Borussia Dortmund 2-3 Monaco : l’analyse tactique

On s’attendait à une rencontre spectaculaire, on n’a pas été déçu. Malgré le contexte très spécial au lendemain de l’attentat qui a touché le bus de Dortmund, le Borussia et l’AS Monaco ont proposé un très beau spectacle sur la pelouse du Signal Iduna Park. Comme souvent avec les Monégasques en ce moment, les deux équipes ont eu leur mi-temps. Analyse de la rencontre.

Les compos : 

Si aucune surprise n’était à signaler dans les rangs monégasques, les choses étaient bien différentes du côté de Dortmund. Thomas Tuchel a bien conservé le système de jeu vu samedi face au Bayern (3-4-3), mais pas mal de visages ont changé sur le terrain.

Julian Weigl et Shinji Kagawa ont ainsi fait leurs retours en tant que titulaire, remplaçant Castro au milieu et Pulisic en attaque. Bartra blessé, Bender a intégré la défense aux côtés de Sokratis et Piszczek. Ce retour du Polonais a eu pour conséquence de renvoyer Ginter au poste de latéral droit.

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Dortmund prend la main, Monaco attend son heure :

Face à Man City, l’une des clés de l’excellente première mi-temps de l’ASM avait été sa capacité à empêcher les sorties de balle adverses. S’ils ont tenté de faire la même chose sur les relances de Burki, les Monégasques n’ont pas vraiment eu l’opportunité de rester aussi haut sur le terrain.

Il faut dire que le gardien de Dortmund avait toujours la possibilité de jouer long, soit en visant Aubameyang aux avants-postes pour jouer les deuxièmes ballons (Kagawa, Dembélé, Guerreiro), soit en ciblant le duel entre Ginter et Lemar côté droit vu que le latéral rendait une bonne dizaine de centimètres au milieu français.

Rapidement, Dortmund a ainsi pris possession du ballon au milieu de terrain et s’est retrouvé face à un bloc monégasque positionné derrière la ligne Mbappé-Falcao, placée elle au niveau du rond central.

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Comme lors du huitième de finale, le travail défensif des deux attaquants a été primordial pour empêcher la progression adverse. Alors que Bernardo Silva s’opposait à Bender sur le flanc droit, Falcao et Mbappé ont travaillé ensemble entre Sokratis, Weigl et Piszczek. Objectif n°1, empêcher l’accès au milieu de terrain de Dortmund, tout en faisant l’effort de suivre les montées balle au pied des deux autres (Piszczek notamment).

A l’instar Bernardo à droite mais plus bas, Lemar défendait légèrement intérieur. Il sortait de sa position dans le demi-espace lorsque la balle arrivait sur Ginter dans le couloir. Dans le coeur du jeu, on retrouvait les marquages sur l’homme habituels des deux milieux axiaux avec Moutinho sur Guerreiro et Fabinho sur Kagawa. Derrière, la défense composait elle avec les déplacements de Dembélé et Aubameyang, sans oublier les latéraux allemands pour Raggi et Touré.

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Les limites du Borussia Dortmund : 

Dans ce contexte, Dortmund avait plus d’une option pour accéder à ses attaquants. Guardiola avait d’ailleurs montré la voie au tour précédent. Il avait par exemple demandé à Silva et De Bruyne d’aller sur les côtés afin d’étirer le milieu Fabinho-Bakayoko. L’idée était ensuite d’attaquer cet intervalle grâce à une passe partant d’un défenseur (Stones) pour finir sur un attaquant (Aguero).

Si Moutinho et Fabinho ont en effet suivi de près Guerreiro et Kagawa, Dortmund n’en a pas profité. La faute à deux facteurs : les attaquants ont très peu proposé entre les lignes… et les défenseurs, Sokratis en tête, n’étaient pas les plus créatifs avec le ballon. Seul Piszczek a tenté des choses dans le camp adverse. Le Polonais s’est retrouvé de cette manière à l’origine du 1er tir de la rencontre (Aubameyang, 11e).

La priorité des défenseurs était d’abord de libérer Weigl dans le coeur du jeu. Mais là aussi, Dortmund a eu des soucis en début de partie, plus à cause de ses propres limites que de l’organisation monégasque. Weigl lui-même a manqué plusieurs bonnes occasions de se mettre dans le sens du jeu, rappelant certaines limites niçoises. Le manque de compétition a peut-être joué sur ce début de match timide du milieu allemand.

