Ligue 1 / La phase aller en stats : les buteurs

Mieux vaut tard que jamais. Presque un mois après la reprise du championnat, voilà le dernier (?) volet de notre bilan statistique de la phase aller. Après les gardiens et les équipes, place aux buteurs. L’article suit la même trame que celui sorti en fin de saison dernière et s’appuie comme d’habitude sur les données de cotestats.fr.

xG.tir et taux de conversion 

Ce premier tableau passe volontairement sur le volume (nombre de tirs/match) pour s’arrêter sur les deux autres données qui permettent de qualifier un finisseur : la qualité de ses tentatives (xG.tir) et de sa finition (taux de conversion).

Apparaissent dans le tableau uniquement les joueurs dépassant les 1,5 tirs (per 90). Pour les différences de taille entre les noms, les joueurs écrits en plus gros tirent plus de 2 fois (per 90). Ce nuage de points permet notamment de voir qui, à qualité de tirs égale, s’en sort le mieux.

A l’extrémité droite du tableau, on constate ainsi que quatre joueurs se procurent en général de grosses occasions (plus de 20% de chances de marquer par tir) : Edinson Cavani et Kylian Mbappé pour le PSG, mais aussi Luis Ocampos (OM) et Guido Carrillo (Monaco).

Le plus efficace serait donc l’ex-Monégasque, parti cet hiver à Southampton. Un tel transfert n’est d’ailleurs pas un hasard, les Saints souffrant de problèmes de finition depuis plusieurs saisons maintenant. Attention toutefois aux conclusions hâtives : l’Argentin a été efficace mais son temps de jeu a été très limité (427 minutes), s’accumulant surtout sur des fins de match (défense fatiguée = pression plus faible ?). Par ailleurs, rien ne garantit le fait qu’il aura des positions aussi favorables en Première League.

Ceux qui ont encore en tête les chiffres de la saison dernière peuvent être surpris du rendement finalement moyen de Kylian Mbappé. L’an passé, il avait été un buteur exceptionnel pour l’AS Monaco, frôlant les 30% de réussite malgré des positions de tir bien moins favorables (autour de 0,15 xG.tir) que cette saison.

Comment expliquer une telle différence ? Il faut peut-être aller au-delà de ce que peuvent modéliser aujourd’hui les Expected Goals. En plus de sa position plus excentrée sur le terrain, Mbappé a beaucoup moins l’occasion de briller sur du jeu rapide et des transitions, comme il avait pu faire la saison dernière. Les défenses sont plus regroupées, les défenseurs mettent plus de pression, et l’espace-temps pour finir en est forcément réduit malgré des positions de tir souvent plus favorables.

Son évolution sur la deuxième partie de saison, notamment ses performances en Ligue des Champions dans des matchs qui seront a priori plus ouverts pour lui, sera intéressante à suivre et à analyser.

Neymar, efficace dans la difficulté 

Troisième et dernier membre de l’attaque parisienne, Neymar réussit lui des choses bien plus compliquées. A la trêve, son xG.tir approchait les 11%, ce qui ne l’empêchait pas de flirter avec la barre des 20% de réussite. Une efficacité qui le place naturellement parmi les meilleurs finisseurs du championnat… ce qui est finalement une nouveauté pour lui.

Comme le montre le tableau ci-dessus (source : Understats.com), c’est la première fois depuis la saison 2014-15 que le Brésilien a vraiment le pied chaud quand il s’agit de finir le travail. En terme de production offensive, il est sur les bases de sa meilleure saison barcelonaise (2015/16)… l’efficacité en plus. Bref, son premier exercice en France devrait lui permettre de faire au minimum tomber quelques records personnels.

Il n’est d’ailleurs pas le seul Brésilien à briller dans la difficulté. Dans l’ombre de son idole, Malcom affiche un meilleur taux de conversion malgré des positions encore plus difficiles. Thiago Mendes et surtout Luiz Gustavo sont dans le même cas, ayant débloqué plusieurs situations pour Lille et l’OM sur des frappes lointaines. En ajoutant le Nantais Girotto, cela fait du Brésil la nation la plus représentée parmi les joueurs les plus efficaces (dans le vert).

