Real Madrid 3-1 Paris SG : l’analyse tactique

Dans un match décevant au vu des forces en présence, le Real Madrid a pris l’avantage sur le Paris Saint-Germain grâce à un coup d’accélérateur donné en fin de match sous l’impulsion de ses joueurs sortis du banc (Bale, Asensio et Vazquez). Les Parisiens sont rentrés de Santiago Bernabeu avec deux buts à remonter et des regrets… car le Real est allé arracher en fin de match une victoire que le PSG n’a pas su aller chercher avant.

Un Real entreprenant : 

En choisissant Isco et le milieu en losange, Zinedine Zidane annonçait clairement la couleur au coup d’envoi : comme face au FC Barcelone au mois de décembre, son équipe n’avait pas l’intention d’attendre. Avec un tel système, le Real Madrid a besoin du contrôle de la partie et pour cela, il doit aller récupérer le ballon le plus tôt et le plus haut possible.

Positionné en n°10 derrière Ronaldo et Benzema, Isco a été le fer de lance du pressing des Merengues. Tout au long de la première mi-temps, il s’est dépensé sans compter, que ce soit pour jaillir sur Verratti ou Lo Celso mais aussi pour revenir aider ses défenseurs lorsque Neymar ou Mbappé arrivaient à se lancer vers le but de Keylor Navas.

Ce pressing du Real Madrid a très vite orienté la relance parisienne vers les côtés. Logique face à un losange qui oppose beaucoup de densité dans l’axe. Le PSG n’avait de toute façon pas vraiment de relais à l’intérieur du jeu. Neymar et Mbappé sont restés collés à la ligne de touche et la paire Cavani-Rabiot, la plus avancée sur le terrain, ne proposait pas vraiment de solutions verticales au duo Verratti-Lo Celso.

Les deux milieux de terrain ont donc joué de manière très latérale, l’ensemble de la relance parisienne se donnant pour objectif de contourner l’attaque et le milieu madrilènes en utilisant au mieux la largeur. Objectif en bout de chaîne, atteindre Neymar et Mbappé dont le talent devait suffire pour absorber la pression adverse.

La passmap ci-dessous est un résultat de cette opposition entre le pressing madrilène et la réaction du PSG.

Déjouer le pressing, ok… mais après ? 

En sortant le ballon de cette manière, le PSG touchait Neymar et Mbappé très loin des buts de Navas et des zones dangereuses. Mais cela n’a pas empêché les deux hommes de poser de très problèmes au Real. Au-delà des dribbles réussis (13/17 pour Neymar, 4/7 pour Mbappé), leur pouvoir de fixation a crée d’énormes brèches dans le bloc madrilène.

Le souci pour le PSG, c’est qu’il n’a pas eu de joueurs capables de les exploiter. En repiquant vers l’intérieur, Neymar et Mbappé captaient l’attention de quasiment tous les milieux madrilènes, ce qui créait des espaces dans le dos de ces derniers. Mais sans solution dans ces zones-clés, ils étaient forcés de poursuivre leurs actions en solitaire jusqu’à arriver face à la défense.

On en revient à un problème qui traîne depuis le début de la saison à Paris : l’absence de jeu intérieur. Les milieux ne se sont pas assez projetés (Verratti, Lo Celso) ou ont eu trop de déchets lorsqu’ils se lançaient (Rabiot). Un avant-centre participant plus au jeu aurait pu compenser en partie cela, mais ce n’est pas dans les habitudes de Cavani…

La structure parisienne aurait aussi pu permettre à Mbappé de rentrer dans le coeur du jeu lorsque le ballon était à l’opposée (et inversement pour Neymar). Mais Emery a préféré garder deux options sur la largeur en première mi-temps… avant de changer d’avis au retour des vestiaires (voir par ailleurs).

Au-delà du manque de solutions entre les lignes madrilènes, Paris a aussi très peu recherché la profondeur via Mbappé ou Cavani. Ce ne sont pourtant pas les occasions qui ont manqué. Le danger Neymar faisait souvent sortir Nacho (voire Varane) de l’alignement défensif. Mais à aucun moment les deux autres attaquants n’ont proposé d’appels sur ces séquences.

