Marseille 1-5 Paris SG : l’analyse tactique

« On a été surclassés. » Impossible pour Rudi Garcia de faire un autre constat après la rencontre. Comme face à Lyon et Monaco, son équipe a explosé au contact d’un gros du championnat. Aussi sérieux et impliqués que contre Barcelone (et face à un adversaire affichant les mêmes lacunes), les joueurs de la capitale ont vite pris le dessus et se sont baladés. Résultat, ils ont infligé à l’OM sa plus large défaite à domicile depuis les années 50.

Les compositions : 

Personne ne s’y attendait, et pourtant : pour la première fois depuis le mois de septembre, Javier Pastore a débuté un match (!). L’Argentin a été titularisé sur l’aile gauche aux côtés de Cavani et Lucas. Au-delà de ce cas particulier, c’était du grand classique pour l’équipe d’Emery, surtout avec le forfait de Thiago Motta.

Côté marseillais, Rudi Garcia a aussi réservé une surprise (moins bonne) à son public puisque Sanson n’était pas dans le onze de départ. L’ancien entraîneur du LOSC et de la Roma a préféré densifier son milieu de terrain en alignant Anguissa aux côtés de Vainqueur. Lopez s’est du coup retrouvé en position de n°10, comme la semaine dernière face à Rennes (2-0).

Marseille vs Paris SG - Football tactics and formations

Un OM entre-deux : 

Faut-il presser le PSG ou l’attendre avec un bloc bas ? La question a été au coeur du débrief (animé) de la rencontre sur Canal+. Mais le véritable problème dans la performance de l’OM hier soir, c’est qu’il n’a fait ni l’un ni l’autre. Ni bien pressé, ni bien défendu. Tout au long de la partie, il est resté dans un entre-deux qui a permis au PSG de développer son jeu et de réaliser une 2ème démonstration ce mois-ci après son succès contre Barcelone (4-0).

Une équipe avait montré la voie pour bien presser le PSG : l’AS Monaco. Pour y parvenir, les Monégasques avaient mis en place une organisation spécifique : lorsque Paris repartait de Trapp, leur 4-4-2 se transformait en 4-3-3 afin d’opposer 3 joueurs aux 3 solutions qui s’offraient au gardien parisien.

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Au lieu de reproduire ce schéma, les Phocéens se sont contentés de 2 joueurs face à la relance parisienne : Lopez et Njié. Les deux encadraient Rabiot au départ des actions et sortaient à tour de rôle sur les centraux parisiens en fonction de la première passe. Sauf que Paris peut aussi repasser par son gardien pour relancer. Ils évitaient ainsi les traps placés dans les couloirs par les Phocéens, qui étaient en un-contre-un dans ces zones.

Exemple : la première passe part vers Marquinhos. Njie sort sur le défenseur, Lopez reste sur Rabiot. Derrière, Anguissa, Payet et Evra sont en un-contre-un face à Verratti, Meunier et Lucas. Mais au lieu d’aller dans cette zone, le ballon revient sur Trapp qui envoie le jeu de l’autre côté pour Thiago Silva. Dans la même situation face à Monaco, le PSG ne pouvait pas atteindre Thiago Silva car Bernardo Silva sortait alors un cran plus haut pour rejoindre Germain et Falcao.

Pour que ce pressing puisse être efficace, il aurait fallu que l’un des 4 milieux de terrain sorte afin d’aider Lopez et Njié. On en revient là à l’une des principales limites du système défensif de l’OM cette saison : d’abord cette défense orientée sur l’adversaire puis les limites tactiques des joueurs, qui ont souvent du mal à bien lire les situations pour s’adapter correctement.

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Nous en avions déjà parlé après leur défaite à Lyon et dans un article dédié à l’évolution de l’équipe depuis la fin du mercato. L’équipe de Rudi Garcia a encore été plombée par ces principes défensifs qui multiplient les situations de un-contre-un. Face à une équipe d’un niveau bien supérieur, cela devient vite rédhibitoire. Patrice Evra en a fait l’expérience face à Lucas Moura (tout comme Sakai, pris de vitesse par le déplacement de Pastore sur le second but parisien).

