Marseille : forces et faiblesses du nouvel OM

Deux semaines après la fin du premier mercato de l’ère McCourt, où va l’OM ? L’équipe de Rudi Garcia a quasiment tout connu depuis la reprise. Au fond du seau après deux larges défaites contre Monaco et Lyon, les Phocéens ont ensuite oscillé entre le bon (Lyon en Coupe de France, Montpellier, Guingamp) et le beaucoup moins bon (Metz, Nantes).

Tactiquement, l’équipe est en progrès depuis un mois ; la patte Rudi Garcia se ressent même sur certaines séquences, malgré les limites de l’effectif à certains postes. Néanmoins, l’équilibre de ce nouveau collectif reste aujourd’hui très fragile et il suffit de pas grand chose pour que la machine s’enraye. Analyse détaillée des forces et faiblesses actuelles de l’OM.

Un début d’année compliqué : 

D’abord, reconnaissons que le calendrier n’a pas été tendre avec l’équipe du nouveau président. Après un succès à Toulouse en Coupe de France (2-1), les Marseillais ont eu deux « gros » au programme avec la réception de Monaco et un déplacement à Lyon. Deux rencontres qui se sont soldées par des défaites logiques (1-4 ; 1-3). Plus ennuyeux, ces revers ont laissé l’impression d’une équipe marseillaise impuissante face aux formations plus fortes qu’elle sur le papier.

Dans les deux cas, les Marseillais avaient été surclassés. Avec 7 buts encaissés, la défense a évidemment été pointée du doigt. Si l’effectif marseillais manquait (et manque encore) clairement de joueurs de qualité dans ce secteur, l’arrière-garde n’était pas aidée par le système défensif mis en place par Rudi Garcia.

Contre Monaco, les joueurs avaient payé cash le manque d’équilibre tactique et plusieurs problèmes de positionnement au milieu. Face à l’OL, ce sont les réflexes défensifs de plusieurs joueurs, notamment les ailiers, qui ont considérablement facilité la tâche des Gones. Sitôt le pressing effacé, c’était quasiment une opération portes ouvertes jusqu’à la surface marseillaise.

La vidéo ci-dessus illustrait ces soucis collectifs face à l’OL. Le problème venait avant tout du milieu de terrain et des priorités données aux joueurs en phase défensive. A cause de l’orientation joueur des ailiers, Lopez et Sanson se sont retrouvés avec des intervalles bien trop importants à couvrir face à la relance adverse. Résultat, l’OL a pu aisément atteindre ses attaquants, ces derniers profitant ensuite de leur supériorité dans les duels pour prendre et conserver un temps d’avance sur des défenseurs dépassés.

Ce constat fait, il apparaissait évident que les arrivées d’Evra et de Sertic n’allaient pas pouvoir masquer ces lacunes collectives. Le véritable chantier dans ce domaine passait avant tout par une progression collective. Consultant sur le match entre l’OM et Montpellier, Habib Beye avait d’ailleurs très bien résumé la situation dans l’avant-match.

« Un bloc défensif se déplace ensemble et pas individuellement. C’est le problème que doit résoudre Rudi Garcia. Aujourd’hui, on a l’impression que ces joueurs-là défendent les uns après les autres mais pas ensemble. »

Resserrer les lignes pour mieux presser :

Le match face à Montpellier a d’ailleurs été l’occasion de repérer des ajustements dans l’organisation marseillaise. Les ailiers ne se focalisent plus sur les latéraux adverses ; lorsqu’ils ne pressent pas, ils se replacent désormais dans le half-space afin de présenter un premier rideau plus compact sur la largeur face à la relance adverse. L’orientation vers le latéral ne se fait que lorsqu’une passe part vers ce dernier.

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Ce changement réduit l’espace à couvrir au milieu de terrain par les deux relayeurs, Maxime Lopez et Morgan Sanson. Cette cohésion sur la largeur permet à ces derniers de mieux courir. Les distances qu’ils devaient jusque-là couvrir sur la largeur, les deux Marseillais peuvent désormais les faire vers l’avant. Un changement qui permet à l’OM de moduler son système de jeu afin de défendre en avançant : l’équipe passe ainsi plus souvent d’un 4-1-4-1 à un 4-4-2, qui lui permet d’aller chercher la relance adverse.

