Paris SG 1-3 Barcelone : l’analyse tactique

Il n’y a pas eu de (bonne) surprise pour les Parisiens dans ce quart de finale aller. Diminués par les absences de leurs maîtres à jouer (Thiago Motta, Verratti), ils n’ont pu rivaliser face à l’armada barcelonaise qui s’est finalement contentée de contrôler la partie, s’en remettant ensuite à son pressing haut et aux fulgurances de ses attaquants pour mettre la défense parisienne en danger.

Les compositions : 

La conférence de presse de Laurent Blanc avait été assez claire à ce niveau : « le miracle » n’a pas eu lieu et Thiago Motta n’a pas pu accompagner le groupe pour ce quart de finale aller. Exceptée cette incertitude, le onze de départ du PSG était quasiment connu à l’avance, même si le retour surprise de David Luiz dans les 18 a pu pousser à l’imagination.

Côté barcelonais, pas beaucoup d’hésitation non plus quant au onze qui a débuté sur la pelouse du Parc des Princes. La seule concernait le nom du remplaçant de Daniel Alves sur le flanc droit. Si la presse espagnole préférait Adriano, c’est bien Montoya qui a commencé la rencontre en soutien de Rakitic et Messi.

Le plan de jeu parisien : 

Malgré les (nombreuses) absences, Laurent Blanc a utilisé pour ce match le plan déjà vu lors de la première confrontation de la saison entre les deux équipes. Ce jour-là (victoire 3-2 du Paris Saint-Germain, alors auteur de sa première grosse performance en 2014-15), il avait présenté une formation asymétrique sur le plan défensif, bloquant le couloir gauche du Barça en opposant Lucas Moura à Jordi Alba mais laissant plus de liberté à Daniel Alves à l’opposée (lire : PSG 3-2 Barcelone, l’analyse tactique).

Mercredi soir, Lavezzi s’est retrouvé dans le rôle de Lucas côté droit, face à Jordi Alba. Dans l’axe, Cavani et Pastore se sont partagés la tâche de couper la relation entre Piqué-Mascherano et Busquets. A droite, Montoya était libre de recevoir le ballon mais les solutions s’offrant à lui étaient suivies de près : Maxwell sortait sur les décrochages de Messi tandis que Matuidi ne lâchait pas Rakitic. Evidemment, si le jeu restait à droite, les attaquants parisiens coulissaient et participaient ensuite au travail défensif, notamment afin d’empêcher les démarrages de Messi vers le coeur du jeu.

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Le piège tendu par les Parisiens : alors que Cavani coupe la relation entre les défenseurs centraux et Busquets, Pastore laisse de l’espace à Montoya côté droit. L’objectif est d’encourager le latéral à aller de l’avant vers Messi ou Rakitic. Matuidi et Maxwell sont très proches de leurs adversaires et ont pour objectif de récupérer le ballon afin de procéder en contre en passant par Pastore.

Problème pour les hommes de Laurent Blanc, les Barcelonais ont vite trouvé les solutions pour s’accommoder de cette organisation et réduire les possibilités de contres adversesLe PSG se montrant plus pressant à droite (côté fort Matuidi-Maxwell + présence de Pastore ou Cavani en relais immédiat), les Catalans ont insisté côté gauche pendant la majeure partie de la première mi-temps. Le but de Neymar (18e) et l’évolution de la partie ont ensuite forcé les Parisiens à jouer plus haut et à se montrer plus ambitieux qu’initialement.

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Côté gauche, la présence d’Iniesta – et sa capacité à faire la différence en un-contre-un – obligeait Lavezzi d’évoluer plus bas que les autres attaquants afin de soutenir Rabiot. Résultat, une transition plus compliquée, le premier relais vers l’avant se trouvant dans la zone de Busquets (alors qu’il est libre sur la capture précédente).

L’absence de Marco Verratti a aussi beaucoup pesé dans cette partie du terrain où Paris devait jouer bas. Sa capacité à résister au pressing adverse et la qualité de ses passes avaient permis au PSG de sortir de l’emprise barcelonaise en septembre dernier dans des conditions pourtant similaires. Remplaçant de l’Italien, Rabiot n’a pas démérité mais n’avait tout simplement pas le niveau pour atteindre le même rendement.

Barcelone insisté côté gauche…

Sans surprise au vu de l’approche parisienne, le Barça a rapidement pris les choses en main dans l’entrejeu. Busquets isolé par l’organisation adverse, ce sont Piqué et Mascherano qui se sont chargés de remonter les ballons. Les deux défenseurs centraux ont notamment pu profiter des déplacements de Messi. L’Argentin est souvent revenu dans l’axe et attirant l’attention des Parisiens, pour créer des espaces dans lesquels s’engouffraient les défenseurs.