Marseille, toujours plombé par ses orientations défensives 

Dans les premières minutes, le PSG a néanmoins subi une certaine pression dans les duels au milieu. Les Marseillais ont mis beaucoup d’impact, notamment sur les côtés où leur système attendait les Parisiens. Sur les 13 fautes effectués sur l’ensemble de la rencontre, les joueurs de Rudi Garcia en ont réalisé quasiment la moitié (6) dans les 10 premières minutes de jeu (dont 5 sur les côtés).

Mais il a suffi que les Parisiens évitent ces zones pour contourner le problème. Très souvent, le jeu passait par une première passe vers le côté (Meunier ou Kurzawa) avant de revenir dans l’axe où Verratti s’était crée de l’espace par rapport à son adversaire direct (Anguissa). Ce dernier était en effet forcé de lâcher le marquage pour accompagner le mouvement de son bloc vers le côté.

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Il n’y aurait pas eu de problème si un autre joueur avait été là pour reprendre le travail sur Verratti. Sauf que les milieux parisiens ont profité de la désorganisation et du manque de rigueur de la première ligne de l’OM : Njié s’est très vite désintéressé du travail défensif alors que Lopez était pris entre l’envie de redescendre densifier le milieu aux côtés de Vainqueur et Anguissa et sa tâche initiale de pressing sur les milieux et la relance parisienne.

En début de partie, Verratti et Rabiot se sont du coup retrouvés dans une situation qui a énormément rappelé celle vécue face au Barça : ils ont profité d’une grande liberté dans l’entrejeu en raison de l’absence de première ligne compacte et active chez l’adversaire (Lopez-Njié <> Suarez-Messi).

Sans le travail de cadrage de celle-ci, les milieux marseillais se sont retrouvés à découvert. Et là encore, comme ceux du Barça, au lieu de réduire les espaces entre les lignes, ces derniers se sont trop livrés, laissant des espaces dans leur dos. Anguissa a ainsi trop souvent été aspiré par la position basse de Verratti.

https://twitter.com/flotoniutti/status/836155601688330240

Marseille bloque le milieu, Paris appuie sur les côtés : 

Au fil de la première mi-temps, puis tout au long de la seconde, les Marseillais ont ajusté leur organisation de manière à réduire l’influence de Rabiot et Verratti au milieu. Au bout de quelques minutes, Njié et Lopez se sont focalisés les mouvements des deux milieux parisiens. Après la pause, on a ensuite vu un véritable 4-2-3-1 s’approchant de l’individuelle au milieu : Lopez sur Rabiot, Anguissa sur Verratti et Vainqueur sur Matuidi.

Puisque les milieux avaient moins d’espaces, ce sont les défenseurs parisiens (Thiago Silva et Marquinhos) qui ont pris la relance en charge. Thiago Silva a d’ailleurs été le Parisien qui a effectué le plus de passes dans ce match (91). Avec une option préférentielle pour aller de l’avant : profiter du champ qui lui était désormais laissé pour attaquer le half-space gardé par Thauvin et lancer Kurzawa dans le dos de ce dernier.

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En se positionnant à l’intérieur afin de protéger les half-spaces, Payet et Thauvin se retrouvaient dans des situations compliquées à partir du moment où le porteur de balle (Thiago Silva, Marquinhos) avait assez de liberté pour trouver l’espace dans leur dos. Car une fois la passe donnée, le retour était presque impossible : les deux Marseillais manquaient à la fois de vitesse et de puissance pour revenir et rivaliser avec les latéraux parisiens. Un argument de plus en faveur d’un bloc à positionner plus bas face à une telle équipe.

Comme face au Barça (décidément), les latéraux parisiens ont fait d’énormes dégâts dans l’organisation défensive adverse en deuxième mi-temps. Kurzawa s’est même offert une incursion conclue par un tir (53e) ressemblant énormément à celle amenant le but de Di Maria face aux Catalans.

L’OM a aussi eu des difficultés à contrôler les côtés lorsque le PSG récupérait le ballon. Meunier et Kurzawa pouvaient démarrer très vite dans les couloirs et ainsi prendre leurs distances avec ceux qui étaient normalement leurs adversaires directs. Ces mètres d’avance n’étaient ensuite jamais comblés (ou très difficilement) par l’organisation marseillaise, qui a aussi failli dans les compensations.

