Bordeaux : d’une saison à l’autre…

Lundi, les Girondins de Bordeaux ont repris le chemin de l’entraînement et débuté leur préparation pour la saison 2017-18. L’occasion est belle pour  jeter un dernier (long) regard sur l’exercice précédent. Au programme de ce bilan, un retour détaillée sur leur évolution au fil de la saison 2016-17 et l’étude des points tactiques qui permettent de comprendre leur montée en puissance durant la phase retour. Car si Bordeaux a accroché l’Europe à la faveur d’une 6ème place et d’un csc d’Issa Cissokho en finale de la Coupe de France -un autre exemple de la théorie du chaos…-, la première partie de saison a été bien plus difficile.

En décembre, les Girondins terminaient en effet 2016 de la pire des façons, encaissant deux lourdes défaites face à Monaco (0-4) et Montpellier (0-4) à peine atténuées par deux performances positives contre l’OGC Nice (3-2 en Coupe de la Ligue et 0-0 en championnat). C’est à la faveur d’un changement tactique bienvenu et d’un mercato bien négocié que l’équipe de Jocelyn Gourvennec a réussi à se redresser une fois le Nouvel An passé.

Automne 2016 : l’échec du 4-4-2 

En tout début de saison, un tout nouveau projet de jeu était annoncé en Gironde. A l’issue de la préparation, le 4-4-2 made in Gourvennec semblait déjà en ordre de marche sur le plan défensif mais pas mal d’interrogations subsistaient dans d’autres domaines. La principale posait la question de la capacité de l’équipe à ressortir proprement dans ce système, d’autant plus que les milieux de terrain (Plasil, Toulalan, Vada, Sertic) ne semblaient pas avoir le coffre pour tenir le rythme de rencontres à haute intensité. Or pour répondre à cela, il faut être en capacité de conserver le ballon.

Les premiers mois de compétition sont malheureusement allés dans ce sens. Très rapidement blessé (Nantes, 2ème journée), Toulalan a eu du mal à endosser le rôle de leader qui lui était promis durant la préparation. Au-delà de son cas, c’est l’ensemble du milieu de terrain girondin qui a souffert. L’explication n’était pas bien difficile à trouver : certes dans cette zone, Bordeaux avait des techniciens… mais il n’y avait pas de ballons ! La faute à qui ? Souvent à des défenseurs en difficulté lorsqu’il fallait repartir de derrière.

On a ainsi découvert une équipe de Bordeaux coupée en deux, avec des défenseurs centraux avec « les pieds dans le béton«  , des milieux esseulés et le reste de l’équipe positionné bien trop loin dans le camp adverse pour que la progression au sol soit possible.

Très vite, trop vite, le 4-4-2 tombait dans un jeu long stérile qui ne collait absolument pas aux qualités de joueurs comme Ménez, Malcom, Ounas ou Kamano… et encore moins à celles des milieux, en difficulté dans les duels et donc peu à l’aise lorsqu’il fallait batailler sur les deuxièmes ballons. Liées, ces lacunes ont rendu les Girondins inoffensifs dans de nombreux matchs, surtout face à des adversaires qui étaient pourtant à leur portée.

Seule satisfaction de ce début de saison, la défense a plutôt bien tenu le choc… si l’on excepte les failles sur coups de pied arrêtés du début de saison, le 4-4-2 mis en place par le nouvel entraîneur a vite trouvé ses repères. Face à plus fort, les Bordelais ont d’ailleurs réalisé de bonnes performances, gagnant à Lyon (3-1) et ramenant un nul de Marseille (0-0). La marche parisienne était toutefois bien trop haute.

Après 11 journées et leur déplacement au Vélodrome, les Marine et Blanc pointaient à la 9ème place du classement. Des débuts moyens donc, et surtout une attaque dans le rouge : le xG.pour était inférieur à 1 (0,97), ce qui aurait placé Bordeaux entre Dijon (17e : 1,02) et Metz (18e : 0,96) en fin de saison. Heureusement, la défense limitait la casse malgré le choc malgré le carton pris à Toulouse : avec un xG.contre de 1,09, l’équipe aurait terminé dans le premier tiers du tableau entre Angers (3e : 1,04) et Rennes (4e : 1,10).

