Monaco 3-1 Paris SG : l’analyse tactique

La saison dernière, le déplacement du PSG à Monaco en début de saison avait été le théâtre d’une véritable démonstration parisienne (3-0). Ce soir-là, l’équipe de Laurent Blanc avait récité sa partition habituelle, faisant la différence à l’usure en deuxième mi-temps. Pour ses débuts, Di Maria avait même ponctué le succès de sa nouvelle équipe par une passe décisive splendide pour Lavezzi.

Un an après, presque jour pour jour, le PSG d’Unai Emery a déjà encaissé sa première défaite de la saison dans le même stade. Et dès le coup de sifflet final, les comparaisons avec l’équipe de Laurent Blanc ont fusé. La critique est aisée, mais elle omet une chose : hier, ce n’est pas le PSG d’Emery qui a perdu au Stade Louis-II, mais bien une mauvaise copie de celui des saisons précédentes.

Les compos : 

AS Monaco vs Paris SG - Football tactics and formations

Sidibé pour bloquer Kurzawa : 

Lyon, Bastia et Metz en avaient fait l’expérience jusque-là. A chaque sortie du PSG, ce sont les latéraux qui ont fait la différence en marquant ou en faisant marquer. Le système de jeu d’Unai Emery leur offre une très grande liberté offensive depuis le début de saison. Alors que l’équipe construit dans l’axe grâce à ses milieux et aux déplacements des ailiers entre les lignes, Kurzawa et Aurier se positionnent très haut sur le terrain et sont deux menaces constantes sur la largeur.

Pour l’adversaire, la difficulté est de trouver l’articulation ou le système défensifs qui permettent d’avoir toujours des joueurs capables de réagir sur les deux latéraux en même temps. Monaco aurait pu aligner une défense à 5, c’était d’ailleurs une hypothèse avant la rencontre. Mais Leonardo Jardim a préféré s’appuyer sur l’une de ses recrues de l’été : Djibril Sidibé. Milieu droit sur le papier, l’ancien Lillois a effectué un travail spécifique sur Kurzawa qui a considérablement aidé le reste de sa défense.

sidibe-kurzawa

Lorsque Paris était en possession du ballon, Sidibé abandonnait généralement ses milieux de terrain pour se concentrer sur Layvin Kurzawa.

Aux côtés de Raggi et Glik, avec qui il a beaucoup échangé, il a été le pendant défensif de Benjamin Mendy. A l’opposée, l’ancien Marseillais se livrait en effet à un duel de latéral à latéral avec Serge Aurier. Le travail de Sidibé a permis à ses deux partenaires du flanc droit de la défense de se concentrer sur la réduction des espaces dans l’axe. Les deux « centraux » de formation ont réalisé plusieurs interventions (11 interceptions) lorsque les Parisiens trouvaient des solutions dans le dos de leurs milieux.

PSG : le retour de la possession stérile 

On en vient à la principale bataille de cette rencontre : celle de l’entrejeu. Unai Emery avait jusqu’ici mis en place une équipe très séduisante offensivement, basée sur un jeu beaucoup plus tourné vers l’avant au milieu de terrain. Cela a même parfois pris la forme d’une organisation verticale avec trois joueurs se retrouvant à trois hauteurs différentes (ex : Motta entre ses défenseurs – Rabiot entre les attaquants et les milieux adverses – Pastore entre les milieux et la défense).

Mais face à Monaco, le PSG a retrouvé les problèmes de ses pires soirées de la saison dernière. Face au défi physique imposé par l’AS Monaco (Bakayoko et Fabinho dans l’entrejeu), les Parisiens ont cherché les zones de confort plutôt que les zones de construction. Verratti en a été le symbole parfait, redescendant chercher le ballon plus bas que Thiago Motta au bout de quelques minutes de jeu.

Le milieu « vertical » a laissé place à une structure quasi-horizontale (trois joueurs sur la même ligne), qui a eu le don de faire reculer tout l’édifice parisien. Positionnés devant la première ligne monégasque afin de recevoir le ballon face au jeu, Motta-Rabiot et Verratti ont poussé Di Maria et Lucas à redescendre eux aussi au-delà de la ligne de pression adverse pour se rendre disponible. Résultat, ces derniers subissaient directement le pressing de la paire Bakayoko-Fabinho.

positionnement-psg

Positionnés quasiment sur la même ligne, les milieux parisiens n’occupent pas bien le terrain. Di Maria doit décrocher afin d’offrir une solution là où un milieu est normalement espéré. Conséquence, il abandonne sa zone de prédilection, entre les lignes adverses.

pression-bakayoko

Surtout, il se retrouve dans une position qui facilite le travail de Bakayoko au pressing. 

