Bayern Munich 4-2 (a.p.) Juventus : l’analyse tactique

Le match aller avait été l’un des plus beaux de la saison, le match retour a fait de cette double confrontation entre la Juventus et le Bayern Munich l’une des plus belles de l’histoire. Richesse tactique, qualités individuelles, émotions… tous les ingrédients qui font un grand match étaient au rendez-vous. Retour en détails sur une partie qui a mis la barre très haut en terme de spectacle pour cette édition 2015-16 de Ligue des Champions.

Plus de détails : Juventus 2-2 Bayern Munich, l’analyse tactique

Les compos :

Par rapport au match aller, les deux équipes ont pourtant perdu des joueurs. Le Bayern doit faire sans Arjen Robben, de nouveau blessé. La Juve a elle perdu plusieurs éléments : en plus de Chiellini déjà absent à Turin, ce sont Dybala et Marchisio qui sont contraints de déclarer forfait.

juve-bayern-compo

A 0-0 : la Juve entreprenante 

Avec le score du match aller, la Juventus ne peut pas attendre son moment face à un Bayern largement capable de gérer en conservant le ballon. Elle débute donc la rencontre en allant mettre la pression sur les Bavarois dans leur moitié de terrain.

Cela commence par du jeu long à destination de Paul Pogba. Axial gauche sur le papier, le Français occupe une position très avancée sur le terrain. Il se retrouve souvent sur la même ligne que Morata et pèse de tout son poids dans la zone de Kimmich. Sollicité dans les airs par les relances de Buffon et de ses défenseurs, il est aussi chargé de presser le jeune défenseur allemand lorsque celui-ci doit relancer.

A ses côtés, Morata bloque Xabi Alonso et sort sur Benatia lorsque ce dernier est sollicité pour relancer. Quand l’Espagnol va au pressing, il est couvert par Khedira, qui récupère le marquage de la plaque tournante du Bayern.

juve1

Morata sort sur Benatia et le force à jouer sur Alaba.

juve2

Cuadrado est présent face à l’Autrichien et le force à jouer en retrait alors qu’il n’a pas de solution.

juve3

Quand Neuer reprend le ballon, la Juve a bloqué toutes les solutions courtes : Pogba-Kimmich ; Morata-Benatia ; Khedira-Xabi Alonso.

Côté droit, Cuadrado maintient la pression lorsque le ballon va sur Alaba (voir ci-dessus). Idem à gauche avec un Alex Sandro chargé de couvrir les sorties de Pogba (entre Lahm et Kimmich). En couverture, Hernanes coulisse avec le bloc et se retrouve dans les zones de Vidal ou Müller selon le côté choisi par le Bayern. S’il est en retard, il est supplée par ses défenseurs. On voit ainsi Bonucci sortir très haut pour empêcher Vidal de se retourner.

pressjuve1

Le but de la Juve était d’orienter la relance du Bayern vers le côté gauche (Benatia).

pressjuve2

Lorsque les milieux étaient en retard pour coulisser (ici Khedira par rapport à Vidal), les défenseurs (Bonucci) sortaient afin de maintenir la pression haute dans le camp bavarois.

Ce pressing de la Juve met le Bayern en difficulté durant ces premières minutes. Les Bavarois se créent tout de même une énorme opportunité sur le seul ballon qu’ils parviennent à remonter jusque dans les 30 derniers mètres italiens. Après une accélération en solitaire, Douglas Costa met Vidal en position de marquer dans la surface turinoise mais le Chilien ne peut conclure en raison d’un contrôle manqué (2e).

Quelques minutes plus tard, sur un nouveau long ballon envoyé dans le camp du Bayern, la Juve déclenche l’action menant à l’ouverture du score. Khedira lance Lichtsteiner ; en couverture, Alaba et Neuer ne s’entendent pas et permettent à Pogba de marquer dans le but vide (6e). La Juve valide son début de match et est virtuellement qualifiée.

0-1 : une Juve à deux visages 

Le match entre alors dans une deuxième phase. La Juve maintient la pression sur le Bayern dans son propre camp dès qu’elle en a la possibilité, et toujours avec les mêmes ressorts : Pogba et Morata sont ciblés dans les airs pour remettre le jeu dans le camp bavarois et le pressing force le Bayern à passer par Benatia pour sortir de son camp.

Ce travail de la Juve dans la moitié de terrain adverse lui offre de nouvelles positions de tir, à chaque fois par l’intermédiaire de Morata (14e, 23e : but refusé pour un hors-jeu limite).

benatia

Dans la moitié de terrain adverse, la Juve s’organise son pressing afin de forcer le Bayern à passer par Benatia pour ressortir.