L’option était-elle volontairement écartée par le staff parisien ou y’avait-il un problème chez les joueurs ? Impossible à dire aujourd’hui mais il était assez étonnant de ne pas voir Cavani attaquer ces espaces (même si la paire Varane-Ramos est dure à battre dans ce domaine). Au final, seul Berchiche a offert ce genre de courses dans le dos de Nacho… pour deux situations dangereuses (7e, 76e). Peut-être pas un hasard.

Et pourtant, malgré ce manque de mouvement autour d’eux, Neymar et Mbappé ont suffit pour déstabiliser le double champion d’Europe en titre. Le Français s’est retrouvé à l’origine du but parisien (33e), tandis que Neymar a mis le feu plusieurs fois aux abords de la surface mais a pêché dans le dernier geste en oubliant des partenaires mieux placés (27e, 30e, 72e).

Le contrôle du milieu madrilène 

En plus de l’énergie qu’il a déployée pour défendre, Isco a aussi permis au Real de retrouver ce qui avait fait sa force en Ligue des Champions la saison dernière. Avec Kroos et Modric, le meneur de jeu espagnol a quasiment réussi un sans-faute dans le jeu. A eux trois, ils n’ont manqué que cinq passes, trois d’entre elles visant la surface de réparation parisienne (compliquées donc…). Au final, un pourcentage de passes réussies supérieur à 95% pour les trois hommes.

Personne n’a encore trouvé la solution pour presser ce Real Madrid-là et ce n’était certainement pas le PSG, qui n’a pas cet atout dans son ADN, qui allait la trouver lors de ce match aller. A l’exception d’une sortie gagnante de Verratti dans les pieds de Casemiro pour un premier oubli de Neymar (29e), les Parisiens ont attendu les Madrilènes. Alors que les milieux cherchaient à ne pas être dépassés par la mobilité d’Isco entre les lignes, les défenseurs étaient très vigilants concernant la gestion de la profondeur.

A défaut d’avoir un plan pour récupérer le ballon, les Parisiens ont laissé venir les Madrilènes. Là, l’objectif était simple : bloquer l’accès à la surface de réparation grâce à un bloc de sept joueurs qui orientaient l’adversaire vers les côtés, forcer le Real à centrer, contrôler la surface, puis ressortir sur Neymar, Mbappé ou Cavani pour mener les contres.

Un PSG en danger face aux incursions de Kroos, Modric, Isco… et Marcelo 

Le problème, c’est qu’avec sept joueurs pour défendre, le PSG se retrouvait dans des situations d’égalité numérique autour du ballon. Or, face à des joueurs aussi bons techniquement que ceux du Real, difficile de le récupérer… surtout lorsque deux des trois milieux et les latéraux ne sont pas réputés pour leur efficacité dans les duels. Dans ce contexte, on comprend pourquoi les Parisiens ont manqué d’agressivité sur le plan défensif (23 tacles tentés contre 53 pour le Real Madrid).

Il s’agissait surtout de ne pas se faire éliminer aux abords de la surface : contenir l’assaut sur l’aile plutôt que de réellement mettre la pression afin de récupérer le ballon. Dans un deuxième temps, la défense devait être présente sur les centres avant de rechercher Neymar ou Mbappé pour mener les contres.

Dans ce contexte, Paris a plutôt bien tenu sauf face à un atout côté Real : les incursions de Isco et Modric dans les 20 derniers mètres. Ces derniers n’ont pas hésité à se projeter et attaquer les espaces dans le dos des latéraux, notamment Berchiche. Faussant compagnie aux milieux parisiens sur ces séquences, ils ont été à l’origine des plus gros moments de flottement pour la défense du PSG… jusqu’à ce que Marcelo décide de les imiter en toute fin de partie pour inscrire le 3ème but du Real (88e).

En plus de ces problèmes dans sa surface, le PSG a aussi connu des soucis de transition défensive. Verratti et Lo Celso ont plusieurs fois eu du mal à suivre le rythme. Ils sont ainsi en retard sur un tir de Benzema (43e) et complètement largués sur le second but du Real (83e). Auteur du décalage pour Asensio à la fin de l’action, Modric était dans la même zone qu’eux au départ.