De cette manière, Marseille s’est offert un outil qui manquait à son arsenal. Contre Lyon et Monaco, les Phocéens avaient à chaque fois entamé la rencontre en imprimant un pressing très haut dans le camp adverse. Le problème, c’est que celui-ci ne tenait pas plus d’une dizaine de minutes… et dès qu’il se relâchait, le bloc médian dans lequel se retrouvaient les Phocéens se révélait incapable d’empêcher, ou même de gêner, la progression de l’adversaire vers le but de Pelé.

Cette modulation n’est toutefois pas un procédé sans risque. Le plus grand danger qui guette l’OM concerne la distance qui sépare la défense du milieu de terrain. Lorsque Vainqueur abandonne sa position de n°6 pour compléter l’entrejeu, la défense peine souvent à remonter pour réduire l’espace entre les deux lignes. Le même phénomène peut se reproduire lorsque Lopez et Sanson sortent très haut pour déclencher le pressing aux côtés de Bafe Gomis.

Résultat, l’OM peut souffrir d’un certain manque de cohésion. Si le pressing des joueurs aux avants-postes est déjoué, c’est tout le terrain qui s’ouvre dans le dos des milieux pour le relanceur (cf. but de Monaco sur la vidéo précédente). Ce schéma pourrait surtout se produire face aux meilleures équipes du championnat (à suivre face à Nice ou au PSG). Plus gênant, un adversaire plus faible sur le papier peut aussi tirer profit de cette situation car si les lignes sont trop étirées, il est difficile d’être présent sur le 2ème ballon.

Cela a même été un plan de jeu pour le FC Nantes dimanche dernier (2-3). En relançant court depuis le gardien ou en repassant par leurs défenseurs, les joueurs de Conceiçao ont fait sortir les milieux marseillais. Jouer long dans la foulée leur a permis de sauter cette première ligne de pression pour ensuite miser sur le gain des deuxièmes ballons. Guingamp s’y était déjà essayé, se créant des situations sans concrétiser. Nantes a parfaitement su en profiter, inscrivant d’ailleurs son 3ème but de cette façon.

Portés par l’énorme activité de Lopez et Sanson au milieu de terrain, les Marseillais font énormément de courses et d’efforts pour défendre en avançant. Dès que l’adversaire recule, c’est toute cette ligne qui tente d’avancer dans le bus de forcer le dégagement. L’ambition est louable, mais elle a aussi ses défauts. A l’instar du Borussia Dortmund, l’OM peut ainsi donner le sentiment d’être coupé en deux, avec des joueurs à vocation offensive qui avancent sur le porteur mais une ligne défensive qui est loin d’être au diapason.

Résultat, un seul homme se retrouve entre les lignes : William Vainqueur. Tendant plus Nzonzi que Weigl lorsqu’il faut défendre, l’ancien joueur de la Roma peut faire parler ses qualités et très vite apparaître en homme providentiel devant la défense. Mais attention : la rencontre face à Nantes a aussi montré le revers de la médaille : lorsqu’il est invisible, c’est la défense qui le sent passer…

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Ce sentiment de No Man’s Land entre les lignes marseillaises peut aussi être aggravé par le travail irrégulier de Bafe Gomis sur le plan défensif. S’il lui arrive de faire les efforts, le joueur prêté par Swansea laisse parfois ses milieux sortir en pointe du pressing. Résultat, la distance qui les sépare de Vainqueur entre les lignes marseillaises s’accroît, étirant encore un peu plus le bloc marseillais. Pour reprendre l’exemple Dortmund, l’équipe de Tuchel s’appuie sur un attaquant (Aubameyang) bien plus mobile, capable d’accompagner et même de pousser plus loin les efforts de ses milieux.

