Juventus Turin 3-0 FC Barcelone : l’analyse tactique

Le Barça le fait-il exprès ? Après le 4-0 encaissé au Parc en février, les Catalans ont repris une leçon de réalisme et d’intensité made in LDC face à la Juve. Cette fois, le 3-4-3 de Luis Enrique n’a pas pesé lourd face à la compacité du 4-4-2 d’Allegri, magnifié par un Dybala clinique et au-dessus du lot au bon moment. Analyse détaillée de ce nouvel échec des Blaugranas.

Les compos :

Pas de coup tactique à découvrir au moment de l’annonce des deux équipes. Le Barça et la Juve surfent sur leurs dynamiques du moment, les Catalans en 3-4-3 avec la surprise Mathieu côté gauche, la Juve en 4-4-2 avec Mandzukic et Cuadrado dans les couloirs.

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Une Juve entreprenante :

D’entrée de jeu, l’équipe de Max Allegri a répondu à l’une des principales questions concernant l’affrontement tactique qui devait rythmer ce match aller : allait-il s’inspirer de l’Atletico Madrid en allant chercher très haut le Barça ou se contenterait-il d’attendre, façon PSG au Camp Nou ?

Devant leur public, les Italiens n’ont pas attendu plus longtemps que le coup d’envoi pour afficher leurs intentions : ils se sont déployés très rapidement dans la moitié de terrain catalane afin de faire reculer le jeu jusqu’à ter Stegen et bloquer les solutions courtes se proposant à lui.

Comme l’Atletico, Allegri adaptait son système sur ces séquences de jeu. Le 4-4-2 se transformait en 4-3-3 avec la sortie de l’un des joueurs de couloir (Mandzukic ou Cuadrado) à hauteur de Piqué ou Mathieu. A l’instar du PSG au Parc des Princes, l’idée était de laisser la première passe partir de ter Stegen et d’adapter le pressing en conséquence.

Si le jeu partait vers Piqué, Mandzukic sortait sur le défenseur alors que Dybala et Higuain bloquaient les deux autres solutions (Umtiti, Mathieu). Si le jeu revenait sur ter Stegen, l’un des attaquants allait jusqu’à mettre la pression sur ce dernier afin de forcer son dégagement.

Dans le deuxième rideau, Khedira, Pjanic et Cuadrado contrôlaient les milieux (Sergi Roberto, Mascherano, Iniesta). Homme libre sur le papier, Rakitic était lui pris par Bonucci ou Chiellini s’il était ciblé par le dégagement de son gardien de but. Il s’agissait de ne pas laisser la moindre opportunité au Barça de mettre la balle au sol.

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Ce pressing de la Juve a énormément pesé sur le début de rencontre puisque les Catalans ont eu besoin de plusieurs minutes pour ne serait-ce qu’entrer dans la moitié de terrain turinoise. La map ci-dessous montre les ballons touchés par les deux équipes sur les 7 premières minutes (jusqu’au but de Dybala).

Vous avez bien vu : pas un ballon touché par le Barça dans le camp adverse… le point bleu le plus haut sur le terrain correspond au coup d’envoi donné par Luis Suarez ! Pendant ce laps de temps, la Juve a fait mieux que bien défendre puisqu’elle s’est créée une première occasion franche sur coup-franc (Higuain, 3e) avant d’ouvrir le score grâce à Dybala (7e). Difficile d’espérer meilleur départ !

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Quand la Juve bloque la progression barcelonaise : 

Avant le match, c’était l’un des casse-têtes posés par le 3-4-3 de Luis Enrique. Lorsque le Barça parvient à s’extirper du premier pressing, son nouveau système lui permet de progresser aisément dans la moitié de terrain adverse face à un bloc médian. En cause, la possibilité pour les deux excentrés de porter le ballon et ainsi contourner une première ligne et un milieu focalisés sur le losange adverse (de Busquets à Messi en passant par Iniesta).

Alors comment empêcher ces montées des défenseurs centraux tout en verrouillant le milieu de terrain ? La Juve a répondu à ce problème en défendant de manière extrêmement compacte. Son 4-4-2 est resté très haut sur le terrain, réduisant au maximum les distances entre chacune des lignes.

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Par rapport à Piqué ou Mathieu (puis Umtiti en 2ème mi-temps), Dybala et Higuain verrouillaient l’axe et l’accès au n°6. Ce travail permettait à Khedira et Pjanic de contrôler les déplacements des milieux côté ballon. Dans les couloirs, Daniel Alves et Alex Sandro allaient de leur côté chercher très haut leurs vis-à-vis (Neymar pour l’un, Messi ou Sergi Roberto pour l’autre).

