Bayern Munich 2-1 Atletico Madrid : l’analyse tactique

Le Bayern a tout tenté, mais la Ligue des Champions semble avoir choisi son camp pour cette saison. Dominés, acculés pendant près de 80 minutes sur les 90 disputées, les joueurs de Diego Simeone sont quand même sortis de l’Allianz Arena avec leur billet pour la finale de la Ligue des Champions.

En convertissant leur unique grosse occasion dans le jeu de la soirée durant la période la plus équilibrée de la partie (début de deuxième mi-temps), ils ont rendu la tâche trop difficile à des Bavarois qui ont assez cruellement manqué de réalisme.

Les compos : 

Une grande partie de la presse allemande le réclamait depuis l’aller. Une heure avant le match, Pep Guardiola exauce leur souhait : Thomas Muller est bien au rendez-vous de cette deuxième confrontation. Il débute dans l’axe en soutien de Lewandowski.

Autres changements par rapport à la semaine dernière, Ribéry et Boateng font leur retour dans le onze de départ à la place de Coman et Bernat. Côté Atletico, Diego Simeone récupère Diego Godin pour renforcer sa défense.

Bayern Munich vs Atletico Madrid - Football tactics and formations

Le Bayern réussit son entame de match : 

Au coup d’envoi, Thomas Müller prend numériquement la place de Thiago Alcantara, titulaire au poste de relayeur gauche à l’aller. Mais l’attaquant allemand joue évidemment plus haut que l’ancien Barcelonais. Toujours positionné entre les lignes de l’Atletico, il contribue à faire reculer le bloc adverse.

En se privant d’un milieu de terrain, Pep Guardiola aurait pu perdre en maîtrise dans l’entrejeu, notamment au moment de déjouer le pressing de l’Atletico Madrid. Cela n’est pas le cas grâce aux décrochages de Xabi Alonso et de Vidal.

Xabi Alonso permet d’abord à ses défenseurs d’occuper les half-spaces afin de contourner la ligne Griezmann-Torres. Vidal, de son côté, glisse en position de n°6 quand c’est nécessaire afin d’offrir une autre solution de passe et participer à la libération de ses défenseurs centraux.

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Avec ces quatre joueurs, le Bayern efface aisément la première ligne de l’Atletico et peut porter le jeu dans le camp adverse. Le jeu long de Boateng peut aussi soulager son équipe en cas de position plus avancée du bloc adverse.

Résultat de cette organisation, le Bayern ne subit pas du tout le pressing adverse et l’entame de match tourne vite à son avantage. C’était un des principaux regrets de Guardiola à l’issue du match aller : cette fois, son équipe répond cette fois présent dans l’engagement et l’agressivité. En face, l’Atletico est dépassé.

Une fois la ligne médiane franchie, le Bayern peut mettre en place son jeu d’attaque. Cela passe d’abord par un positionnement très axial de ses atouts offensifs : ces derniers mettent beaucoup de présence dans le coeur du jeu afin de mettre les milieux de l’Atletico (orientés sur l’homme) sur le reculoir. La largeur est ensuite apportée par les montées de Lahm et Alaba.

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Au lieu d’étirer le bloc adverse, RIbéry et Douglas Costa évoluent à l’intérieur afin de les obliger à reculer. La largeur vient ensuite, apportée par Lahm et Alaba.

L’Atletico ne peut pas poser ses pièges : 

On entre alors dans une deuxième séquence avec un Bayern installé dans le camp adverse. A l’aller, l’Atletico avait abattu un très gros travail sur les côtés afin d’enfermer les ailiers bavarois (Douglas Costa, Coman) dans des prises à deux voire trois joueurs.

Sauf que les ajustements réalisés par Pep Guardiola pour le retour empêchent la mise en place de ces traps. Cela se voit surtout à droite où la position de Muller (entre Godin et Filipe Luis) dissuade le latéral de sortir au pressing. L’autre souci vient des déplacements de Douglas Costa, dont les changements de rythme sont une menace pour Augusto ou Gabi à l’intérieur.

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En mettant beaucoup de présence côté ballon, le Bayern empêche tout surnombre pour l’Atletico dans ces zones excentrées.

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Rapidement, Griezmann est obligé de décrocher pour venir en aide à ses milieux. Sur cette séquence, il évite à Saul de se retrouver seul contre deux adversaires alors que Muller « bloque » Filipe Luis.

