Juventus 2-1 Real Madrid, l’analyse tactique : la victoire du losange ?

Les compositions : 

Plus la rencontre approchait et moins le doute subsistait quant au choix tactique de Max Allegri concernant le système de jeu employé. Quelques heures avant le match, la presse espagnole révélait même sa stratégie. Concernant les hommes, Pereyra longtemps incertain a finalement été remplacé par Sturaro.

Malgré les forfaits de Modric et Benzema, Carlo Ancelotti devait lui aussi faire des choix, sans doute motivés par les habitudes défensives adverses. Afin de mettre du mettre du rythme au milieu de terrain, il a choisi de se passer des services de Chicharito afin d’aligner James Rodriguez et Isco derrière Ronaldo et Bale. Pas de trop vu que Ramos complétait le milieu de terrain.

Une Juve intelligente : 

Les premières minutes de jeu ont vu la Juve prendre l’initiative, et ce depuis son propre camp. Plutôt que d’attendre d’être dans la moitié de terrain adverse pour mettre des adversaires hors de position, les Turinois ont toujours cherché à repartir court, quitte à redémarrer de leur surface de réparation, afin de créer très tôt des décalages.

Même lorsque le Real était positionné haut dans le camp de la Juve, Buffon a majoritairement cherché des solutions courtes, bien aidé par la disponibilité de ses partenaires : Bonucci et Chiellini sont redescendus très bas et se sont même excentrés à certains moments afin de faire de la place à Pirlo dans l’axe.

Pour relayer ces trois-là, Marchisio et Vidal sont revenus eux aussi à une trentaine de mètres de leurs buts. Même Teveza pu redescendre très bas pour offrir un appui supplémentaire. Toutes ces solutions offertes dans l’axe ont contribué à resserrer le milieu madrilène ce qui permettait à la Juve de créer des situations de deux contre un sur les côtés à l’approche de la ligne médiane. Et l’un des milieux sortait, Pirlo ou Bonucci pouvait en une passe passer dans son dos pour trouver Tevez qui se retrouvait seul face au deuxième.

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Au départ de l’action, le Real Madrid est en place. Bale repousse Pirlo et le force à jouer en retrait.

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Au lieu de sortir sur Chiellini, Bale reste dans la zone de Pirlo. L’Italien joue vers Bonucci, qui n’est lui non plus pas attaqué par Ronaldo. Deux solutions s’offrent au défenseur : Marchisio dans l’axe ou Lichsteiner sur le côté. Isco anticipe sur le latéral.

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Bonucci sent l’anticipation d’Isco et joue sur Marchisio. Côté madrilène, Kroos réagit en sortant au pressing pour l’empêcher de se retourner.

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Alors que Bale est sur la route de Marchisio, Pirlo décroche pour mettre le Gallois à son tour « entre-deux » : s’il le suit, il ouvre l’espace à Marchisio  vers Chiellini. S’il ne le suit pas, Pirlo devient la solution en retrait qui permet à Marchisio de se sortir du pressing.

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Bale fait le choix de suivre Pirlo. Marchisio sert donc Chiellini qui a tout le loisir de monter avec le ballon pour trouver Vidal, positionné dans le coeur du jeu.

Dans les couloirs, Isco et James se sont retrouvés pris entre Lichsteiner-Marchisio et Evra-Sturaro, entraînant ensuite le repli du bloc madrilène dans sa moitié de terrain. La Juve a ainsi exploité l’une des failles naturelles du 4-4-2 à plat : les espaces qu’il peut concéder entre les lignes. En l’occurrence, entre un milieu remanié et une attaque peu concernée défensivement (Ronaldo-Bale). Un projet profitable face au Real, mais qui n’aurait certainement pas eu les mêmes conséquences face à un adversaire souhaitant absolument récupérer le ballon (Bayern Munich, FC Barcelone)…

Une fois dans la moitié de terrain adverse, les Turinois ont cherché à finir rapidement leurs actions, cherchant principalement leurs attaquants ou Vidal pour faire la différence dans les 30 derniers mètres. Entre les 24 passes pour arriver jusqu’à la frappe de Tevez et la finition rapide de l’action, le premier but a parfaitement symbolisé l’entame de match de la Juve, et son projet de jeu.

