Bordeaux : naissance d’un nouveau projet de jeu

Après une saison 2015-16 catastrophique à tous points de vue, les Girondins repartent pour un nouvel exercice avec de vraies ambitions. S’il n’est peut-être pas terminé, le mercato est d’ores et déjà une réussite avec l’arrivée d’anciens internationaux (Toulalan, Ménez) et surtout le départ de joueurs qui ont déçu ces dernières saisons.

Mais la meilleure recrue se trouve peut-être sur le banc de touche en la personne de Jocelyn Gourvennec. L’ex-entraîneur de l’En Avant de Guingamp est arrivé avec les idées claires et a très vite posé son empreinte sur le collectif girondin avec son traditionnel 4-4-2. Alors que faut-il retenir de la pré-saison bordelaise sur le plan tactique ? Analyses détaillées après avoir visionné les rencontres face à Angers (0-3), Lorient (3-1) et Osasuna (1-1).

Un effectif remodelé : 

Avant même de parler des arrivées, ce sont les départs qui donnent l’impression d’un véritable changement d’ère en Gironde. Excepté Debuchy, impossible à conserver, tous les joueurs qui ont quitté le club cet été ne rentraient pas dans le projet de jeu porté par le nouvel entraîneur, de Chantôme à Diabaté en passant par Poko et Yambéré.

A l’inverse, les arrivées s’inscrivent parfaitement dans ce dernier. Toulalan va apporter son expérience et a déjà une grande influence sur la qualités des sorties de balle de l’équipe (il suffit de voir la rencontre face à Osasuna où il n’est pas là et qui a vu les Girondins bien plus brouillons dans ce secteur). Kamano et Sabaly sont là pour faire jouer la concurrence dans les couloirs. Enfin, si son dos l’épargne, Ménez devrait devenir le leader technique de l’attaque.

A ces recrues, il faut aussi ajouter le retour de prêt de Gaetan Laborde, convaincant avec Clermont la saison dernière et qui a une vraie carte à jouer dans le nouveau système de jeu à deux attaquants.

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Distribution du temps de jeu durant la pré-saison (6 matchs joués : Pau, Milan AC, Athletic Bilbao, Angers, Lorient et Osasuna).

4-4-2 : la base de travail 

Bien qu’il soit encore un « jeune entraîneur » (44 ans), Jocelyn Gourvennec est dans le « métier » depuis 8 ans maintenant. L’ancien Nantais a eu le temps de parfaire ses convictions tactiques. Et celles-ci s’appuient avant tout sur un cadre bien établi, le 4-4-2, qu’il décrivait il y a quelques jours à la Dépêche : « dans mon esprit il faut 2 points de fixation devant. Ensuite, je ne trouve pas plus cohérent (que le 4-4-2) pour défendre collectivement. » 

Après l’avoir pratiqué pendant 6 ans à Guingamp, Gourvennec a apporté son schéma fétiche en Gironde, qui en a de très bons souvenirs (champion de France 99). Du coup d’envoi du premier match de préparation face à Pau jusqu’au coup de sifflet final face à Osasuna, Bordeaux n’est jamais sorti de ce système. Une différence qui tranche avec les (trop) nombreuses expérimentations de la période Sagnol.

L'effectif girondin et le 4-4-2 de Gourvennec.

L’effectif girondin et le 4-4-2 de Gourvennec.

En ne changeant jamais, le système assure une stabilité au niveau de l’animation défensive et des consignes données à chacun. Avec le ballon, ce sont les choix d’hommes qui dictent l’animation. Cela se ressent surtout sur les côtés où Touré, Malcom, Traoré et Kamano apportent chacun des choses différentes. Même chose devant avec Rolan, Laborde, Thelin et… Malcom qui, en attendant Ménez, a été testé à tous les postes offensifs.

Loin d’être établie dans tous les secteurs, la hiérarchie sera peut-être modifié d’ici la fin du mois d’août. S’il ne fait pas la Une des journaux transferts, Diego Rolan reste un joueur suivi de près par plusieurs clubs étrangers et un départ de dernière minute est toujours possible. Dans l’autre sens, le club ne serait pas contre une dernière recrue en défense centrale. Un mouvement qui apparaîtrait judicieux vu que l’effectif ne compte plus que deux spécialistes du poste (Pallois et Pablo).