Dans le demi-espace, Mandzukic et Cuadrado se retrouvaient eux très souvent sur la route des défenseurs catalans, censés porter le ballon. Résultat, ces derniers se retrouvaient sans solution pour avancer et n’osaient pas forcément prendre le risque de porter le ballon. La recherche de solutions entre les lignes était aussi rendue très compliquée par la compacité du bloc italien et le marquage serré de Chiellini ou Bonucci. La tâche était pourtant loin d’être facile pour les deux défenseurs, qui ont dû alterner entre marquage sur l’homme et couverture de zone parfois très importante.

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Pour soutenir cette organisation, les Turinois ont ajouté une agressivité de tous les instants, caractérisée notamment par l’engagement d’Alex Sandro et Daniel Alves. Les deux ont totalisé 4 fautes chacun, Alves recevant un carton jaune en moins d’une demi-heure pour 3 fautes commises sur Neymar. De l’autre côté du terrain, Sandro a fini la rencontre avec le record de tacles tentés (7) et réussis (6). Censés empêcher leurs vis-à-vis de se retourner, ils n’ont pas hésité à les repousser très loin dans leur moitié de terrain.

Un Barça en manque d’appels et de mouvements : 

Cette agressivité de joueurs de couloir auraient normalement dû donner des idées au Barça. Dans leur dos, il y avait des espaces à exploiter. Une balle en profondeur et ce sont forcément Bonucci et Chiellin qui étaient obligés de s’excentrer pour couvrir leurs partenaires. Le problème, c’est que le Barça n’a pas assez utilisé cette option en première mi-temps. Suarez s’y est essayé pendant quelques minutes après la pause, avant que le 3ème but de la Juve ne douche ces nouvelles intentions.

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Le marquage serré des latéraux de la Juve créait créer des brèches dans les demi-espaces (entre le central et le latéral très excentré). Ces derniers étaient toutefois souvent comblés par le retour d’un milieu en cas d’appel en profondeur de la part d’un Blaugrana. Lorsque les Italiens reculaient et que certains éléments étaient amenés à dézoner (Pjanic ou Khedira embarqués dans le demi-espace par exemple), les attaquants (Dybala-Higuain) redescendaient afin de maintenir une présence dans l’axe et une activité sur le porteur.

Suarez, le facteur X du match retour ? 

Dans un contexte aussi compliqué, Luis Suarez est sans doute le joueur qui avait le plus d’atouts à faire valoir à son équipe. Comme on l’a dit plus haut, l’Uruguayen n’a sans doute pas assez donné sur le front de l’attaque en ne proposant pas assez dans le dos des latéraux.

Ses partenaires ont aussi eu des occasions pour le trouver en point d’appui dos au jeu, entre les lignes, lorsque le travail de cadrage n’était pas assez bon côté turinois. Le marquage souvent sur l’homme des Turinois (Pjanic, Khedira) pouvait en effet créer des lignes de passes jusqu’à lui, qui se retrouvait alors avec Bonucci ou Chiellini sur le dos. Cela a failli profiter au Barça sur deux passes de Messi, d’abord pour Iniesta (21e) puis pour Suarez lui-même (67e).

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Ses partenaires M et N ont eu moins de poids sur l’affrontement tactique, malgré une action en duo en tout début de 2ème mi-temps (46e). Messi a eu des fulgurances dans une position plus reculée (3 passes-clés dont 2 en profondeur pour les meilleures occasions du Barça). Neymar de son côté a eu beaucoup plus de mal que ces derniers temps face à son adversaire direct (Daniel Alves). Un autre chiffre pour résumer sa performance : seulement 3 dribbles réussis sur 10 tentés.

Un Barça sans aile… 

L’autre souci du Barça renvoyait à l’inefficacité de son plan de jeu initial. Allegri a très bien su contrer le 3-4-3 de Luis Enrique. Ce denrier a vite dû se résoudre à rebasculer dans un simili 4-3-3 loin d’être clair sur le plan tactique. Cela a commencé par des tentatives de dédoublements de Mathieu à gauche en milieu de première mi-temps (pas si bête que ça pour attaquer l’espace dans le dos des latéraux).