Vainqueur, Lopez, Sanson : n°6, n°8 et n°10

C’est la principale construction de Rudi Garcia depuis son arrivée : le milieu Vainqueur-Lopez-Sanson. Un trident assez différent de celui qu’il avait connu à Lille si l’on s’en tient aux profils, mais dont la complémentarité est évidente lorsqu’on le voit évoluer sur le terrain.

Positionné devant la défense, Vainqueur évolue dans un registre très minimaliste lorsque l’OM doit faire le jeu : ses transmissions sont généralement latérales et il prend très peu de risques avec le ballon. Face à Guingamp, il s’est même effacé à plusieurs reprises : on l’a ainsi vu décrocher afin de couvrir les montées balle au pied de Fanni ou Rolando. Les deux défenseurs n’ont d’ailleurs pas rechigné à porter le ballon lorsque l’espace s’ouvrait devant eux. Une bonne chose pour une équipe ayant de repartir de derrière.

Tout n’est pas parfait puisqu’il a suffit d’un bon pressing du FC Nantes sur les centraux marseillais pour que la faible production de Vainqueur avec le ballon explose au grand jour. Ce dernier ne propose pas assez de solutions, ce qui rend l’OM ultra-dépendant de Maxime Lopez pour ressortir proprement. Comparé à Verratti pour son volume de jeu et son rôle dans la construction phocéenne, le jeune milieu de terrain n’a pas de Thiago Motta à ses côtés pour s’en sortir lorsque l’adversaire décide de mettre la pression.

Certes, l’OM peut toujours s’en sortir par le jeu long en ciblant Gomis mais l’issue de ces relances est beaucoup plus aléatoire et dépendante du niveau de l’adversaire (Montpellier n’avait pas su y faire face, Nantes s’en est bien sorti…). Les Phocéens ne sont en plus pas les mieux armés pour jouer les deuxièmes ballons… sans rappeler les problèmes de cohésion déjà évoqués dans cet article.

Revenons plutôt au milieu de terrain et à Maxime Lopez. Toujours aussi mobile qu’en début de saison, il est capable d’apparaître dans plusieurs zones libres sur une seule et même séquence. Bien qu’il ait une préférence pour le côté droit, il n’hésite pas à dézoner pour occuper le terrain de la manière la plus utile possible. Sa qualité de passes en fait forcément un adversaire à surveiller pour les défenses. Résultat, ses déplacements peuvent aussi créer de l’espace pour se partenaires. Contre Guingamp, il a ainsi pleinement participé à la libération de ses défenseurs.

https://twitter.com/OM_Officiel/status/830049365725175808

Son volume de jeu est tel qu’il permet à Morgan Sanson d’évoluer un cran plus haut sur le terrain. L’ancien Montpelliérain se retrouve du coup entre les lignes adverses (défense et milieu) à la manière d’un véritable n°10… On le retrouve même parfois dans un rôle de deuxième attaquant, attaquant la profondeur afin de compléter le jeu dos au but de Gomis. Dans ces zones avancées sur le terrain, il montre lui aussi qu’il sait se déplacer et son aisance technique permet de faire vivre le ballon (en priorité, il cherche la remise rapide pour un partenaire face au jeu, « à l’espagnole »).

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On arrive là à une autre évolution de ces dernières semaines dans l’animation marseillaise  : les joueurs à vocation offensive sont de plus en plus proches les uns des autres. En plus de Sanson, Payet et Thauvin repiquent eux aussi dans l’axe pour offrir des solutions. Ces distances réduites facilitent les combinaisons… Mais cela peut être à double tranchant : attention à ne pas se marcher dessus. L’adversaire peut aussi réduire leur influence s’il parvient à empêcher les pénétrations dans le coeur du jeu : Nantes a ainsi opposé à l’OM un milieu extrêmement compact sur la largeur.

