Lyon 2-2 Hoffenheim : mais qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Cinq buts de chaque côté, des scénarios haletants jusqu’à la dernière seconde, des entraîneurs qui se répondent d’un match à l’autre… La double confrontation entre Lyon et Hoffenheim a peut-être été l’une des plus intéressantes à suivre depuis le début de cette édition de la Ligue des Champions. Rentrés d’Allemagne avec un surprenant point vu la physionomie de la rencontre aller, les joueurs de Bruno Génésio ont démontré leur supériorité mercredi soir dans leur stade lors du retour. Pourtant, ils n’ont eu aussi tiré qu’un point de ce match, la faute à une perte de contrôle fatale dans les dernières minutes de la partie.

Mais pour que l’équipe perde le contrôle, il faut d’abord qu’elle l’ait. Et après le match aller en Allemagne, c’était pas gagné !

A l’aller, un OL incapable de défendre en avançant : 

Présenté comme un exploit par Jean-Michel Aulas avant la rencontre, le point ramené par les Gones fin octobre tenait même du miracle tant l’équipe de Julian Nagelsmann avait dominé la rencontre collectivement (26 tirs à 12 / 3,5 xG à 2,2). L’incapacité de l’OL à presser la relance, malgré trois attaquants alignés sur la pelouse pour s’opposer aux trois défenseurs centraux adverses, avait mis Hoffenheim dans des conditions idéales pour développer son jeu…

Tactiquement, l’OL a vite été dépassé dès lors que les Allemands ont arrêté les « fautes directes ». Traoré et Terrier ont bien tenté de déclencher un semblant de pressing en sortant sur les défenseurs tout en coupant les lignes de passes vers les latéraux. Sauf qu’en face, le quatuor offensif se déplaçait très bien afin d’offrir des solutions entre les lignes pour une passe verticale.

Mendy et Tete se retrouvaient alors pris entre l’envie de sortir sur les latéraux adverses et les appels dans leur dos de Kramaric, Demirbay ou Belfodil. La couverture était en plus compliquée par le fait qu’Hoffenheim s’appuyait sur deux attaquants (Szalai-Belfodil), qui fixaient presque en permanence la défense centrale (Denayer-Marcelo). Une situation qui expliquait pourquoi Tousart se retrouvait très souvent collé à cette dernière, abandonnant de fait beaucoup d’espaces au milieu qui profitaient à Grillitsch, la plaque tournante de l’équipe adverse, qui exploitait ensuite la largeur ou cherchait des solutions en profondeur.

Les Lyonnais, qui se reposent souvent sur leur bloc médian pour pouvoir défendre en avançant, n’ont tout simplement pas su presser lors de ce match aller. Résultats statistiques, une possession à l’avantage de Hoffenheim sur les 90 minutes de jeu (55% : 58% en 1ère mi-temps / 52% en 2ème) et un PPDA lyonnais digne des moyennes des pires équipes d’Europe en terme d’intensité défensive (14,8). Conséquence, ils ont été contraints de jouer plus bas qu’à l’accoutumée, ce qui facilitait d’autant plus la tâche de leurs adversaires, adeptes du pressing à la perte.

Le 3-5-2 pour régler les problèmes : 

L’écart collectif était tel qu’il était impossible que Lyon se présente deux semaines plus tard dans la même configuration. Le 4-3-3 aurait pu rester mais il aurait fallu le positionner plus haut sur le terrain pour ne pas laisser Hoffenheim relancer… ou beaucoup plus bas et en resserrant le bloc dans l’axe afin de contrôler les zones dangereuses et frapper en contre-attaque. Finalement, le choix a été fait de changer de système afin de conserver le bloc médian. En partant de là, le 3-5-2 coulait de source car il réglait – sur le papier en tout cas – plusieurs problèmes d’un coup :

  • devant, Fekir et Depay se partageraient le travail de cadrage des trois défenseurs et couperaient les lignes de passes vers Grillitsch…
  • dès lors, Aouar ou Ndombele n’auraient plus à se soucier de lui et pourraient se focaliser sur la fermeture des lignes de passes intérieures ou l’aide des latéraux…
  • derrière, l’ajout d’un 3ème défenseur central assurerait la supériorité numérique face aux deux attaquants…
  • ce qui permettrait aux latéraux de sortir sur leurs homologues, d’autant plus que Tousart offrirait une sécurité supplémentaire dans l’axe si Denayer ou Morel étaient amenés à couvrir les côtés.

