Juventus 2-1 Monaco : l’analyse tactique

Pas de miracle dans cette première demie de Ligue des Champions. La Juventus a validé sans trembler son ticket pour la finale du 3 juin prochain en battant l’AS Monaco une deuxième fois en l’espace d’une semaine.

Leonardo Jardim a tenté le tout pour le tout en opposant à Max Allegri un système à trois défenseurs auquel l’Italien ne s’attendait certainement pas. Un coup de poker qui a permis à Monaco de très bien rentrer dans le match et d’y croire pendant quelques minutes… Une vingtaine environ, le temps nécessaire à la Juve pour s’ajuster et prendre définitivement le large dans cette double confrontation.

Les compos : 

Côté Juve, on ne change pas une équipe qui gagne 2-0 à l’extérieur. Au coup d’envoi, Allegri a tout de même voulu renforcer le onze victorieux à Monaco en y réincorporant Khedira. Pas de chance, l’Allemand est sorti sur blessure au bout de 10 minutes. Au final donc, avec l’entrée de Marchisio, c’est une Juve identique à celle de l’aller qui a fait face à l’ASM pendant 80 minutes.

En face, Jardim avait donc choisi de débuter en changeant de système et en laissant Fabinho et Lemar sur le banc. Raggi a intégré le onze afin de renforcer la défense grâce à un 3ème central aux côtés de Glik et Jemerson. Au milieu, Mendy et Sidibé occupaient les couloirs alors que Bakayoko opérait en sentinelle derrière Moutinho et Bernardo Silva. Devant en revanche, rien ne bougeait (Falcao-Mbappé).

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L’effet de surprise : 

Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de Leonardo Jardim ? Après la rencontre, plusieurs consultants ont questionné ce choix surprenant du coach portugais de revoir toute sa copie pour ce match retour. C’est vrai ça, le 4-4-2 monégasque était venu facilement à bout de Nancy ce week-end (3-0). Lemar et Fabinho étaient sur la pelouse en plus… alors pourquoi changer ?

Sans doute parce que Jardim a estimé que la seule chance pour son équipe de faire l’exploit (remonter 2 buts à la Juve dans son stade quand même) passait par la création d’une situation imprévue par Allegri et ses hommes. On l’avait étudié à l’aller : le 4-4-2 classique des Monégasques avait été désamorcé sans trop de difficulté par les Turinois, malgré quelques occasions de 1-0 pour Mbappé.

Evidemment, il ne s’agissait pas de changer pour changer. Le 3-4-3 sorti de la tête du Portugais a répondu sur le papier – et sur la pelouse durant le premier quart de la partie – à plusieurs problèmes qui se posaient à l’ASM il y a une semaine.

Un système pour mieux presser : 

Prenons d’abord le plus évident : le pressing sur la relance turinoise. A l’aller, les attaquants monégasques (Falcao-Mbappé) étaient en infériorité numérique face à la relance à 3 de la Juve. Pour pouvoir contrôler Bonucci, Chiellini ET Barzagli, il fallait qu’un milieu sorte au pressing (Lemar ou Bernardo), ce qui laissait beaucoup trop de liberté aux latéraux qui se positionnaient haut (Daniel Alves et Alex Sandro).

Le 3-4-3 a réglé ce problème en plaçant Bernardo Silva un cran plus haut afin d’accompagner ses attaquants… et en mettant Mendy et Sidibé dans les zones de Daniel Alves et Alex Sandro. L’intégration de Raggi a aussi permis de répondre à la présence de Mandzukic sur le flanc gauche de l’attaque turinoise. L’Italien était là pour disputer tous les ballons au Croate qui, bien qu’il ait encore dominé (10 duels aériens remportés), a été un peu plus bousculé.

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De nouveaux circuits offensifs : 

Autre réponse offerte par le nouveau système, la présence de Bernardo Silva en n°10. Le Portugais se retrouvait naturellement placé dans le dos des milieux turinois sur les phases de bataille au milieu de terrain ou de repli défensif. Résultat, il devenait un relais très intéressant à trouver dès la récupération afin de mener les contres-attaques. Il a d’ailleurs eu une belle situation à exploiter (21e) mais a manqué de justesse dans sa passe vers Sidibé qui arrivait lancé.

Le 3-4-3 a aussi permis à Jardim de mieux construire. La défense à 3 lui offrait à son tour l’avantage du nombre face à Higuain et Dybala. Jemerson a eu plusieurs fois l’occasion de porter le jeu dans le camp adverse sur son côté gauche. La position avancée de Mendy faisait en plus reculer Daniel Alves, lui ouvrant encore plus d’espaces pour aller fixer les milieux adverses.

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Auteur d’une entrée intéressante à l’aller, Moutinho a lui pris la direction des opérations lorsque l’ASM devait construire dans la moitié de terrain turinoise. Cherchant les relais de Falcao ou Bernardo Silva entre les lignes, le Portugais a bien plus apporté par la passe que ne l’avaient fait Fabinho ou Bakayoko à l’aller. Résultat, les offensifs monégasques ont plus joué entre les lignes alors qu’ils étaient souvent contraints de redescendre très bas pour animer le jeu à Louis-II.