Cette relative liberté donnée aux joueurs en attaque permet à l’OM d’être assez imprévisible. La nombre élevée de solutions proposées dans l’axe entraîne toutefois la création d’espace sur les côtés, entraînant des centres directs (Sanson, Lopez) ou des décalages grâce aux dédoublements des latéraux (Sakai). Pour le moment, le Japonais est le seul à vraiment apporter sur son côté, le flanc gauche étant très peu utilisé (Doria, Evra…).

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Une équilibre précaire : 

Sanson, Payet, Thauvin, Gomis et même Sakai… Cela fait 5 joueurs susceptibles de finir les actions très haut dans la moitié de terrain adverse. A ceux-là, il faut aussi ajouter Maxime Lopez, toujours tourné vers l’avant et dont la qualité de passes est évidemment utile aux abords de la surface de réparation. Nous voilà avec 6 joueurs donc, et des attaques qui se développent souvent très vite. Attention aux déséquilibres !

Dans une telle situation, les attaquants doivent être les premiers défenseurs en cas de ballon perdu. Contre Montpellier (5-1) et face à l’OL (2-1) en Coupe de France, les Marseillais ont réussi leurs matchs en excellant dans le pressing à la perte : si la balle est récupérée rapidement, pas besoin de transition défensive ! Face à Nantes en revanche, ils ont complètement failli dans ce secteur et le FCN en a largement profité (voir ci-dessous).

Mais il y a aussi des moments où le pressing à la perte n’est tout simplement pas possible car les lignes sont trop étirées ou les joueurs mal positionnés. On touche là à l’absence de véritable structure dans l’attaque phocéenne. La liberté d’action concédée aux joueurs peut du coup devenir un handicap si le temps de jeu se prolonge. Laisser parler ces derniers, c’est faire confiance à leur lecture du jeu et leur qualité technique. Mais si l’une des deux fait défaut, le danger peut revenir très vite sur le but de Pelé.

C’est ce qu’il se passe dans les deux derniers extraits de la vidéo ci-dessus : l’OM perd le ballon pour différentes raisons (Lopez, Cabella) dans des zones et des situations qui rendent le pressing à la perte impossible. Exposée, la défense phocéenne affiche alors toutes ses limites face aux contres nantais, pas aidée qui plus est par un Vainqueur très peu inspiré sur les deux séquences.

Conclusion : 

L’équipe est certes en progrès, mais le chemin est encore long pour Rudi Garcia et son staff. L’OM souffre aujourd’hui de son manque de constance dans la performance (jeunesse du groupe et des cadres ?). Dans les jours sans, le dispositif ambitieux et tourné vers l’avant (milieux qui défendent en avançant, possession de balle et beaucoup de projections…) devient un réel handicap par son manque de cohésion et d’équilibre.

En attendant le mercato suivant, 2ème étape du nouveau projet, il va être intéressant de surveiller l’apport de Dimitri Payet. Seul joueur de l’équipe ayant (encore) un statut d’international, le Réunionnais se contentera-t-il d’être un atout offensif supplémentaire ou va-t-il vraiment prendre de l’importance dans le jeu des Phocéens et leur apporter un peu plus de maîtrise dans la moitié de terrain adverse ?

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3 réponses

  1. ENRGY dit :

    Tres bien vu! Je me demande des fois si les coachs font ce travail d’analyse ( il me semble impossible qui ne le fasse pas mais on pourrait se poser la question en vue de certaines situations…)

  2. Fabest dit :

    @ENRGY – Oui, c’est sûr qu’ils le font !

  3. Ju Blograna dit :

    Comme tu l’as souligné, le problème est que l’équipe est trop peu compacte, la défense ne suit pas suffisamment les montées du bloc (dans les phases de pressing notamment). Mais y a t’il une solution à ce problème dans l’immédiat ? Si la défense reste basse, n’est ce pas simplement un problème de lenteur qui les oblige à jouer « prudent »? En suivant les remontées et en gardant un bloc compact (et donc haut), Fanni et Rolando deviendraient très fragiles dans la profondeur, dans leur dos… Je pense que ce serait préférable de toute façon, mais avec une paire de centraux plus véloces (l’an prochain ?) ça ne pourra aller que mieux…

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