Une Juve équilibrée

A ce niveau, les hommes d’Allegri ont certainement retenu les leçons du quart de finale aller face à Monaco, qui avait vu leurs adversaires se procurer plusieurs occasions en contre suite aux de Lichtsteiner. Face au Real Madrid, le Suisse s’est très peu livré durant la première heure de jeu, ne pénétrant qu’une seule fois dans les 20 derniers mètres après avoir lui-même fait la différence  pour tenter sa chance face à Casillas.

Au-delà de ce cas particulier, la préparation (très) basse des actions a forcément limité les possibilités pour le Real Madrid en contre-attaque. La moindre faute technique était qui plus est compensée par la réaction de deux ou trois joueurs afin d’empêcher toute action de se développer. Moins rapides après la pause, les Turinois se sont faits peur en deuxième mi-temps sur leurs erreurs, mais ont profité du manque de justesse de leurs adversaires pour éviter de trembler. Une Juve impliquée :  A l’inverse des Madrilènes, qui n’ont jamais su aller les chercher dans leurs 30 mètres, les Turinois ont profité de leur milieu en losange pour aller perturber la mise en place adverse. Comme d’habitude, sur les phases de pression haute, Vidal se retrouvait en première ligne aux côtés de Tevez et Morata. L’objectif premier était de couper la relation entre les relanceurs (Varane, Pepe) et leurs premiers relais dans l’axe (Kroos, Ramos). Lorsque les Madrilènes écartaient une première fois, les Turinois maintenaient la pression côté ballon. Ils relâchaient ensuite lorsque le Real Madrid renversait le jeu, Vidal glissant en position de deuxième milieu axial aux côtés de Pirlo afin de former un 4-4-2 bien compact dans leur moitié de terrain.

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En position haute, la Juve s’oppose à la relance adverse en 4-4-2 losange. Vidal se rapproche de ses attaquants sur cette séquence, afin de répondre au décrochage de Kroos entre Varane et Pepe.

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Si la Juve maintient la pression lorsque le jeu va sur Carvajal ou Marcelo, elle la relâche lorsque le Real trouve Isco ou James. Le 4+3 (défense et milieu) contient le porteur en attendant le retour de Vidal et des attaquants.

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A défaut de progresser vers les buts de Buffon, Isco renverse le jeu à l’opposée. Il offre ainsi assez de temps à Vidal pour réintégrer la ligne du milieu de terrain, et à Tevez-Morata de compléter le bloc en revenant à hauteur de Ramos et Kroos.

Un Real sans idée :  Le positionnement du 4-4-2 turinois était tel que les Madrilènes se sont très vite trouvés sans solution pour jouer dans la verticalité. Sur les 90 minutes de jeu, James et Isco n’ont trouvé qu’une fois chacun Ronaldo dans la profondeur. La passe du second (24e) a même mis le Portugais en position de tir, mais sa frappe n’a pas trouvé le cadre. A l’exception de ces deux situations, leur jeu s’est vite résumé à des combinaisons sur les côtés (entre James-Carvajal et Isco-Marcelo), suivies de renversements de jeu à l’opposée pour tenter de trouver la faille. Problème, à chaque changement de côté, le bloc de la Juve acceptait de reculer, réduisant les espaces alors qu’ils s’approchaient de leur surface de réparation (sans oublier la profondeur, qui disparaissait à chaque fois un peu plus).

Que ce soit en 4-4-2 ou en 3-5-2, la Juve conserve le même objectif lorsqu'elle défend autour de sa surface : empêcher l'adversaire de trouver des relais à l'intérieur de son bloc.

Que ce soit en 4-4-2 ou en 3-5-2, la Juve conserve le même objectif lorsqu’elle défend autour de sa surface : empêcher l’adversaire de trouver des relais à l’intérieur de son bloc.

Le Real s’est retrouvé bloqué entre l’envie de finir l’action et celle de renverser à nouveau le jeu pour déplacer le bloc adverse. Après la rencontre, Carlo Ancelotti a estimé que ses joueurs « n’avaient pas été assez patients. » Mais la présence de Ramos au milieu de terrain a aussi limité la multiplication des changements de jeu. Peu à l’aise hier soir, l’Espagnol a été coupable de plusieurs approximations qui ont permis à la Juve de récupérer facilement le ballon. Par ailleurs, dès que le Real tentait de ressortir la balle d’un côté, il se heurtait à la remontée du bloc turinois, initiée par les sorties au pressing de Tevez ou Morata. S’il ne parvenait pas à changer rapidement le jeu, il se retrouvait condamné à reculer vers ses défenseurs… pour revenir au point de départ, la ligne médiane.

