Atletico Madrid 1-0 Bayern Munich : l’analyse tactique

Une mi-temps pour chaque équipe. Voilà comment résumer cette demi-finale aller entre l’Atletico Madrid et le Bayern Munich. Auteur d’une énorme entame de match, ponctuée par un bijou de Saul Niguez (11e), l’Atletico a complètement fait déjouer le Bayern en première mi-temps en déstructurant son jeu d’attaque. Les Bavarois ont toutefois eu du répondant après la pause grâce à une meilleure occupation de l’espace. Vite, le match retour !

Les compos : 

Au coup d’envoi, aucune surprise n’est à signaler du côté de l’Atletico Madrid. L’équipe a récupéré Fernando Torres, de retour de suspension, mais perdu Carrasco sur blessure. « El Nino » se retrouve donc sur le front de l’attaque aux côtés de Griezmann. Derrière, Simeone décide de faire confiance à Savic et Gimenez en l’absence de Godin, lui aussi blessé.

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Dans l’autre camp, Pep Guardiola fait plusieurs choix importants. Si le système ne change pas, le technicien catalan décide de lancer Javi Martinez aux côtés d’Alaba derrière (question de taille ?), Vidal et Thiago au milieu (grinta et talent face à la vivacité de l’Atletico dans cette zone ?) avec Xabi Alonso et Coman aux avants-postes avec Douglas Costa et Lewandowski. Victimes de ces décisions, Kimmich, Muller et Ribéry restent sur le banc de touche.

L’Atletico sur la lancée de sa performance face au Barça : 

Dans cette demi-finale au sommet, c’est l’Atletico qui prend le meilleur départ. Le match face au Barça lors du tour précédent a été une belle répétition pour les Madrilènes qui ne changent pas de formule pour faire face à la relance du Bayern.

Lire aussi : Atletico Madrid 2-0 Barcelone : l’analyse tactique

Griezmann et Torres isolent Xabi Alonso (Busquets) de ses partenaires tout en allant chercher Alaba et Javi Martinez lorsque le Bayern est contraint de revenir en retrait vers eux. Sur les côtés, Saul et Koke sortent sur les latéraux (Bernat, Lahm). Dans l’axe, Gabi et Augusto se retrouvent dans les zones de Thiago et Vidal et les accompagnent dans leurs déplacements.

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Le 4+2 (milieu et attaque) de l’Atletico à l’oeuvre face à la relance du Bayern : Saul force Bernat à rejouer vers Alaba tandis que Torres et Griezmann isolent Xabi Alonso. Au sein du deuxième rideau, Gabi et Augusto chassent Vidal et Thiago.

Lorsque l’Atletico pousse le pressing jusque dans le dernier tiers du Bayern, Gabi sort en pointe de son milieu afin d’empêcher Xabi Alonso de créer le surnombre entre ses défenseurs centraux. Cela force Neuer à jouer long et (souvent) rendre le ballon.

Le jeu long, le Bayern l’utilise très rapidement pour tenter de sauter cette pression madrilène dans l’entrejeu. En l’espace d’une minute, Alaba cherche Lewandowski à deux reprises par la voie des airs. Problème à la retombée, le Polonais est bien seul et vite pris par le repli des Colchoneros.

Dans ces premières minutes, les joueurs de Diego Simeone sont supérieurs à leurs adversaires dans le défi physique. Tous les duels ou presque tournent à leur avantage, que ce soit dans les airs ou à la retombée. L’Atletico a toujours un temps d’avance et ses bons enchaînements au sol avec le ballon mettent le milieu du Bayern à l’agonie.

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Vidal est pris par la vivacité de Augusto et perd le ballon.

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Sur cette séquence, c’est Filipe Luis qui prend le dessus sur Xabi Alonso et dépasse tout seul les trois milieux du Bayern.

Une stat résume ce premier quart d’heure très compliqué des Bavarois : sur 12 tacles tentés, ils n’en réussissent que 4. Censé tenir le milieu, Xabi Alonso a été totalement dépassé par la vivacité des Madrilènes (0/4)… L’Atletico convertit sa très bonne entame en tirs (5 en 11 minutes, dont 2 dans la surface) et Saul réalise l’une des plus belles actions individuelles de l’année pour lui donner l’avantage (1-0, 11e).