Hiver 2016 : à la recherche de la bonne formule

Cette impuissance offensive, résultante des problèmes de transition entre défense et milieu, ont poussé Jocelyn Gourvennec à revoir ses plans. La première évolution est intervenue début novembre, juste avant la trêve internationale, avec la réception de Lorient (2-1). Ce jour-là, les Girondins ont débuté avec un 4-4-2 en losange qui ajoutait un homme supplémentaire au milieu. Evidemment, Lorient avait une défense moins coriace que celles de Caen, Nancy ou Angers, qui étaient venus prendre des points en Gironde. Mais les Bordelais étaient déjà beaucoup mieux, arrivant même à développer de belles séquences de jeu grâce à l’activité de ce 3ème milieu (Vada).

Ce système a ensuite été reconduit face à Guingamp (1-1), Dijon (3-2), Bastia (1-1) et Lille (0-1) avec des fortunes diverses. Offensivement, Bordeaux était en nets progrès… mais c’est désormais l’animation défensive qui laissait à désirer : entre la 12ème et la 18ème journée, le xG.pour a légèrement augmenté (1,08 – entre la 16e et 17e attaque en fin de saison) alors que le xG.contre a explosé (1,43 – entre la 16e et 17e défense en fin de saison) !

Certes, Monaco est passé par là (0-4). Mais Bordeaux a aussi été complètement dépassé par Lille (défaite à domicile, 0-1) et même Montpellier (0-4), même si rien n’a tourné en faveur des Marine et Blanc ce soir-là. Il ne restait plus qu’une journée avant la trêve et l’équipe s’engluer doucement mais sûrement en milieu de tableau (10ème du classement).

Janvier 2017 : l’embellie et la remontée 

Inutile de faire durer le suspense : les Girondins se sont bien relevés en 2017. Le tableau ci-dessous le montre en présentant la moyenne glissante des xG.pour et xG.contre de la 1ère à la 38ème journée du championnat.

bordeaux_xG_moyenneglissante

Offensivement, l’équipe a bel et bien touché le fond aux alentours de la 10ème journée avant de remonter la pente. Comme on l’a vu auparavant, c’est la défense qui a ensuite failli et traversé sa pire période (J17 : Monaco).

Le mois de janvier a vu une progression simultanée dans les deux secteurs. L’équipe a atteint sa meilleure période défensive à la fin de ce mois de reprise (J22 : Nancy), aidée il est vrai par un calendrier favorable (Angers, Toulouse, Nancy, Rennes, Caen). Le palier suivant a été franchi en attaque au printemps, là aussi en profitant d’un calendrier intéressant bien qu’un peu plus relevé (Montpellier, Nice, Metz, Nantes, Bastia).

Pendant cette période, Jocelyn Gourvennec s’est trouvé un onze-type et en a très peu dévié par la suite. Beaucoup de joueurs ont enchaîné les matchs, ce qui peut expliquer la baisse de régime en fin de saison, marquée par 4 matchs nuls (Dijon, Saint-Etienne, Marseille, Lorient) et une 5ème place perdue dans le sprint final.

Après les chiffres, intéressons-nous aux raisons de ce redressement.

4-1-4-1 : milieu densifié, transition plus simple 

Et commençons par le changement de système et l’installation définitive du 4-1-4-1. En attendant Sankharé, débarqué en Gironde à la fin du mois de janvier, cette nouvelle formation a permis aux Girondins de retrouver une assise défensive. Principale force, il a compliqué la progression de l’adversaire au milieu de terrain. Autre avantage, il a remis Toulalan devant la défense, un rôle qu’il a retrouvé avec joie puisqu’il pouvait désormais se cantonner à la couverture des offensives (voir par ailleurs).

Se replaçant dans un bloc médian après la perte du ballon et le pressing qui s’en suivait, les Bordelais étaient portés par l’activité de leur axiaux : Laborde en pointe évidemment, mais aussi Plasil et Vada qui devaient chasser les milieux. Couverts par Toulalan dans l’axe, les deux relayeurs n’hésitaient pas à sortir très haut pour accompagner leur attaquant et cadrer les rampes de lancement adverses. Sur les côtés, les ailiers avaient eux pour mission de protéger les half-spaces et de venir aider Toulalan à l’intérieur en cas de nécessité.

