Atletico Madrid 2-1 Real Madrid : l’analyse tactique

Le Real Madrid et la Juventus vont donc se retrouver le 3 juin prochain en finale de la Ligue des Champions. En attendant, voici la première étape d’une série d’articles consacrés à ce rendez-vous. Et puisque la Juve a eu droit à l’analyse de son match retour face à Monaco, commençons par revenir sur le déplacement des Madrilènes sur la pelouse de leurs voisins de l’Atletico.

Les compos : 

Trois changements étaient à signaler par rapport au match aller, remporté facilement par le Real. Côté merengue, Danilo a profité de la blessure de Carvajal pour être titulaire sur le flanc droit de la défense.

Côté colchonero, Simeone était aussi (et toujours) privé de son latéral titulaire ; après avoir tenté l’expérience Lucas à l’aller, le coach argentin a choisi d’y aligner Gimenez. On pouvait penser à une adaptation tactique au départ, mais il n’en a rien été : dès le coup d’envoi, les Rouge et Blanc ont évolué dans leur 4-4-2 habituel, Gimenez étant là pour fermer le couloir derrière Carrasco. Autre choix de Simeone à prendre en compte, la titularisation de Torres, préféré à Gameiro aux avants-postes.

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L’entame réussie de l’Atletico : 

Pour sa dernière sortie européenne au Calderon, l’Atletico n’avait pas le droit de se rater. Jusque-là, l’équipe a bâti une bonne partie de son parcours européen sur des entames de match exceptionnelles d’intensité, que ce soit en terme de pressing ou de jeu vers l’avant. Après en avoir pris 3 à l’aller, les Colchoneros n’avaient de toute façon pas le choix : ils ont démarré très fort.

Sans la balle, ils sont allés chercher le Real très haut, mettant beaucoup de pression sur Casemiro ou Modric. Le Croate a même perdu un ballon dans le rond central dès la première minute de jeu, annonçant les difficultés madrilènes qui ont suivi.

Bien sûr, le Real est parvenu à ressortir sur certaines séquences. Mais les Colchoneros l’ont empêché de s’installer au milieu de terrain. Derrière Griezmann et Torres, Gabi, Saul et Koke ont fait beaucoup d’efforts pour aller chercher Modric et Kroos dans les zones reculées où ils se placent d’habitude pour mener le jeu.

Sous pression, les joueurs de Zidane s’appuient généralement sur la qualité de leur jeu long pour aller chercher des solutions à l’opposée. A droite, l’Atletico a répondu à cela par la présence de Carrasco afin de bloquer Marcelo. A gauche, c’est à Filipe Luis qu’est revenu la tâche de fermer tout le couloir. Bien supérieur à Danilo, le Brésilien a très bien rempli ce rôle en début de match.

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Mais le plus gros changement pour l’Atletico par rapport à l’aller tenait dans ses intentions avec le ballon. Au Santiago-Bernabeu, les Colchoneros avaient réussi à mettre le Real en difficulté. Le problème, c’est qu’ils n’avaient pas mis l’intensité nécessaire APRES la récupération du ballon. Au final, ils n’avaient quasiment jamais réussi à prendre le Real de vitesse, faute de projections.

Au retour, la différence s’est surtout vue dans le comportement de Saul Niguez. Très décevant à l’aller aux côtés de Gabi, le milieu de terrain de 22 ans a retrouvé ses jambes mercredi dernier, se projetant vers l’avant et accompagnant ses attaquants sur les séquences de transition.

Avec la balle, les Colchoneros ont aussi abandonné l’idée de construire ligne par ligne. Il s’agissait avant tout de mettre le ballon dans le camp du Real Madrid dès que possible afin d’y relancer le pressing. Torres et Griezmann allaient aux duels, charge aux autres de gratter les deuxièmes ballons et maintenir leurs adversaires sous pression.

C’est cette domination territoriale qui a permis à l’Atletico de rapidement prendre l’avantage grâce à un réalisme aussi retrouvé. A défaut de faire vraiment souffrir la défense madrilène, les Colchoneros l’ont mise à la merci des détails qui peuvent faire la différence. Ils ont ainsi pris l’avantage sur un corner (1-0 : Saul, 12e) avant de doubler la mise sur penalty (2-0 : Griezmann, 16e). Bilan du quart d’heure, 8 tirs à 2 pour les Colchoneros.

