ne pas lui laisser le temps de se lancer tandis qu’un autre se plaçait en couverture. Lorsqu’il était face au jeu, il s’agissait d’avoir un élément pour le cadrer et ralentir sa course en attendant l’intervention d’un ou deux autres partenaires pour lui prendre le ballon.

C’est avec des prises à deux ou trois que l’AS Saint-Etienne a réussi à « réduire » l’influence du Brésilien : il n’a pas tenté sa chance (6 tirs contre Guingamp et Toulouse) et n’a donné que 2 passes-clés à l’extérieur de la surface (7 contre Guingamp dont 4 dans la surface ; 6 contre Toulouse dont 2 dans la surface). Ils n’ont toutefois pas pu l’empêcher d’être impliqué sur les 3 buts parisiens…

Au-delà des effets du plan de jeu, ce n’était pas non plus la meilleure version de Neymar sur la pelouse du Parc ce soir-là. Le Brésilien a souvent surjoué en cherchant le dribble, s’énervant contre certaines décisions de M.Turpin et oubliant de faire profiter à ses partenaires des espaces qu’il pouvait créer en fixant l’attention de plusieurs adversaires. A sa décharge, ces derniers étaient parfois trop spectateurs, notamment en première mi-temps où il était souvent esseulé.

Recadré (?) à la mi-temps, il a réussi sa deuxième période, tirant le coup-franc du 2-0 et délivrant ses 2 passes-clés en plus d’une superbe avant-dernière passe sur le 3ème et dernier but de son équipe. Il a largement profité du repositionnement de Pastore (voir par ailleurs) : l’Argentin lui a offert un point d’appui supplémentaire entre les lignes qui n’existait pas jusque-là dans le 4-3-3à.

PSG : des espaces sur les ailes mais pas assez de monde dans la surface de réparation

Les problèmes de positionnement dans le camp adverse et le déchet technique ont donc pesé lourd sur la première mi-temps parisienne. Mais il restait une option pour faire la différence : insister sur les côtés, et particulièrement à droite avec les montées de Meunier et les lancements de jeu de Di Maria.

L’Argentin a souvent quitté le half-space où attendaient les Stéphanois pour demander la balle dans le couloir, fixer son vis-à-vis et finalement lancer son latéral en profondeur. Les centres de ce dernier n’ont en revanche jamais trouvé preneurs (jusqu’au 3ème but), la faute à des Parisiens qui n’accompagnaient pas assez ces mouvements dans la surface. Cavani était souvent esseulé, pris entre les 3 centraux.

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On touche à l’une des habitudes des milieux parisiens ces dernières années, souvent peu attirés par le but adverse. Le constat s’est accentué avec le départ d’Ibrahimovic, qui a certes repositionné Cavani dans l’axe mais a aussi changé le profil du joueur sur l’aile. Di Maria et Neymar ne sont pas des chasseurs de but sur ce genre de situations. A voir quelle sera l’évolution si Mbappé se retrouve dans une de ces zones.

Le but inscrit par Rabiot lors du dernier Trophée des Champions laissait tout de même espérer une progression dans ce secteur. Alors que Paris se retrouvait dans la même situation, face à un adversaire difficile à manoeuvrer dans le coeur du jeu, le milieu de terrain s’était crée deux occasions franches (pour un but) en finissant dans la surface adverse.

Face à Saint-Etienne, on ne peut que regretter que le jeune international français n’ait pas été plus attiré par la surface. On peut dire la même chose de Pastore même si l’Argentin a beaucoup moins le profil pour s’imposer ainsi dans les 16m.

Deuxième mi-temps : Paris rectifie son positionnement

En conférence de presse à l’issue de la rencontre, Unai Emery est revenu sur les corrections apportées par son staff entre les deux mi-temps : « En première mi-temps, et c’est aussi lié à mon travail et à celui du staff, nous n’étions pas bien positionnés sur le terrain. Nous avons mieux maîtrisé en seconde mi-temps, avec un autre positionnement, et Pastore a besoin de jouer plus près du but adverse. »

Sur la pelouse, le principal changement a en effet concerné la position du meneur argentin, qui a évolué un cran plus haut. L’équipe est passée de son habituel 4-3-3 à un 4-2-3-1 avec Pastore en position de n°10 et un double pivot Rabiot-Motta.

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En évoluant plus haut sur le terrain, Pastore a apporté le soutien avancé qui manquait à Neymar jusque-là lors de ses prises de balle côté gauche. L’occupation de l’espace entre les lignes était bien meilleure et il leur était beaucoup plus facile de conserver le ballon. En mettant plus de monde dans la zone côté ballon, ils évitaient aussi les surnombres qui permettaient jusqu’ici à Saint-Etienne d’effectuer ses prises à deux ou trois.

