Lyon 2-2 Saint-Etienne, l’analyse tactique

Pour ce choc de la 33e journée, l’OL avait deux objectifs : repasser devant le PSG au classement et effacer l’humiliation subie à Geoffroy-Guichard lors du match aller (0-3). Auteurs d’une entame impressionnante, les Lyonnais ont eu les occasions pour tuer le match dès la première demi-heure. L’expulsion de Rose est venu perturber leur plan initial… tout en facilitant celui de Saint-Etienne qui n’était pas venu chercher autre chose que le match nul.

Les compositions : 

Au coup d’envoi, Hubert Fournier a enregistré deux retours dans le onze de départ par rapport à l’équipe venue à bout de Bastia en milieu de semaine (2-0), ceux de Christophe Jallet et Maxime Gonalons. Excepté Bisevac, blessé de longue date et remplacé par Rose, c’est un OL au complet qui a débuté la rencontre, porté par trois attaquants en pleine forme.

Côté stéphanois, Christophe Galtier a décidé de reconduire la formule qui avait fonctionné lors du match aller : les Verts ont débuté la rencontre en 3-5-2. Quelques absences à signaler toutefois puisque Sall, Cohade et Lemoine manquaient à l’appel. En attaque, Erding est préféré à Van Wolfswinkel pour évoluer aux côtés de Gradel.

 

Lyon balade le 3-5-2 stéphanois… : 

A l’aller, les Lyonnais avaient été dominés dans les duels et étaient complètement passés à côté du rendez-vous. Hier, d’entrée de jeu, ils ont affiché une tout autre détermination. Dès la première minute de la partie, Njie s’est retrouvé en position de marquer après avoir pris Baysse de vitesse. Aidé par les montées rapides de Bedimo à ses côtés pour créer des situations de deux-contre-deux (face à Clerc-Baysse), le jeune Camerounais a été le joueur le plus en vue dans ce début de rencontre.

Pour l’OL, l’animation offensive était assez simple à résumer. Une fois dans le camp adverse – après des remontées de balle facilitées par les décrochages de Ferri ou Tolisso, qui n’étaient pas suivis par les milieux stéphanois -, il s’agissait d’aller le plus rapidement possible sur les côtés, de manière à créer des situations de deux-contre-deux (Fekir-Jallet à droite, Njie-Bedimo à gauche) et prendre de vitesse l’arrière-garde stéphanoise (Theophile-Catherine/Tabanou à gauche, Baysse-Clerc à droite).

Lorsque les trois milieux stéphanois coulissaient côté ballon pour créer le surnombre en faveur de la défense, les milieux lyonnais entraient en scène pour permettre le renversement de jeu et la création d’une nouvelle situation favorable à l’opposé. La justesse technique lyonnaise était telle en début de match que les Verts ne pouvaient que constater les dégâts… et s’en remettre à la réussite (ou au manque de réalisme adverse) pour ne voir qu’un seul des 14 tirs lyonnais (en 30 minutes de jeu !) finir au fond des filets.

fsfdsfd

Après un premier travail de fixation à droite (Fekir-Jallet vs Theophile-Catherine et Tabanou), l’OL ressort par Ferri et renverse le jeu vers Bedimo et Njie (vs Baysse et Clerc). La vitesse des enchaînements et la justesse technique mettent les trois milieux stéphanois loin de l’action, créant une situation de deux contre deux et beaucoup d’espaces à exploiter pour les Lyonnais.

… et retrouve les vertus entrevues à Bordeaux : 

En plus d’être dangereux offensivement, les Lyonnais ont su empêcher l’AS Saint-Etienne de mettre le pied sur le ballon et de relancer correctement. Face aux dégagements de Ruffier, Lacazette, Fekir et Njie se sont positionnés haut de manière à bloquer les trois défenseurs centraux. Jallet et Bedimo ont complété leur travail en sortant sur les latéraux stéphanois, tout comme Ferri et Tolisso lorsque les milieux adverses étaient servis dans l’entrejeu.

