Lyon 0-0 FC Séville : l’analyse tactique

Il n’y a pas eu d’exploit au Parc OL. Après une bonne première mi-temps, les Lyonnais n’ont pas réussi à emballer la partie face à une équipe de Séville venue pour gérer son avance virtuelle de 2 buts, et qui a très bien su le faire après la pause.

Les compos : 

Aucune surprise à signaler dans les rangs lyonnais au coup d’envoi. Bruno Génésio a logiquement choisi d’aligner la meilleure équipe du moment avec notamment le trio Valbuena-Ghezzal-Lacazette en attaque. Du côté du FC Séville, le onze de départ de Jorge Sampaoli a surpris de par l’absence de n°9 de métier. Deuxième surprise chez les Espagnols, le choix de se présenter en 4-4-2 alors que la plupart des observateurs attendaient un 3-4-3 vu les joueurs alignés.

Lyon vs FC Seville - Football tactics and formations

L’approche du FC Séville : le plan d’anti-jeu ?

Pour bien comprendre ce match, il faut d’abord insister sur le contexte. Au coup d’envoi, l’OL avait besoin d’une victoire par au moins 2 buts d’écart pour se qualifier. Cette donnée, Séville l’a clairement prise en compte dans son approche tactique. L’équipe de Sampaoli n’a jamais cherché à prendre l’initiative dans ce match, ce qui est pourtant dans ses habitudes (58% de possession en Liga et même 60% au match aller).

Au contraire, c’est une formation plus attentiste, voire calculatrice, que l’on a vue sur la pelouse du Parc OL. Pas de pressing haut (lire : FC Séville 1-2 FC Barcelone, l’analyse tactique), les Andalous ont laissé à l’OL la responsabilité de faire le jeu. Pour défendre efficacement, la relance était évidemment cadrée par le travail du premier rideau au milieu, mais jamais l’équipe n’a tenté de ressortir pour forcer les défenseurs lyonnais à rendre le ballon ou Lopes à dégager.

Chargés d’encadrer Gonalons, Vitolo et Nasri sortaient à tour de rôle sur Diakhaby et Yanga-Mbiwa, de manière à avoir un joueur pour cadrer le porteur et un autre pour contrôler le capitaine lyonnais. C’est Diakhaby qui s’est le plus souvent retrouvé avec la responsabilité de faire la première passe, ce qui a fait pencher l’OL sur la gauche au milieu de terrain.

Derrière les deux « attaquants », le reste du bloc sévillan était regroupé dans sa moitié de terrain, chaque joueur (ou presque) ayant un adversaire direct à suivre de près : Nzonzi et Iborra face à Tolisso et Darder dans l’axe, Mariano et Sarabia face à Valbuena et Morel sur le côté droit, Mercado et Escudero face à Ghezzal et Rafael à gauche… et enfin Lacazette, pris par Rami ou Pareja selon sa position.

seville1

Seville défend côté ballon : Nzonzi (Tolisso), Sarabia (Morel) et Mariano (Valbuena) sont au marquage. Le Français sort sur son adversaire direct. A l’opposée du jeu, Vitolo (devant), Iborra (Darder) et Escudero (Rafael) ont resserré côté ballon.

seville2

Après une série de passes lyonnaises, le jeu va côté opposé : Nzonzi se replace, Iborra va récupérer son joueur (Darder), tout comme Escudero (Rafael, hors-champ) et Vitolo (cadrage de Yanga-Mbiwa). A noter aussi le comportement de Mariano, qui a accompagné Valbuena dans l’axe et laissé Sarabia couvrir le couloir face à Morel.

Comme le montre l’image ci-dessus, il ne s’agissait pas d’une individuelle stricte, mais d’une défense mixte : lorsque le ballon était d’un côté, les joueurs à l’opposée lâchaient l’adversaire qui leur était normalement assigné marquage afin de suivre leurs partenaires, de manière à préserver la cohésion du bloc. Cela rendait l’équipe assez vulnérable face aux changements de jeu rapides.

Même chose sur la hauteur pour l’espace entre les lignes : les milieux se retrouvaient en zone lorsque leurs adversaires directs au départ des actions se retrouvaient dans la zone couverte par les attaquants (ex : quand Nasri redescendait à hauteur de Tolisso = Nzonzi lâchait le marquage et protégeait sa zone).