L’Atletico verrouille les half-spaces : 

La chronologie des tirs effectués dans le match présentée ci-dessus en dit long sur son déroulement. Après l’énorme entame de l’Atletico, le Bayern réagit vite grâce à un débordement de Douglas Costa et une double occasion pour Vidal. Mais derrière, il n’approche quasiment plus les buts d’Oblak jusqu’à la pause. En cause, un adversaire qui a complètement déstructuré sa manière d’attaquer.

Pour rappel, les Bavarois s’appuient en phase offensive sur une ligne de cinq, installée pour ne négliger aucun espace : les couloirs avec les ailiers (Douglas Costa, Coman), l’axe avec l’avant-centre (Lewandowski) et les deux half-spaces (Vidal-Lahm / Thiago-Bernat).

A voir : L’animation offensive du Bayern en vidéo

Face à une telle armada, le calcul de l’Atletico est simple : il s’agit de priver le Bayern des solutions dans les half-spaces de manière à isoler les trois attaquants dans leurs zones respectives (Douglas Costa à gauche, Coman à droite, Lewandowski dans l’axe) et y récupérer le ballon. 

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Alaba n’est pas cadré par Griezmann ou Torres mais il n’a pas de solution pour exploiter le half-space devant lui : la faute à la densité proposée par l’Atletico (Saul, Gabi, Augusto) pour empêcher toute passe verticale.

Première étape : repousser le Bayern autour du rond central grâce à la présence de Torres et Griezmann aux abords de celui-ci… puis ensuite densifier au maximum le half-space grâce aux tandems exter-inter (Saul-Gabi à droite / Koke-Augusto à gauche) pour empêcher toute passe verticale. Si besoin, le second milieu axial pouvait aussi suivre l’adversaire présent entre les lignes.

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Latéral au départ, Lahm hérite de la relance côté droit après que Javi Martinez se soit effacé en s’excentrant. Problème, aucune passe vers l’avant n’est possible avec la présence de Koke-Augusto sur la ligne de passe. Gabi est en couverture sur Vidal en cas de problème.

Un Bayern déstructuré : 

Impossibles à trouver entre les lignes adverses, Vidal et Thiago sont très vite forcés de dézoner pour se rendre disponibles. Ils tentent d’abord de s’excentrer afin de s’intercaler entre leurs latéraux et leurs ailiers et offrir des relais extérieurs à Bernat ou Javi Martinez. Sans réussite puisqu’ils sont accompagnés par leurs adversaires directs.

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Alors que Saul oriente Bernat vers l’extérieur, Thiago veut offrir une solution à son latéral le long de la ligne de touche.

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Le milieu du Bayern se retrouve sous la pression de son homologue madrilène. A noter qu’aucun partenaire n’occupe le half-space dans son dos.

Sevrés de ballons intéressants et mis en difficulté lorsqu’ils le reçoivent, les deux milieux se mettent à décrocher pour trouver des zones de confort, loin de la pression adverse. Ces mouvements achèvent de déstructurer le Bayern tout en facilitant la tâche de l’Atletico dans son camp : car plus il y a d’attaquants derrière le ballon, plus il est simple de défendre.

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Vidal va même redescendre jusqu’au niveau de sa défense centrale pour toucher le ballon. Heureusement, Lahm va montre la voie dans le même temps en montant pour occuper l’espace.

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Complètement déstructuré, le Bayern se retrouve avec 7 joueurs à 40 mètres des buts madrilènes pour seulement 2 adversaires (Griezmann, Torres). Défensivement, l’Atletico n’est pas inquiété avec un 8 contre 3 en sa faveur derrière.

L’Atletico peut en plus compter sur l’activité de Griezmann et Torres pour perturber les longues séquences de possession adverses. Lorsque le Bayern tente d’aller d’une aile à l’autre en repassant par le coeur du jeu, ce dernier peut être bloqué par le retour de l’un des deux attaquants rouge et blanc. Griezmann va réaliser pas moins de 7 interceptions dans cette zone de terrain sur l’ensemble de la rencontre.

