Lyon 2-1 Paris SG : l’analyse tactique

Dimanche soir, au bout des arrêts de jeu, le PSG a concédé sa deuxième défaite de la saison en championnat face à son dauphin lyonnais. Un match qui a mis en exergue des lacunes déjà vues lors des contre-performances enregistrées sur les pelouses de Marseille et du Bayern Munich. Conquérant au milieu et récompensé par deux exploits individuels, l’OL sort de ce match grandi… même s’il ne retrouvera plus une telle configuration en Ligue 1 cette saison.

OL : une défense au point…

En maintenant le PSG en-dessous des 1xG produit dans le match (0,67), les Lyonnais ont rejoint un cercle très fermé en Ligue 1 cette saison. Seuls Montpellier (0,66) et l’Olympique de Marseille (0,32) avaient réussi une telle performance jusque-là. Certes, les Parisiens étaient privés de Neymar et ont perdu Mbappé en première mi-temps (36e), avant d’être réduits à 10 suite à l’expulsion de Daniel Alves (57e). Néanmoins, la performance défensive de l’OL a été très bonne, et particulièrement le comportement du milieu de terrain.

D’entrée de jeu, les joueurs de Bruno Génésio se sont montrés conquérants dans cette zone afin de perturber les trois milieux parisiens (Lo Celso, Verratti, Rabiot). Derrière Mariano, Fekir a donné l’exemple en allant très vite mettre la pression sur un Lo Celso qui a eu beaucoup de mal à rentrer dans son match à ce poste si particulier de n°6. Derrière lui, Tousart et Ndombélé étaient au diapason, prêts à sortir sur Verratti ou Rabiot qui restaient très proches de leur partenaire afin de lui offrir des solutions.

Sur les côtés, Aouar et Cornet resserraient à l’intérieur afin de bloquer l’accès aux half-spaces. Ils profitaient ensuite du temps de passe lorsque Paris écartait le jeu vers ses latéraux pour sortir sur eux et les priver de solutions. Tout cela formait la première séquence de la défense lyonnaise, lorsque Paris repartait de sa moitié de terrain. L’objectif était clairement de fermer le coeur du jeu et repousser Paris vers les côtés (voir ci-dessous).

L’OL se repliait ensuite en formant deux lignes très compactes, laissant Fekir et Mariano un peu plus haut. Les deux hommes avaient un travail capital à accomplir puisqu’ils devaient forcer les Parisiens à reculer lorsqu’ils tentaient de ressortir le ballon du couloir. Schématiquement, Fekir coupait l’accès vers les milieux (Lo Celso) tandis que Mariano faisait l’effort sur le central le plus proche. Objectif : mettre Paris sur le reculoir afin de remonter le bloc-équipe pour relancer la première séquence défensive.

Au fil du match toutefois, les Parisiens ont trouvé des solutions pour faire reculer l’OL, d’abord en réglant des problèmes de positionnement (vers le quart d’heure de jeu) puis en procédant à plusieurs ajustements tactiques à la mi-temps (voir par ailleurs). Mais face à cela, l’Olympique Lyonnais avait une autre réponse.

Lorsque Paris plaçait plus de monde entre les lignes, le 4-4-1-1 se transformait en un 4-1-4-1. Fekir redescendait à hauteur de Ndombele, devant un Tousart positionné légèrement plus bas. L’objectif restait le même, fermer l’accès à l’intérieur, mais l’OL acceptait alors de reculer et subir. Une concession forcément facilitée par l’ouverture du score très rapide de Fekir (2e).

Amené à défendre parfois très bas (jusque devant sa surface de réparation), l’attaquant lyonnais a d’ailleurs réalisé un très gros match dans ce domaine : 2 blocks, 3 fautes et surtout 5 tacles (dont 4 réussis). C’est autant de tacles tentés que Lucas Tousart (2/5) et plus que Tanguy Ndombele (4). Cette activité défensive explique peut-être aussi pourquoi on ne l’a pas autant vu que d’habitude de l’autre côté du terrain, à l’exception de son coup-franc exceptionnel en tout début de rencontre.

Le but parisien est d’ailleurs assez cruel pour lui et pour l’OL puisque tout est parti d’une passe de Rabiot pour Daniel Alves traversant la zone qui était jusque-là gardée par Fekir lorsque son équipe était en position basse. Ce dernier n’y était pas puisqu’il était resté au sol quelques secondes plus tôt dans la moitié de terrain parisienne.

… mais une attaque minimaliste : 

Si l’OL a bien défendu, il s’est contenté du minimum avec le ballon. La physionomie de la rencontre lui a certes permis de faire la course en tête pendant presque une mi-temps et son assise défensive lui permettait de se contenter de ce but d’avance. Néanmoins, à 11 contre 10 par la suite, il n’a pas montré grand chose jusqu’à l’exploit de Memphis Depay pour arracher la victoire dans les arrêts de jeu (90e+4).

