Bordeaux 4-1 Monaco, l’analyse tactique

Après un premier succès poussif mais logique à Montpellier, les Girondins passaient leur premier test de la saison face à Monaco. Dominés durant tout le premier acte, les hommes de Willy Sagnol sont revenus très forts après la pause, en grande partie grâce à la réactivité de leur nouveau coach.

Les compositions :

La semaine a été difficile en Gironde. Alors que l’infirmerie compte déjà quelques pensionnaires, Plasil – homme de base de Sagnol durant la préparation – ne s’est pas entraîné depuis Montpellier et n’est pas en état de jouer 90 minutes. Le Tchèque débute sur le banc. Alors que Kaabouni était attendu pour le remplacer au sein du milieu à 3, c’est Sala qui se retrouve titulaire en attaque aux côtés de Diabaté. Bordeaux débute donc en 4-4-2, avec Sertic et Khazri dans le coeur du jeu.

Côté Monaco, Leonardo Jardim procède à quelques changements suite à la défaite à domicile face à Lorient. Absent remarqué lors de la première journée, Toulalan retrouve une place dans l’entrejeu aux côtés de Kondogbia. Moutinho se retrouve lui milieu droit, laissant la place en soutien de Berbatov à Germain.

Monaco domine : 

Si les premières secondes sont bordelaises avec deux corners très rapidement obtenus, l’AS Monaco prend rapidement la possession du ballon. A l’inverse de Lorient la semaine dernière, le 4-4-2 girondin ne parvient pas à gêner la relance monégasque, notamment en raison du manque de mobilité de sa première ligne (les limites de Diabaté…). Si Toulalan est « bloqué » par la présence de Diabaté et Sala dans l’axe, Kondogbia trouve des espaces côté gauche pour remonter les ballons.

Non-suivi par les attaquants bordelais, le champion du monde U20 parvient à alimenter les créateurs que sont Moutinho et Berbatov dans le camp adverse. Les trois hommes font courir les milieux bordelais (Sertic et Khazri), alors que Fabinho et Echiejile occupent les excentrés (Maurice-Belay, Rolan) en montant dans les couloirs.

Le 4-4-2 des Girondins s'avère inefficace à la récupération en début de partie. Sertic et Khazri ne suffisent pas pour contrôler les transmissions

Le 4-4-2 des Girondins s’avère inefficace à la récupération en début de partie. Alors que Diabaté et Sala restent dans l’axe autour de Toulalan, Sertic et Khazri doivent négocier les déplacements de Kondogbia, Moutinho qui repique dans le coeur du jeu et Berbatov qui décroche de sa position d’avant-centre. Fabinho et Echiejile occupent les ailes, tandis que Germain et Ocampos sont là pour attaquer la défense bordelaise.

Dominés dans l’entrejeu, les Girondins résiste toutefois en défense grâce à la solidité de la charnière Pallois-Sané. Le premier s’appuie sur son avantage physique pour éviter d’être inquiété par Germain. Deuxième joueur censé peser sur la défense girondine, Ocampos pose des problèmes grâce à sa vitesse mais manque de justesse technique dans les 20 derniers mètres pour être réellement dangereux.

Bref, Monaco domine les débats (possession + domination territoriale) mais les occasions sont rares, exceptées quelques tentatives à mi-distance et sur coups de pied arrêtés.

Sagnol change de plan : 

Une dizaine de minutes passent avant que Sagnol ne décide de changer de système pour répondre aux problèmes posés par l’ASM. Jusqu’ici sur l’aile gauche, Maurice-Belay passe dans l’axe pour épauler Sertic et Khazri. Objectif de ce changement, reprendre la main dans l’entrejeu en allant bloquer les rampes de lancement adverses.

Axe gauche, Maurice-Belay se retrouve dans la zone de Moutinho lorsque celui-ci décroche. A droite, Khazri peut désormais sortir sur Kondogbia. Seul devant, Diabaté reste dans la zone de Toulalan. Sala est lui passé côté gauche pour bloquer les montées de Fabinho.

Willy Sagnol réagit rapidement et modifie son milieu de terrain de manière

Willy Sagnol modifie son milieu de terrain : Sala passe côté gauche et défend face aux montées de Fabinho. Diabaté se retrouve seul en pointe et se déplace face à Toulalan. Sertic passe lui devant la défense, couvrant Khazri et Maurice-Belay qui peuvent désormais sortir plus haut pour aller chercher les milieux monégasques (Moutinho et Kondogbia).

Si Bordeaux résiste mieux aux remontées de balle monégasques, tous les problèmes ne sont pas miraculeusement réglés par ce changement. Les Girondins ont notamment toujours les mêmes problèmes à la relance. Le pressing monégasque est efficace et les distances sont trop grandes entre Sertic et les autres milieux de terrain.

Le passage de Sala sur l’aile gauche complique aussi l’animation de cette dernière, l’Argentin n’étant pas à l’aise dans cette position. Sertic décroche entre Sané et Pallois pour organiser la relance mais est vite isolé par l’organisation adverse. Autour de Toulalan qui reste en couverture, Moutinho et Kondogbia mettent la pression sur Khazri et surtout Maurice-Belay lorsque celui-ci décroche.

S'il permet aux Girondins de jouer plus haut, le 4-3-3 ne règle pas les problèmes de relance.

S’il permet aux Girondins de jouer plus haut, le 4-3-3 ne règle pas les problèmes de relance. Sertic, Sané et Pallois manquent de solutions, et les décrochages des milieux sont suivis par Moutinho et Kondogbia, qui les empêchent de se retourner.

Faute de joueurs disponibles, le déchet est très important côté bordelais. Devant, Diabaté souffre entre Toulalan, Raggi et Abdennour et ne peut soulager ses partenaires sur les longs ballons. Juste avant la mi-temps, Monaco concrétise sa relative maîtrise de la première mi-temps en ouvrant le score. Sur une remontée de balle rapide, les joueurs du Rocher créent le décalage côté gauche et Berbatov conclut au second poteau (43e).

Plasil change tout : 

A l’échauffement depuis déjà quelques minutes, Plasil fait son entrée à la pause à la place de Diabaté (46e). Un changement étonnant au premier abord, le Malien étant le buteur des Girondins depuis plusieurs saisons maintenant, mais qui s’explique par la différence d’activité entre ce dernier et Sala lorsqu’il s’agit de presser la relance adverse.

L’attaquant argentin, prêté à Niort la saison dernière, est en effet très actif défensivement. Les premières minutes de la deuxième mi-temps le propulse en pointe d’un système qui – sans ballon – peut rappeler le modèle utilisé par l’Allemagne lors de la dernière Coupe du Monde (pas une coïncidence quand on connaît le passé de Willy Sagnol).

L'entrée de Plasil transforme le milieu bordelais. Le Tchèque

L’entrée de Plasil transforme le milieu bordelais. Le Tchèque sort dans la zone de Kondogbia pour le bloquer, alors que Khazri hérite de Toulalan. Devant, Sala doit accompagner leurs courses tandis que Sertic couvre devant sa défense. Un « losange » actif défensivement qui rappelle le modèle allemand vu pendant la Coupe du Monde (toutes proportions gardées, les rôles de Klose, Kroos, Khedira et Schweinsteiger reviennent à Sala, Khazri, Plasil et Sertic).

Bordeaux met une grosse pression dans la moitié de terrain monégasque. Plasil et Khazri sont chargés de bloquer Toulalan et Kondogbia, laissant Sertic en couverture. Mais ils ne s’arrêtent pas là : les deux hommes sortent aussi sur les passes en retrait qu’ils provoquent, s’appuyant ensuite sur le soutien de Sala pour forcer les relances d’Abdennour, Raggi ou Subasic.

Désormais condamnés à jouer long, les Monégasques ne trouvent pas de solutions : Sané et Pallois dominent leurs vis-à-vis dans les duels, et les ballons reviennent constamment dans les pieds girondins. Et la sanction ne tarde pas puisque le but égalisateur arrive très vite (le réalisme girondin est aussi à saluer puisque les hommes de Sagnol n’ont pas eu le temps de se fatiguer avant de revenir au score).

La mobilité de Sala permet aux milieux bordelais de sortir

Accompagné par Sala qui bloque un défenseur, Khazri et Plasil peuvent sortir loin de leurs bases pour forcer la relance de Subasic, Abdennour ou Raggi. Derrière, Sané et Pallois prennent le dessus à la retombée des longs ballons.

A l’origine du premier but, tout part d’un bonne anticipation de Plasil sur Kondogbia. Un contre favorable plus tard, les Bordelais orientent le jeu sur la largeur. D’abord côté gauche avec Maurice-Belay et Contento… puis côté droit avec Faubert suite à une combinaison entre Sertic et Plasil plein axe. Le latéral fait la différence face à Ocampos et adresse le centre qui sera repris par Contento puis Rolan.

Le latéral gauche tout juste arrivé du Bayern Munich s’est d’ailleurs montré très intéressant offensivement tout au long du second acte. En plus d’animer l’aile (malgré un certain déchet), il a accompagné les actions et offert des solutions dans la surface adverse, repiquant par exemple à l’intérieur lorsque Maurice-Belay travaillait très excentré ou reprenant des ballons venant de la droite comme sur le premier but. Une variété de déplacements intéressante et qui pourrait rendre moins prévisible les attaques bordelaise de ce côté du terrain.

preparation-but

Cinq Bordelais sont dans la surface sur le centre de Faubert, à l’origine du but égalisateur.

Mis en confiance par ce but, Bordeaux garde le rythme et étouffe le milieu de terrain monégasque. L’entrée en jeu de Plasil facilite les sorties de balle : le Tchèque redescend travailler à hauteur de Sertic, combinant avec Sané et Pallois. Les quatre hommes se chargent d’éliminer la première ligne monégasque et envoient ensuite le jeu sur les côtés.

Grâce à l’entrée de Plasil qui fluidifie la circulation de balle dans l’entrejeu, Khazri peut évoluer plus haut et se concentrer sur le dernier tiers du terrain. L’animation bordelaise passe ainsi d’abord par les côtés avec les paires Rolan-Faubert et Contento-MauriceBelay, servies le plus souvent par Pallois et Sané qui finiront la partie en approchant les 90% de passes réussies.

Dans le dernier tiers du terrain, les Bordelais s’appuient ensuite sur les déplacements de Sala et Khazri pour revenir à l’intérieur du jeu si nécessaire. Plasil et Sertic soutiennent eux les offensives et se couvrent mutuellement (comme sur le premier but où leur combinaison décale Faubert à droite : Sertic finit à l’entrée de la surface, Plasil restant en couverture.

Monaco ne parvient plus à mettre le jeu dans le camp girondin. Son pressing s’en ressent : Berbatov et Germain ne parviennent pas à faire reculer le bloc bordelais : Plasil et Sertic font tourner la balle avec Sané et Pallois afin de faire courir la première ligne de quatre monégasque et créer ainsi des espaces sur les côtés pour Contento ou Faubert.

Le second but bordelais vient d’ailleurs d’une remontée de balle rapide côté gauche. Le ballon est porté par Contento qui joue sur Maurice-Belay sur l’aile. Ce dernier trouve Khazri dans l’axe, qui prend Abdennour de vitesse dans la surface adverse et le pousse à la faute. Le break est ensuite fait grâce à un coup-franc obtenu par Rolan suite à un second ballon récupéré par Sala. Enfin, Khazri boucle la rencontre en allant chercher un penalty grâce à un énième pressing sur Subasic.

Conclusion :

La saison dernière, Bordeaux avait énormément souffert face aux « grosses équipes » du championnat. A aucun moment, les Girondins de Francis Gillot ne semblaient en mesure d’aller chercher des résultats face à ce type d’adversaires.

Dos au mur après une première mi-temps très compliquée, ils ont été remis dans le droit chemin par les bonnes décisions de leur coach, auteur d’un sans-faute durant la partie. Certes, le 4-4-2 initial n’a pas fonctionné, mais celui-ci est plus apparu comme un choix par défaut, dicté par l’absence de Plasil durant la semaine.

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2 réponses

  1. Je pense qu’avec la nomination de Sagnol et son schéma de jeu à l’opposé du frileux Gillot, Bordeaux peut faire une excellente saison.

  2. Martin dit :

    Salut, pourriez vous me dire comment Sagnol à changer son 4-4-2 initial ( Est-il passé sur un 4-3-3 ?)? Merci.

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