Concurrence interne : les exemples bordelais et troyens

A Bordeaux et à Troyes, les n°9 en début de saison s’appelaient Nicolas De Préville et Adama Niane. Deux hommes qui ont perdu leurs places respectives au cours de la phase aller. Les chiffres expliquent facilement pourquoi.

A Bordeaux, le repositionnement de l’ancien Lillois à la pointe de l’attaque a été un énorme échec. Ce dernier a manqué d’efficacité mais sans doute aussi d’intelligence. Son xG.tir moyen ne dépassait pas les 7% de réussite, ce qui est très faible pour un attaquant. Il n’a pas su se mettre en bonne position pour briller à ce poste.

Certes, le fond de jeu de l’équipe était insuffisant mais dans la même position, avec les mêmes coéquipiers et le même collectif, Alexandre Mendy a obtenu de meilleures positions de tir et s’est montré plus efficace. Sa blessure face à Strasbourg a stoppé sa progression dans la hiérarchie bordelais et replongé l’équipe dans le marasme offensif. Heureusement, en janvier les Girondins ont récupéré une nouvelle solution devant en la personne de Gaetan Laborde.

L’histoire a été la même à Troyes avec un Adama Niane en difficulté à la finition, tant pour se créer de bonnes positions de tir que pour les mettre au fond. Après avoir joué des bouts de match en octobre, le Coréen Suk a enfin pu enchaîner les matchs en novembre-décembre, concluant cette séquence avec 5 buts dont un double à Monaco (défaite 3-2). Malheureusement pour lui, il s’est à nouveau blessé et l’ESTAC doit s’en remettre à Niane, faute de solution sur le banc.

xG(per90) et buts(per 90) 

Ce deuxième tableau introduit le volume. On retrouve d’un côté la production (abscisse : xG per 90) et de l’autre la finition (ordonnée : buts per 90). Plus un joueur est au-dessus de la diagonale centrale, plus il a été efficace durant la phase aller. Ne sont mentionnés dans le tableau que les joueurs dépassant 0,2 xG (per 90), 0,2 buts (per 90) ou les deux.

La première remarque à faire, c’est que personne ne rivalise avec Edinson Cavani et Kylian Mbappé en terme de production. En dépassant les 0,70 xG par match, ils sont très loin devant la concurrence. Troisième de ce classement, Ocampos pointait à 0,58 xG à la trêve. A titre de comparaison, au niveau européen (source : Understats.com), on retrouve : Aubameyang (1,05 xG per 90), Lewandowski (0,97), Ronaldo (0,93), Messi (0,92), Suarez (0,88), Kane (0,88), Aguero (0,85), Immobile (0,84) et Salah (0,81).

A noter que pour la première fois de sa carrière sous les couleurs parisienne, Cavani est en réussite. A l’instar de Neymar, il est lui aussi sur les bases d’une saison record sur un plan personnel.

Derrière les deux joueurs de la capitale, on retrouve une dizaine de joueurs estampillés « buteurs » (> 0,4 xG). Derrière Carrillo, on constate la réussite du pari Mariano du côté de l’Olympique Lyonnais. L’ancien avant-centre de la Castilla était en réussite à la trêve avec 14 buts inscrits pour 9 xG produits environ. Son but récent face à l’AS Monaco semble indiquer qu’il n’a d’ailleurs aucunement l’intention de ralentir.

Mais le Dominicain a encore beaucoup de chemin à faire pour rattraper celui qui se pose toujours comme le roi des avant-centres du championnat : Falcao. Avec 0,75 buts pour 0,41 xG, l’attaquant colombien tient encore une cadence infernale… bien que légèrement en-deça par rapport à la saison dernière et en retrait surtout par rapport à l’énigme Clinton Njie, xG-darling devant l’éternel.

De l’autre côté de la barrière, la déception se nomme évidemment Kostas Mitroglou, souvent mis en bonne position mais qui manque cruellement de réalisme. Un simple retour à l’équilibre de l’attaquant grec serait un atout non-négligeable pour l’OM dans la course à la 2ème place. A suivre alors qu’il a eu l’occasion de reprendre confiance face à Metz et Bourg-en-Bresse (4 buts en 2 matchs) ?