L’arrivée de Sankharé a ajouté une dimension athlétique supplémentaire dans ce secteur de jeu. L’ancien Guingampais couvre plus de terrain que ses collègues (et plus vite), ce qui en fait un atout précieux lorsqu’il faut sortir pour cadrer un porteur… puis un autre etc. Son impact dans les duels a aussi été un plus pour une formation qui avait souvent souffert dans ce domaine jusque-là, surtout face aux meilleures équipes du championnat.

Autre renfort de l’hiver, le Serbe Vukasin Jovanovic ne s’est pas imposé comme Sankharé mais il a montré de très bonnes aptitudes pour relancer. Sa capacité à récupérer des ballons et surtout les ressortir correctement a tranché avec ses concurrents (Pallois et Lewczuk), peut-être plus dominateurs dans les duels mais moins enclins à enchaîner avec une passe vers l’avant. Or cette première touche est indispensable pour permettre de bonnes transitions offensives, exercice dans lequel les Girondins ont été beaucoup plus efficaces sur la phase retour (voir par ailleurs).

Le danger : des brèches dans le coeur du jeu 

On l’a dit, les milieux bordelais travaillaient avec Laborde pour cadrer les lancements de jeu adverses. Cela les amenait souvent à suivre des adversaires précis (les milieux d’en-face). S’il a ses avantages, ce marquage sur l’homme a aussi des inconvénients. Le plus dangereux est qu’il peut créer des brèches dans la structure défensive et offrir des lignes de passes intéressantes pour l’adversaire qui réussirait à passer outre le travail de cadrage (lire : Allemagne 1-1 Chili : une opposition de styles défensifs).

Concrètement, le simple déplacement d’un milieu pouvait parfois suffire pour mettre la paire de relayeurs hors de position (voir ci-dessous).

Toutefois, seules des équipes vraiment armées sur le plan technique pour relancer correctement étaient capables d’en profiter. C’est peut-être là que se situe l’une des marges de progression des Girondins face aux meilleures équipes du championnat (1 seul point pris contre le top 3). On retiendra quand même qu’ils n’ont pas été ridicules à Monaco, s’inclinant (2-1) malgré une très bonne prestation défensive jusqu’à l’ouverture du score sur coup de pied arrêté de Mbappé (61e).

Le grand changement : enfin des solutions contre les petits !

« Quand on perd des matches parce qu’on joue contre meilleur que nous, il n’y a pas de souci, ça fait partie du sport. Mais être l’équipe qui prend le moins de points sur une saison contre des mal-classés, ce n’est pas admissible. Sans même parler du budget ». Des déclarations de ce genre, l’ex-président bordelais Jean-Louis Triaud en avait fait énormément durant les dernières saisons. La phase aller de l’exercice 2016-17 n’a pas dérogé à la règle.

Entre août et décembre, Bordeaux n’a pris que 12 points sur 30 possibles face aux équipes qui ont terminé le championnat dans la 2ème partie du classement. Comme le montre le tableau ci-dessous, c’est justement face à ces mêmes adversaires que les Girondins ont le plus progressé sur la phase retour.

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Le bilan face aux équipes classées entre la 11ème et la 20ème place a ainsi doublé, passant de 12 à 24 points. L’équipe de Gourvennec a même réussi à traverser la phase retour en restant invaincue face à toutes les équipes de Ligue 1 hors-podium. Cette régularité retrouvée leur a même permis de se hisser à la 3ème place du championnat sur la phase retour, derrière le PSG et Monaco.

Les points perdus face à Angers, Caen, Nancy ou Bastia durant la phase aller renvoyaient à un problème : la difficulté qu’avait l’équipe pour créer face à des blocs bas et des défenses regroupées. Face à un adversaire qui ne se livre pas, les progrès dans le jeu de transition ne sont pas forcément des plus utiles. La solution est venue d’ailleurs… Plus précisément, le déclic a eu lieu sur les ailes.