Mais au-delà de ce positionnement face à la relance adverse, les Lyonnais sont surtout restés concernés par le travail de récupération. Souvent cette saison, les attaquants de l’OL n’ont pas maintenu les efforts, ne revenant pas aider les milieux de terrain afin de rester haut pour jouer les contres. Obligés de coulisser sur la largeur, ces derniers ont dès lors plus cherché à contenir l’adversaire qu’à récupérer le ballon.

Mais hier, les attaquants lyonnais ont justement maintenu cette pression afin d’enfermer les milieux stéphanois entre leur ligne et celle du trio Ferri-Gonalons-Tolisso. Les Bordelais avaient vécu ça en décembre dernier pour le résultat que l’on sait (lire : Bordeaux 0-5 Lyon, l’analyse tactique). Les Stéphanois ont ainsi beaucoup souffert durant la première demi-heure, obligés de jouer vite et long vers Gradel ou Erding, forcément en difficulté à la réception de ces passes « forcées ».

tolisso1

Saint-Etienne vient de relancer. Le ballon sort du couloir gauche. Tolisso sort sur Corgnet pour le repousser vers la ligne médiane.

lacazette1

Lacazette et Fekir reviennent sur le milieu de terrain pour l’enfermer et l’empêcher de se retourner pour servir Clerc à l’opposée.

fekir1

Corgnet s’en sort quand même et joue en retrait sur Perrin… Lacazette et Fekir réagissent immédiatement et s’apprêtent à ressortir.

ol-remonte

Mis sous pression, Perrin écarte sur Nguemo qui est bloqué par Fekir-Ferri et doit lui aussi jouer en retrait. Fekir poursuit sa course sur Theophile-Catherine, qui n’a pas d’autre choix que de repasser par Ruffier.

olenplace

Les attaquants lyonnais se repositionnent sur leurs adversaires directs et forcent le gardien stéphanois à allonger.

Galtier obligé de changer de système : 

Un but encaissé, 14 tirs concédés et moins de 60 passes réussies sur la première demi-heure de jeu, Saint-Etienne ne pouvait pas continuer de cette manière au risque de vivre un scénario catastrophe. Christophe Galtier a donc pris la décision de changer de système en faisant sortir Paul Baysse, en grande difficulté face à la vitesse Njie, pour lancer Romain Hamouma. Un changement a priori offensif, mais qui dans les faits s’est traduit par une équipe stéphanoise plus solide en défense.

Saint-Etienne est en effet passé en 4-1-4-1 avec Hamouma et Gradel chargés de bloquer les montées de Bedimo et Jallet sur les ailes. Cela a permis aux latéraux de se rapprocher des défenseurs centraux (défense à 4 : Clerc, Perrin, Théophile-Catherine, Tabanou) et ainsi de mieux contrôler les déplacements des attaquants lyonnais, toujours avec l’aide de Clément lorsque ces derniers décrochaient.

Mené au score et renforcé défensivement par le changement de système, Saint-Etienne a reçu un coup de pouce bienvenu : sur un enchaînement anodin de têtes au milieu de terrain, la défense lyonnaise n’est pas remonté assez vite et a permis à Gradel de se retrouver seul devant Lopes. Le portier lyonnais a remporté son duel, mais a ensuite été supplée par Rose, qui a dévié le tir de Nguemo de la main. Penalty, carton rouge et voilà Saint-Etienne miraculeusement lancé dans ce match (29e).

Le passage en 4-1-4-1 permet aux Stéphanois de renforcer leur axe défensif.

Le passage en 4-1-4-1 permet aux Stéphanois de renforcer leur axe défensif. Grâce au repli des ailiers (Gradel vs Jallet côté ballon), les latéraux restent à l’intérieur du jeu pour gérer les attaquants lyonnais et Perrin ne se retrouve plus seul face à la pointe.