(Ci-dessus, les stats de passes et possession des deux équipes. La Juve construit depuis sa moitié de terrain pour faire sortir les milieux madrilènes – confirmé par le partage du « territoire » ; le Real Madrid est lui condamné à jouer sur la largeur, sans jamais trouver la profondeur -soit trop loin des buts, soit trop près -.)

Finalement, les Madrilènes ont eu besoin de deux erreurs d’Evra (une interception manquée et un tacle qui a laissé Carvajal en jeu) pour se créer leurs deux plus grosses opportunités de la partie. La première s’est soldée par le but égalisateur de Ronaldo (27e, 1-1), la second aurait pu leur permettre de passer devant mais la transversale en a décidé autrement (James, 41e). A part ça, rien à signaler ou presque (des tentatives de loin de Kroos) jusqu’à l’entrée de Chicharito (63e).

Une reprise sur les mêmes bases : 

Après la pause, c’est un Real plus porté vers l’avant qui a fait son retour sur la pelouse du Juventus Stadium. Même si le score était encore en leur faveur, les Madrilènes ont fait plus d’efforts pour gêner la mise en place turinoise. Symbole de ce positionnement plus avancé, les dégagements plus longs de Gianluigi Buffon après la pause.

Cela n’a toutefois pas empêché la Juve de conserver ses longues séquences de possession du ballon, s’appuyant sur la combativité de Morata, Tevez ou même Sturaro pour le récupérer. La formation d’Allegri a ensuite conservé la même approche avec le ballon, patiente à la construction en attendant le bon appel de Vidal ou Morata pour attaquer l’espace dans le camp adverse.

Excepté une frappe de Tevez, Casillas n’a toutefois pas à s’employer jusqu’à la 56e minute et un pénalty concédé bêtement par Carvajal suite à un contre mené par les attaquants turinois. Tout est parti d’un corner madrilène, dégagé par la défense mais récupéré par Marcelo. Chargé de la couverture au départ, le Brésilien s’est emparé du ballon pour tenter sa chance… Son tir a été renvoyé par la défense… lançant un deux-contre-un à négocier pour Tevez et Morata face à Carvajal (2-1, 56e).

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Au départ du corner, le danger n’existe pas pour le Real Madrid. Tous les Turinois sont dans leurs 20 mètres (8 dans la surface, 1 dans l’angle, 1 pour le corner court). La couverture Marcelo-Carvajal doit donc suffire. Le problème intervient lorsque le latéral brésilien décide de prendre sa chance. La solution « prudente » aurait été de jouer vers James, qui s’est rendu disponible en s’excentrant côté droit. Au lieu de ça, Marcelo a pris sa chance et a été éliminé sur sa frappe contrée, laissant Carvajal seul en couverture.

Coaching : Chicharito et 3-5-2 

Son équipe de nouveau menée au score, Carlo Ancelotti a rapidement réagi en faisant entrer Chicharito à côté de Ronaldo en pointe. Etonnamment, c’est Isco qui a fait les frais de ce changement (63e). Bale est passé à droite, James à gauche, laissant la paire Kroos-Ramos inchangée dans l’axe.

Le Mexicain n’a eu besoin que d’un seul appel pour perturber la défense turinoise qui s’est retrouvée en grand danger. Comme sur la passe d’Isco pour Ronaldo en première mi-temps (24e), c’est le positionnement trop avancé de Lichtsteiner (aspiré par son adversaire direct) qui a crée le décalage dans la défense turinoise (Chiellini et Bonucci sur Chicharito).

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Comme en première mi-temps sur la transmission d’Isco pour Ronaldo (24e), Lichtsteiner est aspiré par la position de James. Avec Bonucci au marquage de Ronaldo derrière, c’est Chiellini qui est obligé de couvrir l’appel de Chicharito.