Plusieurs fois, on a ainsi vu l’ASM progresser lentement mais sûrement sur le flanc gauche afin d’y attirer le bloc turinois avant de brusquement renverser à l’opposée pour Benjamin Mendy. L’ancien Marseillais profitait ensuite de l’espace qui lui était accordé pour centrer (8 centres en 55 minutes). Certains ont été très dangereux et Chiellini a sauvé son équipe une poignée de fois en devançant Falcao dans la surface (17e, 18e, 42e).

Ce plan, l’AS Monaco l’a déroulé durant une vingtaine de minutes. Pendant cette période, les Turinois n’ont pas affiché leur maîtrise habituelle, pris par l’agressivité de la défense monégasque. En chiffres : les joueurs de Jardim ont réalisé 15 de leurs 18 actions défensives de ce début de match au milieu de terrain ou plus haut. Bilan, un seul tir pour la Juve et plusieurs situations chaudes dans la surface de Buffon.

La Juve s’adapte et résout les problèmes : 

« Action-réaction. » Jardim a tiré le premier, Allegri a donc répondu. On l’a dit un peu plus haut, il a fallu une vingtaine de minutes à la Juve pour s’adapter, mais elle l’a très bien fait.

Il y a d’abord eu les ajustements défensifs. Alors qu’ils laissaient venir Jemerson en début de partie, les attaquants turinois (Higuain-Dybala) ont fait plus d’efforts pour empêcher ou stopper la progression balle au pied du Brésilien et ainsi protéger leurs milieux. Sur les phases de pressing haut, ils étaient même rejoints par Mandzukic, ce qui permettait à l’équipe d’opposer 3 joueurs aux 3 solutions courtes de Subasic.

Au fil de la première mi-temps, c’est même tout le bloc turinois qui a essayé de se tenir plus haut, notamment sur le flanc droit avec Daniel Alves. Collé à Barzagli en début de match, le Brésilien est monté d’un cran, laissant son partenaire au duel avec Mbappé pour aller presser Mendy. La Juve a ainsi pu alterner entre un système à 3, à 4 ou 5 défenseurs selon la hauteur de son bloc.

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Lorsque Alves sortait au pressing, Mbappé devenait une menace. Avec sa pointe de vitesse, il avait tout pour faire mal à Barzagli en cas de ballon bien donné en profondeur. Mais pour cela, il fallait que l’ASM parvienne à ajuster la bonne passe dans cette zone. Or si la Juve (avec Alves et les autres) parvenait à bien presser, ces ouvertures n’arrivaient jamais. Il n’y en a d’ailleurs pas eu en première mi-temps.

Offensivement, le retour de la Juve est ensuite passé par la mise à mal du pressing monégasque. Petit à petit, les Turinois ont pris l’ascendant dans certains duels, notamment aux avants-postes (Mandzukic, Higuain). A partir de ces points d’appui, la Juve allait ensuite très vite de l’avant. Les milieux n’ont pas hésité à se projeter dès qu’ils en avaient l’occasion. Objectif : prendre de vitesse leurs adversaires directs et créer le surnombre face à la défense.

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Autre élément important, les appels en profondeur des attaquants. Très agressifs, Glik, Jemerson et Raggi ont beaucoup défendu en avançant… et ils ont eu plus de soucis au moment de gérer les mouvements dans leur dos. A tour de rôle, Dybala, Higuain et Mandzukic s’y sont essayés. Schéma classique, l’un des trois faisait sortir un adversaire en décrochant alors qu’un autre prenait la profondeur.

Tous ces ajustements ont permis à la Juve d’inverser le cours de la rencontre entre les 22e et 33e minutes. Au total, 6 tirs en faveur des Bianconeri, tous dans la surface de réparation, deux arrêts pour Subasic et un sauvetage de Raggi devant Pjanic (27e). Lorsque l’équipe d’Allegri a été récompensée de ses efforts (1-0, Mandzukic, 33e), il était difficile d’y voir autre chose que de la logique. Le but d’Alves quelques minutes plus tard a parachevé ce deuxième quart-temps de très grande qualité des Turinois (2-0, 44e).

Conclusion : 

Avec 4 buts d’avance à la pause, la rencontre était évidemment pliée et la deuxième mi-temps assez anecdotique. Les Turinois se sont contentés de contrôler leur avantage alors que Jardim jetait ses dernières forces dans la bataille en faisant entrer Fabinho pour repasser en 4-4-2 (55e) puis Lemar (69e). Seul petit éclair pour l’ASM, le but de Mbappé (68e) a mis fin à la série de 600 minutes d’invincibilité de Buffon en Ligue des Champions.

Au final, aucun regret à avoir dans cette compétition pour les Monégasques : ils sont tout simplement tombés contre plus forts qu’eux. Beaucoup d’équipes auraient pu être très perturbées par les changements de Jardim. Pour la Juve, le flottement n’a duré qu’une vingtaine de minutes, sans coûter grand chose à l’équipe. Une nouvelle preuve de l’expérience et de la capacité des Turinois à s’adapter à n’importe quelle situation.

Un point commun qu’ils partagent notamment avec le Real Madrid version Zidane… Reste à savoir si c’est bien ce dernier qu’il retrouvera en finale le 3 juin prochain. Si oui, il n’y aura qu’une seule question à poser avant le match : qui s’adaptera à qui ?


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