Deuxième mi-temps : Paris s’ajuste, le Real recule 

Comme souvent, le PSG a profité du repos pour procéder à quelques ajustements. On l’a évoqué un peu plus tôt dans cet article, le principal a vu Mbappé quitter son aile droite pour s’insérer entre les lignes lorsque l’équipe penchait à gauche.

Au fil des minutes, les Parisiens ont pris la mesure de leurs adversaires, dont le pressing était de moins en moins intense. L’animation parisienne s’est ajustée alors que le Real reculait. Les latéraux étaient touchés plus haut, ce qui permettait à Neymar et Mbappé de demander plus souvent le ballon à l’intérieur (et de faire pas mal de dégâts dans la zone d’un Casemiro qui n’avait pas assez été attaqué jusque-là).

Ci-dessous, la distribution des passes du PSG en première et deuxième mi-temps : la différence est claire et démontre une recherche plus fréquente du jeu intérieur.

Décalé à droite, Alves en a profité pour tenter quelques centres à destination de Cavani, sans succès à cause d’un Varane très dominateur dans sa surface. Repositionné milieu à l’entrée de Meunier (66e), le Brésilien a ensuite laissé le couloir au Belge pour offrir des solutions à l’intérieur du jeu, entre les lignes adverses, en cherchant Neymar ou Mbappé.

Une donnée illustre la meilleure maîtrise des Parisiens sur la deuxième mi-temps : le nombre de passes tentées et réussies dans le dernier tiers madrilène. A la pause, ils n’en avaient tenté que 37 (24 réussies). Durant le second acte, ils en ont tenté 87 pour 73 réussies. Un signe évident de leur présence accrue dans le camp adverse.

Le problème, c’est que celle-ci ne s’est pas vraiment accompagnée d’une réelle domination, la faute à l’absence de contre-pressing. A la perte du ballon, les joueurs de la capitale n’ont pas mis l’intensité permettant de le récupérer immédiatement. Cette lacune a permis au Real de sortir sans trop de difficultés le ballon de la zone de pression… avant de retrouver de l’air en touchant ses milieux de terrain.

Zidane, coaching gagnant 

La rencontre a finalement basculé à la 79ème minute avec les entrées en jeu d’Asensio et Vazquez en lieu et place de Casemiro et Isco. Le Real a ainsi confirmé son passage en 4-4-2 en ajoutant de la fraîcheur sur les ailes où Paris avait laissé beaucoup d’espaces depuis le début du match.

Il n’a fallu qu’une poignée de minutes pour que Vazquez et Asensio se signalent. Ce sont finalement deux centres du second qui ont fait basculer la rencontre, l’un punissant une très mauvaise transition du PSG (83e) et l’autre sanctionnant un oubli de marquage sur Marcelo dans la surface parisienne (88e).

Conclusion : 

Un an après avoir été victime de la plus grande remontada de l’histoire, le PSG d’Emery pourra-t-il s’offrir la sienne le 6 mars prochain ? Assez confiant dans les chances de son équipe depuis mardi soir, le technicien basque sait sans doute qu’elle n’a pas fait un grand match au Bernabeu. Les Parisiens ont peut-être beaucoup couru (plus de 120 kms), mais pas de manière assez ordonnée pour exploiter les brèches pourtant bien visibles dans le bloc madrilène.

Après avoir fait deux choix forts à l’aller (Lo Celso et Kimpembe), Emery devra sans nul doute en faire d’autres dans trois semaines pour renverser la tendance. En mettant plus de vitesse au milieu et de présence à l’intérieur du jeu (changement de système ?), il mettrait peut-être un peu plus de chances de son côté (si tant est que le Real reste au même niveau, ce qui n’est pas une certitude).

La saison dernière, Luis Enrique avait mis à profit les trois semaines séparant l’aller du retour pour tester plusieurs configurations et préparer sa revanche. Il n’y a donc plus qu’à scruter les quatre prochaines sorties du PSG pour tenter de deviner à quoi ressemblera son équipe au match retour.