Même s’il y est revenu de temps en temps, Messi a d’ailleurs très vite délaissé son côté droit pour offrir des solutions supplémentaires à ses partenaires chargés de construire par la gauche. Positionné dans les intervalles du 4-4-2 parisien, lui et Iniesta étaient à la création, recherchant ensuite les combinaisons avec Neymar, Suarez ou Jordi Alba (le côté droit avec Rakitic et Montoya ne servant qu’à ressortir le ballon pour mieux repartir de derrière ensuite).

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Tout au long de la partie, Messi est revenu toucher le ballon dans l’axe pour mettre le jeu du Barça dans le bon sens (fixant un adversaire pour permettre notamment les montées des défenseurs).

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En première mi-temps, le Barça a penché côté gauche. Pour ce faire, il a multiplié les solutions dans les intervalles et autour du milieu parisien. La présence systématique d’un joueur non-attaqué en soutien permettait aussi les renversements vers Montoya.

… et étouffe le milieu parisien :

Il s’agit de la suite logique de la domination territoriale : à partir du moment où les Blaugranas avaient la solution pour faire reculer le bloc parisien, leur pressing pouvait se mettre en place beaucoup plus facilement dans la moitié de terrain adverse. Si le PSG a sorti quelques ballons intéressants en début de match, il était vite forcé d’allonger sous la pression des Catalans.

Avec Busquets pour accompagner les mouvements de Cavani ou Pastore depuis l’axe, et un équilibre assuré de chaque côté du terrain, par Montoya (ou Rakitic) et Iniesta (ou Alba), les Barcelonais ont su asphyxier la transition parisienne, qui était pourtant capitale au vu du projet initial. Les rares fois où le PSG s’est montré dangereux, c’est lorsque l’équipe a pu se défaire de cette emprise pour renverser le jeu (de la droite vers la gauche). Dans l’autre sens, c’est aussi un ballon gagné rapidement qui a permis l’ouverture du score des Catalans.

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Suite à un deuxième ballon disputé dans l’entrejeu, Marquinhos prend le dessus et récupère la balle. Déjà dans le sens du jeu, il est toutefois mis immédiatement sous pression par Rakitic qui vient dans sa direction.

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Le Croate ne laisse pas le temps à Marquinhos de jouer vers l’avant pour servir Matuidi ou Pastore dans l’espace. Obligé de s’orienter côté, le Brésilien va rechercher Rabiot le long de la ligne de touche. Mais Busquets veille et va récupérer le ballon (18e).

Sur les phases de jeu placées des hommes de la capitale, repartant de Sirigu ou des défenseurs centraux, les Catalans se sont aussi montrés efficaces pour empêcher la possession parisienne. Positionné en première ligne, entre Cabaye et les défenseurs parisiens, Suarez était l’élément déclencheur, accompagné ensuite par Iniesta, Rakitic ou Messi. Comme d’habitude, l’ensemble du bloc remontait avec eux, poussant la plupart du temps le gardien parisien à allonger… A la retombée, Paris souffrait aussi de l’absence d’Ibrahimovic, normalement capable d’être précieux sur ces phases de jeu.

L’avancée parisienne :  

Menés au score, les Parisiens n’ont eu d’autre choix que de revoir leur plan initial. Jusqu’à la pause, ils ont petit à petit remonté leur bloc afin de permettre à Pastore ou Cavani de sortir sur les passes en retrait à destination de Piqué ou Mascherano. Dans le même élan, l’un des milieux sortait afin de la deuxième ligne afin de récupérer le marquage de Busquets.

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Auteur d’une prise à deux sur Messi avec Maxwell au départ de l’action, Pastore ressort sur la passe en retrait de l’Argentin vers Montoya. Cavani le relaye entre Piqué et Mascherano, laissant Cabaye s’occuper de Busquets.

Au retour des vestiaires, les Parisiens sont encore montés d’un cran en positionnant leur bloc beaucoup plus haut sur le terrain. Sur les phases de relance catalanes, Cavani s’est retrouvé entre Piqué et Mascherano, Pastore bloquant désormais la passe vers Montoya côté droit. Pour s’occuper de Busquets, le PSG comptait sur les sorties de Matuidi et Rabiot au pressing.