Malcom-Kamano : les points de fixation  

La transformation des Girondins a en effet trouvé son origine dans la montée en puissance de François Kamano à gauche et Malcom à droite. Dans des registres différents, les deux jeunes joueurs ont eu des rôles prépondérants dans l’animation offensive. A défaut de pouvoir s’appuyer sur une relance axiale efficace (limites de la défense centrale), la construction s’est orientée vers eux en utilisant les latéraux pour les atteindre.

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Le tableau ci-dessus le montre (source : Whoscored) : les Girondins ont développé en grande majorité leur jeu sur les côtés. Le but principal était d’utiliser la capacité de fixation de Kamano et Malcom pour attirer l’attention de plusieurs adversaires. Charge à eux ensuite de libérer le ballon dans le bon tempo afin que leurs partenaires puissent profiter des espaces que les prises à deux ou trois sur eux peuvent créer à d’autres endroits du terrain. Il y a quelques semaines, on avait vu l’Ajax Amsterdam fonctionner de la même manière face à l’OL.

Sur son flanc droit, Malcom a réalisé une belle saison après avoir traversé un hiver compliqué. Ses 7 buts et 4 passes décisives ne reflètent pas forcément son poids sur le jeu des Girondins tant il a oeuvré comme un véritable meneur excentré. A l’aise sous la pression, il a brillé grâce à sa capacité à faire jouer les autres, notamment ses latéraux (Sabaly, Gajic) avec lesquels il s’est très bien entendu.

Sur l’autre aile, Kamano a évolué dans un registre plus solitaire comme en témoigne l’écart entre les deux joueurs en terme de passes données (26 pour Malcom – 15,7 pour Kamano). Droitier à gauche, le Guinéen a vite retrouvé ses repères bastiais. Lorsque la confiance est venu, il a répété les dribbles, cherchant à repiquer à l’intérieur pour frapper ou trouver un partenaire. Au sommet de sa forme en février (Caen – Guingamp), il a perdu en efficacité par la suite, forçant sans doute un peu trop son jeu alors que les adversaires l’attendaient désormais de pied ferme.

A sa décharge, il était moins bien entouré que Malcom. Contento n’a pas eu l’apport offensif de Sabaly, ce qui rendait encore plus prévisible ses prises de balle et ses dribbles intérieur. Cela ne l’a pas empêché de finir la saison dans le costume du Bordelais le plus productif (3,95 tirs et 0,9 passes-clés P90), même si quelques choix discutables pendant le sprint final ont plombé ces dernières sorties.

Vada-Sankharé et le dépassement de fonction

Sur le plan statistique, la phase retour a été marquée par la très forte progression des milieux de terrain à la finition. Fin 2016, ces derniers (Vada, Toulalan, Plasil, Arambarri) n’apportaient que 4 passes décisives au bilan offensif de l’équipe en Ligue 1 (3 pour Plasil, 1 pour Vada). En 2017,  ils (Vada, Toulalan, Plasil, Arambarri et Sankharé) ont inscrit 11 buts et délivré 7 passes décisives. En parallèle, l’attaque girondine est passée de 20 à 33 buts marqués. Pas besoin de chercher plus loin pour voir le rapport…

Pourquoi de tels progrès ? D’abord parce qu’ils ont été beaucoup plus présents dans la zone de vérité. Aux premières loges lorsque Bordeaux parvenait à stopper la progression de l’adversaire dans l’entrejeu, Vada et Sankharé n’hésitaient à se projeter sitôt le ballon récupéré afin d’accompagner les contres. Ce réflexe leur a permis d’être décisif face à Metz, Montpellier, Nantes et même Lyon.

En possession, leur mission était la même. Lorsque les ailiers fixaient plusieurs adversaires, ils avaient forcément besoin de partenaires en mouvement pour en profiter. C’est là qu’intervenaient les deux milieux de terrain, qui souvent terminé les actions dans la surface de réparation.

