RedBull Salzburg : à quoi l’OM doit-il s’attendre ?

L’Olympique de Marseille a-t-il vraiment tiré le jackpot en tombant sur le RedBull Salzburg ? Sur le papier, affronter le leader du championnat d’Autriche en demi-finale de Coupe d’Europe apparaît comme un cadeau tombé du ciel… surtout lorsqu’il permet d’éviter l’Atletico Madrid et Arsenal.

Mais d’un autre côté, tomber sur une équipe qui vous a déjà battu durant la phase de poules et a ensuite éliminé la Real Sociedad, le Borussia Dortmund et la Lazio Rome doit inciter à la prudence. Le parcours de Salzburg lors de cette campagne européenne 2017/18 force même le respect.

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Certes, la Real Sociedad a traversé une mauvaise passe en février avant de se séparer d’Eusebio Sacristan. Dortmund ne s’est aussi jamais vraiment remis de son effondrement de l’automne après un départ sur les chapeaux de roue en Bundesliga. Et il faut reconnaître que la Lazio a eu plus d’une occasion de mettre fin au suspense en quart de finale avant de craquer en l’espace de cinq minutes de folie dans la Red Bull Arena.

Mais quelle équipe arrivant à ce stade de la compétition n’a pas bénéficié de petits coups de pouce et autres évènements favorables ? Même l’OM y a eu droit : rappelons-nous de ce CSC incroyable de Moké, au bout des arrêts de jeu face à Konyaspor. En cas de défaite, l’OM aurait basculé à la 3ème place à une journée de la fin et été en très mauvaise posture pour voir le printemps européen…

Bref, l’équipe de Marco Rose a beau faire figure d’invitée-surprise, elle n’est pas là par hasard. Son tableau de chasse parle pour elle. Et sur le terrain, ce sont ses idées claires qui lui permettent de faire jeu égal avec des formations plus huppées.

Toujours dans la peau du favori en championnat, la deuxième équipe de l’écurie RedBull maîtrise la possession du ballon et l’art de l’attaque placée sur la scène nationale. Pour l’Europe en revanche, elle adopte un visage beaucoup plus réactif et tente de se mettre au niveau de son vis-à-vis en redoublant d’intensité (plus de courses, plus d’efforts pour compenser l’écart existant dans d’autres compartiments du jeu).

Le pressing pour moteur

Avant de passer sur le terrain, commençons par quelques chiffres. Depuis son entrée en lice en Ligue Europa, Salzburg est la deuxième équipe de la compétition qui tente le plus de tacles (39,2/match) derrière l’Atletico Madrid (43,2). Une position qu’elle occupe aussi en terme de tacles réussis (24,7). Autre marqueur de son agressivité, sa 6ème place sur le plan des fautes commises (17,3/match).

Les tacles et les fautes sont deux des quatre données utilisées pour calculer le PPDA (nombre de passes concédées par action défensive tentée), utile lorsque l’on tente de quantifier le pressing (PPDA = nombre de passes tentées par l’adversaire / (tacles tentés + interceptions + fautes))

Depuis le début de la phase finale de Ligue Europa, le PPDA de Salzburg a oscillé entre 4,96 (match retour face à la Real Sociedad) et 8,36 (match aller face au Borussia Dortmund) pour une moyenne de 6,64.

A titre de comparaison, les équipes qui pressent le plus fort dans les cinq grands championnats européens sont (source : Understat.com) :

  • Premier League : Manchester City (6,44)
  • Ligue 1 : Marseille (7,01)
  • Bundesliga : Dortmund (7,15)
  • Liga : Eibar (7,42)
  • Serie A : Roma (8,37)

Notons au passage la présence de l’OM, qui doit rendre optimiste sur les chances de Marseillais. S’ils sont dans un bon jour, ils seront capables de répondre au défi de l’intensité proposé par leurs adversaires. Et avec des individualités meilleures, la rencontre doit normalement tourner en leur faveur. Mais restons plutôt sur Salzburg pour rentrer dans le détail.

Sans le ballon, une équipe compacte et réactive 

Lorsqu’il faut défendre, le RedBull Salzburg suit les mêmes principes que son grand frère Leipzig. L’objectif du pressing n’est pas la simple récupération du ballon mais la contre-attaque immédiate. Il ne s’agit pas de forcer l’adversaire à balancer, il faut l’orienter dans des zones précises (et dangereuses pour lui) pour le piéger, récupérer le ballon et contrer.