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Lahm ne peut pas aller vers l’avant mais Thiago lui offre une solution latérale intéressante.

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C’est sans compter sur la bonne anticipation de Griezmann qui se jette et intercepte le ballon.

Finalement, les rares séquences intéressantes du Bayern viennent d’initiatives prises balle au pied par Alaba pour franchir le premier rideau adverse (Griezmann-Torres) et fixer les milieux adverses. Le problème reste le même – le milieu de l’Atletico empêche la passe verticale – mais cela permet à Douglas Costa de toucher la balle plus près du but adverse et donc d’être plus dangereux.

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A défaut de pouvoir trouver Thiago entre les lignes, la montée d’Alaba permet au Bayern de libérer Douglas Costa.

Néanmoins, rien de dingue. Comme prévu, les attaquants du Bayern manquent de soutien : sur la première mi-temps, Lewandowski est le joueur qui perd le plus de ballons (6) devant Coman (4 et 0 dribble réussi sur 3 tentés). Sur son aile, Douglas Costa s’en sort mieux (1) mais ne prend pas clairement l’ascendant sur Juanfran et ses partenaires (3 dribbles réussis sur 9).

A la pause, l’Atletico mène et affiche autant de tirs que le Bayern (7-7) malgré deux fois moins de possession. Les Bavarois peinent à pénétrer dans la surface adverse (seulement 2 tirs à la 12ème minute). Les Colchoneros manquent même une balle de break par Griezmann (30e) suite à un long ballon dévié par Saul dans le camp bavarois.

Deuxième mi-temps : l’Atletico recule, le Bayern se retrouve 

Après le repos, les choses s’améliorent pour le Bayern grâce à quelques ajustements. L’accent est clairement mis sur l’occupation des half-spaces et cela se ressent au niveau des mouvements coordonnés entre Thiago, Vidal et leurs ailiers. Lorsque les milieux s’excentrent pour échapper à la pression de Gabi ou Augusto, Douglas Costa et Coman rentrent à l’intérieur afin d’occuper les half-spaces qu’ils laissent vacants.

Cette présence nouvelle met forcément les milieux de l’Atletico sur le reculoir, augmentant l’espace entre la ligne des milieux et le duo Griezmann-Torres en première ligne. Cela offre plus d’espaces au Bayern pour ressortir d’un couloir et renverser le jeu à l’opposée si nécessaire.

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Thiago s’excentre : Douglas Costa rentre dans l’axe et occupe le half-space. Sa présence est prise en compte par Gabi et Augusto qui doivent évidemment reculer.

Dans leurs déplacements sans ballon, les milieux du Bayern corrigent aussi le tir : Vidal ne décroche plus et laisse à Xabi Alonso, Alaba, Javi Martinez, Lahm et Bernat la soin de ressortir le ballon. Ce groupe contourne la première ligne de l’Atletico et le remonte désormais par les côtés (Lahm à droite, Bernat à gauche).

A l’instar de la position intérieure des ailiers sur la séquence précédente, les courses vers l’avant de Thiago et Vidal font reculer les milieux de l’Atletico. Griezmann se retrouve même forcé de redescendre pendant quelques minutes afin de renforcer le bloc-équipe. C’en est définitivement terminé de la nasse (Griezmann-Torres) dans laquelle l’Atletico parvenait à récupérer des ballons : le Bayern peut désormais exploiter la largeur.

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La course vers l’avant de Thiago a embarqué Augusto jusqu’à hauteur de sa défense. Griezmann doit redescendre à l’opposée afin de suivre Vidal.

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Résultat, quelques secondes plus tard, le Bayern peut ressortir tranquillement le ballon du côté gauche pour jouer sur Lahm dans l’axe.