Une défense collective…

« Je ne trouve pas plus cohérent pour défendre collectivement. » Lorsqu’il doit expliquer sa préférence pour le 4-4-2, Jocelyn Gourvennec dévoile une autre facette de sa vision d’entraîneur : la défense est collective. Sur le terrain, Bordeaux s’est attaché à bien défendre en bloc, que ce soit pour aller chercher l’adversaire dans son camp ou bloquer le milieu ou défendre bas dans sa moitié de terrain.

Sans grande surprise, les Girondins ont pris l’habitude d’attendre leurs adversaires dans l’entrejeu (bloc médian). En première ligne, les attaquants déclenchent le travail collectif en orientant la relance vers les côtés. Le reste du bloc coulisse ensuite afin de objectif de réduire les espaces et récupérer le ballon. Une articulation des plus classiques.

Les deux attaquants ont un rôle capital à jouer dans ce système. Un 4-4-2 ne peut pas tenir sur la durée sans leur aide. Les exemples qui réussissent ont été nombreux dernièrement (Atletico Madrid, Leicester). Les deux joueurs positionnés en pointe sont à la fois les déclencheurs du pressing, mais aussi des aides bienvenues pour combler les brèches qui peuvent se créer dans le bloc-équipe lorsque l’adversaire conserve le ballon.

A ce niveau, Bordeaux a pu compter sur des éléments impliqués dans l’effort défensif. Diego Rolan, Malcom et Gaetan Laborde n’ont pas été avares en courses à chaque fois qu’ils se sont retrouvés aux avants-postes. Leur mobilité et leur endurance ont tranché avec leur prédécesseur Diabaté, certes meilleur buteur bordelais sur les dernières saisons mais incapable de faire ce travail sur la durée (rendant quasi-impossible le bon fonctionnement d’un système à deux attaquants).

Autre point positif, les excentrés se sont aussi montrés impliqués défensivement. On pouvait s’inquiéter du changement tactique qu’allait provoquer ce nouveau système pour des joueurs comme Malcom ou Touré (en attendant de vraiment voir Ounas à l’oeuvre). Ces derniers ont toutefois vite intégré la nouvelle animation défensive, se déplaçant désormais en fonction de leurs partenaires et non plus en fonction de l’adversaire (on en revient à la notion de défense collective).

Attention toutefois au traditionnel « état de grâce » qui accompagne chaque changement d’entraîneur. La saison n’a pas débuté, des places sont encore à gagner et il n’est pas surprenant de voir des joueurs appliqués défensivement. Reste à savoir comment l’effectif entier réagira sur la durée.

… en danger quand les lignes s’étirent 

Face à Angers, Lorient et Osasuna, la défense bordelaise n’a pas vraiment été poussée dans ses retranchements. Si l’on arrête l’analyse aux 9 buts encaissés par les Girondins durant la préparation, seulement deux sont intervenus sur des attaques placées de l’adversaire (Lorient et Bilbao). A chaque fois, on retrouve la même origine : une différence individuelle faite par un joueur sur l’aile (Koffi pour Lorient, Inaki Williams pour Bilbao).

Peut-on toutefois en déduire que Bordeaux va s’appuyer sur une défense solide pour débuter la saison ? Bien sûr que non. D’abord parce qu’il y a eu 7 autres buts encaissés, dont trois sur coups de pied arrêtés et d’autres consécutifs à de grosses erreurs individuelles (Poundjé, Sertic, Pallois). Ensuite parce que presque tous les joueurs peuvent encore progresser dans leurs interventions défensives : certains n’osent pas mettre le pied, d’autres pêchent encore par manque de vivacité.

A court terme, le plus gros chantier collectif se situe au niveau de la cohésion du bloc et plus particulièrement le comportement de la ligne défensive. Cette dernière a parfois du mal à être au diapason des deux autres. Car lorsque les attaquants et les milieux sortent au pressing dans le camp adverse, Bordeaux parvient à gratter des ballons intéressants…

… le problème, c’est que sur ces phases de jeu où les deux premières lignes sont entreprenantes, la troisième reste souvent dans les starting-blocks. Craignant sans doute d’être prise dans son dos, la charnière Pallois-Sertic rechigne souvent à se rapprocher de la ligne médiane lorsque le reste du bloc est aspiré dans le camp adverse. Résultat, des espaces se créent entre la défense et le milieu, qui permettent notamment aux attaquants adverses de se rendre disponibles (ex : Waris pour Lorient).

