France 2-1 Allemagne : l’analyse tactique

Mardi, l’équipe de France a repris les commandes de son groupe de Ligue des Nations en battant l’Allemagne de Joachim Löw (2-1). Si la nouvelle compétition de l’UEFA ne déchaîne pas encore les passions, cette rencontre n’en a pas moins été intéressante sur le plan tactique : au pied du mur après son revers face aux Pays-Bas (0-3), c’est une Allemagne new look qui a posé beaucoup de problèmes aux Bleus durant le premier acte, avant que ces derniers ne prennent l’ascendant grâce à un changement tactique bienvenu.

Le plan de jeu allemand : 

Mais avant de parler de la résolution du problème, commençons avec les soucis rencontrés par Didier Deschamps et ses hommes. L’Allemagne s’est en effet présentée au Stade de France dans une configuration inédite et faisant (enfin) de la place à sa jeunesse. A l’exception de Neuer (32 ans), Hummels (29 ans) et Kroos (28 ans), aucun des titulaires ne dépassait les 25 ans. La plus grande surprise résidait dans le système de jeu choisi par Löw : un 3-4-3 misant enfin retrouver sur la vitesse et la profondeur dans sa ligne d’attaque avec les titularisations de Sané, Werner et Gnabry.

Très rapidement dans le match, le système a pris l’ascendant sur le 4-4-2 des Bleus champions du monde. En bloc médian, il fermait totalement l’axe : Sané et Werner bloquaient l’accès aux half-spaces, tandis que Kroos, Kimmich et Gnabry avaient pour mission de mettre la pression sur Pogba et Kanté lorsque ces derniers décrochaient pour demander le ballon (voir ci-dessous l’exemple lorsque Varane a le ballon dans les pieds : Kroos sort sur Kanté, Sané bloque l’accès direct vers Mbappé, Schulz sort sur Pavard lorsque ce dernier reçoit le ballon).

Le penalty du 1-0 est directement venu de là, Kimmich chipant le ballon à Pogba au départ de l’action (13e, voir ci-dessous : Kehrer et Kimmich sont orientés sur leurs adversaires directs, Hernandez et Pogba, tandis que Sané ferme l’accès au half-space droit). Quelques minutes plus tard, c’est Kanté qui s’est fait piéger sans que l’Allemagne n’arrive à sanctionner cette fois (21e).

Preuve de l’efficacité allemande dans ce secteur, les défenseurs français ont rapidement été amenés à allonger pour chercher Giroud dans les airs. L’avant-centre de Chelsea a d’ailleurs été très bon dans ce domaine. Résistant à Sule, Hummels ou Ginter dans les duels, il s’est aussi montré habile pour « nettoyer » ces ballons et les remettre dans de bonnes conditions à ses partenaires, permettant la progression du jeu jusque dans le dernier tiers (tir de Griezmann, 4e) .

Les Bleus n’étaient toutefois pas tirés d’affaire une fois arrivés dans les 30m allemands. Ces derniers ont aussi su se montrer dangereux en contre-attaque : Kroos et surtout Kimmich ont brillé sous (l’absence de) pression, permettant de lancer à plusieurs reprises Werner, Sané ou Gnabry en transition (16e et surtout 19e pour une grosse balle de break).

Avec la balle aussi, la Mannschaft a montré de belles aptitudes en profitant de la passivité française pendant la première demi-heure. Le fait de repartir à trois défenseurs leur assurait une supériorité numérique face aux deux attaquants français (d’autant plus que ces derniers n’étaient pas au diapason quand il s’agissait de presser). Dès lors, les défenseurs excentrés (Hummels ou Ginter) étaient souvent libres d’aller fixer les milieux adverses.

Dans le coeur du jeu, Kroos et Kimmich offraient des appuis et échappaient aisément au pressing de Kanté ou Pogba. Les deux milieux axiaux français étaient en effet souvent pris entre-deux : dès qu’ils sortaient sur l’un des milieux allemands, c’est un attaquant qui se plaçait dans leur dos afin d’offrir une solution directe pour la relance.

Le circuit principal de l’équipe allemande était toutefois plus orienté vers les côtés où Schulz et Kehrer devaient offrir des solutions dans le dos de Mbappé et Matuidi afin de forcer les latéraux français à sortir. Une fois ceci fait, c’est la profondeur qui était immédiatement recherchée avec les appels de Sané, Gnabry ou Werner dans le dos de ces derniers. Des situations qui se sont répétées à plusieurs reprises en 1ère mi-temps, obligeant les Bleus à s’en remettre aux interventions de Kanté (10e), Varane (24e) et même Griezmann sur un contre (30e) pour protéger la Danger Zone.

Un plan intéressant mais imparfait : 

Très intéressant pour appuyer sur certains points faibles des Bleus, le plan de jeu allemand se heurtait toutefois à ses limites dès lors qu’il n’y avait plus de profondeur. Aucun des trois attaquants n’avait la qualité pour s’imposer dans la surface face à une défense française repliée et en place. Par ailleurs, les Bleus ont souvent conservé la supériorité numérique sur les transitions défensives, limitant de fait le danger.

Si les défenseurs centraux avaient beaucoup de liberté pour avancer dans le camp français avec le ballon, les solutions fiables venaient vite à manquer. Le bloc replié des Bleus fermant bien l’axe, le jeu demandait à passer par les côtés en usant notamment des renversements afin d’exploiter au mieux la largeur. Problème, la qualité technique des latéraux (Schulz, Kehrer) a semblé trop faible pour faire bon usage des espaces dont ils pouvaient bénéficier sur ces séquences.