Ces solutions pour le porteur (Lahm terminera la première mi-temps en ayant touché le plus grand nombre de ballons parmi les 22 acteurs) empêchent l’Atletico de récupérer le ballon. L’équipe madrilène doit se contenter de contenir au lieu de presser.

Conséquence en faveur du Bayern, le bloc adverse recule et des espaces se créent pour Vidal ou Javi Martinez à 40 mètres des buts. Cela permet au Bayern d’utiliser la largeur pour aller exploiter la vitesse de Ribéry et Alaba à l’opposée… La réciproque est aussi vraie de gauche à droite, même si l’équipe penche côté Lahm à la pause.

Les ballons touchés par le Bayern sur la première mi-temps :

Les ballons touchés par le Bayern sur la première mi-temps : on distingue assez clairement une plus grande densité sur le côté droit.

Simeone contraint de « choisir son poison »

Très rapidement, l’Atletico doit trouver une réponse à ces différents problèmes. L’équipe passe du 4-4-2 à un 4-5-1 censé faciliter la fermeture des couloirs tout en densifiant le milieu de terrain. Griezmann quitte sa position de deuxième attaquant pour aller fermer le couloir droit. On le retrouve notamment face à Alaba.

Mais à cette solution proposée par Simeone, le Bayern pose un nouveau problème. En passant en 4-5-1 en phase défensive, l’Atletico ouvre la porte aux incursions de Javi Martinez et surtout Boateng dans ses 40 mètres. Avec de l’espace et du temps pour ajuster ses relances, le défenseur fait énormément de dégâts en trouvant ses attaquants. Il est ainsi à l’origine de la première big chance de la partie (Lewandowski, 19e).

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L’Atletico en 4-5-1, c’est une invitation à monter pour Jérôme Boateng.

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Le milieu de terrain allemand fait oublier l’absence de Thiago grâce à la qualité de ses ouvertures depuis la position qu’occupait le Barcelonais au match aller.

Cette alerte pousse Simeone à repasser en 4-4-2 dans les secondes qui suivent. L’Atletico renoue alors avec ses problèmes de départ : peu de ballons récupérés en raison de la présence adverse dans les intervalles de son système défensif et un Bayern libre d’exploiter la largeur et de développer de longs temps de jeu.

En plus de son jeu d’attaque bien établi, le Bayern fait aussi le travail à la perte. Que ce soit sur les deuxièmes ballons ou après un duel perdu, la structure offensive bavaroise lui permet de mettre rapidement la pression sur le porteur et ses solutions les plus proches. Résultat, des ballons vite récupérés et le danger qui revient sur les buts d’Oblak.

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Lahm recherche Müller dans la profondeur dans le dos d’un Filipe Luis orienté vers Douglas Costa. Mais le latéral se rattrape et récupère le ballon. Danger pour le Bayern si le ballon sort.

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Alors que Douglas Costa accompagne la montée de Saul dans le couloir, Lahm, Vidal et Xabi Alonso viennent fermer la sortie de balle. Le Bayern récupère et Vidal peut repartir vers le but.

C’est ainsi que l’on arrive au coup-franc victorieux de Xabi Alonso (31e). Tout part d’un centre de Vidal depuis le flanc droit, finalement récupéré par Ribéry à l’opposée. Le ballon ressort sur Boateng qui le remet dans la surface. Alaba le regagne à l’entrée de celle-ci et prend Augusto de vitesse (1-0).

Deux minutes plus tard, le Bayern aurait dû encore un peu plus concrétiser sa domination avec un penalty obtenu pour une faute de Gimenez sur un corner. Mais Oblak repousse la tentative de Müller et préserve les chances de l’Atletico. Un petit tournant dans cette mi-temps qui sera suivi d’une dizaine de minutes plus heurtées.

A la pause, l’Atletico s’en sort bien avec un seul but encaissé car le Bayern s’est crée deux autres big chances (Lewandowski, 20e – Muller (pen), 33e). Au total, les Bavarois ont tiré à 17 reprises au but, dont 9 fois de l’intérieur de la surface. A l’opposée, l’Atletico n’a répondu qu’avec 2 tentatives de loin signées Gabi.

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Au coup de sifflet final, Boateng était le 3ème joueur à avoir réalisé le plus de passes dans le dernier tiers derrière Lahm et Ribéry. Avec du déchet certes, mais aussi des passes risquées.