Dans les faits, l’exécution n’a pas été parfaite mais l’objectif a été globalement atteint : Hoffenheim a eu beaucoup plus de mal à progresser au milieu de terrain. En se calquant sur le système adverse, le 3-5-2 lyonnais garantissait aussi plus de duels et – une fois rentrés dans le match – les joueurs de Bruno Génésio ont fait parler leur supériorité individuelle (13 tacles réussis sur 18 en 1ère mi-temps).

Leur PPDA a lui aussi chuté pour revenir à des standards dignes de l’OL (8,8 à la mi-temps pour une moyenne de 9,04 en Ligue 1 depuis le début de la saison). Forcé de jouer plus long qu’à l’accoutumée, Hoffenheim n’a réussi que 77% de ses passes en 1ère mi-temps contre 88% lors du match aller. Enfin, l’OL a quasiment récupéré en une mi-temps autant de ballons que sur l’intégralité du match aller (36 en 45 minutes contre 45 en 90 minutes il y a deux semaines).

Bref, les Lyonnais ont moins subi, passé plus de temps avec le ballon et dans le camp adverse. L’occasion pour Ndombélé, Depay et surtout Fekir de faire parler leur supériorité individuelle pour créer des décalages et exposer une défense qui affiche vite ses limites dès lors qu’elle se rapproche de sa surface de réparation. A la pause, le 2-0 résumait parfaitement l’écart entre les deux formations.

Un manque de réalisme qui masque l’absence de contrôle 

Le carton rouge rapidement reçu par Adams (51e) pour une faute sur Fekir semblait ouvrir une voie royale à Lyon vers les huitièmes. Les balles de 3-0 n’ont d’ailleurs pas manqué dans la foulée puisque Aouar (49e), Depay (coup-franc, 51e), Fekir (grosse occasion, 54e), Mendy (61e), Rafael (corner, 63e) et même Tousart (corner, 64e) ont tous eu une opportunité pour tuer la rencontre. Mais celle-ci a pris une autre tournure lorsque Kramaric, déjà auteur d’un doublé à l’aller, a réduit la marque (65e) sur une action venue de nulle part.

Hoffenheim débloquait son compteur sur son 9ème tir de la rencontre. Dans le même temps, l’OL avait déjà tenté sa chance 19 fois. Pourquoi s’arrêter sur cette donnée ? Parce que sur les 25 minutes restantes, le rapport de force s’est rééquilibré de manière assez surprenante au vu de la supériorité numérique lyonnaise. Ces derniers ont tiré 9 fois au but sur cette période mais Hoffenheim a vu sa cadence largement augmenter avec 7 tentatives.

En cause ? L’envie irrépressible des attaquants lyonnais d’aller mettre le 3ème but. D’un côté, difficile de leur en vouloir : les Allemands continuaient à jouer et à tenter malgré l’infériorité numérique. Quand les espaces s’ouvrent autant, qui n’en profiterait pas ? Plusieurs fois, les Gones ont pu sortir très vite de leur camp pour se créer des situations d’égalité numérique face à la défense allemande. L’arrière-garde de Nagelsmann a eu très chaud mais n’a pas rompu, aidée par les interventions décisives de Baumann (5 arrêts dans le final : 70e, 72e, 76e, 85e, 90e) et Nordtveit (2 tirs bloqués, 80e).

Le problème de ces situations, c’est que les 4 contre 4 non-transformés dans la surface allemande entraînaient aussi des 5 contre 6 de l’autre côté du terrain en cas de sortie de balle rapide. Les attaques de l’OL ne laissaient quasiment jamais le temps au reste du bloc de remonter le terrain pour s’installer dans la moitié adverse. Et quand il y était, l’intensité manquait pour remettre le pied sur le ballon sitôt celui-ci perdu.