Si l’on se penche sur les stats avancées, cet apport offensif du milieu girondin est particulièrement visible l’on se penche sur le cas de Valentin Vada. Auteur de 6 buts sur la seule phase retour, le jeune Argentin est le milieu de Ligue 1 qui s’est crée le plus de Big Chances durant la saison (0,36 P90) avec Morgan Sanson (0,38). Un chiffre le met même presque à hauteur de son avant-centre (Gaetan Laborde : 0,37), qui a justement tenté tout au long de la saison de composer avec les velléités offensives de ses partenaires en les recherchant dans la zone de vérité. Cela a notamment donné ce superbe but inscrit à Lille (analysé dans l’avant-dernière vidéo).

Une production offensive partagée :

En terme de production offensive, les Bordelais ont été portés par leur KLM (Kamano, Laborde, Malcom), trio qui a le plus apporté en terme de tirs et de passes-clés. La patte de Malcom a notamment été un plus sur coups de pieds arrêtés (2 buts et 2 passes décisives pour le Brésilien sur ces phases de jeu). Pas si loin derrière, on retrouvait les deux milieux girondins, Vada et Sankharé, puis les remplaçants en attaque (Ounas, Rolan et Ménez).

plusduntir

En terme de rendement offensif (xGA) en revanche, la hiérarchie n’a pas tout à fait été la même : c’est Diego Rolan qui s’en est tiré avec la meilleure contribution aux Expected Goals (0,45 xG.P90) tout en « consommant » moins d’occasions que Laborde ou Kamano. L’Uruguayen a toujours su se retrouver dans de bonnes positions et Bordeaux serait bien inspiré de lui retrouver un remplaçant du même type s’il venait à quitter le club cet été. En partance pour Naples, Adam Ounas est l’autre gagnant de cette deuxième lecture, créant en moyenne des occasions de meilleure qualité que Kamano ou Malcom. Son évolution sous les ordres de Maurizio Sarri sera à suivre de près…

Toulalan, le garant de l’équilibre : 

Vous avez sans doute déjà fait le calcul : quand les Girondins attaquent, ils se retrouvent à 5 ou 6 aux abords de la surface adverse pour finir les actions. Cela augmente évidemment les chances de marquer mais cela peut aussi créer des déséquilibres. C’est là qu’entre en scène l’un des hommes de l’ombre de la deuxième partie de saison bordelaise : Jérémy Toulalan.

L’ancien Nantais, Lyonnais et Monégasque a réalisé un superbe come-back dans son rôle de n°6. Evidemment, il n’aurait pas pu avoir cette efficacité à la récupération sans le travail des éléments plus offensifs à la perte du ballon. Un pré-requis qui, au passage, a sans doute coûté du temps de jeu à Adam Ounas ou Jérémy Ménez, qui lâchaient souvent dans les secondes qui suivaient la perte de balle. Mais revenons à Toulalan puisque, derrière cette activité à la perte, il fallait bien un homme pour couper les sorties de balle.

Parfois secondé par ses latéraux lorsqu’ils ne montaient pas, l’ex-international français a enchaîné les bonnes prestations en 2017. On pense notamment aux matchs face à Guingamp, Lille ou Montpellier, qui se sont tous soldés par des victoires. Son importance n’est surtout pas à sous-estimer tant la défense girondine n’a pas vraiment donné de gage de sécurité dans les situations de danger. Ce bon Toulalan a permis de couper les actions plus tôt… et la possible arrivée de Nampalys Mendy au même poste offrirait une solution de choix en plus à Gourvennec.

Les limites : la forme des ailiers, les latéraux, le pressing haut

Au-delà du cas du n°6 et de son niveau, quelles limites à l’animation bordelaise aujourd’hui ? D’abord la dépendance aux ailiers et à leur rendement offensif.  Si ces derniers traversent une période plus difficile, c’est toute l’équipe qui en pâtit. L’évolution de Kamano au fil de l’année 2017 est un très bon exemple. Si les deux titulaires (Kamano, Malcom) sont de très gros potentiels, le staff girondin aura forcément besoin de solutions sur le banc pour les faire souffler (rumeur Soumah ?), voire les mettre en concurrence si nécessaire (rumeur Hernani ?).

Autre souci pour Bordeaux, l’apport inégal des latéraux. Hyper-actif à droite, Sabaly est très souvent monté mais a finalement assez peu produit par rapport à ses homologues de la première partie du classement. Même chose pour Milan Gajic qui a joué les doublures cette saison. A gauche en revanche, Contento a été moins actif. Son poste est aujourd’hui le premier à renforcer pour que l’équipe-type installée durant la saison puisse franchir un palier.