Il n’était toutefois pas le seul absent. Ses partenaires une ligne plus haut (Guerreiro, Kagawa) étaient eux trop souvent éloignés pour offrir des solutions capables de le mettre dans le sens du jeu (3e homme). Et quand ils décrochaient, ils ne faisaient pas toujours les bons choix, alors que leur regista était en bonne position.

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Dernier facteur d’impuissance pour le Borussia : lorsque l’équipe voulait passer par les côtés pour progresser, elle se heurtait aux limites techniques de ses joueurs de couloir. Schmelzer et Ginter ne sont en effet pas les plus habiles ou les plus rapides pour progresser le long de la ligne de toucher et créer le danger à partir de zéro.

La formation de Thomas Tuchel a en fait eu besoin d’une bonne demi-heure pour trouver son rythme, qui est allé de pair avec la montée en puissance de Weigl (et sans doute le temps nécessaire pour se mettre dans le match après les évènements de la veille). Décalé sur son aile, Ginter a ainsi amené la première grosse occasion des Allemands dans ce match (Kagawa, 30e), sans que le Japonais ne puisse conclure.

Monaco, toujours aussi réaliste : 

Pendant ce temps, l’ASM en a profité pour prendre les devants au tableau d’affichage : laissant volontiers la possession à leurs adversaires (31% de possession sur l’ensemble du match), les joueurs de Leonardo Jardim ont fait la différence là où ils sont les meilleurs : en transition.

Lorsqu’il faut relancer, les Monégasques ne s’embarrassaient pas du ballon : Subasic allongeait vite alors que les solutions courtes étaient bloquées par les Allemands. La suite se jouait à la retombée sur les deuxièmes ballons. Comme prévu, la défense allemande n’a pas été dominatrice dans ses interventions et Monaco a ainsi eu l’occasion de poser le jeu dans le camp adverse. Après une fixation à l’intérieur grâce à Mbappé, Touré est lancé sur son aile et dépose le ballon sur la tête de Lemar (ça passe au-dessus, 11e).

Monaco s’est ensuite montré dangereux sur deux ballons récupérés à partir de touches adverses. La première a vu Mbappé prendre le dessus sur Sokratis et obtenir un penalty (Fabinho le manque, 16). Sur la suivante, Lemar a relancé son attaquant, cette fois repris in extremis par la défense allemande (17e).

Deux minutes plus tard, la lumière est venue d’une transition plus longue. Bernardo s’est retrouvé à l’origine en récupérant un ballon renvoyé de sa surface par Touré. Le Portugais a ensuite parcouru 70m avec la balle sans être rattrapé avant de décaler Lemar, passeur décisif pour un Mbappé hors-jeu (1-0, 19e). Un peu plus tard, l’ASM a eu un deuxième contre de ce type à jouer mais cette fois, le buteur a été repris de justesse par Sokratis (38e). A part ça, rien d’autre… si ce n’est le but offert par Bender sur un centre de Raggi (35e).

Bref à la pause, Monaco mène 2-0 mais n’a pas (encore) été bousculé. Les Allemands ont clairement fonctionné au ralenti et les Monégasques ont profité des moindres errements de leurs adversaires pour prendre l’avantage. Le csc de Bender a en quelque sorte compensé le penalty manqué par Fabinho.

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Deuxième mi-temps : le sans-faute de Tuchel 

Avec deux buts à remonter et des problèmes tactiques évidents, le coach allemand n’avait pas le choix. Deux joueurs sont entrés en jeu dès la reprise : Nuri Sahin et Christian Pulisic ont remplacé Lars Bender et Marcel Schmelzer. Cela a redistribué les rôles. Pulisic est entré au poste de latéral droit, ce qui a renvoyé Ginter en défense. Sahin s’est lui installé dans l’axe avec Weigl et Kagawa, Guerreiro prenant lui le poste dans le couloir gauche.

Quelles conséquences ? D’abord sur la mise en place du jeu. Sahin s’est positionné sur la même ligne que Weigl, ce qui a facilité l’élimination de la première ligne monégasque… d’autant plus que celle-ci a logiquement connu une baisse de régime au fil des minutes. Dans le camp adverse, les deux hommes restaient aussi en soutien, assurant un meilleur équilibre face aux transitions adverses (Monaco n’en aura qu’une sur toute la mi-temps, Falcao 75e) et une certaine fluidité dans la circulation du ballon.

