Paris SG 2-0 Bordeaux : l’analyse tactique

Samedi, le PSG a facilement disposé d’une équipe bordelaise très vite dépassée au score et dans tous les compartiments du jeu (2-0). Si le match a été géré par les Parisiens, il n’en a pas moins été riche en enseignements pour les deux équipes. Analyse détaillée.

Les compos : 

Adepte annoncé du turnover en début de saison, Unai Emery avait cette fois décidé de reconduire quasiment l’intégralité l’équipe qui s’était imposé en Bulgarie en milieu de semaine dernière (3-1). Seule exception, Maxwell remplacé par Kurzawa. Côté bordelais, Jocelyn Gourvennec avait de son côté choisi de renforcer son milieu de terrain en enlevant un joueur à vocation offensive (Touré ou Ounas) afin d’associer Plasil, Sertic et Toulalan.

Un PSG étouffant : 

« Intensité. » Le mot est très certainement passé par toutes les bouches parisiennes depuis l’arrivée d’Unai Emery à la tête de l’équipe. Le technicien espagnol en a fait l’une de ses marques de fabrique à Valence et à Seville avant de débarquer en France : et pour cause, ses équipes en mettent dans tout ce qu’elles font, avec et sans le ballon.

Face à Bordeaux, cela s’est senti lorsque Paris n’avait pas le ballon (soit environ 30% du temps). Bien leur en a pris, car c’est justement ce manque d’intensité défensive chez l’adversaire qui avait permis aux Girondins de revenir dans leur premier gros match de la saison face à l’OL.  Ce jour-là, les Gones avaient fait l’erreur de se relâcher après avoir ouvert le score rapidement (2e). Bordeaux avait ainsi pu relever la tête jusqu’à l’égalisation de Malcom, qui a complètement relancé le match.

Face à Bordeaux, c’est la paire Matuidi-Verratti qui a donné le tempo sur ces phases sans ballon. Après un début de saison compliqué, les deux milieux de terrain ont retrouvé la forme et cela s’est ressenti dans leur capacité à multiplier les courses, notamment pour passer du marquage des milieux adverses au pressing des défenseurs.

Ce travail était d’autant plus simple que Bordeaux a pris l’habitude d’attendre les décrochages de ses milieux pour sortir le ballon. Les défenseurs n’avançant quasiment jamais avec celui-ci, leurs transmissions vers les milieux sont des éléments faciles à repérer par l’adversaire pour déclencher le pressing. Résultat, des Girondins repoussés et maintenus très bas dans leur moitié de terrain par l’activité des Parisiens (voir ci-dessous).

Arrivés à la mi-temps avec 2 buts d’avance, les Parisiens ont géré leur avantage et leurs efforts après la pause. La possession s’est équilibrée en début de 2e mi-temps sans que Bordeaux ne parvienne à se montrer dangereux (2 tirs à 0 pour le PSG sur cette période). L’équipe d’Emery a ensuite repris sa domination dans la dernière demi-heure (70/30).

Des Girondins dépassés au milieu de terrain : 

Avec la balle, les Parisiens n’ont en revanche pas eu besoin de mettre beaucoup d’intensité pour faire la différence. Comme aux plus belles heures de l’ère Laurent Blanc, Motta et Verratti ont pu réciter leur football au milieu de terrain. Les deux Italiens ont joué à leur main et surtout à leur rythme… Et pour cela, ils peuvent en partie remercier des Girondins qui leur ont offert le match sur un plateau.

Depuis samedi soir en Gironde, nombreux sont les observateurs qui se questionnent du bien-fondé du changement de système opéré par Jocelyn Gourvennec pour ce match. Après tout, Bordeaux était allé gagner 3-1 à Lyon en 4-4-2 alors pourquoi changer au moment d’affronter le PSG, l’autre équipe de possession du championnat ?

Si le Breton a changé de système, c’est en raison des principes de jeu qui régissent son milieu de terrain lorsqu’il doit défendre. Lorsque l’adversaire relance, les milieux girondins sont orientés sur leurs adversaires directs (contre Paris : Rolan-Meunier, Malcom-Kurzawa, Sertic-Matuidi, Verratti-Plasil). Une priorité qui peut laisser de grands espaces dans leur dos, surtout avec un Verratti qui peut aspirer Plasil très loin de ses partenaires en décrochant.

Pour affronter Paris, Gourvennec a donc choisi de placer un joueur entre ses deux lignes défensives (Toulalan), afin de combler les espaces en naviguant sur la largeur.

Le problème, c’est que ce choix tactique a surtout réduit la présence bordelaise dans la zone du n°6 adverse. C’est d’ailleurs exactement ce dont le coach a parlé après le match en évoquant son choix d’« avoir voulu densifier le milieu ».

Associé à Rolan dans la zone de Gonalons à Lyon, Ménez s’est retrouvé seul dans la zone de Thiago Motta. Déjà loin d’être le plus actif défensivement contre l’OL, l’ancien Parisien n’a pas été plus impliqué contre son ancien club. Résultat, un Thiago Motta en liberté, libre de se régaler des espaces entre les milieux girondins et de leurs mauvaises orientations (en particulier celles de Plasil, qui devait surveiller Verratti).

Le problème des Girondins était double : forcés de multiplier les allers-retours d’une ligne pour cadrer leur adversaire direct (attaque) à l’autre pour réduire les espaces (milieu), Plasil et Sertic ont passé les vingt premières minutes de la rencontre à courir dans le vide. En face, les Parisiens ont pu construire à leur guise et n’ont jamais été dirigés dans les couloirs, où Bordeaux était en mesure de poser ses pièges.

Toujours en avance sur leurs vis-à-vis pour contrôler le ballon, Motta et Verratti ont donné le tempo. Leur aisance technique et la mobilité de leurs partenaires a fait le reste, permettant de conserver le temps d’avance obtenu au départ du fait de la désorganisation adverse.

Dépassés au milieu, les Bordelais auraient pu limiter les dégâts s’ils avaient pu se reposer une défense solide. Mais cette dernière a aussi pêché dans les duels. Sabaly et Pallois ont été plusieurs fois pris par la vivacité de Di Maria et Lucas (pas les plus simples à stopper à ce niveau). Plus rapides, plus puissants, les Parisiens lancés vers le but (Matuidi, Kurzawa) ont porté les mouvements jusque dans la surface de Carrasso.

Conscient des difficultés de son équipe, le staff girondin a choisi en milieu de première mi-temps de revenir à son système de jeu de base (4-4-2 ou 4-4-1-1). Plasil est remonté d’un cran afin de s’occuper de Thiago Motta, laissant Toulalan et Sertic sur Verratti et Matuidi. Ce changement tactique a eu le don de réduire les espaces autour de la première rampe de lancement parisienne… mais il en a crée d’autres.

En l’occurrence, on a retrouvé les grands espaces entre les lignes bordelaises, ceux-là mêmes que Toulalan était censé combler en début de partie. La défense aurait pu remédier à cela en remontant de quelques mètres, afin de réduire l’espace la séparant du milieu de terrain. Elle ne l’a pas fait, craignant sans doute d’être prise dans son dos par des ouvertures de Thiago Silva vers Di Maria, Cavani ou Lucas.

Ce manque de compacité entre les lignes et les joueurs n’est pas une nouveauté chez les Girondins de Gourvennec. L’équipe aurait déjà pu le payer face à l’Olympique Lyonnais. Malgré la victoire, Bordeaux avait connu des situations similaires au Parc OL. Seule différence à l’époque, Lyon avait manqué de justesse…

Plus que le système de jeu (4-4-2 ou 4-1-4-1), ce sont bien les orientations défensives des quatre milieux de terrain qui ont posé un problème tactique aux Girondins, contribuant à créer beaucoup trop d’espaces à combler pour leur défense. Si ce principe doit rester dans les semaines à venir, il devra être accompagné de plusieurs petits ajustements (attaquant plus actif, défense plus haute…).

La solution passe par là pour Bordeaux, plus que par une remise en question totale du travail accompli jusqu’ici. Maintenant que Lyon et Paris sont passés, les Girondins ne vont plus croiser une seule équipe susceptible de dominer la possession (plus de 55%) face à eux d’ici la trêve. Pour eux, la priorité pour progresser se situe au niveau de l’utilisation du ballon (afin d’éviter de voir se reproduire les scénarios angevin ou caennais…).

Le PSG vers un hybride ? 

Pour Paris, ce succès marque peut-être l’entrée dans une nouvelle période de leur saison. Pendant l’été, Unai Emery était arrivé avec l’ambition d’imposer son style dans la capitale. Le groupe a été réceptif au départ, terminant une préparation convaincante par une superbe victoire face à l’Olympique Lyonnais lors du Trophée des Champions. La L1 a repris, tout comme les cadres, revenus petit à petit. Et c’est une négociation qui a débuté entre le nouveau coach et un groupe qui a tout gagné sur le plan national.

C’est sans doute de cette discussion qu’a découlé l’hybride parisien vu la semaine dernière face à Ludogorets puis contre les Girondins. Un PSG redevenu très Blanc en possession avec Motta-Verratti en chef d’orchestre, mais toujours Emery à la récupération et au pressing. Cela a suffit face à un Bordeaux désorganisé, mais peut-on vraiment garantir que la réussite sera la même contre une équipe plus armée pour résister ? Réponse après la trêve internationale.

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3 réponses

  1. Benm dit :

    Personnellement çela me va bien ce style de jeux, le point faible du PSG a toujours été le pressing et le bloc défensif qui évolue trop bas … si le PSG garde son jeu de possession et améliore sa hauteur moyenne de récupération du ballon çela peut vraiment être efficace, c’est surtout ca qui fait la différence, si l’équipe adverse a eu le temps de se repositionner çela ne sers à rien de se jeter éperdument dans la gueule du loup par contre si ru récupere le ballon tres haut La tu te peux te projeter vite vers l’avant…. même le Barça marque plus de but grâce à son pressing qu’a ses attaques placees

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