C’est ainsi que le PSG a pu commencer à développer son jeu. Penchant naturellement à gauche pour préparer les actions, les Parisiens ont souvent terminé à droite (cf. 3ème but), zone dans laquelle Di Maria et Meunier ont continué à bien s’entendre.

Le PSG serait-il au bord d’une grande évolution sur le plan tactique ? Les différences entre la première mi-temps en 4-3-3 et la deuxième en 4-2-3-1 pourraient le laisser penser. L’arrivée de Kylian Mbappé offre en plus de nouvelles possibilités à Unai Emery, qui pourrait même tester des solutions à deux attaquants (4-4-2 à plat ou en losange).

Néanmoins, il ne faut pas non plus oublier que Paris a abordé cette rencontre sans Marco Verratti et Daniel Alves, deux éléments qui garantissent une meilleure maîtrise technique. L’absence de l’Italien peut d’ailleurs peut-être expliquer la timidité de Rabiot en première mi-temps, et donc l’absence de véritable soutien intérieur à Neymar pendant le premier acte. Un vide qui a donc été compensé par le repositionnement de Pastore après la pause.

Bref, s’il va falloir encore patienter pour savoir quel sera le futur de l’organisation parisienne, on est déjà sûr d’une chose : personne à Paris n’a eu un effectif aussi riche. Les possibilités d’organisation sont énormes et on ne peut désormais qu’attendre la suite.

Un PSG, enfin réaliste ? 

Au passage, terminons avec une autre nouveauté par rapport à la saison dernière : le PSG est enfin performant à la finition. La saison dernière, les Parisiens avait terminé le championnat avec 83 buts marqués pour 79,8 annoncés par les Expected Goals (source : cotestats.fr). Une performance moyenne pour un effectif doté d’attaquants talentueux. A titre de comparaison, l’AS Monaco avait fini avec 107 buts marqués pour 71,8 annoncés…

Cette saison, après 4 journées, l’équipe parisienne tient quasiment le même rythme effréné de son rival : 14 buts marqués pour 8,22 annoncés, avec 2 penaltys et 1 csc (Monaco en est à 14 buts inscrits pour 7,6 annoncés). Certains parleront de réussite, d’autres préfèreront retenir que les Parisiens se sont justement dotés de joueurs capables d’exploits individuels.

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4 réponses

  1. Gabriel dit :

    Franchement, merci énormément pour le nombre et la qualité de tes analyses. C’est aussi extrêmement didactique et m’a permis de comprendre et aussi désormais d’analyser beaucoup mieux les matchs de foot.
    Le travail fourni est vraiment remarquable, je ne peux que t’encourager à ne pas arrêter car j’apprends toujours de nombreuses choses, me rends compte de détails que je n’avais pas vus pendant le match en direct. Donc encore une fois, merci beaucoup pour ce gros travail.

  2. florent muret dit :

    Super, merci pour l’analyse. Juste pour la fomre, il ne manque pas un mot dans ta phrase ?:
    L’absence de l’Italien peut d’ailleurs peut-être la timidité de Rabiot en première mi-temps, et donc l’absence de véritable soutien intérieur à Neymar pendant le premier acte.
    A bientôt

  3. MOUDADA Lautrec dit :

    Merci encore pour la qualité de l’analyse
    D’abord c’est une joie de voir Saint Étienne avoir un vrai plan de jeu et s’en tenir
    Un vrai effet Garcia dans la manière de jouer contrairement à l’équipe de Galtier toujours à la rue contre Paris
    Un milieu très travailleur, Dabo, Selnaes…
    Ensuite cette capacité à museler Neymar autant qu’ils pouvaient dans l’intelligence sans faire un nombre excessif de fautes
    Enfin un PSG qui n’accélère pas le jeu, suffisance ou besoin d’user l’adversaire et le pousser à sortir? tant que ça marche on applaudit la capacité à gagner sans forcer… Mais face à des équipes comme l’Atlético qui ont fait de la capacité à se recroqueviller et contrer un art, cela risque d’être insuffisant surtout quand on connait les stats des gardiens du PSG lors des grands rendez vous.
    Et chapeau à Neymar pour son envie de toujours aller de l’avant quelque soit le nombre d’adversaires autour de lui!

  4. Simon Jeremy dit :

    C’est génial d’avoir un site comme celui-ci. Bravo pour les vidéos explicatives qui couronnent le tout.
    Merci, c’est un pur plaisir que de pouvoir apprendre et comprendre la tactique.

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