Chez les Rouge et Blanc, cette zone est symbolisée par le losange du 4-4-2. Des attaquants aux latéraux en passant par les défenseurs, la majorité des courses sont faites dans le but d’orienter l’adversaire vers ce coeur du jeu, où l’explosivité et les distances réduites entre les milieux de terrain doivent leur permettre de gratter des ballons.

Positionné au centre de cette toile, le n°10 (Schlager) tient un rôle majeur pour refermer le piège sur le porteur de balle adverse. Il est soutenu par trois milieux hyper-actifs défensivement : Samassekou, Haïdara et Berisha. Le quatuor émarge d’ailleurs à plus de 5 tacles tentés par match en Coupe d’Europe. A titre de comparaison, ces chiffres effectués en Ligue Europa sur une dizaine de matchs de Ligue Europa les placeraient tous dans le top 10 des tacleurs les plus fous de L1 de la Ligue 1. Les Phocéens sont prévenus…

Une telle activité dans le coeur du jeu n’est pas sans conséquence. Le chiffre a déjà été cité un peu plus haut, Salzburg fait beaucoup de fautes. Mais celles-ci ont généralement lieu très loin du but adverse. Sur ses trois dernières rencontres, les coups-francs dangereux concédés par l’équipe autrichienne se comptent sur les doigts d’une seule main. On tient là un autre symbole de l’efficacité de son pressing : cela complique énormément la progression de l’adversaire vers le but.

Ce dernier peut toutefois s’en tirer en optant pour un jeu plus direct, particulièrement via les côtés où les latéraux bénéficient de quelques secondes de répit avant de prendre la pression de Berisha ou Haïdara… pour peu qu’ils soient trouvés, le job des deux attaquants (Dabbur / Hee-Chan) étant de couper cette relation central-latéral.

Se déclenche alors un jeu de compensations entre les joueurs à vocation plus défensives. Le central couvre son partenaire sorti au pressing et peut être secondé par son n°6 dans l’axe. Pendant ce temps, le reste de l’équipe cavale comme un seul homme pour revenir défendre. A partir du moment où les passes sont plus longues, c’est d’abord la capacité à courir plus que l’adversaire qui fait la différence… et Salzburg n’est pas en reste dans ce domaine.

Dans ses 30 mètres, l’équipe autrichienne aplatit son losange pour former un 4-4-2 à plat. Si nécessaire, un attaquant peut aussi rejoindre à la première ligne défensive. Mais à la moindre passe en retrait, le joueur le plus proche fera l’effort de sortir sur le porteur afin de permettre à son bloc de remonter.

Ce que cela implique pour l’OM 

  • Avoir une solution dans le jeu long

Evidemment, cela dépendra fortement de l’approche choisie par Salzburg au coup d’envoi. Mais en cas de temps fort autrichien, toujours marqué par un pressing efficace, avoir une cible à viser dans le camp adverse ne sera pas de trop. La Lazio s’est par exemple appuyée à plusieurs reprises sur la taille de Milinkovic-Savic lors du match aller. Un dégagement du gardien romain sur le Serbe est même à l’origine de leur premier but (voir ci-dessous). Un schéma qui pourrait inspirer l’OM avec Mitroglou (1m86) ou Ocampos (1m87) en guise de cibles, d’autant plus que Salzburg n’a pas plus d’un grand gabarit capable de rivaliser.

  • Utiliser la largeur

On l’a dit, le losange de Salzburg garantit une grande pression dans le coeur du jeu. Mais lorsque ce bloc très compact coulisse, il laisse forcément des espaces à l’opposée. Utiliser intelligemment la largeur est l’une des clés pour exposer la défense autrichienne. La capacité d’un joueur comme Payet à changer rapidement le jeu d’une aile à l’autre ne pourra être qu’un atout pour l’OM, si tant est qu’ils parviennent à se défaire de milieux très agressifs. L’apport des latéraux pour occuper la largeur ou créer le surnombre à la retombée sera aussi capital pour bien finir ces mouvements.