Certes, Lopes est reparti court la plupart du temps en recherchant ses propres défenseurs. Mais ces premières transmissions pour sortir des 30 mètres étaient rapidement suivies par du jeu bien plus direct à destination de Cornet ou Mariano. Le but était d’aspirer le PSG par une première séquence courte, avant d’allonger vers l’un des deux attaquants. Le jeu a ainsi penché côté Cornet en première mi-temps, l’équipe cherchant certainement l’espace dans le dos d’un Kurzawa très agressif sur son vis-à-vis.

Ce minimalisme au moment de construire n’a pas empêché quelques talents de s’exprimer : Ndombele a terminé la partie avec 8 dribbles réussis (sur 8), Aouar à 5 (sur 7). Plusieurs fois, on a vu les Lyonnais réussir à déjouer le (timide) pressing parisien dans leur moitié de terrain et se lancer à l’assaut des buts d’Aréola face à une défense parisienne forcée de reculer.

Et c’est sans doute là que l’on a vu les limites d’une attaque lyonnaise, pourtant très en forme. Les situations d’égalité numérique (ou quasiment) face à une défense adverse exposée n’aboutissent que très rarement sur de grosses occasions de but. La faute à des joueurs qui attendent trop souvent le ballon dans les pieds au lieu de proposer des solutions dans la profondeur, qui permettraient de fondre encore plus vite sur le but adverse.

A la pointe de l’attaque, Mariano est un exemple parmi d’autres mais il est assez révélateur de cet OL qui manque souvent de tranchant lorsqu’une première différence est faite loin du but (et avec Aouar, Fekir, Ndombele, voire Mendy, l’OL peut s’appuyer sur de plus en plus de joueurs capables de telles différences…). D’ailleurs, on peut être surpris de constater que dans une équipe qui voulait plus s’appuyer sur le contre et les attaques rapides en début de saison, le pur n°9 qu’est Mariano n’a marqué qu’un seul but sur un appel en profondeur (contre l’OGC Nice).

Pour l’instant, l’OL a néanmoins une parade infaillible à ce problème dans les trente derniers mètres : le talent et la réussite de ses attaquants. Avec 5 joueurs en sur-performance, tous capables d’exploits à la finition, le bémol peut paraître dérisoire. Néanmoins, le travailler et le corriger permettrait sans doute à l’équipe de s’offrir de meilleures positions de tir… et ainsi de poursuivre une progression déjà entamée dans ce domaine depuis l’installation de Aouar dans le onze-type.

PSG : de gros soucis pour construire… 

Dans ce match, la formation d’Unai Emery a d’abord dû régler les problèmes qu’elle s’est elle-même posée. Le bon début de partie de l’OL a en effet été facilité par la très mauvaise entame des Parisiens. Le premier but (2e) annonçait déjà la couleur en étant la conséquence d’une succession d’erreurs individuelles, Areola faisant la dernière en ouvrant complètement son but à Fekir.

Mené au score, le PSG a forcément pris l’initiative (plus de 70% de possession en première mi-temps). Et il s’est à nouveau heurté à des problèmes de structure au milieu de terrain. On l’a évoqué plus haut : avec un Lo Celso en difficulté, Verratti et Rabiot ont joué très bas pour venir en aide à leur n°6. Un positionnement qui les mettait automatiquement sous la menace des milieux lyonnais, toujours prêts à avancer sur le porteur.

Avec deux relayeurs très bas sur le terrain, c’est un énorme fossé qui s’est creusé entre la relance parisienne et son attaque. Un fossé qui était pourtant intéressant à combler alors que les deux lignes lyonnaises n’étaient pas forcément très resserrées.

A défaut des milieux, la solution aurait pu venir des attaquants. Mbappé s’y est essayé mais sans forcément être servi. Cavani est lui resté dans son rôle d’attaquant de pointe. Positionné à gauche, Di Maria est lui aussi resté très haut en position d’ailier et a surtout cherché à menacer la défense lyonnaise dans la profondeur. Il aurait pourtant été bien plus utile entre les lignes pour faciliter la progression du jeu parisien.

Au bout d’un quart d’heure, les choses ont commencé à s’améliorer. Verratti et Rabiot sont montés en régime et ont évolué plus haut sur le terrain, permutant parfois avec Lo Celso pour libérer ce dernier. Enfin, le PSG parvenait enfin à mettre son adversaire sur le reculoir, simplement grâce à un meilleur positionnement. Il se heurtait toutefois à certaines limites individuelles. Lo Celso n’est pas Thiago Motta (en même temps, personne n’est Thiago Motta à part Busquets) et n’a pas su profiter des quelques situations qui se présentaient à lui pour casser les lignes adverses.

Au final, le PSG a bien réussi à faire reculer l’OL mais ses offensives se résumaient surtout à des attaques sur les ailes (centres d’Alves) ou des ballons par-dessus la défense (Verratti, Di Maria). Jusqu’au but égalisateur (44e), sa plus grosse occasion était un presque csc de Morel sur un centre d’Alves, alors que Rabiot avait accompagné le mouvement jusque dans la surface lyonnaise (18e).