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Ce positionnement plus bas de Sahin s’est aussi accompagné d’une regain d’activité de la part de Dembélé. La logique était claire : à partir du moment où Dortmund avait besoin d’un milieu supplémentaire pour faciliter les sorties de balle avec Weigl, Tuchel avait d’un autre joueur pour occuper la zone entre Fabinho et Moutinho. Dembélé a donc remplacé Guerreiro aux côtés de Kagawa.

Le Français a en effet beaucoup plus décroché en deuxième, occupant la zone laissée vacante par son partenaire. A défaut de se rendre vraiment disponible entre les lignes, sa qualité technique lui permettait d’être dangereux même en redescendant au-delà de la ligne de pression.

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Le jeu finissait ensuite sur les côtés, où le niveau technique s’est considérablement élevé avec les présences de Guerreiro et Pulisic. Le jeune Américain n’a pas perdu de temps pour faire d’énormes dégâts face à Raggi ou Lemar. Son bilan est assez impressionnant pour un joueur qui n’a pas que 45 minutes sur la pelouse : 1 passe-clé, 2 dribbles réussis et surtout 7 ballons touchés dans la surface adverse, le record du match alors qu’il n’a joué que 45 minutes.

A l’opposée, Guerreiro a fait parler sa qualité de centre sur le but de Dembélé (56e), son pied gauche trouvant le talon d’Aubameyang dans la surface monégasque. Un autre de ses centres, tendu et fort devant le but de Subasic, aurait pu finir au fond s’il avait seulement croisé la trajectoire d’un attaquant… ou d’un défenseur (61e).

Au-delà de l’équilibre et de la meilleure gestion du ballon dans le camp adverse, l’association Sahin-Weigl a aussi permis à Dortmund d’être bien plus solide sur le jeu long monégasque. La bataille pour les seconds ballons a beaucoup plus tourné à l’avantage des Allemands après la pause, ce qui leur a évidemment permis d’être moins mis en danger. Le décompte des tirs est ainsi passé de 5-5 en première mi-temps à 12-2 en deuxième.

Monaco : une défense héroïque dans sa surface 

Face à cette impressionnante mise en route du Borussia Dortmund, l’AS Monaco a vite été contraint de reculer. La baisse de régime générale sur le plan physique a poussé l’équipe à se recroqueviller autour de sa surface de réparation et à s’en remettre à sa défense.

En l’occurrence, celle-ci a été assez exceptionnelle sous une telle pression. Glik et Jemerson ont réalisé un deuxième acte de très haute volée dans leurs 16 mètres. Présents sur toutes les trajectoires ou presque, ils ont renvoyé, coupé, taclé et contré les assauts allemands autant qu’ils le pouvaient. Plus en difficulté au milieu de terrain, Moutinho et Fabinho se sont aussi dépouillés pour préserver au maximum la zone de vérité.

Plusieurs chiffres sont venus confirmer cette défense acharnée des Monégasques. Le nombre de dégagements est passé de 15 à 30, et surtout de 8 à 21 dans les 16m (voir ci-dessous : à gauche la première mi-temps, à droite la deuxième). A ces chiffres, il faut aussi ajouter deux tirs de Dembélé contrés par Jemerson alors qu’ils partaient depuis la Danger Zone (52e, 72e).

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Cerise sur le gâteau, l’ASM s’est tiré de cette mi-temps très compliquée avec un autre but venu de nulle part ! Un peu comme contre City lors du match retour, les Monégasques ont profité d’une de leurs rares occasions de la 2ème période pour scorer. Une nouvelle fois, Mbappé a profité d’un gros cadeau de la défense allemande pour se présenter face à Burki et inscrire un doublé (79e).

La soirée aurait pu être parfaite et la qualification quasiment dans la poche… Mais le Borussia Dortmund a fait preuve de beaucoup de caractère dans les dernières minutes. Les Allemands ont réussi à se relever de ce coup de massue et réduire une dernière fois la marque par l’intermédiaire de Kagawa (84e). Glik a même dû se sacrifier dans les arrêts de jeu pour empêcher Aubameyang d’égaliser (90e).

Conclusion : 

Bref, l’AS Monaco est bien en ballottage très favorable après ce match aller mais rien n’est joué vu l’opposition. Avec deux équipes aussi tournées vers l’avant, tout reste ouvert. Après tout, les Monégasques y croyaient encore après une défaite par 2 buts d’écart à l’Etihad Stadium. Aujourd’hui, les Allemands n’ont pas moins de raisons de croire en leurs chances, surtout s’ils parviennent enfin à arrêter de faire des cadeaux aux attaquants adverses.

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