PSG 5-0 Lyon : l’analyse tactique

C’était le premier grand rendez-vous de la saison pour le PSG de Thomas Tuchel en championnat et il ne s’est pas manqué. Face à une équipe lyonnaise venue au Parc des Princes avec les mêmes ambitions que face à Manchester City sur le plan du pressing, les Parisiens s’en sont une nouvelle fois remis à leur défense à 7 pour tenir en 1ère mi-temps avant de dérouler grâce au duo Neymar-Mbappé. En face, l’OL a de son côté manqué d’imagination pendant ses temps forts et a ensuite vu son plan de jeu voler en éclats suite à l’expulsion de Lucas Tousart.

Quand l’OL domine le PSG… ou pas :

9 tirs à 2 et 63,1% de possession au Parc des Princes. Cela faisait très longtemps qu’un adversaire du Paris Saint-Germain n’avait pas affiché de telles statistiques. Pendant 45 minutes, et ce malgré la sortie très prématurée de Nabil Fekir (3e), l’OL a privé le PSG du ballon et d’occasions. Pour cela, ils ont repris les mêmes ingrédients que face à Manchester City : des séquences de pressing haut plutôt efficaces, une vigilance accrue à la perte du ballon pour prévenir les transitions et un bloc médian compact pour compliquer la progression parisienne.

Malgré une entame prometteuse des visiteurs, le PSG a quand même pris l’avantage dès la 8ème minute grâce à un penalty obtenu par Mbappé suite à une sortie complètement manquée de Lopes. Une action venue conclure le premier ballon en profondeur des Parisiens, eux qui peinaient jusqu’alors à trouver des solutions pour alimenter Neymar entre les lignes. Le Parisien était en effet suivi comme son ombre par Lucas Tousart, replacé au coeur de l’entrejeu après la sortie de Nabil Fekir.

Bien plus que l’approche tactique de l’Olympique Lyonnais, c’est ce premier but qui a dicté le reste de la première mi-temps. Après 8 minutes, la possession était d’ailleurs en faveur du PSG (20 passes à 14). Ce n’est qu’ensuite qu’elle a largement basculé en faveur de l’OL (62% jusqu’à l’expulsion de Kimpembe à la 31ème). Et pour cause : les Parisiens ont joué moins haut que leurs adversaires. Neymar, Cavani et Mbappé ont mis peu de pression sur la relance et l’OL a contourné aisément cette première ligne pour rentrer dans les 40m parisiens.

Il se retrouvait alors face à un bloc de sept joueurs (4 défenseurs et 3 milieux) alors que les 3 attaquants parisiens « jouaient la carotte » une ligne plus haut. Les contres sont d’ailleurs arrivées plutôt rapidement, sans toutefois se conclure sur des tirs (11e, 17e). A l’exception de ces deux alertes, l’OL a su garder un certain équilibre. Dans l’entrejeu, Tousart et Ndombele ont abattu un gros travail pour couper les transitions et combler les brèches qui pouvaient exister à la perte du ballon. En témoignent la dizaine de ballons récupérés et la majorité de tacles réalisés dans le camp adverse (voir ci-dessous).

Le manque de créativité lyonnais : 

Résumons : l’OL avait la maîtrise du ballon et parvenait à s’installer facilement et durablement dans la moitié de terrain adverse. Ne manquait plus que les occasions. C’est là que les problèmes ont commencé pour les Lyonnais puisque malgré leur relative domination, ils n’ont pas réussi à se procurer de véritables opportunités jusqu’à la tête de Denayer sur un coup-franc de Memphis, quelques minutes avant la pause (41e). A la mi-temps, les deux équipes étaient d’ailleurs au même niveau de xG : 0,87 pour le PSG (dont 0,76 avec le penalty), 0,86 pour l’OL (dont 0,46 pour Denayer). Sur leurs 8 autres tirs, les Gones n’avaient donc crée que 0,40xG. Trop peu pour espérer égaliser, sauf exploit individuel…