… mais des ajustements salvateurs : 

La sortie de Mbappé suite à son choc avec Anthony Lopes (36e) a ralenti la mise en route parisienne. S’il ne l’a pas empêché d’égaliser avant la mi-temps, c’est véritablement après celle-ci que le PSG a affiché un autre visage. Car comme souvent, Emery a profité de la pause pour trouver les bonnes réponses aux problèmes posés.

Cette fois, il a inversé les positions de Di Maria (passé à droite) et Draxler (passé à gauche) afin qu’ils rentrent naturellement dans le coeur du jeu, entre les lignes lyonnaises. Durant le premier quart d’heure de la deuxième mi-temps, le PSG a commencé à réellement dominer son adversaire en s’installant dans la moitié de terrain adverse. Il aurait même pu faire la différence sur une attaque rapide (49e), Verratti se trouvant un peu court pour couper un centre fort devant le but de Di Maria.

L’ajout de ces solutions dans le coeur du jeu a permis aux Parisiens de répondre enfin à l’activité des milieux lyonnais. Le bloc adverse forcé de se resserrer sur l’axe, des espaces s’ouvraient sur les ailes pour les montées des latéraux, accessibles grâce aux diagonales de Di Maria (Kurzawa pour un tir de Verratti, 51e)ou Draxler. En place dans le camp adverse, Paris parvenait en plus à récupérer le ballon rapidement, profitant au passage des limites lyonnaises sur attaque rapide pour ne pas être mis en difficulté.

L’expulsion de Daniel Alves est venue mettre fin à cette période qui laissait envisager une lente montée en puissance du PSG pendant la dernière demi-heure. Si la circulation de balle était plus fluide, le manque de percussion aux avants-postes restaient un problème. Les changements de rythme de Neymar ou Mbappé ont forcément manqué, mais à force de dominer Paris aurait peut-être fini par faire craquer l’OL grâce à son jeu de passes (ou un coup de pied arrêté, résultante de la domination territoriale ?).

La dernière demi-heure : 

L’infériorité numérique a finalement permis à Lyon de reprendre de l’air. Avec un joueur en moins sur la pelouse, Paris a perdu une solution dans l’axe avec le passage forcé en 4-4-1. L’OL a saisi cette chance pour reprendre le pressing déjà vu en première mi-temps et repousser les Parisiens dans leur camp. A 10, ces derniers ont rivalisé en possession avec l’OL mais celle-ci était maintenue très loin des buts de Lopes.

A défaut de pouvoir créer le danger, les Parisiens ont malgré tout concédé très peu de situations dans le final. Malgré sa domination territoriale, l’OL n’a déclenché qu’un tir de plus à 11 contre 10 (4-3), et ce sans qu’aucun ne provienne d’une zone dangereuse. C’est bien au talent que les Gones sont allés chercher leur victoire… au prix d’une dernière minute de jeu très mal gérée par des Parisiens qui ont rendu à deux reprises un ballon qu’ils auraient pu garder (Areola puis Kurzawa).

Les enseignements avant Real Madrid-PSG : 

A trois semaines du match aller face au Real Madrid, cette dernière minute avait un arrière-goût du 8 mars dernier. Le symptôme peut inquiéter les supporters, d’autant qu’il est accompagné de quelques autres qui semblent se répéter lors de chaque contre-performance cette saison.

Il y a d’abord le syndrome des premières mi-temps manquées. On y avait notamment eu droit face au Bayern Munich. A chaque fois, le PSG a souffert de deux grands maux. D’abord un déficit d’agressivité, que l’on devine en s’arrêtant sur le ratio de tacles réussis (50% contre l’OL et le Bayern Munich, contre une moyenne à 67,2% en Ligue 1). Puis des problèmes de structure (Lyon) ou d’application de certains principes (Marseille) qui ont à chaque fois facilité le travail défensif de l’adversaire.

A chaque fois, Paris a tâtonné mais Paris a rectifié. L’équipe d’Unai Emery est toujours revenue des vestiaires dans de meilleures dispositions tactiques et techniques. Un point en faveur du coach parisien… même si cela remet aussi en question ses choix tactiques de départ ou sa manière de les transmettre à ses joueurs. Car Paris se retrouve alors dans des matchs accrochés, sans marge et à la merci des individualités qui peuvent faire basculer la rencontre dans un sens (sur OL-PSG : Fekir, Depay) ou dans l’autre (Alves, Areola, Kurzawa).

Au final, si l’on ne peut pas savoir si le PSG franchira ou non ce cap des huitièmes de finale face au double tenant du titre, ces derniers ratés nous donnent quand même une petite idée du scénario de la confrontation en cas de contre-performance.

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2 réponses

  1. Yakin dit :

    Salut Chronique tactique. J’adore vos analyses très objectives. Mais pourquoi y a de moins en moins d’analyses ??

  2. Parce que j’ai de moins en moins de temps.

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