Dans un autre style que Lorient, Angers a aussi joué avec cette limite bordelaise. Les joueurs de Stéphane Moulin laissaient venir les Girondins dans leur camp avant de jouer long pour viser le deuxième ballon. Résultat, les Marine et Blanc à vocation offensive sortis au pressing étaient battus par le dégagement et manquaient à l’appel à la retombée. Moins vifs et moins puissants que les Angevins, les milieux axiaux bordelais (Toulalan, Plasil, Vada) se retrouvaient à découvert et en difficulté.

Bref, Bordeaux a certes fait le choix de se débarrasser de ces éléments les plus physiques mais doit compenser désormais par une plus grande intelligence tactique. Sans cohésion, qui permet les prises à deux ou trois pour récupérer le ballon, cette équipe souffrira de son déficit athlétique. Peut-être faudra-t-il d’abord passer par un pressing moins ambitieux et rester compact. A moins qu’une recrue derrière ne change la donne (difficile de croire à un tel scénario au mois d’août néanmoins).

En attaque : enfin du talent

Ounas, Malcom, Rolan, Ménez, Toulalan, Vada, Plasil… Il faut remonter loin dans le temps pour voir une équipe de Bordeaux aussi fournies en « joueurs de ballon ». Mais pour que ces derniers brillent, il faut une structure adéquate, qui leur permettrait de s’exprimer. Si le 4-4-2 permet de (presque tous) les associer, il ne se suffit pas à lui même. Les principes de jeu sont tout aussi importants. Et un semble essentiel : jouer au sol.

Avec Toulalan, Vada et Plasil pour les deux postes dans l’axe du terrain, Bordeaux se base sur trois joueurs capables de jouer vers l’avant, que ce soit par la passe ou balle au pied. Les trois hommes se sont montrés à leur avantage, avec néanmoins un déchet technique que l’on mettra (pour l’instant) sur le compte de la pré-saison. Toulalan apporte un vrai plus dans ce secteur par son intelligence de jeu et la qualité de ses déplacements.

Pour ceux qui ont suivi Bordeaux ces dernières saisons, il est d’ailleurs assez impressionnant de voir l’apport immédiat de l’ancien Monégasque. Ce dernier sait se rendre disponible et créer des espaces pour ses partenaires afin de leur permettre de progresser sur le terrain. Repositionné dans ce rôle, Valentin Vada pourrait être le grand bénéficiaire de cette arrivée sur le plan individuel. Le jeune Argentin a beaucoup à apprendre et Toulalan ferait un excellent tuteur.

A la réception de ces premières transmissions des milieux, on retrouve évidemment les joueurs à vocation offensive (Malcom, Touré, Rolan, Laborde…). Malcom et Rolan ont montré de belles choses en terme de déplacements entre les lignes adverses (notamment face au 4-4-2 lorientais). Le Brésilien a toutefois une réelle marge de progression dans ses prises de balle : sa première touche peut parfois le ralentir et permettre à l’adversaire éliminé par la passe de se replacer. Sur les côtés, il semble nouer une belle entente avec le Serbe Gajic. Malcom repique régulièrement dans le half-space afin de laisser le couloir à son latéral.

La réciproque est moins vraie à gauche, avec un Touré beaucoup plus dans le un-contre-un et un Poundjé qui a du mal à produire sur la durée malgré quelques percées balle au pied. Plasil et Vada apportent aussi des relais techniques bienvenus avec leurs incursions dans les 30 derniers mètres. Mais attention au déséquilibre !

Le grand chantier de la relance : 

Les promesses sont là, mais pour les accomplir, les milieux bordelais doivent à la fois avoir le ballon et le champ libre. Le match face à Angers (défaite 0-3) a exposé toutes les limites des Girondins lorsque l’adversaire parvient bloquer leurs milieux. Car dans ces conditions, l’équipe doit s’en remettre à sa défense centrale pour relancer. Et celle-ci s’est heurtée sur ce match aux mêmes problèmes que l’équipe de France lors du dernier Euro : le mur invisible aux abords du rond central.