Mais il n’y a pas que des limites intrinsèques aux Girondins. Les adversaires ont une possibilité pour les mettre en difficulté : il suffit de ne pas laisser le ballon arriver jusqu’aux ailiers… Pour cela, il faut être capable d’aller chercher les Bordelais assez haut dans leur moitié de terrain. C’est ce que l’on a pu voir en fin de saison, lorsqu’ils ont croisé leurs concurrents directs. Saint-Etienne et Marseille les ont mis sous pression et ils ont eu pas mal de difficultés pour s’en sortir et attaquer correctement.

La saison 2016-17 dans l’histoire du club et les perspectives avec la Coupe d’Europe :

Au final, où placer l’exercice 2016-17 des Marine et Blanc dans l’histoire du club ? Le tableau ci-dessous permet de se remémorer toutes les demi-saisons girondines depuis la saison 2005-06.

bilan_gourvennec_bordeaux

En terme de dynamique, cette première saison de Jocelyn Gourvennec ressemble énormément à celle de Francis Gillot (2011-12), qui suivait aussi un semestre difficile marqué par le départ d’un entraîneur (Tigana en 2011, Sagnol en 2016). Après une phase aller difficile (23 pts pour Gillot, 25 pour Gourvennec), les deux équipes ont engrangé beaucoup de points sur la phase retour (38 et 34). A chaque fois, le mercato d’hiver a été une réussite (Mariano et Obraniak en 2012, Sankharé et Jovanovic en 2017).

Autre point à retenir pour 2016-17, le réveil de l’attaque. Cela faisait 5 ans que les Girondins n’avaient pas autant marqué de buts sur une demi-saison (33). L’équipe a même égalé le bilan de celle qui avait été titrée en 2009. Ce regain de forme en attaque lui permet en plus d’avoir la meilleure différence de buts depuis l’ère Laurent Blanc (+16), le tout sans s’appuyer sur une défense ultra-performante (9e bilan sur 24).

Au final, en qualifiant les Girondins pour la Ligue Europa dès sa première saison, Jocelyn Gourvennec fait aussi bien que ses deux prédécesseurs (Gillot et Sagnol). Les expériences passées montrent que le plus dur commence. De par son budget, Bordeaux est structuré pour se qualifier pour l’Europe… mais pour la jouer, c’est autre chose. Si l’on excepte la période Laurent Blanc, Bordeaux a toujours eu du mal à répondre présent sur tous les fronts.

Seule la demi-saison 2013-14 de Gillot a vu les Marine et Blanc terminer avec plus de 30 points tout en disputant la Ligue Europa en parallèle… mais les supporters se souviennent sans doute que le prix à payer avait été une campagne européenne catastrophique, avec une élimination dès la phase de poules (Eintracht Francfort, Maccabi Tel-Aviv, APOEL Nicosie). Francis Gillot l’avait d’ailleurs annoncé clairement, estimant que son équipe n’avait pas les moyens de faire mieux : « la C3 cette année, on ne peut pas la jouer, je ne vais pas inventer un effectif. »

« Inventer un effectif », un travail en cours : 

En rappelant ce contexte, on comprend mieux l’activité des Girondins sur le marché des transferts cet été. Bordeaux a très bien démarré en évacuant rapidement la question du gardien de but : en fin de contrat, Carrasso est parti et Benoît Costil l’a déjà remplacé. Déjà approché l’hiver dernier, Lukas Lerager a aussi rallié la Gironde après une saison à Zulte-Waregem. Son profil box-to-box colle aux habitudes des milieux girondins, censés accompagner les actions jusque dans la surface adverse.

Ces derniers jours, les ventes annoncées de Crivelli, Ménez et Ounas ont permis aux Girondins de passer la seconde. Certains peuvent regretter ces départs mais ils ne perturbent en rien l’ossature de l’équipe-type construite au printemps puisque aucun des trois joueurs n’en faisait partie.

