Real Madrid 3-0 Atletico Madrid : l’analyse tactique

Il y a un peu moins d’un mois, les deux clubs madrilènes s’étaient neutralisés sur la même pelouse à l’issue de 90 minutes à oublier (1-1). Cette première demi-finale de la Ligue des Champions s’est aussi révélée décevante, mais par pour les mêmes raisons. Habituellement, à ce stade de la compétition, le spectacle et/ou le suspense sont garantis. Hier soir, il n’y avait ni l’un ni l’autre tant le Real a dominé un Atletico bien trop loin de son meilleur niveau pour espérer quoi que ce soit.

Battu dans les duels, manquant de vitesse et de tranchant, sans inspiration, l’équipe de Simeone n’était tout simplement digne d’une équipe présente dans un dernier carré de Ligue des Champions. En face, le Real Madrid a récité la partition qu’on lui connaît très bien désormais : celle d’une équipe sûre de son fait sur le plan technique, capable de prendre l’initiative et d’attendre, et qui « pique » dès qu’elle en a l’occasion. Et quand Ronaldo est là pour finir le boulot, elle en devient presque injouable.

Les compos :

Un seul absent de marque était pourtant à déplorer pour ce choc entre les deux meilleurs clubs de Madrid. Blessé depuis le quart de finale retour face à Leicester (18 avril 2017), le latéral droit de l’Atletico Juanfran était forfait. Sans solution de rechange à ce poste, Simeone a dû titulariser le jeune Français Lucas Hernandez, défenseur central de formation.

Côté madrilène, un seul choix était à relever alors que Zidane pouvait compter sur tout son groupe : Isco a logiquement été récompensé de sa forme exceptionnelle (4 buts et 1 passe décisive sur ses 5 dernières titularisations) en débutant la partie à la place de Bale. Le Real a donc commencé ce match avec le même système que lors du retour face au Bayern : un 4-4-2 losange avec le milieu espagnol en soutien de Benzema et Ronaldo.

compos

Kroos – Modric – Isco : les phénomènes

En vérité, ce match a fait écho à la dernière finale de Ligue des Champions qui a opposé les deux équipes. Ce jour-là, le Real Madrid ne s’était imposé qu’aux tirs au but mais il avait su éviter les pièges tendus par l’Atletico. Déjà, Toni Kroos avait évolué dans cette position légèrement excentrée côté gauche afin d’éviter la pression adverse.

Hier encore, l’Allemand a été la plaque tournante du jeu madrilène. Il a achevé la partie avec plus de 120 ballons touchés (123), dont 96% de passes réussies (100/104). Modric a été son pendant sur le flanc droit avec 94% de passes réussies (78/83). Ces deux-là ont à la fois permis à Marcelo et Carvajal de jouer plus haut, mais en plus leur qualité technique a assuré la circulation du ballon d’une aile à l’autre si la progression était impossible de leur côté.

modric-kroos

Le 3ème homme-clé du milieu madrilène se nommait évidemment Isco. Très mobile, le milieu de terrain espagnol a souvent débloqué la situation dans cette zone par ses mouvements. Ses prises de balle ont facilité la progression du Real dans le camp adverse. Amenant 2 ou 3 joueurs dans son sillage, il a crée des espaces pour ses partenaires. S’il a perdu quelques ballons qui auraient pu être dangereux, il a réalisé un quasi sans-faute dans la distribution (59/60) durant ses 68 minutes passées sur la pelouse.

Au total, Modric, Isco et Kroos n’ont manqué que 10 passes sur les 247 qu’ils ont tentées… 96% de réussite à eux trois. Autant dire que lorsque le Real atteignait le milieu de terrain, les choses se corsaient très vite pour leurs adversaires.

L’équipe de Zidane se retrouvait dans la même situation qu’en mai dernier. La qualité technique des joueurs les plus reculés et leur positionnement les rendaient presque inattaquables par le pressing adverse. Pour avancer, l’équipe dépendait de la disponibilité de Benzema, Isco ou Ronaldo, sans oublier l’apport toujours existant des latéraux dans les couloirs pour apporter un plus aux abords de la surface de réparation.

Résultat, l’Atletico s’est retrouvé dans la même position inconfortable que lors de sa dernière finale. A chaque fois que le Real reculait (pour conserver le ballon), l’équipe de Simeone tentait de ressortir. Le problème, c’est qu’elle n’est que très rarement parvenue à reprendre le ballon sur ces séquences. Au fil de la possession madrilène, les Colchoneros se retrouvaient même de plus en plus loin du ballon tout en perdant en cohésion. Le second but madrilène a bien illustré ce problème avec une défense de l’Atletico très étirée et des milieux mal positionnés au moment de l’avant-dernière passe de Marcelo (73e).

Atletico : le pressing haut… et c’est tout 

Puisque les milieux madrilènes ont terminé la rencontre avec 96% de passes réussies, l’Atletico n’avait qu’une seule solution pour exister : récupérer le ballon avant qu’il n’arrive jusqu’à eux. En clair, presser haut et mettre la pression sur le Real dans ses propres 40 mètres, tout en accompagnant le mouvement sur les côtés en cas de passe vers Marcelo ou Carvajal.

Et ça n’a pas si mal marché. Car Casemiro s’est retrouvé en difficulté à plusieurs reprises sous la pression de Griezmann et ses partenaires. Profitant de l’absence d’adversaires directs dans sa zone, Filipe Luis a aussi apporté sur ce point en sortant au milieu pour gagner des ballons dans les pieds des latéraux madrilènes. Au total, l’Atletico a gagné une dizaine de ballons dans des zones intéressantes pour contre-attaquer (voir ci-dessous, les ballons perdus par le Real Madrid).