Dans son camp, la formation de Massimiliano Allegri se retrouve ensuite en 5-4-1 face à l’organisation offensive habituelle du Bayern. En pointe, Morata assure une présence dans la zone de Xabi Alonso et se positionne ainsi sur la ligne de passes entre les deux « intérieurs » du Bayern (Lahm et Vidal).

Présents au sein de la ligne de quatre, Pogba et Cuadrado s’opposent sur le papier à ces derniers mais ont aussi pour mission d’empêcher les dépassements de fonction des défenseurs centraux. C’est surtout le cas pour Pogba face à Kimmich, Benatia ne s’insérant quasiment jamais dans la moitié de terrain adverse.

Sur les côtés, Lichtsteiner et Alex Sandro profitent de leur défense renforcée par un troisième central (Evra, Barzagli, Bonucci) pour marquer de très près Ribéry et Douglas Costa. Cela permet de bloquer ces derniers lorsqu’ils sont servis par des transversales (Xabi Alonso, Kimmich…) et de les chasser lorsqu’ils décrochent. Le temps qu’ils se mettent en route, Pogba et Cuadrado reviennent et permettent les prises à deux.

Enfin, dans le coeur du jeu, les trois défenseurs centraux sont assistés par la paire composée de Khedira et Hernanes. Ils doivent à la fois gérer les déplacements de Lewandowski, Müller ou Alaba (les trois solutions offensives du Bayern dans l’axe) et contrôler les dépassements de fonction des milieux de terrain : c’est notamment le cas pour Lahm, qui tente à plusieurs reprises de s’infiltrer dans l’intervalle qui sépare Evra et Alex Sandro.

prise-deux-morata

Sur cette image, on distingue : la prise à deux de Pogba et Alex Sandro sur Douglas Costa, la position de Morata sur Xabi Alonso et entre Lahm et Vidal, la position de Cuadrado par rapport au Chilien et enfin les 5 chargés de bloquer les trois solutions axiales (Lewandowski, Müller et Alaba).

pogba-cuadrado-halfspace

Autour de Morata, Cuadrado et Pogba ont pour mission de rester actifs défensivement dans les half-spaces afin de laisser moins de temps et de solutions à leurs adversaires.

Cette organisation défensive de la Juve répond à la plupart des problèmes que peut poser le 2-3-5 bavarois. Chaque tentative est repoussée par une défense vigilante et le ballon doit à chaque fois repasser par les défenseurs centraux, ce qui permet aux joueurs d’Allegri de se repositionner idéalement.

Si Douglas Costa parvient à faire des différences (18e, 26e) sur l’aile droite, on ne peut pas en dire autant du côté opposé qui souffre d’un réel manque de créativité. Comme cela a été déjà évoqué, Benatia ne participe pas au jeu d’attaque et Vidal peine à être une rampe de lancement efficace vers Alaba ou Ribéry. Résultat, ce dernier est parfois obligé de quitter son aile pour recevoir le ballon.

Cette possession stérile du Bayern est sanctionné par la Juventus sur une contre-attaque menée par Alvaro Morata. Revenu défendre pour répondre à une montée de Xabi Alonso, l’Espagnol remonte quasiment 80m en solitaire pour donner la balle de break à Cuadrado (28e).

Plus de détails : Bayern Munich 4-2 (a.p.) : l’analyse du but de Cuadrado

0-2 : Le Bayern cherche la solution 

Ce second but a le don de presser encore un peu plus les Bavarois dans leur recherche de solutions. Dès la reprise, on observe les premiers changements de position dans le 2-3-5 : Alaba et Vidal permutent, l’Autrichien travaillant désormais au milieu pour combiner avec Ribéry. Problème face à lui, Cuadrado reste très actif et maintient la pression sur la zone.

cuadrado-sort

Lorsqu’elle est très bas dans son camp, la Juve ressort dès qu’elle le peut afin de forcer le Bayern à reculer.

Il faut attendre la 42e minute pour voir la première véritable occasion du Bayern. A l’origine, Ribéry se retrouve en tant que rampe de lancement (Vidal devant, Alaba sur l’aile) et crée le décalage qui libère Douglas Costa à droite. Après un premier renvoi de la défense, Douglas Costa remet le pied sur le ballon et donne un nouvelle occasion de marquer à Müller qui bute sur Buffon (premier arrêt du match, 42e).

montee-lahm

Le genre d’actions qui n’existe pas sur le flanc gauche du Bayern : Lahm se projette et embarque avec lui Pogba et Khedira. Cela ouvre la porté vers l’intérieur du jeu à Douglas Costa.