  • Exploiter la profondeur dans le dos des latéraux

C’est là que se situe la faille la plus marquante dans le système du club autrichien, surtout si on la met en rapport avec les points forts de l’OM. Quelque soit le système de jeu (5-3-2, 4-3-1-2, 4-3-3), les latéraux sont très souvent amenés à sortir de l’alignement défensif. La conséquence, ce sont des défenseurs centraux exposés et amener à jouer des duels sur les côtés. La vitesse d’Ocampos et les dribbles de Thauvin pourraient faire mal dans ce contexte. En partant de plus loin, Sanson aussi, voire Germain si Rudi Garcia décide de faire appel à lui pour débuter ou entrer en jeu.

  • S’aventurer dans l’axe ? Pas réservé à n’importe qui… 

Il s’agit de l’option la plus ambitieuse puisqu’elle fait passer dans la zone où la pression de Salzburg est la plus intense… mais la récompense peut vite suivre si l’enchaînement est réussi. L’agressivité des milieux de Salzburg – si dangereuse pour le porteur de balle lorsqu’il est dos au jeu – peut leur jouer des tours s’il se met dans le sens de la marche. Très souvent, ils vont tenter de sortir au pressing malgré tout, et une passe dans le bon tempo peut suffire pour les éliminer. Face à une équipe de Salzburg plus passive (5-3-2), Dahoud avait montré le chemin. Maxime Lopez pourra-t-il faire aussi bien si le contexte est le même ?

Avec le ballon, jeu direct et projections 

Si la défense n’a pas toujours tenu, l’attaque de Salzburg a fait preuve d’une grande régularité lors de chaque déplacement. Anoeta, le Signal Iduna Park et le Stadio Olimpico ont tous eu droit au même tarif : deux buts encaissés par les locaux et à chaque fois de grosses occasions concédées.

Pour être aussi dangereuse, l’équipe autrichienne mise d’abord sur les transitions. Evidemment, il y a celle qui naissent des récupérations de balle engendrées par le pressing. A chaque fois, elles sont accompagnées en nombre par les milieux et les latéraux. Très souvent, une solution va être offerte à l’intérieur, l’autre à l’extérieur alors que le porteur s’en va cadrer un adversaire, l’objectif est d’attaquer au maximum les intervalles séparant les défenseurs.

Ce schéma qui fait la part belle aux projections, Salzburg va aussi essayer de le provoquer lorsqu’il relance. Il y a d’abord le jeu long classique sur les attaquants ou dans une zone libre où ces derniers vont mettre la pression sur les défenseurs. En deuxième rideau, les milieux arrivent lancés et se jettent dans les pieds d’adversaires dos au jeu pour tenter de leur arracher le ballon. S’en suit la projection vers le but adverse en cas de succès.

Mais il y a aussi une version plus patiente, qui voit Salzburg repartir court et faire circuler la balle entre ses défenseurs. Ils invitent la pression adverse et attendent la faille qui va leur permettre de toucher directement leurs attaquants, Dabbur en particulier. Ce dernier remise ensuite à l’un de ses milieux face au jeu (3e homme), qui voit rapidement arriver à sa hauteur deux nouvelles solutions (milieu + latéral) pour poursuivre la progression vers le but. On retrouve ensuite les projections et la recherche la plus directe possible de la profondeur pour mettre la défense en difficulté.

Ce que cela implique pour l’OM 

  • Eviter les renvois dans l’axe (quitte à repasser par le gardien)

Ce conseil s’applique évidemment à tous les matchs mais il prend encore plus de sens face à Salzburg. Les milieux du club autrichien sont plus dangereux que jamais lorsqu’ils arrivent dans le dos d’un adversaire. Un défenseur mis sous pression, un renvoi dans l’axe, un ballon mal contrôlé et c’est une occasion qui peut vite être concédée. Orienter les premières touches vers les côtés peut permettre de se libérer du pressing

  • Orienter les attaquants vers la ligne de touche

Qu’ils soient touchés dans les airs ou au sol, les attaquants de Salzburg sont des éléments indispensables dans les offensives. Lorsque leurs remises sont réussies, ce sont immédiatement deux ou trois joueurs qui offrent des solutions et doivent être contrôlés. Eteindre l’attaquant, c’est couper une grande partie du jeu offensif de Salzburg. Pour cela, rien de mieux que de les orienter vers la ligne de touche. La défense à 3 de la Lazio l’avait très bien fait lors du quart de finale aller. Revers de la médaille, cela leur offre un peu d’espace pour prendre la profondeur. Mais si l’aide arrive vite, ils n’ont pas forcément le talent pour se défaire de situations d’infériorité numérique.

