Bayern Munich 3-1 Paris SG : l’analyse tactique

Il parait que les grandes équipes ne perdent jamais deux fois de suite. Si c’est vrai, le PSG 2017-18 a donc encore quelques efforts à faire pour mériter ce statut puisqu’il s’est incliné à l’Allianz Arena quelques jours seulement après avoir encaissé sa première défaite de la saison en championnat contre Strasbourg.

En vérité, ce 6ème et dernier match de poule a surtout été l’occasion pour le Bayern de mettre à jour son propre statut après la correction reçue lors du match aller. Oui, et sans grande surprise, il faudra bien compter sur l’équipe allemande au printemps prochain. De leur côté, les Parisiens ont après ce match plusieurs pistes évidentes de progression afin d’être prêts pour les grands rendez-vous de leur saison. En 4-4-2 ?

Bayern Munich : un 4-5-1 maîtrisé 

Malgré une poignée de secondes intenses en tout début de match, le Bayern a vite laissé l’initiative du jeu aux Parisiens. Derrière Lewandowski, le plan de jeu de Jupp Heynckes était clair : un bloc médian, des lignes très resserrées dont cinq joueurs au milieu de terrain chargés de priver la relance parisienne de solutions pour progresser dans le coeur du jeu. Toujours en retrait dans la construction parisienne, Thiago Silva et Marquinhos étaient laissés libres par cette ligne du milieu, qui concentrait les efforts de cadrage sur les autres joueurs parisiens.

L’avantage d’avoir une ligne aussi fournie (5 joueurs), c’est qu’elle permet de faire sortir un élément sans trop se découvrir puisqu’on en conserve quatre autres derrière. C’est par exemple utile lorsqu’il faut aller chercher un adversaire qui tenterait de décrocher (Verratti, Draxler, Neymar…) pour s’extirper du pressing. Utile aussi lorsqu’un défenseur (Thiago Silva, Marquinhos) décide de prendre une initiative en portant le ballon au-delà de Lewandowski et de la ligne médiane.

Objectif pour le Bayern, gratter des ballons au milieu pour ensuite contre-attaquer. La présence de la paire Ribéry-Alaba a vite fait pencher les sorties de balle côté gauche. Toujours prompts à prendre son couloir (voire le half-space selon la position de Ribéry), Alaba a souvent apporté le surnombre sur ses séquences en profitant des absences de Mbappé au niveau du repli défensif.

Afin de ne pas vivre les mêmes mésaventures que lors du match aller, les Bavarois ont aussi fait beaucoup d’efforts à la perte du ballon dans les 30 mètres parisiens. Pas forcément assez pour regagner directement le ballon et asphyxier leurs adversaires, mais suffisant pour priver le PSG du jeu de transition qui avait été si important dans sa victoire au match aller.

Un PSG qui cherche un plan B 

Incapable de mettre du rythme dès la relance, le PSG a vite été sans solution pour progresser face à cet adversaire bien compact. Les rares opportunités entre les lignes ont été soit mal exploitées (Verratti, Rabiot, Draxler), soit bien couvertes par une défense adverse parfaite dans l’anticipation des dangers (Sule, Hummels).

Pour parvenir à faire reculer un tel bloc, le PSG a dû varier son jeu. C’est passé par plus de jeu long de la part des défenseurs (auxquels le Bayern laissait plus de temps avec le ballon). On a vu Thiago Silva, Marquinhos, et même Daniel Alves depuis son couloir, allonger leurs transmissions afin d’exploiter la largeur du terrain (renversements vers Mbappé, Neymar ou Kurzawa) ou, plus rare, lancer des joueurs dans le dos de la défense. Kimmich a d’ailleurs pris un carton (sévère) sur une action de ce type après une intervention à retardement sur Neymar (23e).

En réalité, le PSG a surtout dû se montrer patient. Ses actions les mieux construites ont nécessité d’assez longues séquences de possession, voyant l’équipe occuper le terrain de manière cohérente en exploitant toute sa largeur. Partant de la gauche, Neymar a ainsi offert un un-contre-un à jouer à Mbappé à l’opposée dès le début du match (8e). Quelques minutes plus tard, les deux hommes se sont retrouvés pour un long une-deux dans le coeur du jeu suite à une transversale d’Alves vers Kurzawa (34e)

Côté individualités, un joueur a semblé en mesure de tirer l’équipe vers le haut : Kylian Mbappé. Seul membre de l’attaque parisienne en réussite dans ses dribbles (4/6), il a su allier vitesse et justesse dans les 30 derniers mètres : la propreté de son enchaînement (contrôle + passe) sur l’action de Neymar (33e) est assez impressionnante au vu de la passe du Brésilien. Récompensé par un but, il aurait pu en mettre deux autres avec un peu plus de réussite (et un Sven Ulreich moins décisif).

