Naples 2-0 Nice : l’analyse tactique

Après avoir brillamment écarté l’Ajax Amsterdam lors du 3ème tour préliminaire, l’OGC Nice devait faire face à un encore plus gros morceau sur sa route vers la Ligue des Champions : le Napoli de Maurizio Sarri. Mais mercredi dernier au San Paolo, il n’y a pas eu de bonne surprise : l’équipe de Lucien Favre a été surclassée par un adversaire qui avait quand même réussi à faire trembler le Real la saison dernière. Pas de quoi rougir donc…

Les compos :

Face à l’habituel 4-3-3 de Sarri, qui s’est appuyé sur son équipe-type, Lucien Favre a décidé de repasser à une défense à trois avec Dante, Le Marchand et Souquet dans l’axe. Présentée en 3-4-3 au coup d’envoi, l’OGCN a finalement évolué en 5-3-2 avec un Seri positionné devant la défense.

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Nice densifie l’axe, Naples passe par les côtés

Face à l’Ajax, l’une des grandes forces de Nice était d’avoir su stopper la progression de son adversaire au milieu. Positionné en 4-4-2, le bloc médian niçois avait mis beaucoup de densité sur les côtés afin de réduire l’influence des ailiers adverses. Sans réponse, les Néerlandais n’avaient pas réussi à développer leur jeu, qui utilise justement les qualités de percussion de ces ailiers et la largeur du terrain pour créer des espaces.

Si Nice a changé de système par rapport à ce match, l’approche défensive est restée la même. Les Azuréens ont vite laissé l’initiative à leurs adversaires, préférant les attendre au milieu de terrain. Sur le papier, le 5-3-2 leur offrait des garanties concernant la fermeture du coeur du jeu. Les défenseurs centraux du Napoli, notamment Koulibaly très bon relanceur, ont assez peu joué vers l’avant, tout comme Jorginho souvent encerclé par cinq adversaires.

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Mais Naples s’est vite ajusté pour répondre à cette organisation. Face à un axe aussi densifié, la solution est venue des côtés, tant pour progresser dans la moitié niçoise que pour mettre la défense en difficulté.

Au lieu de rester dans les zones gardées par Lees-Melou ou Koziello, Allan et Hamsik ont très souvent dézoné. Le premier est allé s’aventurer plus haut sur le terrain, allant au contact de Le Marchand ou Sarr. Même chose pour le second avec Souquet et Jallet, le Slovaque prenant aussi l’initiative des lancements de jeu à gauche, laissant alors la position plus avancée à Insigne ou Ghoulam.

La passmap ci-dessous confirme les positions excentrées des deux relayeurs du Napoli. Hamsik a évidemment eu le volume de jeu le plus important, faisant pencher l’animation de l’équipe à gauche avec Ghoulam et Insigne. Moins visible avec la balle, Allan a lui évolué dans les mêmes zones que Callejon.

En sur-occupant les couloirs de cette manière, Naples a empêché les latéraux niçois de sortir presser au milieu. Conséquence, c’est le trio formé par Koziello, Seri et Lees-Melou qui a été contraint de gérer la largeur la majeure partie du temps. Une tâche bien trop compliquée face à des adversaires intelligents, talentueux avec le ballon et efficaces dans le un-contre-un (Insigne).

Lorsque l’attaque n’était pas possible, les Napolitains avaient en plus la possibilité de revenir jusqu’à leurs défenseurs pour se rendre côté opposé. Les Niçois n’ont jamais profité de ces situations pour tenter de remonter leur bloc grâce aux courses de Pléa ou Saint-Maximin. Résultat, en quelques passes, l’équipe de Sarri était en mesure de préparer une nouvelle attaque de l’autre côté du terrain.

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Naples et la profondeur

Les Partonepei avaient ensuite plusieurs options pour finir. Leur qualité dans les petits espaces a permis de créer des décalages à partir des trois-contre-trois qui se présentaient sur les côtés. Ses séquences très rapides étaient néanmoins coupées par la défense niçoise et Dante (l’avantage d’avoir trois défenseurs centraux)… jusqu’à l’action qui s’est terminée par le penalty concédé par Jallet (70e).

Mais l’arme fatale de Naples sur ce match a été son excellente utilisation de la profondeur. Ce n’est pas une nouveauté pour l’équipe de Sarri. Mais ce qui a vraiment fait la différence, c’est qu’elle croisait ce soir-là une équipe de Nice en grande difficulté dans ce domaine depuis le début de la saison.

Les Napolitains penchant à gauche, les appels sont surtout venus de Mertens ou Callejon, les passes partant de Insigne ou Hamsik. La coordination entre le passeur et l’attaquant était telle que la défense n’avait parfois même pas une seconde pour réagir ou anticiper. Le Marchand et Sarr ont eu beaucoup de mal face aux appels de Callejon qui s’est crée plusieurs occasions sur des appels de ce genre (8e, 15e, 37e, 65e).

A la décharge des défenseurs niçois, l’animation du Napoli pouvait les mettre dans des situations compliquées, où ils devaient à la fois gérer un adversaire devant eux alors qu’un autre pouvait partir dans leur dos à tout moment. Sur le but de Mertens (13e), ils n’ont en plus pas été aidés par la sortie tardive de Cardinale, qui a laissé son but vide et ainsi facilité la tâche de l’attaquant belge.

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Nice étouffé par le pressing adverse 

C’est la suite logique des difficultés niçoises sans le ballon. Incapables d’empêcher la progression napolitaine dans leur camp, les Azuréens ont subi de plein fouet le pressing adverse.

En début de match, ils ont tenté de l’éviter en repartant long depuis Cardinale, ce qui n’est pas dans leurs habitudes. Mais à la retombée, Naples restait dominateur : Koulibaly et Albiol ont vite pris l’ascendant sur Pléa, tandis que les milieux de Naples ont eux aussi eu l’avantage dans la bataille pour les deuxièmes ballons.

L’OGCN est ensuite revenu à ses habitudes en repartant plus court et au sol, en cherchant un Seri positionné plus bas qu’habituellement. Quelques séquences ont permis aux Niçois d’atteindre la moitié de terrain adverse… mais pour une relance réussie, il y en avait plusieurs manquées. Au mieux, le ballon était rendu ; au pire le Napoli avait une nouvelle occasion de marquer (Mertens, 20e).

La passmap de Nice ci-dessous confirme les difficultés des Azuréens, étouffés dans leur moitié de terrain et laissant le duo Pléa/Saint-Maximin sans soutien. L’ancien Bastiais a d’ailleurs été l’élément le plus en vue, bonifiant plusieurs ballons sortis ou gagnés par ses partenaires, sans toutefois réussir le dernier geste. Le meilleure occasion niçoise est à l’actif de Koziello, suite à une diagonale de Lees-Melou pour sauter le pressing et une montée de Jallet pour porter le ballon jusqu’à la surface (34e).

Comment mieux faire ? 

22 tirs à 6, 5 grosses occasions à zéro. Cela faisait bien longtemps que Nice n’avait pas été surclassé de la sorte. Le score final de 2-0 est même un petit miracle pour l’équipe de Lucien Favre tant le Napoli a eu les situations pour plier la double confrontation dès le match aller. Mais les Aiglons ont-ils des raisons de croire à l’exploit ?

Difficile d’y croire… Privée de Pléa et Koziello, l’équipe de Favre va devoir changer beaucoup de choses dans un laps de temps très réduit pour pouvoir croire à l’exploit. Et même si le technicien suisse décidait de changer quelque chose à ses plans, il y a de fortes chances pour que Naples ait des réponses à apporter.

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1 réponse

  1. Leto dit :

    Merci pour cette analyse. En résumé, à vouloir ne pas prendre de but (même si l’équipe n’a pas pu empêcher le jeu dans son dos), Nice était incapable de ressortir le ballon. Grâce à ses DC, le Napoli pouvait bloquer le jeu long et n’avait qu’à presser de manière continue pour étouffer son adversaire. Du grand art

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