Dans la foulée, la Juve manque une balle de 3-0 sur une nouvelle attaque rapide menée par Pogba et conclue par Cuadrado (44e). L’arbitre renvoie tout le monde aux vestiaires là-dessus. A la reprise, Pep Guardiola fait son premier changement avec la sortie de Benatia au profit de Bernat (46e). Cela réorganise sa défense : Alaba passe dans l’axe aux côtés de Kimmich, Bernat reprenant son rôle de latéral. Autre ajustement, la permutation entre Ribéry et Douglas Costa devant.

Deuxième mi-temps : la Juve rappelle ses intentions 

Mais cet échange de postes entre les deux ailiers passe complètement inaperçu durant les premières minutes de la deuxième mi-temps. En cause, une Juventus qui reprend son entreprise de destruction de la relance du Bayern avec son pressing. Barzagli et Bonucci se retrouvent parfois tous les deux dans le camp du Bayern, toujours dans le but de ne pas laisser la moindre solution courte à leurs adversaires.

juve-intentions

La Juve ne recule pas en deuxième mi-temps. Barzagli et Bonucci continuent de soutenir les efforts de Khedira, Hernanes, Pogba, ou Morata devant en suivant les décrochages de Vidal ou Lewandowski.

Le plan de la Juve fonctionne à merveille puisqu’il faut 7 minutes aux Bavarois pour réussir une passe au-delà de la ligne médiane ! Une période très difficile qui voit les premiers signes d’énervement côté allemand avec des avertissements pour Vidal et Lewandowski (contre un avertissement pour Lichtsteiner).

Avec le ballon, les Turinois continuent de sauter le pressing bavarois en utilisant le jeu long sur Pogba, Morata et maintenant Cuadrado (vs Bernat). Durant cette période, l’attaquant espagnol fausse compagnie à la défense du Bayern à deux reprises, d’abord pour buter sur Neuer sur un contre (56e) puis pour finir par louper le cadre après avoir été lancé par Pogba (57e).

Les touches de balle entre la 46ème et la 52ème minute : la Juve est en bleu, le Bayern en orange. Bilan, seulement trois touches de balle pour le Bayern dans la moitié de terrain turinoise (et pas la moindre passe).

pogba-morata

Facile de créer le danger avec un Pogba en grande forme, un long ballon sur lui et il se charge du reste : d’abord un amorti, puis un contrôle pour se mettre dans le sens du jeu, et enfin la passe en profondeur pour Morata.

Coaching : Guardiola joue son va-tout avec Coman 

Après un premier quart d’heure qui voit la Juve tirer 4 fois au but contre une seule tentative pour son équipe, Pep Guardiola n’a pas d’autre choix que de réagir. Il fait entrer Coman à la place de Xabi Alonso (60e), ce qui provoque une nouvelle distribution des rôles en attaque : Ribéry retrouve son aile gauche, Coman s’installe à droite, Vidal glisse devant la défense et Douglas Costa se retrouve dans une position axiale (soit dans les trois milieux, soit devant).

C’est ce changement de poste du Brésilien qui fait la différence pour le Bayern. Il était déjà le joueur offensif le plus en vue jusque-là, notamment dans les duels, mais son rôle d’ailier le cantonnait aux couloirs. Libéré de cette contrainte, il devient désormais une menace sur tout le terrain et un point chaud pour la défense turinoise à chaque fois qu’il touche le ballon.

Il crée ainsi des espaces pour ses partenaires, qui profitent en bout de chaîne à Ribéry et Coman sur les ailes. Ces derniers ont enfin des positions idéales pour accélérer dans les 20 derniers mètres (un-contre-un). Regroupée depuis l’heure de jeu, la Juve a beaucoup plus de mal à ressortir et encaisse finalement un premier but sur un centre de Douglas Costa pour Lewandowski (73e).

douglas1

Quand Douglas Costa prend le ballon dans l’axe, il focalise l’attention de plusieurs adversaires .

douglas2

Son déplacement avec le ballon crée de l’espace pour Bernat et finalement Ribéry, qui peut jouer le un-contre-un face à Lichtsteiner.

sdfsdfsfd

Les ballons reçus par Douglas Costa avant et après l’entrée de Coman. On distingue assez aisément son changement de rôle…

1-2 : la Juve ne trouve pas son second souffle 

Les Turinois viennent tout juste de perdre Alvaro Morata, remplacé par Mandzukic (72e). Allegri compose désormais sans l’avant-centre qu’il considère comme son atout principal pour contre-attaquer et qui avait justement fait ses preuves jusque-là. Sauf exploit de Mandzukic, le salut en attaque ne peut désormais passer que par une remontée du bloc-équipe.

Sauf que les minutes passent, les jambes sont plus lourdes et les milieux censés apporter de la fraîcheur (Sturaro pour Khedira, 68e – Pereyra pour Cuadrado, 89e) ne sont pas à la hauteur. Sturaro est notamment auteur de deux pertes de balle évitables, qui ont mis fin à des séquences de possession dans le camp du Bayern. Des phases de jeu précieuses puisqu’elles permettent à la Juve de respirer.