Ce problème aurait pu être en partie réglé par plus de projections et de mouvement de la part des milieux de terrain (pour occuper les zones de construction abandonnées par Lucas et Di Maria). Si Rabiot a tenté de s’infiltrer à plusieurs reprises, Motta et Verratti n’ont pas assez proposé de solutions en mouvement, préférant rester dans leur confort de la saison dernière derrière les lignes monégasques. Et comme les côtés étaient plutôt bien verrouillés (Sidibé, Mendy), Paris a eu beaucoup de mal à progresser.

paris-confort

Entre l’attaque et le milieu monégasques, les Parisiens étaient des cibles faciles pour Bakayoko et Fabinho.

psg-occupation1

En cherchant le confort, les Parisiens ont abandonné les zones de construction.

Les latéraux, solutions et problèmes

En perdant le ballon dans cette zone, l’un des points forts du PSG d’Emery en attaque (le positionnement des latéraux) se transformait forcément en un énorme point faible. Comme Metz la semaine dernière, Monaco a profité des espaces dans le dos de Kurzawa à chaque récupération ou presque, exploitant l’énorme volume de courses de Sidibé et les solutions offertes par Bernardo Silva.

La mobilité et la puissance des milieux monégasques (Bakayoko en tête) a aussi fait la différence dans ce secteur. Manquant à la fois de mobilité, de vivacité et d’agressivité, Motta et Verratti n’ont rien pu faire pour bloquer le départ de ces transitions et ont même été dépassés sur le repli défensif. Bilan, plusieurs contres monégasques développés sur des modèles similaires à ceux que l’on a pu voir depuis le début de la préparation… et un 3ème but qui est venu récompenser leurs efforts dans ce secteur.

Un manque d’intensité général : 

En plus de ses problèmes au niveau de la construction, le PSG n’a pas su imprimer le pressing que l’on avait pu constater lors de ses premières sorties (et notamment face à l’Olympique Lyonnais). Certes, l’AS Monaco a volontairement joué plus long que l’OL afin d’éviter d’être pris dans sa moitié de terrain. Mais à la retombée, les Parisiens n’ont pas répondu présents.

Le premier but de Monaco (Moutinho, 13e) symbolise plutôt bien ce manque d’intensité avec un bloc parisien positionné bien trop bas par rapport à ses attaquants. Ces derniers ont certes provoqué le jeu long de Subasic, mais si aucun partenaire n’est à la retombée… La suite de l’action est aussi révélatrice avec une défense parisienne incapable de répondre alors qu’elle se retrouve à 6 contre 3 aux abords de sa surface de réparation.

Coachings et conclusion : 

Menés 2-0 à la pause en ayant tiré seulement 3 fois au but, les Parisiens devaient réagir en deuxième mi-temps, mais n’ont pas trouvé de solutions collectives. La plus grosse occasion (Cavani puis Kurzawa, 54e) est venue d’une accélération de Lucas sur l’aile droite. La réduction du score quant à elle (Cavani, 63e) fait suite à un coup de pied arrêté.

Les entrées de Meunier et Matuidi (62e et 70e) ont certes redonné un coup de boost aux Parisiens, mais celui-ci pouvait aussi s’expliquer par la baisse de régime du milieu de l’ASM (compréhensible vu les efforts accomplis), moins infaillible dans les duels au fil de la deuxième mi-temps. Le 3ème but est néanmoins venu mettre fin au suspense et asseoir la supériorité de Monaco sur les 90 minutes de jeu.

Cette première défaite du PSG d’Unai Emery ne doit cependant pas remettre en question le travail qu’il a pu accomplir jusque-là avec son staff. Vu les lacunes affichées par les Parisiens au Stade Louis-II, ce revers s’apparente bien plus à une rechute du club parisien dans ses travers de la saison dernière qu’à une mise en échec du nouveau style prôné par le technicien espagnol.

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19 réponses

  1. marre des "spécialistes" dit :

    Il ne s’agit pas d’une défaite de Paris, mais d’une victoire de Monaco.
    A écouter et lire tous ces « spécialistes », qu’ils soient commentateurs, analystes d’après match, chroniqueurs, journalistes etc…. Ce n’est jamais l’adversaire qui gagne mais toujours Paris qui perd.
    A croire que Paris décide s’il a envie de gagner ou s’il a envie de perdre.
    Non, Monaco a gagné parce Monaco était meilleur que Paris.

  2. benm dit :

    je ne comprend pas votre résonnement vous expliquer que le PSG de Laurent Blanc a donné une leçon a Monaco l’année dernière et que le psg d’Emery a perdu a cause de Laurent Blanc!! c’est pourtant pas compliqué de voir que les latéraux très haut et les ailiers dans l’axe laisse des boulevard sur les cotés et que deux défensifs pour couvrir toute la largeur une fois la premiere ligne de pressing sautée c’est compliqué je ne vois pas en quoi le jeu pratiqué hier ressemblait a l’équipe du psg de l’année dernière!!! la difference pour le PSG en championnat par rapport au match de preparation et le match contre Lyon c’est que les équipe n’essaye pas de construire de derriere …… et le pressing sur les défenseurs adverses aussi haut ne sers pas a grand chose quand il n’y pas de construction de la defense centrale

  3. gigi dit :

    monaco a gagner 2-0 au parc la saison passé….et sur le match les parisiens on été débordé..blanc , pierre ou paul , ça change rien , lorsque physiquement tu perd le combat , tu peut avoir le meilleur coach de la galaxie , le résultat sera le même

  4. Benm dit :

    Re regarde ce match de l’année dernière au parc le psg a complètement dominé ce match ils le perdent car il ratent un nombre incroyable d’occasions, çela n’avait rien a voir avec le match d’hier!!

  5. Parce que l’ADN du PSG de Laurent Blanc, c’est Motta-Verratti. En alignant Verratti, Emery espérait sans doute que l’Italien se ferait à son nouveau système et jouerait plus haut. Sauf qu’il est vite revenu dans ses habitudes de la saison dernière, en jouant très bas, trop bas, ce qui a favorisé le pressing de Monaco. Paris a perdu parce qu’il a abordé ce match comme ceux de la saison dernière avec deux facteurs différents : les latéraux comme tu le dis, le problème est d’ailleurs évoqué dans l’article, et l’absence d’Ibra qui était un facilitateur de jeu lorsque l’équipe jouait aussi bas sur le terrain.

    Il n’est jamais écrit que le PSG perd à cause de Laurent Blanc. Il est écrit que le PSG contre Monaco a ressemblé à une mauvaise copie de celui de Laurent Blanc. On peut difficilement faire plus clair… et vrai : mauvaise copie car possession stérile et en plus le manque d’équilibre à cause des latéraux. Le retour de Motta-Verratti a entraîné le retour des habitudes des 3 dernières saisons, ce qui n’est pas illogique : on n’efface pas en deux mois de boulot trois années d’automatismes et d’habitudes. C’est vraiment maintenant que le taf d’Emery va commencer.

  6. benm dit :

    Il y a une autre difference avec le psg de l’année dernière di Maria et Lucas qui restent axiaux meme dans le replacement…avant il partait d’un côté pour rentrer dans l’axe et se replaçaient sur le coté a la perte du ballon …la il sont restés pratiquement tout le temps axiaux, je ne sais pas si c’est volontaire dans le style d’emery …. Et Verratti a tenté de jouer haut les vingt premieres minutes il a perdu beaucoup de ballons,c’est pour ça qu’il est redescendu apres, il avait constamment les deux défensifs sur le dos en position de 10. Le psg de Blanc a toujours évoluer trop bas pour effectuer un pressing haut mais je ne pense pas que se soit forcement a cause du milieu mais plutôt de la defense centrale qui reste trop bas comparé a la charnière du barca ou du Bayern qui pratiquait le meme jeu de possession

  7. Anti chauvin dit :

    Un simple rappel avec votre vision étriquée de la victoire parisienne de l’an dernier : L’ASM était complètement groggy par son élimination en barrages préliminaires, et pénalisée par la vague de départs qui se poursuivait.
    Il est trop facile de dire que Paris a gagné parce qu’il était supérieur…Il était tombé sur une ASM appauvrie, déboussolée et désorientée…

    En fait, les commentateurs journalistes observateurs sont à la botte du club le plus puissant, et orientent leurs avis en fonction de celui là : Marseille dans les 90, lyon 2000 et paris maintenant..

  8. benm dit :

    Peut être….mais ça ne m’intéresse pas….moi ce qui m’intéresse c’est la tactique et la façon de jouer des équipes, les circonstances sont certainement a prendre en compte mais la on parle tactique

  9. DjcdreamS93 dit :

    Hello, a noter aussi que le PSG n’a jamais réussi à accélérer autrement que par Kurzawa et Aurier qui devait réussir leur 1 vs 1 balle au pied… Di maria étant trop bas, il a connu bcp de déchet. je reste persuadé qu’avec un verratti plus haut et plus rapide dans ses transmissions (il faisait parfois 3 touches de balles…) le jeu aurait gagné en verticalité. L’absence de Pastore a été très préjudiciable et démontre les qualités qu’ il apporte au PSG d’Emery. Par contre , je ne comprends pas pkoi Emery ne tente pas Ben Arfa en 10 et matuidi ou Krycho en 6 à la 60ème. quitte à tenter quelque chose

  1. 30 août 2016

    […] première partie de l’analyse de Monaco/PSG (3-1) se concentre sur le rôle spécifique de Sidibé, aligné comme milieu droit, auprès de Kurzawa […]

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