Les séquences de possession s’allongent en faveur du Bayern et les occasions viennent avec. Alaba déclenche les hostilités en envoyant une frappe de loin sur la transversale d’Oblak (55e). Le Bayern multiplie aussi les centres (de 1/11 à 5/16 entre les deux mi-temps) et se montre dangereux sur coups de pied arrêtés (Javi Martinez, 55e).

Mais la meilleure opportunité vient d’une action construite dans les half-spaces qui manquaient tant aux Bavarois en première mi-temps. A la base, Thiago dézone côté droit et s’intercale entre Lahm (cadré par Koke) et Javi Martinez (cadré par Griezmann). En une passe, il trouve Vidal qui lance Lewandowski dont le tir est finalement trop croisé (64e).

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Trois solutions pour le Bayern face au premier rideau de l’Atletico : l’incursion plein axe avec Alaba ou le contournement via Bernat et Javi Martinez (même si c’est plutôt Lahm qui s’en chargera sur le côté droit).

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La structure retrouvée du Bayern avec une bonne occupation de l’espace (un joueur dans chacune des cinq zones offensives).

La structure offensive retrouvée du Bayern Munich se retrouve dans les chiffres de sa deuxième mi-temps : l’équipe perd moins de ballons (14 contre 21) et les rend surtout plus haut dans le camp de l’Atletico. Elle tente aussi plus souvent sa chance (13 tirs contre 7), même si la plupart de ses tentatives de l’intérieur de la surface sont des reprises de la tête qui n’inquiètent pas Oblak.

Le retour d’une structure en attaque permet au Bayern d’être bien plus efficace à la récupération du ballon. L’Atletico a en effet beaucoup de mal à ressortir de son camp jusqu’à l’entrée du dernier quart d’heure, lorsque Ribéry s’en va buter sur la défense, offrant un contre inespéré aux Colchoneros (poteau de Torres, 74e).

Cette action a d’ailleurs le don de remobiliser l’Atletico et rééquilibre les dernières minutes de la rencontre. Comme à leur habitude, les joueurs de Diego Simeone parviennent à faire tourner le chronomètre en réalisant plusieurs séquences où ils maintiennent le Bayern dans sa moitié de terrain. Conséquence, un money-time moins fourni en opportunités, si l’on excepte une dernière tentative de Benatia de la tête au bout des arrêts de jeu (92e).

Conclusion : 

Après ce match aller, l’Atletico est évidemment en ballottage favorable avec son but d’avance mais le Bayern a plus d’une raison d’y croire. Même si Oblak n’a pas tremblé, les Bavarois ont réussi à retrouver la maîtrise du jeu après la pause en forçant leurs adversaires à reculer… mais le Barça aussi y était arrivé en quart de finale et on sait ce qu’il s’est passé ensuite.

Pour espérer se qualifier, la formation de Pep Guardiola ne devra surtout pas manquer son entame de match à l’Allianz Arena. L’équipe devra reprendre la partie comme elle l’a terminée à Vicente-Calderon. Dans le cas contraire, elle risquerait de se retrouver face à un défi encore plus grand que celui de remonter 3 buts à la Juventus en l’espace d’une demi-heure. 







 

 

 

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7 réponses

  1. Hamda Jambay dit :

    Merci.

    C’est très intéressant.

  2. Amine dit :

    Merci pour cette intéressante explications.

  3. Dede dit :

    Merci.
    C’est très intéressant cette explication.

  4. Ldcwar dit :

    Merci top!

  5. popo dit :

    « la formation de pep guardiola »

    a corriger il est à city maintenant ….

  6. Zizi dit :

    Il est toujours a munich …

  7. Aleph dit :

    Ce que trouve intéressant à noter c’est le fait qu’on a de plus en plus certaines équipes qui n’hésitent pas à envoyer le latéral au contact très rapproché de l’ailier de l’équipe adverse (Coman et Costa ici). Du coup la compacité de la dernière ligne est « inexistante » et un espace important se crée entre ce latéral et la défense central ( 3 et 4) que les milieux pourraient utiliser pour s’infiltrer (avec ou sans ballon). C’est une « faute » qu’on déconseille dans les écoles d’entraîneur (je l’ai payé cher…lol).

    Pourtant ça marche…!!!

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