Les dernières minutes se transforment en un véritable attaque-défense avec un Bayern qui multiplie les centres et une Juve qui les renvoie. Dans une telle situation, la moindre erreur peut-être fatale et celle-ci vient finalement d’Evra dans les arrêts de jeu. Le Français perd un ballon dans ses 30 mètres face à Vidal. Cette récupération haute permet au Bayern de relancer une attaque face à un bloc turinois désorganisé : Müller sanctionne et égalise (90e+1).

juve11

La Juve contrainte de défendre à 11 en fin de match.

Une prolongation crispée : 

On peut imaginer que la Juve va lâcher prise après un tel scénario. Et pourtant, elle reprend la partie avec l’ambition de ressortir presser le Bayern. Même si cela fonctionne moins bien, c’est quand même qui se crée la première grosse occasion des prolongations grâce à un bon déboulé de Sturaro et un relais de Mandzukic dans la surface… mais Lichtsteiner ne met pas assez de force dans sa frappe et Neuer la capte facilement (93e).

Après ce tir, le match se crispe. Le Bayern ne réplique que par deux tentatives lointaines mais n’est plus mis en danger, notamment grâce au gros travail de Vidal pour prévenir les sorties de balle turinoises. Les 90 minutes de jeu écoulées pèsent sur les organismes, notamment celui de Ribéry qui finit par baisser pavillon après deux derniers raids sur son aile gauche (95e, 97e). Il cède sa place à Thiago (101e), dont l’entrée provoque le retour de Douglas Costa sur un côté.

vidal-couverture

Replacé n°6 à la sortie de Xabi Alonso, Vidal réalise une fin de match impressionnante dans ce rôle défensif.

L’Espagnol a besoin de quelques minutes pour se mettre en route mais il sera finalement le héros de cette partie en inscrivant le 3ème but de son équipe. A nouveau, c’est un ballon perdu par la Juve dans ses 30 mètres qui permet au Bayern de prendre le bloc défensif à défaut, cette fois sur une bonne combinaison entre Thiago et Müller. Deux minutes plus tard, Coman met fin au suspense en inscrivant le 4ème but après avoir été lancé par Vidal (110e).

Plus de détails : Bayern Munich 4-2 Juventus Turin : la double faute d’Evra

Conclusion :

A l’aller, Guardiola avait eu raison au départ et Allegri avait renversé la situation grâce à ses changements. Sur ce match retour, c’est le scénario inverse qui s’est produit. En évitant le pressing du Bayern et en allant le chercher très haut dans sa moitié de terrain, la Juve d’Allegri a pris l’ascendant et dominé la première moitié de la rencontre (10 tirs à 8 en sa faveur jusqu’à l’heure de jeu, malgré seulement 30% de possession de balle !).

Plus de détails : Juventus Turin 2-2 Bayern Munich : le duel Allegri-Guardiola

Guardiola a réussi à faire revenir son équipe dans la partie grâce à ses changements et ajustements : la sortie de Benatia pour renforcer le jeu de position, l’entrée de Coman pour occuper une aile et surtout repositionner Douglas Costa dans l’axe afin d’ajouter un point de fixation supplémentaire… sans oublier celui de Vidal pour prévenir les contres et récupérer le ballon plus haut. Tout cela a contribué à faire reculer la Juve, qui a craqué sur deux mauvais renvois (2ème et 3ème buts) alors qu’elle était sous pression.

 

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. diego dit :

    Simple remarque d’un lecteur:
    -Plus de rigueur dans la disposition des photos pourrait être envisageable (parfois, la photo est avant le texte; parfois après) pour permettre une fluidité dans la lecture de l’article; et donc une meilleure compréhension.
    Pourquoi pas notamment faire suivre le texte de la photo qui l’illustre? (exemple avec le pressing de cuadrado sur alaba « voir ci dessus » =/= texte+ photo) au lieu de faire une superposition de photos?
    À moins que ce soit moi qui aie mal saisi le concept ou l’idée de faire comme cela.

    Malgré tout, le travail fourni dans la rédaction et l’analyse des matchs reste quand même remarquable!
    Merci du temps investi, et des articles de qualité

    quid de la rubrique qui mentionnerait les matchs analysés à venir?

  2. favro laurent dit :

    Bonjour, comme toujours ce match de très haut niveau s’est joué sur des détails……peut-on dire que CHIELLINI a manqué comme 3ième stoppeur? Que le banc bavarois a fait la différence sur celui de la Juve? Et noter que les 2 buts allemands ont été marqués dans la minute des remplacements italiens….72’/73′ et 89’/90′;est-ce une coincidence ??

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *