Monaco 0-2 Juventus : l’analyse tactique

La marche était trop haute. Face à la meilleure défense d’Europe, l’attaque de l’AS Monaco est restée muette pour la première fois de la saison en Ligue des Champions. A 0-0, le match aurait pourtant pu prendre une autre tournure si Mbappé n’avait pas buté à deux reprises sur Buffon (12e, 16e).

C’est lorsque le score a basculé en faveur des visiteurs (29e) que la rencontre s’est considérablement compliquée pour les Monégasques. Avec l’avantage au tableau d’affichage, la Juve a laissé l’initiative du jeu à l’ASM qui n’a pas trouvé la faille (comme Porto et le Barça). Inscrit sur un contre, le second but (59e) a mis fin au suspense de ce match aller, mais peut-être aussi de la double confrontation. Analyse.

Les compos : 

La soirée avait en plus mal débuté pour l’AS Monaco, privé à la dernière minute de Benjamin Mendy. Blessé (?), l’ancien Marseillais est supplée par Djibril Sidibé, qui laisse le couloir droit libre pour Nabil Dirar. A part ça, pas de surprise pour l’ASM : le technicien portugais peut compter sur ses 10 autres titulaires.

En face, la Juve devait composer sans Sami Khedira au milieu. Pour pallier à cette absence, Allegri fait le choix d’aligner Marchisio aux côtés de Pjanic. Le coach italien ne s’arrête pas là puisqu’il ajoute une surprise à sa composition : la titularisation de Barzagli en défense, aux dépens de Cuadrado. La Juve débute donc à Louis-II avec trois centraux de formation, ce qui laisse l’animation des couloirs à Alex Sandro et Daniel Alves.

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Juve : le jeu direct pour éviter la pression 

 

Ce changement de système permet à la Juve d’avoir un surnombre face aux deux attaquants de pointe monégasques. Une situation forcément utile en défense, mais aussi et surtout en attaque. En début de partie, c’est en effet la qualité du jeu long des défenseurs italiens qui met Monaco sur le reculoir.

Le calcul est simple : Barzagli, Bonucci et Chiellini ont l’avantage du nombre sur Mbappé et Falcao. Cela signifie qu’il y a toujours que l’un d’entre eux est toujours libre si le ballon circule entre eux… sauf si l’un des excentrés de l’ASM (Lemar ou Bernardo) sort une ligne plus haut. Mais si ce dernier sort, il laisse aussi un adversaire dans son dos, en l’occurrence Daniel Alves ou Alex Sandro qui se positionnent très haut sur le terrain.

Barzagli, Bonucci et Chiellini profitent de l’espace qui leur est accordé par les Monégasques pour ajuster de longues ouvertures qui visent directement les attaquants, et en particulier Mandzukic. Aux prises avec Dirar, le Croate prend vite le dessus dans les duels aériens et devient un point d’appui très important pour mettre le ballon au sol au milieu de terrain.

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Autour de lui, le soutien ne manque pas. Il y a évidemment Alex Sandro dans le couloir, mais aussi beaucoup de présence dans l’axe. Higuain pèse sur la défense centrale tandis que Dybala pose des problèmes à Fabinho et Bakayoko. Ce sont du coup Pjanic et Marchisio qui se retrouvent souvent libres dans le coeur du jeu, entre des attaquants sortis au pressing et des milieux qui sont forcés de protéger leur défense.

La position très avancée des latéraux turinois prend alors toute son importance pour exploiter la largeur face à un 4-4-2 monégasque qui évolue – comme d’habitude – de manière très compacte dans l’axe. La Juve offre de bonnes positions à Alex Sandro et Daniel Alves. Le premier se heurte à un excellent Nabil Dirar, présent dans les duels et qui bloque la plupart de ses tentatives (5 centres bloqués en 24 minutes de jeu). A l’opposée en revanche, Alves se régale et est à l’origine de 3 situations, non-conclues par des tirs (2e, 9e, 10e).

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Mandzukic pour le jeu long, Dybala pour le jeu court 

Le fait que la Juve ne sanctionne pas immédiatement permet à Monaco de rentrer petit à petit dans le match. L’équipe de Jardim essaie de jouer plus haut, notamment afin de priver Buffon de ses solutions courtes habituelles (Bonucci, Chiellini, Barzagli). Le problème, c’est que le portier italien a toujours la possibilité de jouer long, directement dans la zone de Mandzukic ; il est d’ailleurs celui qui a donné le plus de ballons à l’attaquant croate (9).

Par ailleurs, lorsque Fabinho et Bakayoko ont enfin l’occasion de défendre en avançant afin de bloquer Pjanic ou Marchisio, c’est Dybala qui surgit très souvent en tant que 3ème homme au milieu de terrain afin de créer le surnombre. La Joya débloque plusieurs situations de cette manière, offrant de nouveau des espaces à ses milieux qui en profitent ensuite pour réouvrir le jeu vers Alex Sandro ou Daniel Alves sur les côtés.

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C’est d’ailleurs l’un de ses déplacements qui débloque l’action s’achevant sur le but de Higuain (29e). Alors que Monaco est en train de mettre la pression dans le camp turinois (Fabinho et Bakayoko très haut), il devance Jemerson et lance Daniel Alves, futur passeur décisif après un long une-deux pour Higuain. Récompense de cette première demi-heure de la Juve, ce but met fin à une première période dans le match : celle d’une possession largement turinoise (69%/31%).

Monaco a loupé le coche : 

Les Monégasques ne le savent pas encore, mais ils ont en vérité laissé passer leur chance durant cette demi-heure. Privés du ballon, les joueurs de Jardim ont malgré tout réussi à créer le danger en se contentant de très peu.

Offensivement, l’objectif de l’ASM était d’éviter d’affronter une Juve regroupée dans sa moitié de terrain. Lui laisser volontairement le ballon faisait sens pour la prendre à défaut en attaquant très rapidement à la récupération. Le problème, c’est qu’il y a eu très peu de récupérations dans ce début de match (11 en 30 minutes). La seule opportunité en transition est venue d’un ballon gagné et porté par Dirar jusqu’à ce qu’il puisse centrer pour Mbappé (16e).

C’est le premier centre d’une longue série pour le Marocain qui va être le plus gros danger pour la défense turinoise durant tout le match (3 passes-clés, 10 centres). On retrouve le Marocain quelques minutes plus tard, déposant un nouveau centre sur la tête de Falcao (19e). Les corners et leurs suites sont aussi l’occasion d’être dangereux (12e, 20e) mais à chaque fois, la reprise finit hors-cadre ou trouve Buffon sur sa route…

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L’évolution des Expected Goals ci-dessus le montre en partie. La rencontre change de physionomie après les deux occasions de Mbappé au quart d’heure de jeu (12e, 16e). L’ASM a ensuite beaucoup de mal à créer le danger, la faute à une Juve qui décide de fermer sa moitié de terrain après avoir ouvert le score.

Les deux autres grosses occasions de Monaco (46e, 89e) ne viennent d’ailleurs pas d’actions construites, qui auraient vu l’équipe de Jardim prendre le dessus sur le défense turinoise. La première a pour origine une grosse erreur de relance de Marchisio, qui permet à Bernardo de servir Falcao dans la surface (46e). La seconde vient elle sur coup de pied arrêté (Germain, 89e).

 

Le ballet défensif turinois :

Sitôt leur compteur débloqué, les Turinois n’ont plus les mêmes ambitions. La possession bascule en faveur de Monaco de manière assez spectaculaire : l’équipe de Jardim passe en quelques minutes de 31% (jusqu’au but de Higuain) à 63% (jusqu’au 2ème but turinois). Finies les transitions, Monaco se retrouve dans l’obligation de créer du jeu face à une défense qui fait le choix d’attendre… et le fait très bien.

Le 3-5-2 attendu est en vérité un système qui peut changer de forme au gré des déplacements des adversaires. Le repli de Mandzukic à gauche et la position de Daniel Alves à droite empêchent l’ASM de mettre de la vitesse dans les couloirs. Le fait d’avoir Barzagli, Chiellini et Bonucci derrière permet en plus aux Bianconeri de serrer au maximum le marquage sur Mbappé ou Falcao, qui sont très difficiles à trouver.

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En vérité, Monaco n’a pas assez de solutions : les défenseurs ne participent pas au jeu et les milieux n’apportent pas assez avec le ballon. Cela force Lemar et Bernardo Silva à jouer très bas au lieu de se positionner entre les lignes. Face à eux, ils se retrouve avec plusieurs adversaires pour espérer trouver leurs attaquants. C’est beaucoup trop. A eux deux, ils ne vont d’ailleurs réussir que 6 passes à destination de leurs deux attaquants (4 pour Lemar, 2 pour Bernardo Silva).

En difficulté pour pénétrer le bloc turinois, sauf sur une belle action de Bakayoko qui trouve Lemar entre les milieux (50e), il n’est pas surprenant que les meilleures chances de l’ASM viennent des débordements de Dirar sur l’aile droite. A défaut de pouvoir fixer dans l’axe, il offre une solution de qualité pour contourner la défense adverse.

Sans idée pour progresser, Monaco finit par le payer à l’heure de jeu, lorsque Bakayoko est pris par le pressing de Dybala et Daniel Alves (59e). Déjà sortis à deux reprises sur des attaques rapides en ce début de deuxième mi-temps (50e, 53e), les Bianconeri ne laissent pas passer cette troisième opportunité : Higuain double la mise et assomme le leader du championnat de France.

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L’entrée en jeu de Moutinho (66e) va apporter un peu plus de créativité à l’entrejeu monégasque, mais il est déjà trop tard. La possession se rééquilibre dans les dernières minutes avec une Juve qui contrôle d’un côté et une équipe de Monaco qui tente mais n’y arrive pas de l’autre.

Conclusion : 

Sauf miracle dans l’une ou l’autre des demi-finales, la finale de la Ligue des Champions opposera le Real Madrid à la Juventus. Comme l’Atletico, l’AS Monaco va devoir réussir quelque chose que l’on n’a pas vu depuis plus d’un an et demi : battre les Bianconeri dans leur Juventus Stadium, qui plus est par plus de 2 buts d’écart.

Certes, les Expected Goals montrent que les Turinois ont sans doute eu un peu de réussite (et surtout un Buffon impérial dans ses buts). Mais c’était déjà le cas lors de leur quart de finale face au FC Barcelone. Une fois de plus, ils ont réussi à rendre quasiment inoffensifs les principaux atouts de l’adversaire. Auteur d’une excellente demi-heure, Mbappé s’est par exemple éteint dès lors que les espaces se sont réduits, malgré un éclair en début de deuxième mi-temps sur l’aile gauche.

Avec le ballon, les Turinois ont affiché une sérénité qui pouvait rappeler par moments celle du Real Madrid face à l’Atletico. La largeur du terrain a été très bien utilisée grâce aux montées des latéraux, la qualité de passes des défenseurs et des milieux permettant de sauter des relais et de jouer long afin de quitter et éviter les zones de pression adverses.


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6 réponses

  1. Swagner dit :

    Bravo et merci pour ces analyses de qualité, ça change de ce qu’on trouve généralement!

  2. Masto dit :

    Merci pour l’ensemble de ces analyses. Merci pour le temps que tu consacres. C’est toujours une lecture intéressante.

  3. cesar dit :

    Gracias por ampliar mis conocimientos , estupendo análisis muy didáctico

  4. Nico dit :

    Tu es le meilleur tes analyses sont juste parfaite et tellement juste .
    C’est un plaisir de lire et comprendre du foot tactique et pas ce ramassi de conneries de grosse presse sportive
    Bravo a toi bonne continuation

  5. Luigi dit :

    Merci, de toutes les analyses que j’ai lues, la seule qui m’a fait entendre plus de football..
    Salutations de l’Allemagne.

  1. 10 mai 2017

    […] quand même) passait par la création d’une situation imprévue par Allegri et ses hommes. On l’avait étudié à l’aller : le 4-4-2 classique des Monégasques avait été désamorcé sans trop de difficulté par les […]

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