Le pari de Simeone : 

Au retour des vestiaires, Diego Simeone fait son premier changement en faisant entrer Carrasco à la place d’Augusto. Ce remplacement fait définitivement passer l’Atletico en 4-5-1 avec l’ancien Monégasque à gauche, Griezmann à droite et surtout la paire Gabi-Koke dans l’axe devant Saul Niguez.

Les deux milieux de terrain espagnols ont un rôle capital dans cette reprise puisqu’ils doivent s’opposer à l’avancée de Boateng ou Javi Martinez dans les half-spaces (ce que l’on avait commencé à apercevoir en fin de première mi-temps). L’objectif est d’orienter le Bayern vers les côtés où attendent les latéraux et les ailiers madrilènes (désormais plus bas que leurs milieux de terrain afin de retrouver les prises à deux recherchées depuis le début de la confrontation). 

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L’Atletico (Gabi et Griezmann) veut pousser Boateng à jouer sur Ribéry afin d’enfermer ensuite le Français (Griezmann-Juanfran). Si le jeu part à l’opposée, le fonctionnement est le même avec la sortie de Koke et la fermeture par Carrasco et Filipe Luis.

Le problème pour l’Atletico, c’est que le Bayern ne se laisse pas diriger si facilement. Et même s’il écarte le jeu dans un premier temps, il trouve des solutions lorsque le ballon revient dans l’axe. Lorsque la balle revient dans le half-space, le positionnement plus avancé de Gabi et Koke devient un danger : s’ils ne sont pas sur le chemin du ballon, le Bayern peut les effacer en une seule passe pour trouver ses attaquants dans le coeur du jeu.

A plusieurs reprises, il faut des interventions décisives de Saul Niguez, Godin ou Gimenez pour couper court les offensives bavaroises. On touche là peut-être à l’une des limites du Bayern hier : le petit match de Douglas Costa, Muller ou Lewandowski, qui n’ont pas su prendre l’ascendant sur ses quelques situations où ils se sont retrouvés à la mène et en un-contre-un face à leurs adversaires.

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L’Atletico n’a pas réussi à enfermer le Bayern (Ribéry et Alaba) sur le côté. Résultat, Xabi Alonso a de l’espace et surtout un bel intervalle à exploiter pour casser la ligne de l’Atletico.

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Sa passe trouve Douglas Costa mais le Brésilien ne parvient pas à enchaîner, pris par la bonne sortie de Godin et la position de Saul Niguez. Dommage car les intervalles ne manquent pas derrière.

Malgré une défense parfois « à la limite de la rupture », ce pari de Simeone est gagnant. D’abord car sa défense ne craque pas (Gimenez a notamment su se remettre de son penalty concédé en première mi-temps), ensuite parce que les ballons qu’elle récupère sont susceptibles de se transformer en attaque rapide.

La structure du Bayern n’est en effet pas encore complètement en place sur ces pertes de balle. L’égalisation de Griezmann vient d’un ballon rendu par Boateng et d’un contre-pressing défaillant de la part des Bavarois (Boateng, Xabi Alonso).

Lire : Bayern Munich 2-1 Atletico Madrid : l’analyse du but de Griezmann

Le Bayern joue le surnombre : 

L’équipe de Pep Guardiola doit désormais marquer deux fois pour se qualifier. Or les minutes passent et les occasions ne viennent pas face à cette nouvelle organisation madrilène. Entre la 46ème et la 63ème minute, les deux équipes sont même à égalité au niveau du nombre de tirs tentés (3-3).

La solution pour les Allemands vient d’un nouvel ajustement qui vise à recréer les conditions du début de match, à savoir créer le surnombre d’un côté du terrain pour ensuite renverser à l’opposée. Depuis le début de la mi-temps, les remontées de balle se font côté gauche via Boateng. Le Bayern met beaucoup de présence devant lui afin d’encourager l’Atletico à resserrer de ce côté du terrain.

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Deux solutions ensuite pour le Bayern : soit de la verticalité et des enchaînements dans les petits espaces entre les offensifs afin de trouver un décalage (pour finir sur un centre ou une passe en profondeur), soit du jeu latéral pour finir à l’opposée sur l’ailier chargé d’attaquer son vis-à-vis. Peu en vue dans ce match, Douglas Costa cède rapidement ce rôle à Coman (73e) pour le dernier quart d’heure.

La présence de Thomas Muller aux avants-postes offre en plus de l’espace à ce dernier : l’attaquant allemand empêche souvent Filipe Luis de sortir au contact, lui permettant de prendre de la vitesse et d’arriver lancé aux abords de la surface de réparation.

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Avec Müller entre Filipe Luis et Godin, Coman a de la place pour se lancer sur son aile.

L’Atletico au bord de la rupture : 

A ce moment du match, les Madrilènes n’ont plus grand chose à proposer d’autre que leur sens du sacrifice pour s’opposer aux offensives bavaroises. Physiquement, l’équipe commence même à piocher et fait des erreurs surprenantes. Le deuxième but du Bayern découle ainsi d’un long ballon d’Oblak que les Colchoneros ne disputent pas. Deux minutes plus tard, le Bayern se crée une nouvelle occasion en remontant 80 mètres au sol sans la moindre opposition.

Mais malgré cela, l’Atletico tient toujours et il obtient à son tour une balle de qualification sur penalty (84e). Griezmann sorti, c’est Torres qui prend ses responsabilités après avoir obtenu la faute mais Neuer s’interpose. On repart pour une dizaine de minutes sous haute tension.

C’est alors Coman qui se retrouve à l’origine des meilleures opportunités pour le Bayern : d’abord sur un centre dévié par Muller que Lewandowski ne parvient pas à reprendre (87e), puis sur deux tentatives à partir de ballons récupérées au deuxième poteau sur lesquels il manque sans doute de sang-froid (89e, 92e). Entre temps, Alaba forcera Oblak à faire sa 9ème et dernière parade du match en reprenant un ballon à l’entrée de la surface suite à un corner.

Conclusion : 

Les deux maps ci-dessous résument la performance du Bayern sur cette double confrontation. Face à un Atletico qui a passé 180 minutes à 11 contre 11, les Bavarois ont fait mieux que le Barça, pourtant été en supériorité numérique pendant près d’une heure de jeu lors de son match aller.

Difficile dès lors de mettre la défaite sur le dos du seul Guardiola et de son plan de jeu. Simeone l’a d’ailleurs reconnu après le match en évoquant la première mi-temps : « c’était merveilleux de voir le Bayern mettre autant d’intensité avec autant de qualité. J’étais amoureux de ce que je voyais ».

Depuis la mi-temps au Calderon, le Bayern a largement dominé des Madrilènes qui ont dû puiser dans leurs ressources pour tenir le choc (47 tirs concédés en 135 minutes…). Le différentiel de tirs est énorme avec un +36 pour le Bayern, +19 sur les tirs de l’intérieur de la surface et +12 sur les tirs cadrés.

Il a fallu beaucoup de maladresse dans les rangs bavarois (Müller et Lewandowski lors du match retour) et un grand Oblak dans les buts pour en arriver à ce résultat. Après avoir sorti le Barça et le Bayern, l’Atletico a certainement fait le plus dur sur sa route vers le titre de champion d’Europe. Ce serait maintenant trop bête de rater la dernière marche…

 

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1 réponse

  1. Former-Emile dit :

    Analyse brillante, comme toujours.

    Je pense que Guardiola et son équipe sont proches d’avoir réalisé le match parfait face à cette équipe de l’Atletico, notamment en arrivant à empêcher le pressing habituel de ceux-ci en première mi-temps, ce que peu d’équipes parviennent à éviter.

    Maintenant je pense que Simeone a quand même effectué un choix décisif avec ce passage en 4-1-4-1 (ou 4-5-1, c’est la même chose), notamment parce que cela a permis avec la présence de Saul de gérer les attaquants trouvés entre les lignes. Avec un grand Alonso, du moins avec le ballon, ce soir là, et un Müller intercalé, le danger était présent. Comme tu l’as montré ça a également permis de combler les fameux half-spaces, et aussi à mon avis d’avoir une base plus solide à la relance avec Koke qu’avec Augusto, dont les limites existent dans ce domaine.

    Je me demande également si Guardiola n’aurait pas dû tenter de réaliser le même coaching que face à la Juve. Comme tu l’avais montré dans ton analyse de ce match-là, la rentrée de Coman pour Alonso (et non pour Costa) avait permis à Costa d’évoluer dans l’axe, avec Vidal reculant d’un cran. Peut-être cela aurait-il pu entraîner les mêmes effets ?

    En tout cas il s’agissait bel et bien d’un match passionnant. Juste une question, qui doit te paraître évidente mais je suis un peu néophyte en la matière, mais on parle également de half-spaces dans sa propre moitié de terrain ? Je croyais cette zone limitée horizontalement par la ligne médiane et la surface de réparation.

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