On aurait pu penser que le replacement de Sertic à ce poste allait en partie résoudre ce problème. Mais l’ex-milieu de terrain s’est montré décevant dans l’utilisation du ballon. Sans même parler de ses choix de passes, le néo-défenseur évitait même de faire les quelques mètres balle au pied pour aller fixer un adversaire (pourtant la base du développement d’un jeu de position efficace).

Sans solution, les défenseurs centraux ont joué long, balançant de longues diagonales pour libérer Malcom et Touré sur les ailes. Le problème, c’est que celles-ci ne sont utiles qu’après avoir fixé une première fois le bloc adverse (à moins d’un exploit du receveur).

Qui plus est, ce jeu long peut devenir un vrai problème puisqu’il étire les lignes et nous ramène au grand danger qui guette le 4-4-2 girondin : son manque de cohésion. Car qui dit jeu long, dit deuxième ballon… Et dans ce secteur-là, les individualités girondines ne sont pas les plus armées (les attaquants dans le combat physique, les milieux axiaux dans la vivacité) pour répondre. Des joueurs comme Toulalan ou Plasil peuvent se retrouver exposés et donc en difficulté.

A l’inverse, une progression « ligne par ligne » permet à l’équipe de conserver la cohésion de l’ensemble. La patience sera donc l’une des clés de la réussite. Bordeaux a les joueurs devant pour récolter les fruits d’une relance réussie. L’animation bordelaise dépendra donc beaucoup de cette dernière et de la capacité des défenseurs à prendre les décisions adéquates dans le jeu.

L’avantage, c’est que la Ligue 1 laisse généralement du temps à ces derniers au moment de relancer. Qui plus est, les Bordelais sont désormais assez bien entourés avec Toulalan, Plasil ou Vada pour faire circuler le ballon. Si les trois hommes font les efforts pour se rendre disponibles, ils éviteront normalement à Pallois et Sertic de se retrouver sans solution autre que le jeu long.

Il ne faut pas non plus oublier le gardien de but, pierre angulaire des équipes qui fondent leurs attaques sur un jeu de position efficace. Titulaire durant la préparation, Jérôme Prior a montré qu’il était doté d’un bon jeu au pied et pourrait devenir un atout supplémentaire de la construction girondine s’il venait à s’imposer.

Le salut par le jeu : 

En refondant son effectif pour faire confiance à ses jeunes et à des profils plus techniques, Bordeaux ne s’est pas donné le choix : la réussite passera par le jeu. Sur le long terme, ce genre de projet s’avère souvent payant et, en prime, la jeunesse de l’effectif incite à l’optimisme. Néanmoins à court terme, rien n’est garanti et les Girondins vont passer un premier gros test ce samedi avec la réception de Saint-Etienne : une équipe capable de les faire souffrir physiquement s’ils ne jouent pas intelligemment.

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4 réponses

  1. Magnifique !!! Quel bel article !!!!

  2. Conejo Rojo dit :

    Quelle brillante analyse Totogne. Merci.

    L’effectif est séduisant offensivement mais la vue de nos joueurs défensifs me donne des sueurs froides.

    3 latéraux sur 4 ne savent pas défendre. On laisse le bénéfice du doute à Sabaly. Sertic et Pallois sortent de longues blessures et le pauvre Pablo a malheureusement l’air en mousse. Reste Guilbert, seule satisfaction de la saison passée, mais visiblement pas dans les plans de JG.

    Milieu de terrain de grande qualité avec Toulalan – Plasil. Mais si le premier est absent, l’équilibre de l’équipe me semble en grand danger. C’est lui la pierre angulaire du 11 de départ. A voir si Arrambari peut jouer son rôle supposé de box to box pour pallier aux éventuels forfaits de toulalan. D’ailleurs, pourquoi n’en parles-tu pas ?

    Offensivement, c’est sloggi par palette de 8 tonnes. Reste à voir par quel profil sera remplacé Rolan si il doit partir.

    Bref, de belles promesses de voir du spectacle à Galice, mais aucune certitude, comme tu le soulignes.

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