Le problème, c’est que les Catalans n’avaient pas les solutions pour soutenir un tel projet sur la durée. Le changement Mathieu >> André Gomes (46e) a mis fin à cet embryon de solutions, le Barça repassant définitivement à son 3-4-3 en phase offensive avec un Umtiti restant évidemment en soutien de Neymar. Jordi Alba a dû trouver le temps long sur le banc… même si, reconnaissons-le, le latéral espagnol est loin de son meilleur niveau.

Avec le ballon : la Juve comme le PSG (du match aller)

Malgré tout,  les Catalans ont fait (un peu) mieux en deuxième mi-temps. On en a parlé plus haut, les joueurs ont beaucoup plus proposé dans la profondeur et l’entame du second acte aurait même pu tourner en leur faveur avec une série de situations intéressantes. En résumé, un peu plus de courses autour du ballon pour faire reculer la Juve et surtout plus de pressing pour l’empêcher de ressortir…

Car avant la pause, la rencontre était une vraie redite de leur match aller face au Paris Saint-Germain. Comme les joueurs d’Emery deux mois avant eux, les Turinois se sont crées une bonne partie de leurs tirs en partant de leur tiers défensif (7 tirs, contre 3 depuis le milieu et 6 depuis le tiers offensif, voir ci-dessous). Positionné devant la défense, Mascherano a vécu un véritable calvaire derrière le premier pressing catalan. Il a été dans l’incapacité totale de combler le moindre espace face aux incursions de Khedira ou aux décrochages de Dybala ou Higuain.

Encore une fois, c’est bien le pressing catalan qui a failli, souvent pris par la mobilité des joueurs turinois. De Daniel Alves à Khedira, en passant même par les défenseurs, les Bianconeri ont fait preuve de beaucoup d’intelligence dans leurs déplacements afin d’offrir des solutions à leurs partenaires et permettre la progression vers le but de ter Stegen. Du mouvement qui n’était pas sans rappeler la paire Rabiot-Verratti le 14 février dernier.

A la moindre ouverture, l’objectif des Turinois était ensuite d’exploiter la largeur grâce à la présence de Mandzukic ou Alex Sandro à gauche et celle de Cuadrado à droite. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les ailiers turinois ont été les deux premiers passeurs décisifs de la rencontre. Aux avants-postes, Higuain et Dybala ont aussi abattu un gros travail pour favoriser cette construction. Lorsque la Juve était dans ses 30m, leurs décrochages ont aussi permis d’obtenir des fautes bienvenues pour mettre fin au pressing catalan (4 fautes sur Dybala notamment).

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Cette disponibilité, qu’il faut ajouter à leur activité défensive, a toutefois eu raison des ambitions offensives turinoises après l’heure de jeu. Après son 3ème but, l’équipe d’Allegri a fermé la boutique et s’est résolue à défendre son avantage. Le coaching d’Allegri l’a confirmé – même si son banc est particulièrement limité – avec les entrées de Lemina (Cuadrado, 73e), Rincon (Dybala, 81e) puis Barzagli (Pjanic, 89e) pour renforcer l’équipe en fin de match.

Conclusion :

Après un tel résultat, une question vient très logiquement : le Barça peut-il le refaire ? En souvenir du 8 mars dernier, il serait malvenu de répondre à cette question par la négative. Après tout, les Catalans ont eu des situations pour réduire le score (Iniesta pour revenir à 1-1, Messi à 2-1, Suarez à 3-1). Pourquoi ne seraient-ils dès lors pas capables de se créer autant de situations au Camp Nou ?

Peut-être parce qu’en face, il y a cette fois un adversaire qui a sans doute déjà tiré les enseignements du naufrage parisien. Rappelonsque la remontada a été rendu possible autant par la hausse du niveau d’intensité du Barça que par la faillite totale du PSG, avec et sans le ballon. Difficile d’imaginer les Italiens commettre des erreurs aussi grossières même si parfois, le foot… Mais non. Quand même pas deux fois.

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5 réponses

  1. Avec ‘expérience des défenseurs turinois, j n vois pas l Barça remonter ces trois buts

  2. Nathan Gab dit :

    Pour désengorger l’axe, est-ce que le retour au ailier de débordement n’est pas la solution? Pendant tout le match Messi et Neymar ont été obligé de repiquer dans l’axe. Je pense que si ils avaient échangé leurs côtés, ils joueraient de manière plus verticale et étirerait efficacement le bloc défensif turinois.

  3. Gaspard dit :

    La juventus à de toute façon défonce le Barça cest la meilleure défense du monde

  4. Gaspard dit :

    @Nathan Gab

    La juventus est de toute façon bien meilleure

  5. Gaspard dit :

    @steve laraclure

    Tu a totalement raison

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