A ce moment du match, l’idée de la remontada a clairement pris forme : au pied du mur au coup d’envoi, l’Atletico a déjà fait la moitié du chemin en seulement 16 minutes. Il lui en restait 74 pour inscrire 2 nouveaux buts.

L’Atletico gère, le Real en profite 

L’équipe de Simeone a alors fait face à un dilemme : fallait-il continuer à presser, et risquer le burn-out avant la fin des 90 minutes, ou calmer le jeu et attendre un second souffle ? Les minutes qui ont suivi le 2-0 ont vite révélé la stratégie des Rouge et Blanc. Ces derniers ont été beaucoup plus passifs face à la possession madrilène, se regroupant dans leur moitié de terrain comme à l’aller.

Les maps ci-dessous confirment ce changement tactique des Colchoneros. La première montre les interventions défensives de l’Atletico du coup d’envoi jusqu’au but de Griezmann (16e), la seconde regroupe celles réalisées entre la 17ème et la 30ème minute. On distingue assez clairement le recul de l’équipe ainsi que la multiplication des fautes, signe qu’elle a aussi perdu en maîtrise…

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Car en face, il ne fallait pas autre chose qu’un recul de l’Atletico pour permettre à Isco, Kroos ou Modric de rentrer dans le match. Déjà à domicile, les trois hommes avaient réalisé un véritable récital, ne manquant que 10 passes 247 (96% de réussite). Cette fois, alors que le contexte aurait fait paniquer plus d’un joueur (0-2 pour l’Atletico), ils ont pris les choses en mains en faisant totalement abstraction de ce dernier.

En terme de maîtrise, le Real Madrid est ainsi passé de 78 à 91% de passes réussies entre les deux périodes présentées ci-dessus. Le trio Kroos-Modric-Isco est lui passé de 87 à 96% de passes réussies entre le quart d’heure de l’Atletico et la demi-heure suivante (jusqu’à la mi-temps) Au-delà des passes réussies, c’est aussi le volume de jeu du trio qui a explosé, passant d’une trentaine de passes (27/31) à plus de 80 (79/82).

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Ce nouveau contexte a permis au Real d’inverse la tendance : c’était à son tour d’avoir la domination territoriale. Et dans ces conditions, les joueurs de Zidane avaient une chose en plus que leurs homologues pour faire basculer une rencontre : beaucoup de talents en attaque, tous capables de faire la différence sur une action. Précisément ce qu’il s’est passé avec Benzema, vainqueur d’un un-contre-trois face à Savic, Godin et Gimenez, à l’origine du but d’Isco (2-1, 42e).

Conclusion : 

Après ça, inutile de parler de la deuxième mi-temps, aussi anecdotique que celle de Juventus-Monaco. De ce match, il faut surtout retenir la sérénité du Real Madrid, qui a douché les espoirs de son adversaire en reprenant la main sur la rencontre comme si le premier quart d’heure n’était jamais arrivé. Ce groupe a déjà deux Ligue des Champions à son palmarès et cela s’est particulièrement vu dans cette situation.

Toutefois, souvenons-nous aussi l’Atletico aura donné plus d’une piste à la Juve pour mettre en difficulté ce Real. Le pressing haut et le ciblage de Casemiro en est une. L’utilisation d’un joueur rapide (Carrasco) dans la zone de Marcelo en est une autre. Plusieurs fois, le Belge a fait de très bons appels dans le dos du latéral brésilien, souvent en retard lorsqu’il faut réintégrer sa ligne défensive. Entre les déplacements de Dybala, la forme de Daniel Alves et la vitesse de Cuadrado, Allegri a sans doute quelques atouts pour tirer profit de cette situation.


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2 réponses

  1. nacerzer dit :

    l’auteur se fourre clairement le doigt dans l’œil, il donne des indications à la Juve comme il en a donné à l’atlético mais le Real a plus d’un tour dans son sac et le talent de ses joueurs en est un.

  2. Kévin dit :

    L’auteur essaye d’analyser les évolutions de deux équipes durant un match.

    Le Real n’est pas invincible, ni la Juve.

    Les deux équipes vont s’étudier de très près et le bloc-équipe sera la 1ère priorité. La 2èpe, faire parler le talent…et là, peut-être que le Real est un poil au-dessus, quand niveau bloc-équipe et patience dans la construction du jeu la Juve est passée maitresse en la matière.

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