Mieux, ces ventes devraient permettre à Bordeaux de conserver certains membres de cette équipe (Sabaly, Jovanovic), tout en complétant le banc de touche avec de vrais joueurs de complément. A l’inverse de Ménez ou Ounas, qui espérait sans doute mieux en début de saison dernière, Alexandre Mendy arrive en Gironde avec un statut évident, de par le montant de son transfert, de joueur de complément. Présenté il y a peu comme la prochaine recrue des Marine et Blanc, Seydouba Soumah débarquerait avec la même étiquette.

Après Lerager, le deuxième vrai renfort pour Bordeaux par rapport à la saison dernière serait la venue en prêt de Nampalys Mendy. Le joueur, qui a officiellement fait part de son envie de rejoindre les Marine et Blanc, constituerait un nouvel atout aussi précieux qu’inespéré puisqu’il permettrait à Gourvennec de doubler tous les postes de l’entrejeu avec des joueurs de bon niveau (Vada, Plasil, Sankharé, Lerager, Mendy, Toulalan). Pas mal quand on sait que ce secteur était le point faible de l’équipe lors de la précédente rentrée.

On en a parlé il y a quelques lignes, le dernier chantier du moment se situerait sur le flanc gauche de la défense : Poundjé a un bon de sortie et Contento n’a plus qu’une année de contrat. L’intérêt récent pour Ferland Mendy montre bien que Bordeaux cherche à renforcer ce secteur. Reste à savoir quel sera l’élu. Ces derniers jours, la presse brésilienne fait état de négociations entre les dirigeants girondins et les Corinthians pour Guilherme Arana.

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En prenant en compte les rumeurs du moment et le probable départ de Diego Rolan – et en attendant le nom de son remplaçant -, voilà à quoi pourrait ressembler l’effectif girondin dans quelques semaines.

A la recherche de l’attaquant-moteur : 

Dernier élément à évoquer pour boucler cette analyse des Marine et Blanc version 2016-17, l’équipe n’a pas été en sur-régime. Lorsque l’on compare les Expected Goals et le nombre de buts inscrits ou encaissés, les Girondins ont fait un tout petit peu mieux que prévu : 53 buts marqués pour 50,93 xG.pour et 43 buts encaissés pour 43,79 xG.contre. On est très loin des cas de Monaco et de Nice, qui se sont amusés du modèle tout au long de la saison et ont terminé largement au-dessus de ce que ce dernier prévoyait.

Bordeaux n’a notamment pas pu s’appuyer sur un buteur dans une saison exceptionnelle, à l’inverse de Monaco (Mbappé, Falcao), Nice (Balotelli) ou même de l’Olympique Lyonnais avec Lacazette (lire aussi : Ligue 1 2016-17 : les buteurs en chiffres).

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Le groupe girondin étant encore très jeune, on peut espérer qu’un tel talent puisse éclore dans les années à venir. L’histoire récente du championnat montre qu’il est très difficile pour un club comme Bordeaux de viser plus haut que la Ligue Europa sans un ou plusieurs éléments capables de surperformer sur une saison. La saison prochaine, les évolutions de Laborde, Kamano et Malcom seront à suivre de près, tout comme celle d’Alexandre Mendy, très productif (Contrib.Tirs : 3,53 P90) mais pas en réussite à Guingamp.

Tel est le projet des Girondins pour la saison à venir : miser sur la progression des jeunes dévoilés la saison dernière en poursuivant le travail dans un environnement stables et avec des méthodes désormais connues de tous.


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2 réponses

  1. Stanley_Maazou dit :

    Super article, merci !

    Pour faire mon pénible, je trouve que seuls les membres de la charnière central ne sont pas décortiqués ici, mais les data sont peut-être moins nombreuses pour ces postes ? En effet certaines séquences ont montré Gourvennec en colère après ses défenseurs, la non reconduction du contrat de Pallois… autant d’éléments pour imaginer qu’il y a un chantier potentiel à cet endroit pour Gourvennec, non ?

  2. On en parle tout au long de l’article de la charnière centrale. Il y a en effet une grosse marge de progression dans ce domaine, qui peut venir aussi de nouveaux choix : avec Toulalan-Jovanovic, il y aurait plus de chances de bien ressortir le ballon par exemple.

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