Paris, dangereux à la perte du ballon… 

Qu’une grande équipe parvienne à faire déjouer une autre grande équipe, c’est du déjà-vu et il n’est pas infamant de voir le PSG en difficulté pour construire face au Bayern Munich. Le plus gênant dans cette défaite pour Paris, c’est que les joueurs d’Emery n’ont pas réussi à infliger le même traitement aux Bavarois. Un vrai souci puisqu’à défaut d’attaques placées, une bonne défense peut être la source d’attaques rapides…

D’ailleurs, le PSG a exploité une partie de cette formule dans les 30 derniers mètres adverses. L’équipe d’Emery s’est crée une bonne partie de ses occasions à partir de ballons gagnés très haut, quelques secondes après les avoir perdu. Il y a d’abord eu un duel Mbappé-Alaba (3e), puis le but qui a suivi deux récupérations dans le camp adverse (50e) avant une dernière très grosse occasion, toujours pour Mbappé, dans les arrêts de jeu (90e+2).

A chaque fois, Paris a reproduit le même schéma après la récupération : la recherche de Verratti qui profite ensuite de l’espace qui lui est offert par un Bayern qui n’a pas eu le temps de se réorganiser.

… mais en difficulté pour presser autrement 

Le problème, c’est qu’à part en réagissant rapidement à la perte du ballon, Paris a eu beaucoup de mal à presser le Bayern. Les quelques séquences de pressing haut ont été déjouées sans grande difficulté par les Bavarois. Sur le jeu long, la défense parisienne a vite été en difficulté, reculant beaucoup trop par moments. Et sur le plan des sorties au sol, l’équipe de Heynckes a largement profité de la supériorité de son flanc gauche face au côté droit parisien.

Alves et Verratti ont en effet beaucoup souffert face à la vivacité et aux déplacements du duo James-Ribéry. Les deux hommes ont souvent décroché pour offrir des solutions dans le coeur du jeu en prenant leurs adversaires directs de vitesse. A ce duo, il fallait en plus ajouter les montées d’Alaba qui, dès qu’il en avait l’occasion, accélérait et créait ainsi un surnombre sur cette aile.

Au-delà de ce match-up compliqué, le PSG a semble tâtonner sur le plan de l’organisation. Durant toute la première mi-temps, on a en effet eu du mal à comprendre quelle était véritablement l’organisation mise en place par Unai Emery.

Au coup d’envoi, cela semblait pourtant clair : lorsque le Bayern avait la balle, le PSG proposait un 4-4-2 à plat en bloc médian, avec Neymar et Cavani aux avants-postes. Avoir deux joueurs en pointe n’était d’ailleurs pas de trop pour contrôler à la fois le rond central (Rudy), tout en conservant un élément capable de s’opposer aux montées de Mats Hummels. Sur les côtés, Draxler et Mbappé étaient théoriquement sur les latéraux, tandis que Rabiot et Verratti occupaient l’axe. Et si Paris voulait monter d’un cran, c’est Mbappé qui était censé sortir sur Hummels lorsque le Bayern repartait de plus bas.

En réalité, il y a eu beaucoup d’hésitations dans l’exécution de ce plan. Au lieu de rester dans un rôle clair de deuxième attaquant en phase défensive, Neymar est parfois revenu à ses habitudes d’ailier gauche en allant sur le latéral adverse (Kimmich). Du coup dans l’axe, Rabiot était amené à jouer plus haut pour récupérer la couverture du rond central et épauler Cavani. Conséquence, cela laissait de grands espaces derrière, accentuant le degré de difficulté pour Verratti et Alves face à James et Ribéry alors que Draxler ne quittait quasiment jamais son half-space gauche.

Un manque d’engagement sanctionné d’entrée 

Au-delà de ces considérations tactiques, les Parisiens ont aussi été dépassés dans l’engagement, et ce dès les premières minutes de jeu. En début de match, le Bayern a testé plusieurs fois la défense parisienne en envoyant de longs ballons depuis Ulreich sur Lewandowski. A chaque fois ou presque, le deuxième ballon était bavarois.