Mais l’OL ne change rien : 

Mais en face, Lyon n’a rien changé à son approche. Le 4-3-3 en losange s’est transformé en 4-2-3, Gonalons glissant en défense centrale aux côtés d’Umtiti pour laisser Ferri et Tolisso dans l’entrejeu. S’il était risqué, le calcul d’Hubert Fournier était assez simple : à partir du moment où ses attaquants conservaient la même implication dans l’effort de récupération, alors les Lyonnais avaient de grandes chances de conserver le ballon et ainsi la maîtrise de la rencontre.

C’est exactement ce qu’il s’est passé dans les minutes qui ont suivi : face à des Stéphanois qui n’ont pas osé remonter leur bloc pour gêner leurs sorties de balle, les Gones ont continué à développer leur jeu dans le camp adverse, forçant les Verts à jouer long. Le seul danger pour les Lyonnais était de voir « la première passe » trouver un relais au milieu de terrain où Ferri et Tolisso devaient couvrir une grande zone… Soit ce qu’il s’est produit sur le but de Hamouma (44e), servi par Corgnet depuis la ligne médiane.

nguemo-prise

La première ligne lyonnaise laisse le champ libre à Nguemo, qui redescend offrir une solution à Ruffier.

corgnet

Le milieu stéphanois a le temps de servir Corgnet, parfaitement positionné entre les deux milieux lyonnais.

hamouma

Ferri et Tolisso sont trop loin pour intervenir, et Corgnet adresse un service parfait pour Hamouma, parti dans le dos d’Umtiti.

Menés 2-1, les Lyonnais se sont retrouvés dans une situation de course contre-la-montre au retour des vestiaires. Dépendant des efforts défensifs des attaquants, le système en 4-2-3 n’allait certainement pas pouvoir tenir 45 minutes de plus. Face à des Stéphanois toujours attentistes mais désormais difficiles à bouger derrière, les Gones s’en sont remis aux dribbles de Fekir et aux coups de pied arrêtés qui ont suivi pour revenir au score (Jallet, 48e).

Une dernière demi-heure sans rythme : 

Tactiquement, plus rien n’a bougé jusqu’à l’heure de jeu et la baisse de rythme prévisible des attaquants lyonnais. L’OL a alors reculé, les attaquants excentrés se rapprochant de leurs milieux de terrain et ouvrant ainsi le terrain à la possession stéphanoise (55/45% en faveur de Saint-Etienne dans la dernière demi-heure, contre 58/42% pour l’OL sur la première heure de jeu). Les voyants sont passés aux verts… mais les hommes de Galtier ont été incapables d’en profiter offensivement.

Le manque de créativité de leurs milieux de terrain (Clément, Nguemo puis Diomandé malgré l’exception Corgnet, difficile à trouver) a pesé lourd sur la fin de partie. En face, les Lyonnais n’ont pas eu à s’employer pour tenir le score, bien aidés par la grande performance de Tolisso pour tenir l’entrejeu et la bonne entrée de Grenier à la place de Ferri (70e). Censés revitaliser l’attaque lyonnaise dans le final, Yattara (79e) et Ghezzal (87e) n’ont pas su remettre du rythme dans les dernières minutes de jeu.

Au final, un match nul frustrant pour les Lyonnais, bien au-dessus de leurs adversaires mais qui n’ont pas su tuer le match durant leur énorme temps fort de la première demi-heure. Et en face, un partage des points à prendre pour Saint-Etienne, mais forcément décevant au vu du manque d’ambition affiché alors que l’équipe aurait pu faire une énorme opération en cas de victoire, revenant alors à hauteur de Monaco dans la course au podium…

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Daniel Constance dit :

    Coucou,
    Le 4-2-3 risqué par Fournier a finalement permis aux Lyonnais de s’accrocher à ce nul ! Bravo donc aux Lyonnais et à l’entraineur !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *