Lyon 2-3 Monaco, l’analyse tactique

Si les « erreurs » des assistants de Freddy Fautrel font aujourd’hui la Une, le match entre Lyon et Monaco a d’abord été le théâtre d’une belle opposition entre deux équipes qui maîtrisent désormais le 4-4-2 en losange. Et à y regarder de plus près, les Lyonnais auraient pu espérer autre chose que cette défaite contestée s’ils n’étaient pas passés à côté de leur entame de match.

Avec le LOSC, Lyon et Monaco sont les deux « représentants » du 4-4-2 en losange en Ligue 1. Un système qui était la star de ce rendez-vous dimanche après-midi. Calquées l’une sur l’autre, les deux équipes opposaient donc trois joueurs face à la relance adverse (sur le papier : deux attaquants sur les défenseurs centraux, un milieu de terrain face à la sentinelle) puis une ligne de trois milieux de terrain, chargée de travailler sur toute la largeur afin de protéger les quatre défenseurs.

Quand deux losanges s’affrontent, c’est au niveau du milieu de terrain que tout se joue. Si l’axe est naturellement bouché, les latéraux bénéficient d’espaces, tant à la relance qu’à la construction. L’équipe qui prend le risque de bloquer ces derniers le plus haut se donne la possibilité de prendre l’avantage du ballon et du terrain… si tant est que son pressing soit efficace évidemment. Un exemple appliqué : le relayeur gauche sort sur le latéral droit, en comptant sur son milieu défensif pour récupérer son marquage « normal » (en l’occurrence le relayeur droit adverse). Un coulissement classique et qui permet de bloquer toutes les solutions pour la relance courte de l’adversaire.

Lors des premières minutes de jeu, l’AS Monaco a pris l’avantage en jouant sur ce point-clé de l’affrontement. Positionné à gauche du losange, Kondogbia a été le premier à se distinguer en sortant très haut pour bloquer Miguel Lopes, et ainsi compléter le travail de Germain, Berbatov et Rodriguez sur Bisevac, Umtiti et Gonalons. Même chose de l’autre côté avec Obbadi, qui se retrouvait à alterner entre la zone de Fofana et la fermeture du couloir face à Bedimo.

Kondogbia complète

Kondogbia sort à hauteur de Berbatov afin de fermer le couloir face à Miguel Lopes. En possession du ballon, Bisevac n’a pas d’autre choix que de revenir sur son gardien de but. A noter le décrochage de Ferri, pris par Berbatov sur l’action, mais qui va jouer un rôle important par la suite pour faciliter les sorties de balle lyonnaises.

A l’inverse, l’Olympique Lyonnais est passé complètement à côté de son entame de match. Sans doute peu enclins à abandonner Gonalons seul dans l’axe, alors que ce dernier devait faire face à Rodriguez et des attaquants qui aiment décrocher pour toucher le ballon (Berbatov, Germain), Ferri et Fofana ont laissé beaucoup d’espaces à Fabinho et Kurzawa sur les côtés. En l’espace de quelques minutes, les deux latéraux monégasques se sont retrouvés à l’origine de trois situations dangereuses pour la défense lyonnaise. A chaque fois, ils ont profité du champ libre qui leur était accordé dans l’entrejeu pour alerter leurs attaquants via des centres de loin ou des ouvertures en profondeur (Kurzawa par deux fois, 2e et 7e – Fabinho sur l’ouverture du score, 4e).

Alors que Germain frôlait le 2-0 (7e), et que Umtiti devait quitter ses partenaires sur blessure, l’OL était alors très mal embarqué dans ce match. Mais il a su relever la tête à l’approche du quart d’heure de jeu, répondant au pressing… par le pressing. Fofana et Ferri sont montés d’un cran et sont enfin allés bloquer les montées de Fabinho et Kurzawa dans les couloirs.

Le reste du bloc lyonnais s’est immédiatement beaucoup mieux comporté, se montrant plus compact qu’en début de partie afin de couvrir les sorties de ses deux relayeurs. Alors qu’ils maîtrisaient le tempo de la rencontre, les Monégasques ont été contraints d’aller plus vite vers l’avant, utilisant les déplacements de Rodriguez, Germain ou Berbatov dans les couloirs, ou comptant sur les projections d’Obbadi et Kondogbia en profondeur. Malgré l’avantage au tableau d’affichage, les hommes de Ranieri ont ainsi perdu la maîtrise de la rencontre.