Etait-ce le souvenir du match aller, qu’ils avaient remporté en défendant à 7 et en comptant sur les 3 de devant pour frapper en contre-attaque ? Toujours est-il que face à un Bayern bien mieux organisé et engagé à la retombée, la défense parisienne a vite souffert de cette exposition. Les deux premiers tirs du match du Bayern (Coman, 5e – BUT Lewandowski, 8e), ont vite sanctionné cette entame complètement manquée.

Au fil de la rencontre, les Parisiens ont su élever le niveau d’intensité défensive, sans parvenir à rattraper ces premières minutes de jeu. L’évolution de leur PPDA, qui est une mesure de l’intensité défensive (plus d’infos ici sur son calcul), raconte assez bien leur rencontre avec d’abord le temps très faible durant lequel le Bayern a ouvert le score (PPDA 0-23e : 17,14). Sur cette période, qui pèse tout de même un quart du match, les Parisiens n’ont tenté qu’un seul tacle !

L’équipe est véritablement entré dans la partie aux alentours de la 20ème minute, gagnant en agressivité (PPDA 23e-46e : 6,39) mais perdant beaucoup de duels (4 tacles réussis sur 9). Le temps fort des Parisiens après la pause, mêlant intensité (PPDA 46e-69e : 7,7) et duels gagnés (12 tacles réussis sur 14), leur a ensuite permis de revenir dans le coup. Finalement, le but de Tolisso (69e) a redonné de l’air aux Bavarois qui ont contrôlé la fin de la rencontre face à des Parisiens sans doute fatigués à ce moment du match.

Une deuxième mi-temps mieux négociée 

Si Paris a mis plus d’engagement après la pause, c’est aussi parce que l’équipe était mieux organisée. Emery a procédé à plusieurs ajustements, corrigeant les hésitations de la première mi-temps. A la reprise, Neymar est resté dans l’axe en phase défensive, laissant le soin à Draxler de sortir sur Kimmich. A droite, Mbappé a aussi fait beaucoup plus d’efforts pour revenir défendre et aider ses partenaires. Bref, plus de joueurs impliqués et donc des espaces plus réduits pour l’adversaire et propices à des interventions.

Le problème, c’est que ce regain de forme s’est heurté à un mur à l’approche de l’heure de jeu. D’un côté comme de l’autre, les organisations se sont désagrégées une fois passée la 60ème minute. Une séquence résume assez bien cette période du match, durant laquelle les deux équipes se rendent coup pour coup sur attaque rapide alors que les blocs n’en finissent pas de s’étirer.

Durant cette partie du match, le PSG a d’ailleurs eu l’opportunité pour revenir à 2-2 (Mbappé : 60e, 62e, Cavani : 64e). Sans succès cette fois mais c’est à retenir pour la suite : au talent, les Parisiens ont aujourd’hui plus d’options que beaucoup d’autres équipes pour tirer profit d’une séquence « folle ». Malheureusement pour Paris, le but de Tolisso (69e) a mis fin à cette période, le Bayern reprenant le contrôle et maîtrisant la fin du match.

Conclusion : 

«C’est nous qui avons fait un très gros match, on est une bonne équipe, une très bonne équipe même. Quand on joue comme ça, qu’on impose un duel physique important, qu’on est bons techniquement et tactiquement, on est difficile à jouer. Il faut plus féliciter le Bayern que d’enterrer le PSG.» Après la rencontre, Corentin Tolisso a très bien résumé la rencontre et la performance de son équipe. Si Paris a loupé sa première mi-temps, c’est aussi parce que le Bayern a réalisé un très bon match dans tous les compartiments du jeu.

Mais faut-il s’inquiéter de ce raté côté parisien ? Après tout, l’équipe d’Unai Emery s’est avancée à l’Allianz Arena avec une nouvelle organisation défensive (4-4-2) qui peut expliquer certaines des hésitations vues sur la pelouse durant le premier acte. Dès la deuxième mi-temps, les progrès étaient visibles et même si tout n’était pas parfait, le Bayern a eu beaucoup plus de mal à créer le danger.  La défaite étant sans conséquence sur le résultat final du groupe, ce match peut même être utile pour le PSG s’il réussit à bâtir dessus pour ne plus refaire les mêmes erreurs.

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