  • Ne pas sous-estimer la contre-attaque

Que ce soit sur attaque rapide ou placée, Salzburg met beaucoup de joueurs devant le ballon, dans un cas pour aller le plus vite possible vers le but adverse, dans l’autre pour occuper au mieux les espaces en laissant la relance aux défenseurs. La moindre approximation de leur part peut être l’occasion d’une transition, même s’ils ne rechignent pas aux efforts (indispensables) à la perte du ballon. En un petit quart d’heure lors du match aller, la Lazio a ainsi gâché plusieurs balles de 5-2 après avoir planté le 4ème de cette manière. Au retour, un 3 contre 2 mal conclu par Luis Alberto a précédé d’une petite minute le but de Haïdara, qui a déclenché les 300 secondes de folie validant la qualification…

Une équipe, plusieurs plans 

Mais ce qui frappe peut-être le plus lorsque l’on enchaîne les rencontres du RedBull Salzburg, c’est sa capacité d’adaptation. Sans jamais déroger à son ADN survitaminé, l’équipe de Marco Rose est capable de prendre plusieurs formes dans une même partie (ou d’une rencontre à l’autre).

Face à Dortmund à l’aller, on l’a d’abord découverte plus attentiste que d’habitude, organisée dans un 5-3-2 positionné plus bas sur le terrain. Les difficultés rencontrées par les milieux face à Dahoud ont encouragé le staff à revenir au 4-4-2 losange quelques minutes avant la pause. Résultat, un bloc plus haut, un pressing plus efficace et finalement un temps fort concrétisé en une vingtaine de minutes (2-0 à la 56e).

Au tour suivant, l’approche de la Lazio a aussi obligé le staff à revoir ses plans. A l’aller, son 4-4-2 losange avait eu beaucoup de mal à construire une fois la Lazio en tête. Résultat, les nombreuses pertes de balle vues dans la vidéo précédente. Une semaine plus tard, Salzburg a entamé la confrontation retour en revoyant son positionnement avec le ballon. Sur le terrain cette fois, un 4-3-3 utilisant au maximum la largeur afin d’étirer le bloc et ouvrir des angles de passes vers Dabbur.

Si ce changement tactique n’est clairement pas lié au renversement heureux de la situation, il est un autre exemple de la capacité de l’équipe à s’adapter. Cela passe notamment par la polyvalence et l’intelligence tactique de plusieurs éléments. On peut citer deux des jeunes vainqueurs de la Youth League la saison dernière : Schlager et Haïdara. Le premier a joué latéral gauche, n°10 et n°6 en l’espace de trois rencontres. Haïdara a lui été amené à jouer bien plus haut lors du retour face à la Lazio afin de compenser la disparition d’un deuxième véritable attaquant axial.

Oui, l’OM a beaucoup d’atouts pour mettre Salzburg en difficulté ce soir. Il est même assez largement favori. Mais attention : on peut être certain que le staff du RedBull aura une réponse à apporter aux problèmes qui lui seront posés ce soir. En d’autres termes, les Marseillais vont devoir faire le maximum pour tuer le suspense dès ce soir au Vélodrome (même si on ne peut plus être sûr de rien après un match aller).

Dans le cas contraire, le déplacement dans la Red Bull Arena pourrait être aussi périlleux que pour le dernier vice-champion d’Allemagne ou le candidat au podium en Italie.

A écouter : Vu du Banc, les séquences dédiées à OM-Salzburg des épisodes 34 et 35

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4 réponses

  1. L'Ours Blanc dit :

    Enfin !
    Ravi que tu reprennes tes chroniques. On a besoin de personnes comme toi pour notre éducation tactico-footballistique.
    Continue !

  2. Pierre dit :

    Enfin une nouvelle chronique !! Je visite le site de temps en temps à la recherche d’une nouvelle explication tactiques… Depuis quelques années maintenant, tu me permets de regarder le foot d’un oeil bien différent ! Merci à toi !
    Je n’ai pas de compte paypal malheureusement :( je vais peut-être m’en créer un pour l’occasion

  3. TFC dit :

    Attention au retour !

  4. MelKeeZ dit :

    Super ! Ravi de ton retour ! Continue !

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