Et l’OL en a profité pour mettre à son tour le pied sur le ballon. A ce niveau, Fofana et Ferri ont été très importants. En décrochant pour soutenir Gonalons dans l’effort de relance, ils ont perturbé le pressing adverse. Obbadi et Kondogbia se sont respectivement retrouvés coincés entre Bedimo et Fofana d’un côté, Miguel Lopes et Ferri de l’autre. Le jeune Lyonnais s’est montré particulièrement efficace dans l’orientation du jeu, suppléant un Gonalons toujours bloqué par Rodriguez pour mettre le ballon dans le camp adverse.

Une image qui illustre plusieurs problèmes posés par l'OL une fois celui-ci en possession du ballon.

Une image qui illustre plusieurs problèmes posés par l’OL une fois celui-ci en possession du ballon. En décrochant, Fofana et Ferri prennent en charge la relance sans qu’il y ait réaction de la part des trois attaquants adverses. Berbatov et Germain restent sur les centraux de l’OL, tandis que James suit toujours Gonalons. Obbadi reste en position alors que Fabinho lui offre la possibilité de sortir au pressing en étant au marquage de Bedimo. A noter la position de Lacazette derrière, qui attire Isimat-Mirin et tout le reste de la défense monégasque vers le côté droit. Résultat, le changement de jeu est le bon choix côté lyonnais : de Fofana vers Miguel Lopes en passant par Ferri dans l’entrejeu, qui redescend dans la zone de Gonalons sans que Kondogbia ne réagisse.

Les Monégasques se sont certainement heurtés à l’absence de Toulalan devant la défense. Positionné en lieu et place de l’ex-international français, Moutinho n’a pas eu le même impact à la récupération, montrant quelques signes de faiblesse dans son positionnement par rapport à Obbadi ou Kondogbia. Autre difficulté, la mobilité de l’attaque lyonnaise (Mvuemba, Briand, Lacazette). Sur le papier, Monaco aurait pu répondre aux décrochages de Ferri et Fofana en faisant monter ses latéraux (cf. Fabinho ci-dessus), afin de les mettre dans la zone de Miguel Lopes ou Bedimo sur les côtés, ce qui aurait permis à Kondogbia et Obbadi de rester dans la zone des milieux lyonnais. Mais l’ASM se retrouvait alors à la merci des appels des attaquants lyonnais, qui n’hésitaient pas à plonger dans le dos de Kurzawa ou Fabinho.

Conséquence, Monaco a reculé et l’OL a pris l’ascendant dans le jeu. Franchissant enfin le premier rideau grâce à la disponibilité de Fofana et Ferri, les Lyonnais utilisaient ensuite très bien la largeur afin d’utiliser le surnombre face aux milieux adverses (trois contre cinq avec les montées de Miguel Lopes et Bedimo des deux côtés du terrain). Comme cette animation le laissait entendre, ils sont revenus au score sur un mouvement de la gauche vers la droite, conclu par un Miguel Lopes parfaitement lancé dans le couloir par Ferri (32e).

La réduction du score lyonnaise part d'un mouvement initié à gauche et terminé côté droit.

La réduction du score lyonnaise part d’un mouvement initié à gauche et terminé côté droit. Ferri réussit la passe pour lancer Miguel Lopes entre Berbatov et Kondogbia. A noter que le Bulgare voit le danger venir et demande à l’un de ses partenaires d’anticiper pour bloquer la montée du Portugais, ou au moins la ralentir. Sans succès.

Malheureusement pour les Gones, ce retour dans le match n’est intervenu qu’après un second but encaissé. Nous l’avons déjà évoqué il y a quelques paragraphes : si presser les latéraux est une chose, bien le faire en est une autre. Or sur son second but, l’ASM a profité d’une différence faite par Kurzawa dans son couloir, en dépassant Ferri puis Miguel Lopes, pour mettre ensuite ses attaquants dans de bonnes conditions. En mauvaise position, la défense lyonnaise a été poussée à la faute (mauvais dégagement de Gonalons sur Obbadi), ce qui a permis à Rodriguez de faire le break (27e). Un avantage plus que bienvenu puisque les joueurs du Rocher ont ensuite subi durant le reste de la rencontre.

Car l’histoire de la 2ème mi-temps s’est résumé à un quasi attaque-défense entre des Lyonnais de plus en plus haut et une équipe monégasque qui a multiplié les ajustements défensifs après avoir refait une dernière fois le break sur un contre – entaché du hors-jeu le plus flagrant de la partie – mené par le duo James Rodriguez-Berbatov (52e). Passé ce 3ème but, les Monégasques ont abandonné le pressing et se sont contentés d’attendre les Lyonnais dans leur moitié de terrain.