Un peu plus loin dans le tableau, Nabil Fekir suit Neymar de très près entre 0,5 et 0,6 buts (per 90) pour une production (xG) à peu près équivalentes. Dans cette partie du tableau, ils sont accompagnés d’autres joueurs à tout faire en attaque : Keita Baldé, Karl Toko-Ekambi ou encore Memphis Depay. A noter d’ailleurs que dans sa lutte à distance avec Florian Thauvin pour une place dans les 23, Fekir avait pour lui d’être plus efficace à la trêve que le Marseillais. A suivre sur les quelques mois de compétition restants…

Puisque nous venons de le citer, arrêtons-nous sur les performances de Karl Toko Ekambi qui est un candidat au titre de meilleur progression de la saison. Avec 11 buts et 3 passes décisives, il est impliqué sur plus de la moitié des buts du SCO en championnat (14 sur 27). Et les stats avancées suivent puisque par rapport à la saison dernière, il produit 50% de xG en plus (de 0,19 à 0,28) tout en étant beaucoup plus performant à la finition (de 0,21 à 0,41). S’il tient ce rythme jusqu’au bout de la saison, il pourra quitter Angers avec le sentiment du devoir accompli.

Sur-performance : qui s’en tire le mieux ?

Pour terminer, éloignons-nous des cas individuels pour regarder quelles sont les équipes les plus représentées parmi les joueurs en sur-performance (+ de 1,25 buts/xG).

Une équipe se dégage au-dessus de toutes les autres… et non il ne s’agit pas du Paris Saint-Germain mais bien de l’Olympique Lyonnais avec cinq joueurs « chauds » durant la phase aller : Mariano, Fekir, Depay, Cornet et Aouar. Derrière l’OL, on retrouve le Paris Saint-Germain et Dijon avec quatre représentants chacun (Neymar, Cavani, Pastore, Meunier d’un côté – Saïd, Tavares, Kwon et Jeannot de l’autre). Suivent ensuite l’AS Monaco, Troyes et Lille avec trois joueurs dans le vert… l’ESTAC étant en revanche plombé par la présence de deux joueurs parmi les moins efficaces (Grandsir et Niane).

Dans le tableau ci-dessous, on a additionné les xGp90 de tous les joueurs de toutes les équipes de Ligue 1. Le xG d’un joueur en surperformance apparaît en vert, un joueur à l’équilibre ou l’approchant est en bleu, un joueur en sous-performance est en rouge. Cela permet de voir rapidement le poids des joueurs efficaces dans le bilan de l’équipe.

Exemple avec l’OL : les cinq joueurs en grande réussite devant le but représentent près de 76% des xG de l’équipe.

Sans surprise, on retrouve l’AS Monaco et Dijon derrière l’Olympique Lyonnais. Les trois équipes s’étaient déjà distinguées dans notre précédent article sur le sujet. Pour ce trio, les joueurs « chauds » représentent plus de 50% des Expected Goals de leurs formations respectives.

Candidat à la deuxième place, l’OM se retrouve finalement assez loin dans ce tableau. Mitroglou plombe une partie du bilan et les joueurs les plus efficaces sont des éléments à faibles xG(per90) : Luiz Gustavo et Njie. La montée en puissance de l’équipe durant le mois de janvier laisse toutefois imaginer une vraie progression sur la phase retour.

A l’extrémité droite, quatre équipes n’ont pas de joueur « en chaleur » pour le moment : Toulouse, Nantes, Caen et surtout Nice. L’équipe niçoise a même été plombée plusieurs fois par le manque de réussite devant le but d’Alassane Pléa, plus productif que Balotelli mais beaucoup moins efficace. Le retour de Cyprien dans l’équipe, qui avait des chiffres approchant ceux de Luiz Gustavo la saison dernière grâce à ses tirs de loin, pourrait permettre aux Azuréens de faire mieux dans ce domaine durant la phase retour. L’Europe passera forcément par là.

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