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9 réponses

  1. misalepreuve dit :

    Analyse à charge contre le PSG. Aucune analyse des faiblesses madrilènes qui ont été tout aussi importantes que celles du PSG.
    Analyse ne rendant pas compte d’un match très équilibré malgré un score trompeur.
    Elements graphiques interessants.

  2. B-A dit :

    @misalepreuve – Quand il pointe les incohérences offensives du PSG il pointe en même temps les faiblesses défensives madrilènes du genre Varane qui sort qui laisse un grand gap qui est pas compensé par un Casemiro ou un latéral plus intérieur ou le pressing au milieu des madrilènes qui au delà de leur système qui ne permet pas une bonne couverture ( trois millieux pour couvrir toute la largeur) laisser de grands espaces entre les lignes qui n’étaient pas exploitées par nos milieux on peut retenir ca après je pense qu’il a voulu se concentrer qu’il a voulu faire une analyse plutôt orientée sur le PSG car ça prend du temps et étant français c’était ce qui allait forcément mieux nous intéresser.

  3. Lost in Translation dit :

    Le manque de mouvement de Cavani sur ce match est vraiment surprenant.
    Ce qui l’est moins c’est le manque de replacement défensif de Neymar et Mbappé sur certaines actions. Même s’ils doivent juste être présent sur le côté pour ressortir le ballon une fois récupéré, leur absence fait mal aux yeux sur certaines séquences.

    Quand ils sont bien alignés sur Rabiot-Verratti ce n’est plus une défense à 7 mais à 9, même si les deux supplémentaires ne sont pas des plus hargneux. L’exemple de succès de la « défense a 7 » pris dans la vidéo commence par une intervention de Neymar d’ailleurs.

    Enfin, l’attentisme général sur le but de Marcelo et enchainement des deux gestes laxistes de Berchiche et Kimpembe sur le deuxième but madrilène sont les symptômes d’un problème qui n’est clairement pas tactique.
    Pour moi la défaite s’explique par le manque de replacement des deux ailiers au fur et à mesure que le match avançait, le manque de mouvement de Cavani surtout (je suppose que Rabiot-Verratti avait pour consigne de ne pas trop s’avancer) et le relâchement de toute l’equipe une fois qu’elle pensait le nul acquis.

  4. Nico dit :

    Les espaces laissés entre les lignes par le Real rend encore plus incompréhensible l’absence de Di Maria, qui aurait probablement mieux su les utiliser que Rabiot; et avec la qualité de son jeu long, ouvrir plus vite sur Neymar et Mbappe dans le dos des latéraux du Réal (surtout Marcelo). Je regrette de ne pas avoir vu ce qu’aurait donné un milieu Di Maria – Rabiot – Verratti, au moins en 2ème mi-temps, quant il était clair que le pari Lo Celso était perdant.

  5. Nico dit :

    Petite question, que donnent les expected goals sur ce match ? Je ne sais pas où chercher ce type de stats.

  6. Limier Leschant dit :

    @Nico – 11tegen11 ainsi que caley graphics sur twitter publient les données xG. Ou le real a dominé legèrement. Mais en même temps, les parisiens (en pariculier Neymar), qui a fai un bon match d’un sens oû il fait beaucoup de différence, s’est aussi fait remarqué par son mauvais match au moment de lacher le ballon… même si une possibilité de renversemtn plut tôt dans l’action n’aurait pas été du luxe et l’a souvent forcé ajouer la tête dans le guidon.

  7. Jack dit :

    Bonne analyse.
    Zidane a utilisé la même tactique que lors du Classico le 23/12 (cf victoire 0-3 du barça).
    Si on fait un comparatif des 2 matchs, le premier but du classico a été possible grâce à une montée de Rakitic combiné avec un Messi plus bas sur le terrain qui a désorganisé le milieu du Real.
    De la même manière c’est la montée de Rabiot (buteur) qui a permis au PSG d’ouvrir le score.
    (La différence entre les 2 matchs était dans le marquage individuel de Messi par Kovavic)
    Une projection plus fréquente des milieux de Paris combiné à un Neymar plus bas sur le terrain (même si ce n’est pas sa position idéale) aurait probablement permis d’être plus dangereux.

  8. Toulousain dit :

    Un article intéressant.

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