Après la pause, on a aussi découvert une équipe d’Allemagne bien plus en difficulté pour sortir de son camp alors que la pression française se faisait plus forte. A part Kimmich qui a montré de très bonnes dispositions sous pression, aucun joueur de la Mannschaft n’a semblé en mesure de faire de vraies différences dans ces conditions.

La réaction française : Matuidi et Griezmann élèvent le niveau

Les Bleus sont véritablement entrés dans leur match en fin de première mi-temps, lorsque Didier Deschamps a fait le choix de passer en 4-3-3. Matuidi a retrouvé son rôle habituel de relayeur gauche, Pogba glissant lui côté droit. Une ligne plus haut, Mbappé a pris l’aile gauche, laissant Giroud dans l’axe et Griezmann dans un rôle plus libre mais penchant clairement à droite.

Ce nouveau système a d’abord permis aux Bleus de mieux presser le milieu allemand : l’ajout d’un 3ème homme dans l’axe (Matuidi) offrait enfin la possibilité aux milieux d’aller chercher Kroos ou Kimmich tout en conservant assez de joueurs en couverture (2) pour couvrir les espaces et empêcher la relation directe « défenseur-attaquant ». Ci-dessous, Matuidi va chercher Kimmich en position décrochée : Kanté assure la couverture en allant fermer sur Werner, qui se proposait dans l’espace libéré par le milieu français. 

Le retour de Matuidi dans ce rôle plus axial a considérablement aidé la France dans son entreprise de destruction en 2ème mi-temps : au-delà du travail face à la construction, les Bleus ont aussi été bien plus efficaces à la perte, privant la Mannschaft des contres dont ils bénéficiaient en première mi-temps… et ce quitte à faire faute rapidement sur Kimmich pour l’empêcher de les lancer.

Plus bas sur le terrain, le nouveau système des Bleus assurait aussi une meilleure fermeture des couloirs. A droite, Pogba a souvent été amené à défendre sur Schulz, permettant à Pavard de se concentrer sur la fermeture de l’axe et de la profondeur aux côtés de Raphaël Varane. Malgré une petite alerte (combinaison Schulz-Sané, 55e), le choix s’est avéré largement payant tant la défense française a été moins mise en danger après la pause.

Alors que les occasions allemandes découlaient de problèmes tactiques en première mi-temps, leurs incursions après la pause ont en majorité été dues à des erreurs individuelles et des balles perdues par les Français (Kanté 66e, Kimpembe 67e, Griezmann 74e).

Régler les problèmes défensifs était une chose, mais il y avait aussi un but à remonter ! Et pour y parvenir, les Bleus devaient d’abord trouver un circuit pour rentrer dans la moitié de terrain allemande. Le 4-3-3 a aussi joué un rôle pour cela en replaçant naturellement certains joueurs dans les half-spaces, Pogba et Griezmann en tête.

Les Français ont ainsi assez largement penché côté droit après la pause, ressortant les ballons par l’intermédiaire de Varane. Sans adversaire dans sa zone jusque-là, Sané s’est retrouvé à devoir gérer Pogba, qui le poussait parfois à s’orienter différemment, voire à dézoner, lorsqu’il demandait ou recevait le ballon en position excentrée. Résultat, une ligne de passe directe qui s’ouvrait pour Varane vers Griezmann.

Souvent en avance sur Hummels, l’attaquant à tout faire de l’Atletico assurait ensuite la transition en trouvant des relais entre les lignes allemandes. Il est d’ailleurs au départ de l’action menant à son but égalisateur (62e).

Autre différence par rapport à la première mi-temps, les Français ont usé de fausses pistes pour déplacer les défenseurs allemands et attaquer la profondeur. Souvent en situation de un-contre-un, Ginter, Sule et Hummels avaient pour mission de marquer de près les trois attaquants français. Un trois-contre-trois perturbé lorsqu’un Français venait s’ajouter de derrière pour attaquer l’espace libéré… idéal pour faire briller Matuidi et ses projections.

C’est ainsi que Matuidi est allé chercher le penalty du 2-1 (78e) après deux appels de Griezmann et Giroud pour déplacer Ginter et Sule. Plus tôt dans le match, Giroud avait ouvert la porte de la même manière à Mbappé en déplaçant Ginter pour le laisser en un-contre-un face à Sule (52e).

Conclusion : 

Malgré la défaite, on peut voir des signes encourageants dans la prestation de l’Allemagne. La presse du pays ne s’y est d’ailleurs pas trompée puisqu’elle a pris la défense de Joachim Löw. Son 3-4-3 a posé énormément de problèmes aux Bleus durant la première demi-heure et seules des scories dans le dernier geste ont empêché les Allemands d’aggraver le score durant ce temps fort.

Néanmoins, la deuxième mi-temps a rappelé l’écart entre une nation fraîchement championne du monde et une équipe éliminée au premier tour. Une fois la réponse trouvée sur le plan tactique, la France a rapidement et facilement pris le dessus sur une formation allemande qui n’avait pas de plan B pour la contrer à nouveau.

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1 réponse

  1. dede dit :

    Donc les deux équipes ont à peu près utilisé les mêmes mécanismes pendant leur temps forts ;
    – dézonage d’un milieu permettant une liaison directe de la défense à l’attaque
    – attaquant excentré prend de vitesse son vis-à-vis et embarque un défenseur central adverse
    A la différence des Allemands, les Français ont trouvé les solutions pour fermer ces ouvertures (passage en 4-3-3) et offensivement il y’avait suffisamment de courses en profondeur pour accentuer les décalages.

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