Ligue 1 : les gardiens en chiffres (phase aller 2017-18)

Comme chaque saison avant que la Ligue 1 reprenne, l’heure est venue de procéder à différents bilans chiffrés de la phase aller. Pour commencer, ce sont les gardiens de but qui sont à l’honneur pour un 3ème point semestriel. Le premier avait été fait en janvier 2017, le second en mai dernier. Et comme on ne change pas une méthode qui fonctionne plutôt bien, celui-ci développera les mêmes points à savoir :

  • Le nombre de tirs subis et le pourcentage d’arrêts
  • La comparaison Expected Goals subis / buts encaissés
  • L’efficacité face aux Big Chances subies (grosses occasions).

Comme d’habitude, tous les chiffres proviennent du site cotestats.fr, géré par Julien Assunçao que vous pouvez retrouver sur twitter : @Birdace. Autres liens utiles, les stats avancées et les performances individuelles des joueurs de Ligue 1. Pour les nouveaux, vous pouvez aussi lire cette introduction aux Expected Goals qui seront utilisés dans la deuxième partie de cet article.

Dernière chose à préciser, l’échantillon étudié n’a pris en compte que les gardiens ayant subi 20 tirs et plus depuis le coup d’envoi de la saison 2017-18.

Tirs subis et % d’arrêts : le retour d’Anthony Lopes

Commençons par le plus simple en nous arrêtant sur le nombre de tirs subis par les gardiens de Ligue 1 et leur pourcentage d’arrêts. La saison dernière à la même époque (janvier 2017), deux gardiens se distinguaient largement de la masse en dépassant la barre des 85% de tirs arrêtés : Cédric Carrasso et Yoan Cardinale. Troisième, Kevin Trapp les suivait de très près. Comme « tout va très vite dans le football », Carrasso a quitté Bordeaux sans trouver d’autre point de chute en France, tandis que Cardinale et Trapp ont perdu leurs places de n°1 à Nice et au PSG.

Avec 79,73% de tirs arrêtés, c’est Anthony Lopes qui arrive en tête sur cette donnée à l’issue de la phase aller. Notons que ce pourcentage ne lui aurait même pas permis d’être sur le podium l’an passé. Cela reste une belle réaction de la part du portier de l’OL qui avait vécu la pire saison de sa carrière l’an passé, terminant en-dessous de la barre des 70% de tirs arrêtés (68,75%).

Pas loin derrière le portier de l’Olympique Lyonnais, c’est un promu qui se distingue. Regis Gurtner (Amiens) a terminé la phase aller avec 78,31% de tirs arrêtés tout en étant l’un des gardiens les plus sollicités du championnat (6ème). A noter parmi ces derniers que Lafont (73,26%) et Samassa (73,03%) s’en sortent aussi plutôt bien, alors que Reynet (69,32%) et Ruffier (68,67%) sont assez largement en-dessous de leurs performances de la saison passée à la même époque.

Troisième et quatrième gardiens de l’élite en terme de pourcentage de tirs arrêtés, Ciprian Tatarusanu (76,19%) et Benjamin Lecomte (76,09%) partagent un point commun. Ils sont les derniers remparts de deux des trois meilleures défenses du championnat (13 buts encaissés pour Montpellier, 18 pour Nantes). Nous tenterons un peu plus tard d’avoir justement une idée de leur contribution réelle à la solidité de leurs équipes respectives.

Rémi Vercoutre (Caen) complète ce premier top 5… qui met finalement à l’honneur les gardiens de cinq des sept meilleures défenses du championnat (voir le classement ci-dessous) : Lyon, Amiens, Nantes, Montpellier et Caen.

Plusieurs facteurs permettent d’expliquer la différence plus ou moins importante entre le nombre de buts encaissés et les Expected Goals concédés. La performance du gardien de but en fait partie. Avec 29 buts encaissés malgré 21,85 xG.concédés, nous verrons un peu plus loin que les Girondins ont particulièrement souffert de la demi-saison de Benoît Costil.

Avant-dernier gardien du championnat au pourcentage de tirs stoppés (61,90%), le portier des Girondins est accompagné dans le bas de ce classement par Benitez et Cardinale (Nice), Kawashima (Metz) et Michel (Angers). On notera au passage que les statuts de ces gardiens ont tous été remis en cause au cours de la phase aller.

Expected Goals et buts encaissés : la surprise Koubek, la confirmation Lecomte

Mais avant cela, il est temps de ressortir le graphique qui croise les buts encaissés et la valeur totale (en Expected Goals) des tirs subis. Avec toujours le même procédé : ceux qui sont au-dessus de la ligne noire font mieux que prévu, ceux qui sont en-dessous font moins bien.