Comme souvent, les joueurs de Bruno Génésio sont beaucoup passés par les côtés pour pénétrer dans les 30 derniers mètres. Les situations les plus intéressantes sont venues de déboulés des latéraux dans les couloirs (Rafael, 11e – Mendy, 19e) mais à chaque fois, la défense parisienne a su écarter le danger. Au total, les Lyonnais ont centré 14 fois en première mi-temps pour 1 seule réussite dans la Danger Zone : la tête de Denayer à la 41ème (3/21 au bout de 90 minutes de jeu). A part ça, rien d’autre à signaler et surtout aucune profondeur (voir la passmap ci-dessous) : Depay a joué la majorité de ses ballons en tant que point d’appui, tandis que Traoré et Cornet sont quasi-exclusivement restés collés à la ligne de touche.

Autre souci, la gestion des transitions : à plusieurs reprises, les Lyonnais ont réussi à gratter des ballons qui auraient pu se transformer en contre-attaque. Mais à l’inverse du PSG qui changeait de rythme et attaquait les espaces à la moindre opportunité, l’OL restait sur le même tempo, gâchant des situations intéressantes à la base (égalité numérique) et se condamnant ainsi à faire la différence sur attaque placée… séquence où il souffrait de son manque de variété comme cela a été démontré plus haut.

Evidemment, la sortie prématurée de Fekir a pesé lourd sur la créativité de l’équipe. Mais dans ce cas précis, où celle-ci se retrouvait « forcée » à centrer pour porter le danger dans la surface, un joueur comme Dembélé (buteur de la tête contre le Shakhtar) aurait peut-être pu apporter plus de poids et de danger dans la zone de vérité. Reconnaissons tout de même que cela aurait aussi reposé la question de l’équilibre de l’équipe en phase défensive (Depay aurait certainement fait son retour sur un côté du 4-5-1 et reste moins « travailleur » que Cornet ou Aouar…). Toujours est-il qu’à la pause, les Gones étaient toujours menés au score. Et en face, la défense parisienne s’en est remise à la lecture du jeu de Thiago Silva sur les quelques séquences où elle s’est retrouvée en difficulté.

Beaucoup plus ennuyeux, Tousart – véritable garant de l’équilibre de l’équipe jusque-là – a dû quitter ses partenaires après avoir reçu un deuxième carton jaune (44e).

Quand Neymar et Mbappé déroulent : 

Au retour des vestiaires, l’OL a repris en 4-4-1 face à des Parisiens en 4-3-1-1 (Neymar en soutien de Mbappé). Après la perte de Rafael sur blessure (41e), Bruno Génésio a fait le choix de garder son 3ème changement pour plus tard en espérant que la paire Aouar-Ndombele suffise pour conserver le contrôle de l’entrejeu et surtout couper la relation vers Neymar. Mauvais calcul : dès la 47ème, le Brésilien s’échappe dans le dos de Ndombélé (sorti sur Verratti) et lance Mbappé en profondeur. L’ancien Monégasque bute sur Lopes mais le portier lyonnais ne fait que repousser l’irrémédiable.

Car même si l’OL a pu se créer deux occasions dans la foulée pour revenir au score (Cornet 48e et 52e), son milieu n’était plus assez solide pour soutenir un bloc-équipe aussi haut sur le terrain ET contrôler Neymar entre les lignes. Aouar et Ndombélé n’ont jamais évolué en binôme au milieu, exposant totalement la défense centrale.