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Les 3e (Lucas, 50e) et 4e (Draxler, 71e) buts parisiens sont directement venus des bonnes montées de leurs latéraux. Kurzawa aurait même pu ajouter un autre but dans le jeu (53e) sur une action du même type.

Avec la balle : un OM déstructuré 

« Surclassés » dans tous les domaines pour reprendre les propos de Rudi Garcia, l’OM n’a finalement rivalisé avec le PSG qu’au niveau de la possession de balle (49,4% contre 50,6%). Mais celle-ci est néanmoins restée stérile.

Ce n’est pas forcément une surprise vu le choix de Garcia d’aligner Maxime Lopez en n°10 afin de densifier son milieu avec Vainqueur et Anguissa. Aucun des deux derniers cités n’est réputé pour ses talents d’organisateur et comme la défense Rolando-Fanni n’excelle pas non plus dans l’exercice, l’OM avait besoin des décrochages de son meneur.

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Problème, lorsque le n°10 décroche, cela supprime une solution entre les lignes adverses. Lopez a joué très bas au vu du rôle qui lui était donné à la base et cela a grandement facilité la tâche du PSG. A partir du moment où l’adversaire a besoin de mettre beaucoup de joueurs derrière pour relancer, il est forcément plus aisé de défendre en avançant.

Payet a bien tenté de compenser ces déplacements en se déplaçant à l’intérieur pour offrir des solutions entre les lignes, mais ce n’était clairement pas suffisant pour mettre à mal une formation parisienne qui est restée très concentrée sur le plan défensif. Sur ce point, l’absence de Morgan Sanson s’est vraiment faite ressentir, lui qui s’était révélé jusqu’ici comme un véritable accélérateur de jeu entre les lignes adverses.

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Difficile de construire quoi que ce soit dans de telles conditions. Offensivement, les approches de l’OM sont surtout venues de longs ballons sur Njié ou de seconds ballons gagnés à l’arrachée. Le Camerounais a été à l’origine de la meilleure opportunité marseillaise du début de partie en décalant Dimitri Payet (14e). Bref sauf erreur adverse, exploit individuel ou coup de pied arrêtés, il était difficile d’imaginer l’OM marquer.

Paradoxalement, cette incapacité de l’OM à construire lui a permis de ne pas être prise à défaut par les transitions parisiennes. Vu que l’OM avait peu de joueurs entre les lignes, il y en avait aussi peu qui étaient éliminés à la perte de balle. Résultat, l’équipe n’a quasiment jamais été déséquilibrée lorsqu’elle construisait alors que c’était peut-être dans ce secteur où l’on pouvait craindre le pire pour les Phocéens.

Conclusion : Paris comme face au Barça

Et le PSG dans tout ça ? Il a tout simplement été sur la lancée de ses dernières prestations. L’équipe d’Unai Emery a abordé ce match avec sérieux, mettant autant d’implication et d’intensité que face au Barça. Elle a intelligemment pressé une équipe marseillaise en difficulté pour ressortir et a remporté la plupart des deuxièmes ballons. Les 3 buts inscrits en 2ème mi-temps sont d’ailleurs tous partis de récupérations hautes sur le terrain.

Au passage, précisons une chose : ce n’est pas rabaisser la performance parisienne que de dire qu’ils ont profité des énormes lacunes de l’OM. En début de saison déjà, le PSG était capable d’excellents matchs face à des adversaires mal organisés. Contre Bordeaux au Parc des Princes, les Parisiens avaient réalisé un très bon match dans tous les domaines. Ce jour-là, les errements tactiques des Girondins avaient facilité le développement de leur jeu d’attaque. Ce fut la même chose hier au Vélodrome, avec une palette offensive toutefois plus large qu’au mois de septembre.

Ne pas évoquer les lacunes de l’adversaire, c’est en plus manquer une énorme pan de l’analyse pour juger la performance parisienne. Car si l’on se refuse à évoquer les problèmes collectifs du Barça ou de l’OM, comment expliquer avec cohérence le 0-0 contre Toulouse ?