Ce graphique permet d’aller plus loin que le simple pourcentage de tirs cadrés puisqu’il prend aussi en compte la qualité de chaque tir subi (déterminée en fonction de leur position sur le terrain). Autrement dit, il prend aussi en compte le travail de la défense devant le gardien.

Toujours aux avants-postes avec 1,19xG.subi par but encaissé, Anthony Lopes réalisera sa deuxième meilleure performance en carrière après la saison 2014-15 (1,32 xG.subi/but) s’il parvient à maintenir ce rythme. Il est cependant devancé par deux autres gardiens dans ce classement : le Rennais Tomas Koubek (1,37 xG.subi/but) et le Montpelliérain Benjamin Lecomte (1,31 xG.subi/but).

En dépassant la barre des 1,30 xG.subi/but, les deux hommes se placent dans le top 10 des meilleures demi-saisons enregistrées depuis le début de l’exercice 2016-17 (sur trois sessions donc). Néanmoins, ils restent très loin de celles de Carrasso (aller 2016-17 : 1,91), Cardinale (aller 2016-17 : 1,84), Subasic (retour 2016-17 : 1,67) et Trapp (retour : 1,65).

Si Lecomte et surtout Koubek se retrouvent au-dessus d’Anthony Lopes dans ce classement, c’est parce qu’ils font face à des adversaires en meilleure position pour tirer. Avec xG.tir(subi) de 0,366, Koubek est même le gardien qui fait face aux tirs venant des zones les plus favorables aux attaquants. Lecomte est lui aussi dans le premier tiers de ce classement (6ème, 0,312).

A l’inverse, Anthony Lopes fait face en moyenne à des frappes moins dangereuses (21ème, 0,240). Dans le graphique ci-dessous, on constate d’ailleurs assez logiquement que quatre des cinq meilleures gardiens en terme de pourcentage de tirs arrêtés (Lopes, Vercoutre, Gurtner et Tatarusanu) sont ceux qui subissent en moyenne les tirs à plus faible taux de réussite.

Une remarque qui confirme la très belle saison de Lecomte, exception du top 5 avec un degré de difficulté plus important. Ses arrêts sont plus difficiles que la moyenne (0,312 xG.tir-subi) mais il reste l’un des gardiens les moins sollicités du championnat (2,29 arrêts/90 min). L’étoffe d’un grand ?

La chute de Benoît Costil 

Troisième gardien de l’équipe de France lors de l’Euro 2016, Benoît Costil espérait franchir un palier en rejoignant Bordeaux en mai dernier. Six mois plus tard, il doit se remettre de ce qui a sans doute été la pire demi-saison de sa carrière. Avec un xG.subi/but encaissé de 0,71, il est en tout cas assez loin derrière la concurrence.

Et sa performance pèse très lourd sur le bilan de la défense bordelaise. On l’a vu un peu plus haut : ces derniers ont encaissé 29 buts là où les Expected Goals version cotestats.fr ne leur en prédisaient que 21,85. Le modèle du site Understats.com met la défense girondine dans les mêmes eaux avec 21,05 xG.concédés.

Selon les deux modèles d’Expected Goals, la défense bordelaise devrait normalement se situer dans le premier tiers du championnat (5ème et 6ème) quand, dans la réalité, il ne s’agit que de la 13ème. La saison dernière, Bordeaux avait même concédé un peu plus de xG au même stade de la saison (23,56). Le club avait toutefois pu s’appuyer pendant quelques matchs sur un Cédric Carrasso euphorique sur sa ligne qui lui avait fait gagner pas mal de points (1,92xG/but encaissé).

En carrière, Costil n’a jamais été aussi performant que Carrasso sur sa ligne mais il n’était néanmoins jamais tombé aussi bas. Depuis 2013, il s’était maintenu aux alentours de la moyenne (1,00xG/but encaissé) lors de trois saisons sur quatre, ne tombant à 0,83 qu’une seule fois lors de l’exercice 2015-16.

L’autre stat qui plombe sa performance concerne sa réussite face aux grosses occasions concédées par sa défense. Depuis le début de la saison, Bordeaux a concédé 14 big chances cadrées. 13 ont fini au fond des filets. Résultat : seulement 7% de réussite pour le portier girondin. C’est loin, très loin de ses standards (voir ci-dessus)… et encore plus éloigné de la moyenne générale des gardiens de L1 qui tourne autour des 40% (39,1% sur la phase aller). En tombant en-dessous des 10%, il fait même moins bien que Geoffrey Jourdren qui était en bas de ce classement la saison dernière.