En face, le 4-3-2 était fait pour trouver des solutions dans la verticalité, d’abord des milieux vers Neymar puis du Brésilien vers Mbappé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à la pause, Verratti n’avait pu donner que 4 ballons à son meneur de jeu. Idem pour Marquinhos. Au retour des vestiaires, les transmissions des milieux parisiens vers Neymar ont explosé : 12 passes de la part de Verratti et 9 de Marquinhos. La plupart vers l’avant et libérant le Brésilien entre les lignes lyonnaises. Ci-dessous les ballons reçus par Neymar en première et deuxième mi-temps…

 

Cette première relation en a entraîné une seconde : de Neymar à Mbappé. Dans la lignée de sa première passe en profondeur de la deuxième mi-temps (47e), le Brésilien a multiplié les offrandes vers son attaquant de pointe qui s’est de son côté régalé des espaces dans le dos des défenseurs lyonnais. D’une mi-temps à l’autre, les chiffres sont passés de 2 à 8 ballons donnés par Neymar à Mbappé, dont 4 ouvertures en profondeur. Et après 3 échecs (47e, 52e, 56e), le champion du monde français a enfin sanctionné l’OL d’un quadruplé express (61e, 66e, 69e, 74e) en seulement 13 petites minutes de jeu.

Bilan individuel au-delà des 4 buts : 9 tirs pour Mbappé et 2,80 xG, 6 throughballs pour Neymar (passes en profondeur) dont 2 passes-clés et une assist.

Conclusion : 

9 victoires en 9 matchs, 32 buts marqués, 6 encaissés. Les débuts en Ligue 1 sont idylliques pour Thomas Tuchel et son PSG. Face à l’OL, les Parisiens ont passé leur premier vrai test… qui n’était pas sans rappeler certaines sorties sous Unai Emery la saison dernière (défense à 7 et contre-attaque). Une situation subie à en croire les propos de Tuchel en conférence de presse mais que les joueurs de la capitale ont su gérer en s’en remettant à Thiago Silva dans les moments les plus compliqués et le duo Neymar-Mbappé au moment d’attaquer.

Côté Lyon, on se demandera sans doute ce qu’il serait advenu des séquences de domination dans le camp adverse si Fekir était resté plus longtemps dans le match. Son absence a rendu le jeu de l’OL très lisible et stéréotypé, passant quasi-exclusivement par les côtés. Audacieux, le choix de conserver la même hauteur de bloc à 10 contre 10 s’est vite révélé suicidaire. Les occasions manquées par Mbappé en début de mi-temps auraient dû servir d’avertissements sans faire mais aucune correction n’est intervenue avant qu’il ne finisse par enchaîner les buts. A défaut d’avoir de réelles solutions sur le banc, les Lyonnais auraient au moins pu accepter de reculer. Certes, l’égalisation aurait été encore plus compliquée à aller chercher mais la claque aurait sans aucun doute été moins violente.

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3 réponses

  1. Joopp dit :

    Donc Genesio n’ira pas chez un cador européen après son départ de l’OL ? Blague à part, ce match à permis à Tuchel de voir que son gegenpressing qui avait fonctionné contre l’étoile rouge ne sera pas au point pour la réception de Naples ce qui est très inquiétant. Sur les 3 solutions qu’il à essayé pour aligner la NCM (Ggpress, 3-4-3 et défense à 7) et masquer les faiblesses de l’effectif (tant en qualité qu’en quantité) c’était celle qui semblait la plus adaptée. S’il doit les aligner les 3 à la fois le 24 face au Napoli ils n’ont aucune chance.

  2. dede dit :

    Le football, c’est des angles et de la vitesse. Le pressing doit être déployé de manière rationnelle, il faut d’abord assurer l’arrière, ensuite seulement défendre en avançant tout en conservant la fermeture des angles.

  3. Eric dit :

    Pas nécessairement c’est là qu’intervient le gegenpressing de Guardiola, Tuchel, Klopp ect. C’est un pressing immédiatement à la perte avec les défenseurs centraux au niveau des attaquants adverses sauf que là ils étaient trop loin c’est ce qui leur à été reproché par Tuchel après « Aujourd’hui, nous avons manqué un peu de défense en avançant du côté de nos quatre défenseurs et l’espace était ouvert et les joueurs de Lyon pouvaient se retourner à chaque fois.  »
    L’exemple le plus flagrant c’est celui qui amène l’expulsion de Kimpembe avec Silva seul dans son camp alors que le lyonnais le plus avancé n’est même pas dans le rond central.

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