Cette série de 3 matchs montre que Emery a fait du PSG une équipe capable de sanctionner les adversaires pas assez bien préparés sur les plans tactique et défensif. Son souhait de verticalité, qu’il espérait intégrer à l’arsenal parisien depuis le début de saison, est aujourd’hui exaucé. Sur la plupart des buts inscrits face au Barça ou à l’OM, les décalages sont intervenus très tôt sur le terrain, la qualité technique de l’équipe permettant ensuite de mener les actions jusqu’au bout.

Cette progression, forcément à saluer, ne garantit toutefois pas de résultats au PSG tous les week-ends, surtout en Ligue 1. Emery le sait ; il l’a d’ailleurs répété après la rencontre. Son équipe connaît encore des difficultés face à des blocs bas et a donc une belle marge de progression.

Pour l’OM, le chemin sera évidemment bien plus long. L’équipe va devoir encore renforcer son effectif et/ou se remettre en question sur le plan tactique. Une fois encore, le plan de jeu choisi par Garcia n’a pas facilité la tâche de ces joueurs. Mais que les supporters se rassurent, la rencontre à venir contre Monaco mercredi en Coupe de France sera peut-être la dernière de la saison face à une équipe de calibre très supérieur. Pour l’OM, la qualification pour l’Europe se jouera sur le « quotidien » du championnat et les confrontations directes face à Saint-Etienne et Bordeaux. En attendant le prochain mercato…


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1 réponse

  1. Shinji dit :

    Un match qui s’est déroulé comme tu l’avais prédit. Les maux de l’OM exposés quelques jours plus tôt ont été exploités par le PSG qui a appliqué le même plan que contre le Barca quelques jours plus tôt.

    Une question cependant: l’OM aurait-il pu jouer comme Monaco sachant que ses qualités ne sont pas les mêmes?

    Aller presser à 3 avec Thauvin (qui lui peut le faire) , Njie et Payet … On est loin de l’activité et la discipline de Falcao, Germain et Bernardo. Et derrière, Zambo – Vainqueur (qui lui a le niveau) et Lopez, ça reste compliqué pour cadrer Meunier – Kurzawa et Verratti. En plus de ça, Verratti offre bien plus de mobilité que Motta à la relance. Et je ne parle pas de la ligne défensive en cas de jeu long utilisé comme solution de repli par le PSG pour échapper au pressing (solution qui a fonctionné mais qui a été mal exploitée contre Monaco, alors contre l’OM …).

    L’idée du bloc bas semblait la plus judicieuse, surtout qu’Emery a pointé du doigt les difficultés de son équipe face à cette tactique mais Garcia a « cédé » à la pression du Vélodrome en essayant de presser avec envie plus qu’avec discipline. Cependant, mettre un bloc bas, Garcia l’a fait à l’aller pour le résultat qu’on connait (0 tir) . Je ne suis pas certain qu’il aurait pu faire mieux sans Gomis en appui. Quoiqu’avec Sertic, Lopez et Sanson, la relance aurait pu être plus efficace, encore faut-il que Payet et Thauvin (Je parle même pas de Njie) soient capable de tenir un peu la balle pour faire remonter le bloc.

    L’article vers lequel tu renvoies parle de la peur de Garcia dans les gros matchs. Peut-on lui en vouloir de ne pas vouloir prendre une valise après avoir pris la tasse durant une mi-temps? Car dans tous ces gros matchs, il ne commence pas avec 11 gars dans sa surface mais bien en voulant presser mais ses équipes le font mal, prennent des buts rapidement, et foutent le plan en l’air. Pas sur que Villareal, l’Atletico et Bilbao suivent leur plan jusqu’au bout contre le Barca à 2-0.

    Sur le plan offensif, ca reste difficile de développer quoique ce soit quand ta défense craque son slip à la relance face à un semblant de pressing. Si ça marche contre les petites équipes c’est parce qu’elles ne viennent pas chercher la relance. Si elles le faisaient, l’OM serait dans la même panade que contre les gros. On en revient à des limites individuelles. D’ailleurs l’entrée de Sertic a donné un peu d’air même si le match était joué.

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