Le 4-3-3 était toujours de rigueur, avec toutefois une plus grande participation défensive des attaquants. Côté droit, James redesncendait afin de bloquer le couloir face à Miguel Lopes. De l’autre côté, Germain revenait lui bloquer l’intérieur du terrain afin de couvrir Obbadi, qui travaillait surtout face à Bedimo. Côté lyonnais, l’entrée de Gourcuff à la place de Fofana (53e) a repositionné Mvuemba plus bas dans le losange, sans véritable conséquence sur l’animation.

Le dernier joker de Rémi Garde est sorti à l’entrée du dernier quart d’heure avec la sortie de Ferri au profit de Gomis (72e). Un changement qui a fait reculer Gourcuff et Lacazette dans le losange, ce qui a forcé l’ASM a reculé encore un peu plus. Du 4-3-3, les Monégasques sont passés en 4-1-4-1 afin de protéger au mieux les couloirs, et de faciliter la tâche de Moutinho, qui se retrouvait dans une situation difficile face au meilleur attaquant lyonnais du moment. Comme à Bordeaux la semaine dernière, le passage de l’adversaire en 4-1-4-1 a offert le contrôle total du milieu de terrain et du match à l’OL, qui a poussé autant que possible pour faire son retard. Au final, il ne lui a pas manqué grand chose pour revenir au score (2-3, Briand, 78e).

Comme à Bordeaux, l'OL a pris la main dans les dernières minutes face au 4-1-4-1 adverse.

Comme à Bordeaux, l’OL a pris la main dans les dernières minutes face au 4-1-4-1 adverse. Sans adversaire direct, les défenseurs centraux garantissent la possession du ballon. Dans l’utilisation de celui-ci, Mvuemba et Gonalons se chargent de la transition vers les latéraux sur les ailes ou Gourcuff et Lacazette entre les lignes. Côté monégasque, Rodriguez et Germain ont reculé (le premier doit bloquer les montées de Miguel Lopes à droite).

Evidemment, l’OL va pouvoir longtemps ressasser les 3 buts entachés de positions de hors-jeu. Mais difficile pour une équipe de jouer sur ces critères pour améliorer ses performances. En revanche, cela fait maintenant trois rencontres que les Gones passent complètement à côté de leurs entames de match. Comme face à Bordeaux et Plzen, les Lyonnais ont démarré la rencontre en s’infligeant un handicap en n’étant pas « à 100% » dès le coup d’envoi, notamment sur le plan de l’engagement au milieu de terrain. Si l’AS Monaco s’en est miraculeusement sorti, les hommes de Rémi Garde tiennent sans doute là leur marge de progression pour la fin de saison.

Vous aimerez aussi...

5 réponses

  1. the teacha dit :

    Belle analyse
    Bravo aux 2 équipes et 2 coachs qui jouent avec ce systeme trés plaisant et trés offensif, resultat un match plein de spectacle.

    Tactiquement, je sais pas si c’est la meilleure des solutions que les relayeurs aillent chercher les latéraux adverses lors de la phase de relance adverse. Jouant dans ce systeme au niveau amateur, je pense qu’il est plus judicieux de placer les 2 attaquants dans les intervalles stoppeur – latéral. Le but etant d’inviter les stoppeurs adverses à jouer dans l’axe pour que les 4 milieux du losange impulsent un gros pressing haut et que le bloc défensif monte egalement derriere.
    Ca me gene de voir Kondogbia aller chercher miguel lopes à la relance car si celui ci rejoue avec son gardien qui renverse le jeu, les 4 milieux auront un effort intense à effectuer pour coulisser de l’autre coté, voila pourquoi il me semblerait plus judicieux d’y placer les attaquants.
    non ?

  2. Un pressing qui oblige l’adversaire à repasser par le gardien est un pressing réussi en général. L’effort est pas forcément intense puisque l’adversaire ne franchit pas ta première ligne qui coulisse avec le reste du bloc en cas de changement de jeu. A l’inverse, si tu places tes attaquants sur les latéraux, tu laisses un énorme espace dans l’axe (4-1-4-1 au lieu du 4-3-3/4-4-2 losange) et les défenseurs centraux sont libres. Tu recules automatiquement dans ces conditions.

  3. gvani dit :

    @the teacha – j aime.bien ton idée c est ce que l Uruguay avait fait

  4. the teacha dit :

    @florent: j’ai oublié de préciser que je placais le n°10 entre les 2 stoppeurs adverses pour aller les gener un max, les 3 milieux restants du losange doivent verouiller l’axe.

    @gvani: l’uruguay a fait ca contre qui ?

  5. hamada jambay dit :

    Contre le Brésil en 1930 si je me souviens bien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *