Lille : la Bipbip, comment ça marche ?

Avec une 2ème place et 25 points pris après 11 journées de Ligue 1, le LOSC est la très bonne surprise de ce début de saison. Sauvée in extremis la saison dernière, à la faveur d’une série de 3 victoires dans le sprint final, l’équipe dirigée par Christophe Galtier est abonnée au haut du tableau depuis le mois d’août. Elle a aussi marqué les esprits en dominant les deux adversaires directs rencontrés jusque-là (Marseille et Saint-Etienne). Si l’équipe est performante en attaque ET en défense, elle est surtout portée par la « BipBip », surnom donné à son trio de milieux offensifs sur lequel repose quasiment toute sa créativité.

Mais dans l’ombre, on découvre surtout un système bien huilé avec le ballon, qui permet à Pepe, Ikoné et Bamba d’exprimer leur talent en affichant leur complémentarité au-delà des transitions et autres contre-attaques.

Une deuxième place loin d’être usurpée 

Avant de rentrer dans le détail de cette animation offensive, il faut d’abord signaler que le LOSC est une des rares équipes du championnat performantes offensivement ET défensivement. Avec 17,52 xG produits après 11 journées, les nordistes possèdent la 3ème attaque de Ligue 1 derrière le PSG et l’OL. Mais à l’inverse des Lyonnais qui sont à la peine en défense (12ème), ils sont aussi efficaces dans leur surface puisqu’ils se hissent à la 4ème place en terme de xG concédés (10,13) derrière Montpellier, le PSG et le Stade Rennais. Ce sont ces deux positions dans le top 5 qui leur permettent d’être solidement installés à la 2ème place sur le plan de la xGdifférence (xGp – xGc) avec +5,77… loin derrière le Paris Saint-Germain évidemment (+18,12) mais avec une petite marge sur l’OL (+4,28) et Montpellier (+3,74).

Bref, même si l’attaque (20 buts marqués pour 17,5 xG) et la défense (8 buts encaissés pour 10 xG) ont en effet de la réussite, celle-ci ne remet pas du tout en question leur position au classement après 11 journées.

Xeka et Mendes pour remonter le terrain 

En terme de système de jeu, Christophe Galtier a fait dans le classique : un 4-2-3-1. Idéal pour mettre tout le monde au travail défensivement, ce dernier peut s’avérer difficile à animer s’il est trop rigide offensivement. Avec deux ailiers « classiques », les demi-espaces risquent d’être inoccupés et la fluidité des attaques de s’en ressentir. Pour y remédier, l’ancien coach de Saint-Etienne a placé des joueurs en faux-pied des deux côtés (Bamba à gauche et Pepe à droite). Les deux sont naturellement attirés vers l’intérieur lorsqu’ils sont en possession du ballon et proposent des solutions dans les half-spaces lorsque les ballons arrivent aux abords de la ligne médiane. Leur latéral monte lui occuper l’aile, laissant à l’un des deux milieux de terrain, Xeka et Thiago Mendes, le soin de la première passe.

Avec la défense centrale, ces deux-là sont responsables de la remontée de balle depuis Maignan. Un duo de relayeurs, tous deux tournés vers l’avant et dont les profils tranchent avec ceux des milieux stéphanois que Galtier avait sous ses ordres dans le Forez… Dès que Lille fait face à un bloc médian ou un bloc bas, les deux hommes prennent les choses en main. Dans l’idéal, aucun autre élément n’est amené à décrocher : Fonte, Soumaoro, Xeka et Thiago Mendes se chargent de tout et orientent très rapidement le jeu vers les couloirs. En phase préparation, l’équipe ne cherche pas de solutions ou d’appuis dans l’axe : tout part des zones à gauche ou à droite du rond central.

Devant eux, les rampes de lancement ont plusieurs solutions : le latéral occupe le couloir, l’ailier propose une solution dans le half-space et Ikoné ou l’avant-centre peut en ajouter une 3ème à l’intérieur. Généralement, c’est l’un des joueurs de côté qui est privilégié. Il existe aussi une 4ème solution : s’appuyer sur le jeu long de Xeka ou Thiago Mendes pour renverser côté opposé et libérer l’autre ailier pour un un-contre-un. Le fait de mettre beaucoup de densité côté ballon oblige en effet l’adversaire à resserrer les espaces, ce qui en libère forcément à l’opposée.

Entre Xeka et Thiago Mendes, c’est aujourd’hui le Brésilien qui semble le plus influent dans l’animation lilloise. Il n’était pourtant pas dans les plans de départ de Christophe Galtier, qui envisageait de débuter la saison avec Xeka et Thiago Maia dans l’entrejeu. Sans doute imaginait-il que le joueur de 27 ans allait être vendu… Il est finalement est resté et est aujourd’hui parfait dans ce rôle de rampe de lancement côté droit pour Nicolas Pepe. A l’aise avec le ballon (83,4% de passes réussies) et surtout sous pression (0,8 ballons perdus dans un duel P90), fort dans les duels (2,6 tacles P90 à 81% de réussite) pour couvrir le couloir en cas de transitions adverses, il a toute la panoplie pour le poste.

Si on additionne son talent à celui de Pepe, on comprend très vite pourquoi le jeu du LOSC penche largement côté droit : 43% des attaques passent par là, contre 33% à gauche et 24% dans l’axe (voir ci-dessous). A l’opposée, le flanc gauche peut paraître plus friable en cas de perte de balle. Bordeaux en a d’ailleurs profité pour réaliser un énorme hold-up dans son stade grâce à un but de Kamano sur un contre d’école.

Dans le dernier tiers, combinaisons et percussion 

Une fois le ballon remonté sur le côté, la suite demande de trouver un appui à l’intérieur, de préférence entre les lignes adverses pour accélérer le jeu et lancer l’attaque. Si l’occasion ne se présente pas, la balle est conservée et repasse par derrière pour aller chercher de nouveau l’espace côté opposé. Dès que le relais est trouvé, le LOSC cherche à atteindre le plus rapidement possible la surface adverse. Cela peut passer par des une-deux ou des jeux en triangle avec l’insertion d’un 3ème élément venu de l’arrière. La polyvalence du trio d’attaque permet des permutations à loisir mais la structure globale de l’équipe ne bouge pas : l’occupation du terrain reste cohérente malgré cette liberté accordée aux joueurs.

A droite, le jeu tourne beaucoup plus autour d’un homme : Nicolas Pepe. Son latéral n’en est pas moins important puisque son positionnement souvent avancé permet de fixer le latéral adverse et de lui offrir ainsi plus d’espaces. Pepe peut ainsi prendre de la vitesse pour repiquer dans l’axe en chercher à passer devant l’ailier ou les milieux adverses en attendant de s’ouvrir une ligne de passe. Dès que celle-ci existe, il sollicite le relais d’un coéquipier entre les lignes (Ikoné)… et si la remise de ce dernier passe, voilà l’Ivoirien lancé plein fer face à une défense sur les talons et en grande difficulté pour intervenir.

Sur le plan statistique, l’ailier lillois fait très fort depuis le début de la saison : avec 7 buts et 5 passes décisives, il est l’un des joueurs les plus décisifs du championnat et sa production offensive suit le rythme (7,44 xG – 2,69 xA). Il se paye même le luxe de devancer Neymar au classement des xG tout en étant bien installé dans le Top 5 en terme de production offensive (xG+xA P90) aux côtés du Brésilien, Mbappé, Fekir et Falcao. Il y a pire comme compagnie.

Ikoné en relais, Bamba en finisseur 

L’homme fort de l’attaque lilloise ne serait toutefois pas à ce niveau sans l’aide de ses deux autres partenaires : Bamba et surtout Ikoné. D’ailleurs, ses entreprises solitaires ne se soldent pas majoritairement sur des succès : seulement 1,5 dribbles réussis P90 pour 3,8 tentés (39% de réussite).

Arrivé cet été dans le nord après deux saisons passées à Montpellier dans un système loin d’être taillé pour lui, Ikoné est celui qui fait le moins de bruit sur le plan statistique (seulement 1 but et 1 passe décisive)… mais il suffit de regarder les matchs pour se rendre compte que ses qualités sautent aux yeux et surtout collent parfaitement au projet de l’équipe. Ses prises de balle sont très propres, ce qui est indispensable pour évoluer entre les lignes. Ses orientations sont aussi très bonnes : dans le sens du jeu et vers le but adverse. Là encore, c’est idéal pour le plan de jeu lillois puisque ses enchaînements permettent à l’équipe d’exploiter le décalage crée lorsqu’il est trouvé entre les lignes. Et pour finir, ses remises se font dans la course de ses partenaires.

Capable de faire la différence tout seul si nécessaire, il est aussi le Lillois le plus efficace en terme de dribbles réussis (2,5 P90 à 64% de réussite) depuis le début de la saison. Sa polyvalence permet en plus au LOSC de varier le jeu en faisant permuter sa ligne d’attaque. Dernier atout, même s’il est plus souvent un point d’appui à l’intérieur du jeu, il peut aussi se déplacer dans le dos de la défense à la manière d’un véritable deuxième attaquant.

Pepe en accélérateur, Ikoné en relais… et Bamba en finisseur. L’ancien joueur de Saint-Etienne et d’Angers a marqué autant de buts que Pepe (7) mais avec deux fois moins de xG (3,77). Il est l’un des joueurs les plus en réussite du championnat depuis le mois d’août parmi d’autres ailiers tels que Kamano ou Thauvin. Sa shotmap est toutefois très différentes Bamba choisit mieux ses tirs, arrose moins (1,5 P90 contre 3,71 pour Kamano et 3,45 pour Thauvin) et se montre surtout d’une efficacité insolente dans la Danger Zone à l’intérieur de laquelle il termine le travail de ses partenaires, Nicolas Pepe en tête. La connexion Pepe passeur-Bamba buteur est d’ailleurs l’une des plus prolifiques du championnat (3 buts) avec Nuno da Costa-Mothiba, Di Maria-Mbappé et Boschilia-Sala.

Au total, les trois hommes pèsent 15 des 20 buts inscrits par le LOSC lors des 11 premières journées, soit 75%. Sur la production offensive, leur part est aussi énorme (71% : 12,4 xG sur les 17,52 au total). Et il se pose encore la question de l’avant-centre à leur associer ! Loïc Rémy n’a pas convaincu pour le moment, manquant d’efficacité devant le but et paraissant souvent à contre-temps par rapport à l’explosivité de ses partenaires. Utilisé avec parcimonie par Christophe Galtier, le jeune Portugais Leao sera certainement amené à le remplacer dans les prochaines semaines. Sur ses quelques minutes passées sur les pelouses de Ligue 1, il a déjà montré plus d’atomes crochus avec les trois autres membres de l’attaque. Mobile, rapide et efficace dans ses remises, il semble avoir ce qu’il faut pour renforcer encore un peu plus les atouts offensifs du LOSC.

Quelles limites ? 

Evidemment, tout plan de jeu rencontre à un moment donné son nemesis. Pour l’attaque lilloise, on peut se demander ce qu’il va se passer face à un adversaire résolu à ne pas l’attendre dans sa moitié de terrain. Saint-Etienne a tenté de le faire après avoir encaissé l’ouverture du score et a vite été récompensé de son pressing plus haut en égalisant. Problème, jouer haut face à Lille peut aussi offrir beaucoup d’espaces à Pepe, Bamba ou Ikoné pour faire parler leur vitesse. Une situation vécue par Dijon (2-1) qui s’est fait surprendre par les contres lillois, qui ont marqué pas mal de buts sur ces séquences durant les premières journées de championnat.

Si l’on décide de jouer plus bas sur le terrain, maintenir une pression sur Thiago Mendes ou Xeka peut aussi réduire le danger. Mais la plus grosse tâche reste de priver Bamba et surtout Pepe des relais intérieurs. Un travail qui nécessite plusieurs joueurs pour couper les lignes de passe tout en mettant la pression sur les deux hommes afin de les maintenir le plus près possible de la ligne de touche.

Au-delà des plans de jeu des adversaires, l’autre interrogation sur le futur de l’attaque lilloise tient dans la profondeur de son banc. Christophe Galtier a très peu fait tourner depuis le début de la saison et on peut se demander ce qu’il adviendrait en cas de blessure d’un titulaire. C’est d’autant plus vrai que l’on vient de démontrer que l’attaque fonctionne surtout sur la complémentarité et les automatismes entre Pepe, Ikoné et Bamba que sur les seules individualités. Si l’un venait à manquer, les autres pourraient du coup en souffrir…

Mais on a déjà vu des « surprises » tenir durant toute une saison dans ces conditions. Eliminé de la Coupe de la Ligue et privé de Coupe d’Europe, le LOSC n’a déjà plus que le championnat en tête jusqu’à la trêve. Après le choc face au PSG de ce vendredi, ils croiseront aussi les routes de Lyon et Montpellier début décembre. L’occasion de se poser un peu plus sérieusement comme un véritable candidat à la Ligue des Champions…

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