Défensivement aussi, les Parisiens ont rééquilibré leur système de jeu en occupant mieux la largeur du terrain afin d’avoir toujours un joueur capable de sortir rapidement sur le porteur (ce qui n’était notamment pas le cas lorsque le Barça envoyait le jeu vers Montoya après avoir construit côté gauche). Les Barcelonais ont ainsi parfois été forcés de jouer long vers Suarez pour franchir la ligne médiane.

Toujours dans leur camp en phase défensive en première mi-temps, Cabaye, Rabiot et Matuidi

Toujours dans leur camp en phase défensive en première mi-temps, Cabaye, Rabiot et Matuidi ont essayé d’accompagner leurs attaquants dans le camp adverse afin de gêner la relance du Barça. Sans grande réussite toutefois.

Le Luisito show 

En faisant monter son bloc, le PSG s’est logiquement retrouvé sous la menace des talents de l’attaque barcelonaise. Avec des lignes forcément plus étirées, le risque de voir Suarez, Messi ou Neymar faire la différence était évidemment plus grand. Il a tout de même fallu attendre la 69e minute et le changement offensif opéré par Laurent Blanc pour que l’Uruguayen ait l’occasion de prendre à défaut la défense parisienne… sur le premier tir du Barça dans le jeu de la mi-temps.

L’entrée de Lucas Moura à la place de Rabiot a en effet modifié le rôle de Blaise Matuidi au sein du milieu parisien. Jusque-là, il était chargé de suivre Rakitic à la trace, secondé dans cette tâche par Cabaye lorsqu’il devait fermer le couloir. Après la sortie de Rabiot, l’international français s’est retrouvé au sein d’un milieu à deux qui l’a parfois obligé à abandonner celui qui était jusqu’ici son adversaire attitré (notamment pour surveiller les décrochages de Messi). Désormais disponible dans l’entrejeu pour les passes de ses défenseurs, Rakitic s’est fait un plaisir de créer le décalage en lançant Montoya côté droit (69e).

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A l’origine du second but, une passe vers l’avant de Piqué pour Rakitic, bien placé entre Lavezzi et Matuidi. Alors que le Français est dans l’axe afin de bloquer la passe vers le coeur du jeu (et Messi), Montoya démarre dans son couloir pour offrir une solution à son milieu de terrain. Il arrive lancé face à Maxwell et décale Suarez sur l’aile.

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David Luiz éliminé, les milieux parisiens sont trop loin de l’action pour revenir protéger l’axe. Marquinhos se retrouve seul et ne peut rien face à la puissance de l’attaquant uruguayen qui va jusqu’au bout de l’action en solitaire.

Le 3e but est aussi venu d'un problème dans l'entrejeu parisien qui a complètement oublié

Le 3e but est aussi venu d’un problème dans l’entrejeu parisien (Pastore) qui a complètement oublié Mascherano positionné juste derrière lui. En une passe vers Suarez, Jordi Alba a éliminé les milieux parisiens. Le une-deux entre l’attaquant et Mascherano a ensuite permis à l’Uruguayen de filer au duel avec David Luiz.

Barcelone en contrôle :

Offert par Jérémy Mathieu, le but parisien apparait presque comme anecdotique tant les Barcelonais ont semblé au-dessus en terme de maîtrise de la rencontre. L’entrée en jeu de Xavi (52e) a même accentué l’écart entre les deux équipes, sécurisant encore un peu plus la possession de balle dans l’entrejeu. Une fois le pressing parisien franchi, les Catalans ont affiché beaucoup de sérénité pour tenir le ballon dans le camp adverse, redoublant les passes grâce aux décrochages de Messi et étirant le bloc parisien en jouant vers les latéraux si nécessaire.

Un contrôle qu’ils risquent de tenter de reproduire la semaine prochaine afin de laisser s’écouler le chrono face à des Parisiens qui devront aller les chercher pour inscrire au moins trois buts. Le scénario est plus qu’idéal pour un Barça, armé comme il ne l’a peut-être jamais été pour faire mal en contre-attaque. Attention toutefois à rester rigoureux défensivement : les Parisiens se sont crées des situations intéressantes près des buts de Ter Stegen hier soir, notamment grâce à la verticalité apportée par Matuidi sur l’aile gauche… mais le manque de justesse technique dans les enchaînements a eu raison de la plupart d’entre elles.

Avec les retours prévus d’Ibrahimovic et Verratti (et peut-être de Thiago Motta, Thiago Silva ou David Luiz), Paris aura forcément plus d’arguments pour répondre à la force de frappe catalane. Mais difficile d’imaginer un scénario dans lequel ces retours seraient suffisants pour renverser un quart de finale désormais bien engagé pour les hommes de Luis Enrique.

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