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Mais ces quelques ballons gagnés dans les deux premiers tiers du terrain n’ont pas été bien utilisés. L’Atletico a manqué de vitesse d’exécution sur ces séquences où il se retrouvait pourtant face à un Real enfin prenable sur le plan défensif. Soit la première passe était trop lente, trop latérale ou mal ajustée, soit cela manquait de mouvement aux avants-postes pour vite avancer vers le but de Navas.

Bref, l’équipe de Simeone perdait à chaque fois quelques dixièmes, voire quelques secondes, qui permettaient aux Madrilènes, toujours rigoureux sur le plan de la transition défensive, de repasser derrière le ballon afin de reformer leur bloc. A quoi bon presser si c’est pour ne pas en profiter ensuite ?

Un Atletico pas assez armé : 

Dans l’utilisation du ballon, les Colchoneros ont aussi eu beaucoup de mal à exister. Déjà pour repartir, le double-pivot Saul-Gabi a manqué de mobilité et de détermination pour mettre l’équipe sur de bons rails. L’axe bloqué par ce manque de créativité -et le manque de solutions différentes d’un Griezmann bien chassé par Casemiro-, le jeu s’orientait rapidement sur les côtés. Sans doute trop rapidement, le Real n’était jamais fixé et pouvait coulisser en nombre vers la zone.

Deuxième souci pour l’Atletico :on s’est vite rendu compte qu’il n’y avait qu’une seule aile en état de fonctionner : le flanc gauche avec Filipe Luis. Le latéral a tenté à de monter, cherchant les relais de Koke, Griezmann ou Carrasco. Mais ces derniers étaient bien trop seuls pour faire la différence face à un Real presque toujours en surnombre. Et inutile d’espérer renverser rapidement le jeu avec un double pivot lent avec le ballon (Saul, Gabi) et un latéral loin d’être un spécialiste du poste à la réception (Lucas).

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En plus d’avoir souvent l’avantage numérique, les Madrilènes se sont aussi révélés très solides dans les duels. Ils ont terminé la partie avec près de 80% de tacles réussis, dont un 5/5 pour Sergio Ramos auteur d’une excellente prestation, tout comme Varane à ses côtés. Au final, les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’Atletico n’a tiré que 4 fois au but, dont une seule tentative de l’intérieur de la surface (Godin, cpa, 37e) et n’a réussi que 3 passes dans celle-ci (sur 11 tentées…).

Le réalisme de Ronaldo : 

Dernier point, et non des moindres, qui illustre l’écart entre les deux formations : le réalisme. Hier soir, Cristiano Ronaldo a eu 3 grosses occasions ; il les a toutes converties. En Ligue des Champions, le Ballon d’Or est aujourd’hui sur une série exceptionnelle : 7 buts sur ses 7 dernières big chances. Il a fallu un arrêt énorme de Manuel Neuer lors du quart de finale aller pour l’empêcher d’être à 100% de réussite (8/8) sur les 3 dernières rencontres.

Pour rappel, ce réalisme de Ronaldo, c’est en partie ce qui avait manqué au Real Madrid lors du dernier Clasico. Alors que le score était de 1-1, le Portugais avait eu une balle de 2-1 en milieu de deuxième mi-temps (66e) mais ne l’avait pas convertie. Quelques minutes plus tard, le Barça reprenait l’avantage par Rakitic (73e) et par la même occasion remettait la main sur la rencontre (avant le final complètement fou que l’on sait).

Revenons à notre demi-finale : en face, l’Atletico a eu deux grosses opportunités de revenir à 1-1 en première mi-temps. Seul face à Navas, Gameiro a perdu son duel (17e). Sur coup de pied arrêté, Godin n’a lui pas réussi à redresser la trajectoire d’un ballon qui s’est envolé dans le ciel de Bernabeu (32e). Face à ce Real Madrid, ces occasions allaient forcément être rares. Il n’y en a pas eu d’autres.

Conclusion : 

En conférence d’après-match, Simeone voulait encore croire en ses chances. Après tout, le Calderon sera sans doute en fusion pour le dernier match européen de sa grande histoire. Mais la dimension mystique que peut prendre ce genre de rendez-vous à la maison est vite dépassée par les faits.

Depuis la prise de fonction de Zidane, le Real Madrid n’a perdu qu’une seule rencontre par plus d’un but d’écart (face à Wolfsburg, 0-2). En clair, il n’a encore jamais encaissé un score qui permettrait à l’Atletico de renverser la tendance. Autre élément important, cela fait désormais plus d’un an que les Merengues n’ont pas traversé de match sans marquer de but (0-0 sur la pelouse de Man City, le 26 avril 2016). Et vu la qualité de la défense de l’Atletico hier soir, on a du mal à imaginer cette série prendre fin dans une semaine.


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1 réponse

  1. Blaco dit :

    Bon dilemme !! c ki le meilleur playmaker au monde : Modric ou kroos ???…Et tout ça dans la même équipe POPOPO !!

    Après ce constat faut pas aller chercher bien loin pour comprendre le naufrage de l’atletico hier.

    Sinon je suis totalement inculte sur la question mais bon j’ai vu assez de match du Barça et du Real pour en conclure que la différence entre le deux n’est elle pas qu’au Real nous avons de vrais milieux de terrain qui s’occupe de faire le jeu alors que la barça a totalement était bouffé par ses deux GRANDS gratteurs de ballon certes forts (et pour l’un très très largement) mais qui vampirise totalement le jeu. Non parce qu’une fois je regardais le barça galérait, comme d’habitude à ne serai ce que créer un décalage dangereux alors qu’il campent dans les 30 mètres adverses et me suis dit : Putain Y A PAS UNE OFFENSIVE qui ne pars pas ou de Messi ou de neymar !

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