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La défense de la Juve se retrouve alors en grand danger, ses deux centraux étant complètement décalés côté gauche. Les soutiens arrivent pour l’attaquant madrilène et le Real terminera l’action à l’opposée, Ronaldo passant tout près de la pousser au fond des filets.

Allegri n’a pas attendu une minute de plus pour répondre à ce changement en faisant entrer Barzagli (Sturaro out, 64e) pour faire basculer son équipe en 3-5-2. Logiquement, la Juve n’a plus connu d’ennuis dans la profondeur. Elle a néanmoins laissé le Real s’installer plus facilement dans sa moitié de terrain, ayant désormais un joueur de moins pour déclencher le pressing et faire ressortir son bloc.

La rentrée de Barzagli permet de régler le problème côté Lichtsteiner. Le Suisse peut rester haut, Barzagli couvre dans son dos et évite ainsi à Bonucci-Chiellini de se retrouver dans cette zone.

La rentrée de Barzagli permet de régler le problème côté Lichtsteiner. Le Suisse peut rester haut, Barzagli couvre dans son dos et évite ainsi à Bonucci-Chiellini de se retrouver dans cette zone.

Cela n’a toutefois pas eu de grandes conséquences puisque cette fin de match a mis en exergue les limites de Ramos au poste de milieu de terrain. Ratant plusieurs changements de jeu, l’Espagnol est passé à côté de sa fin de match. Suffisamment pour se demander si ce n’est pas lui qui aurait dû sortir à la place d’Isco : la créativité de ce dernier et sa qualité dans les petits espaces auraient pu être un plus face au bloc défensif turinois dans sa forme la plus défensive.

Au lieu de ça, malgré une plus grande maîtrise du ballon, le Real ne s’est crée qu’une seule position de frappe après le changement de système adverse (un tir signé Kroos de l’extérieur de la surface). Evidemment moins présente dans la moitié de terrain madrilène, malgré les remontées de balle précieuses de Tevez, la Juve s’est tout de même crée les meilleures opportunités en fin de partie, après l’entrée de Llorente (presque passeur pour Pereyra sur un contre, puis presque buteur sur un coup de pied arrêté).

Conclusion : 

Coupable de petites erreurs techniques, la Juve n’a pas laissé la moindre faille à exploiter à son adversaire. Tactiquement, le plan était clair et précis. Avec le ballon, il s’agissait de profiter de l’attentisme de Bale ou Ronaldo pour tenir le ballon bas en attendant la faille pour franchir le milieu de terrain et attaquer la défense adverse. Sans le ballon, le 4-4-2 en losange allait perturber la mise en place madrilène avant que le 4-4-2 à plat ne permette de contrôler les offensives adverses dans les 30 derniers mètres.

Ce système deux-en-un, c’est justement ce que Carlo Ancelotti a perdu par rapport à la saison dernière du Real Madrid. Même si l’objectif n’était pas le même, c’est bien la versatilité entre 4-3-3 et 4-4-2 (avec Di Maria) qui faisait la force de son équipe l’an passé sur la scène européenne. Sans « coureurs » aux avants-postes hier, pour sortir sur les passes en retrait, son 4-4-2 n’a pas pesé lourd pour gêner la construction des Bianconeri.

Néanmoins, rien n’est évidemment fait. Le Real garde son destin en mains et Carlo Ancelotti doit déjà savoir ce qu’il devra préparer pour renverser la vapeur la semaine prochaine. Si le retour de Benzema fera du bien à Ronaldo, l’ajout d’une rampe de lancement plus fiable aux côtés de Kroos (ou plus portée vers l’avant) ne sera sans doute pas de trop.

Finalement, c’est peut-être pour Max Allegri que le casse-tête va commencer après ce match aller. Faudra-t-il garder le losange, qui a permis de contrôler le rythme de la partie, ou se rendre en Espagne avec le 3-5-2, comme à Dortmund et Monaco ?

Bien que le 4-4-2 ait marqué de points mardi soir, le système à trois centraux n’a toujours pas concédé la moindre frappe dans sa surface en Ligue des Champions en 2015. Et à moins que le Real Madrid ne change d’ADN en une semaine pour aller chercher très haut la relance turinoise, attendre bas ne devrait pas empêcher les Turinois de ressortir des ballons intéressants pour Tevez et Morata.

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