Bref, Hoffenheim n’était pas étouffé et ressortait facilement de ses 30 mètres. Arrivés aux abords de la médiane, les Allemands orientaient le jeu vers les côtés pour progresser grâce à leurs latéraux (Schulz à gauche, Nelson à droite). Dans l’axe, Joelinton et surtout Szalai, entré en jeu à ses côtés après le 2-1 (67e), faisaient office de point d’appui dans les airs capables de mobiliser plusieurs joueurs et d’être des menaces en cas de centre dans la surface.

Au final, l’envie pressante des Lyonnais d’aller mettre le 3-1 s’est retournée contre eux à partir du moment où ils ne sont pas parvenus à conclure. En n’attaquant qu’à grande vitesse, ils ont abandonné toute idée de contrôle sur la rencontre. Leur bloc se coupait en deux sur les phases offensives, si bien que leur supériorité numérique ne se faisait plus vraiment sentir (aussi parce que le repli défensif de Hoffenheim leur a assuré quasi-constamment l’égalité numérique dans la surface). Dès lors, le bloc médian qu’ils avaient retrouvé en première mi-temps a disparu.

C’est sans doute pour cela que malgré le fait d’être à 10 contre 11, Hoffenheim a :

  • amélioré son pourcentage de passes réussies (84% à 10 contre 11 / 77% à 11 contre 11).
  • continué à rivaliser avec l’OL en possession (48% contre 52%)
  • amélioré son PPDA (7,8 jusqu’à la 51ème minute, 6,8 après l’expulsion).
  • réalisé un peu plus de passes que l’OL dans le dernier tiers adverse (40/50 contre 38/44).

Dernier symbole, la séquence qui a amené au coup-franc du but égalisateur : l’OL joue long et attaque vite mais Baumann stoppe la frappe de Mendy. Cinq joueurs sont consommés sur l’attaque. Hoffenheim se dégage et il suffit d’un bon pressing de Szalai sur Rafael pour dessiner un 4-contre-4 en faveur des Allemands, qui se transforme en 1-contre-1 entre Joelinton et Morel sur le côté gauche avec la suite que l’on connaît.

Conclusion : 

Evidemment, on ne se serait sans doute pas arrêté sur cette fin de match si les Lyonnais s’étaient montrés réalistes en mettant un 3ème voire un 4ème but. Mais se cacher derrière ce manque d’efficacité n’est pas une bonne chose pour l’OL tant il a justement été sauvé par cette efficacité dans pas mal de matchs terminés de la même façon. Son parcours récent en coupe d’Europe est jalonné de rencontres marquées par ces dernières minutes sans contrôle, mais où le talent des Lyonnais leur permettait à chaque fois de mettre au moins un but de plus que leurs adversaires.

Mercredi soir, le talent vivait une soirée sans… et le scénario, certes cruel, était juste celui qui pendait au nez de cette équipe depuis longtemps.

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1 réponse

  1. Vincedelol dit :

    Merci pour ce billet très intéressant. Ces approches fines sont bien rares au milieu du flot de pseudo analyses dont nous gavent les consultants de tous bords.
    Pour des fans de foot comme moi, mais qui n’ont aucun vécu en club, c’est rejouissant d’accéder à ce genre de connaissances.
    Concernant l’OL, ne pensez-vous pas que cette envie d’avaler les espaces et de marquer à tout prix, au détriment de l’assise défensive de l’équipe et de la conservation du score, ne trouve pas ses racines au centre de formation? Il sort de ce centre beaucoup d’offensifs de classe, quand les autres compartiments du jeu sont sous représentés (exception faite d’Umtiti et Tolisso). Ces joueurs « maison » viennent ensuite grossir les rangs de l’équipe 1. N’y a-t-il pas là un déséquilibre au niveau de l’ADN du club ?

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