Bref, Bordeaux s’apprête à changer une bonne partie de sa défense mais cela ne servira pas à grand chose si Costil ne retrouve pas son niveau.

Big Chances : le juge de paix ? 

Avant de conclure, arrêtons-nous  un peu plus sur les Big Chances (grosses occasions). Quels sont les gardiens qui en subissent le plus ? Et lesquels sont les plus décisifs dans cet exercice ?

 

Deux gardiens déjà évoqués dans cet article sortent du lot en atteignant ou dépassant la barre des 60% de grosses occasions sauvées : Tomas Koubek (61,5%) et Anthony Lopes (60% et sur les bases d’un record en carrière). Troisième gardien le plus efficace dans ce domaine, Alban Lafont poursuit sa progression. Il était passé de 12,5 à 37,5% dans ce domaine entre 2015-16 et 2016-17, le voilà désormais à 57,1%. A même pas 20 ans, il poursuit son développement et commence à atteindre des chiffres très intéressants.

Autre intérêt d’un tel graphique, les positions de Tatarusanu, Gurtner, Lecomte et Vercoutre, qui accompagnaient Lopes dans le top 5 des gardiens ayant le meilleur pourcentage d’arrêts. On constate que les deux premiers cités sont moins enclins aux « exploits » puisqu’ils sont en-dessous de la moyenne (39,1%) face aux Big Chances adverses. S’il « fait le boulot », le gardien roumain profite aussi pleinement de l’excellent travail de sa défense puisqu’il est celui qui a subi le moins de grosses occasions depuis le début de la saison.

Deuxième dans ce domaine, Alphonse Aréola ne fait pourtant pas mieux. Sa position de n°1 au PSG reste d’ailleurs assez énigmatique sachant qu’il est encore loin des performances de Kevin Trapp la saison dernière (79,63% de tirs stoppés – 1,17 xG.subi/but encaissé – 55,6% de big chances arrêtées). Il reste toutefois en progrès cette saison, bien qu’il soit moins protégé par sa défense (qualité des tirs subies par le PSG en forte hausse).

Conclusion : 

Les arrêts ne suffisent pas à avoir une vision globale du poste de gardien de but. Pour être complet, il faudrait évoquer beaucoup d’autres facteurs comme les sorties aériennes, celles au sol, la qualité du jeu au pied etc. Le classement combiné ci-dessous permet néanmoins d’établir un début de hiérarchie sur la phase aller en croisant les trois données que nous venons d’étudier : pourcentage d’arrêts effectués, xG.subi/but encaissé et pourcentage de big chances sauvées.

Arrivés cet été dans leurs clubs respectifs,Tomas Koubek et Benjamin Lecomte sont pour le moment d’excellentes pioches pour Rennes et Montpellier. En haut du classement, Anthony Lopes s’affirme lui comme le gardien le plus performant du Top 4. Un statut qui pourrait peser dans la course à la Ligue des Champions alors que Subasic et Mandanda ne sont qu’en milieu de tableau.

Dans le bas du classement, au-delà du cas Costil à Bordeaux, Nice pourrait être inspiré de « tester le marché » dès cet hiver vu les performances de Benitez et Cardinale. Même chose pour le FC Metz qui ne peut pas vraiment départager Kawashima et Didillon.

Dix-neuvième de Ligue 1 à la trêve, Angers n’a en tout cas pas attendu en enregistrant le retour de Ludovic Butelle dès le début du mercato. Ce dernier avait été l’un des principaux artisans de l’exceptionnelle demi-saison des Angevins lors de l’année de la remontée, terminant à 78,26% de tirs arrêtés et 1,23xG.subi/but encaissé avant de partir à Bruges. Il faudra toutefois à rectifier le tir et concéder moins de grosses occasions puisqu’il n’avait pas brillé dans ce domaine (25% de réussite).

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2 réponses

  1. Olivier dit :

    j adore les stats sur les gardiens de but. Allez-vous faire les stats de la saison complète des gardiens ? svp. Merci

  2. Marze dit :

    Bravo, super travail. Vos stats semblent s’arrêter à la fin de la phase aller du championnat 2017/2018. Je serais intéressé (notamment pour Areola) par un comparatif phase aller/phase retour. Je pense, mais ce n’est qu’une impression, qu’Areola a fait une phase retour exceptionnelle. Je serai curieux de voir si les stats le confirment.

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