L’objectif de Séville était d’amener l’OL sur un demi-terrain grâce au travail de Vitolo et Nasri. Il fallait ensuite s’appuyer sur le marquage d’homme-à-homme pour récupérer le ballon. A la récupération, l’équipe s’appuyait sur sa qualité technique pour sortir rapidement de la zone et opérer en contre, utilisant Nasri en relais ou cherchant directement la profondeur avec les appels de Vitolo.

Première mi-temps : l’OL loupe le coche 

Le problème pour Séville, c’est que ce plan n’a pas très bien fonctionné en première mi-temps. Vitolo a certes eu 2 opportunités pour mettre fin au suspense prématurément (18e, 25e). Mais à part ces deux séquences, Séville n’a quasiment rien produit (1 tir à la pause, 2 tirs en 90 minutes) et a surtout manqué de maîtrise durant ce premier acte.

Deux facteurs pour expliquer cela. D’abord, l’OL avait plusieurs atouts pour répondre à la manière de défendre des Espagnols. Au milieu, Darder s’est souvent défait du marquage d’Iborra. Même chose pour Ghezzal, souvent en avance sur Mercado lorsqu’il dézonait pour s’aventurer dans l’axe (alors que Mariano ne lâchait pas Valbuena dans les mêmes situations). Le jeu dos au but de Lacazette et ses remises rapides ont aussi crée des décalages.

Mais le vrai souci pour Séville se situait après la récupération de balle. En attendant l’OL dans son camp, l’équipe espagnole se retrouvait à la merci de son pressing. Or, les Lyonnais ont été plutôt efficaces dans ce secteur, notamment grâce à un Gonalons précieux pour couper ou au moins ralentir les transitions adverses (10 tacles tentés, 5 réussis, 4 passes bloquées et 10 ballons récupérés).

lyongonalons

L’OL a récupéré la majorité de ses ballons assez haut sur le terrain, bien aidé par son capitaine.

Sous pression, les Sévillans se sont très souvent reposés sur leur gardien pour repartir par du jeu long. Avec Iborra et Nzonzi, Rico avait deux grands gabarits sur lesquels s’appuyer. Mais à la retombée encore une fois, ce sont les Lyonnais qui étaient généralement les plus vifs sur les deuxièmes ballons, ramenant rapidement le jeu dans la moitié de terrain adverse, face à une équipe qui devait en plus prendre le temps de se réorganiser défensivement.

Bref, l’OL a eu une bonne partie des ingrédients nécessaires pour prendre l’avantage dans cette première mi-temps. Mais le réalisme lui a une nouvelle fois fait défaut. Tolisso à bout portant (23e) et Valbuena (36e) ont touché la barre. A la pause, la domination lyonnaise était visible partout sauf au niveau du tableau d’affichage. L’évolution des xG au fil de la rencontre le confirme.

xgol

Source : 11tegen11.

Deuxième mi-temps : Séville contrôle

Mais le graphique ci-dessus montre autre chose : l’OL a été beaucoup moins dangereux après le repos (globalement, 1xG en première mi-temps, mais seulement 0,5xG en deuxième).

Et ça s’explique par la meilleure mi-temps du FC Séville. S’il n’ont pas été plus dangereux que durant le premier acte (1 seul tir aussi), les Sévillans ont beaucoup plus maîtrisé les débats en reprenant une partie du contrôle du ballon : de 65% de possession pour l’OL en première mi-temps, on est passé à un 51/49 beaucoup plus équilibré en seconde.

Cette hausse de la possession côté espagnol leur a naturellement offert plus de temps avec le ballon, qu’ils ont pu mettre à profit pour laisser filer le chronomètre ou remonter leur bloc. Nzonzi (46 passes en 2e mi-temps, contre 26 en première) a été l’élément-clé de ce processus qui a l’OL d’emballer le match. Capable lui-même de casser des lignes en portant le ballon, le milieu a aussi participé à sa conservation dans les petits espaces sur les côtés.

hkj

Ballons reçus et donnés par Nzonzi lors de la deuxième mi-temps, où l’on voit son apport dans le jeu dans les petits espaces sur les côtés.

Moins dangereux, les Gones n’ont pas non plus été aidés par leur banc de touche. L’entrée de Fekir à la place de Ghezzal n’a pas apporté le second souffle espéré à l’attaque (65e). Le passage en 4-4-2 (Cornet pour Darder, 72e) par la suite a même donné l’impression de faciliter la tâche de conservation de Séville en dégarnissant le milieu de l’OL.

Conclusion : 

Ce match ne pouvait finalement pas mieux conclure cette campagne en Ligue des Champions de l’OL. Certes, les Lyonnais n’ont pas été ridicules face à la Juventus et Séville (0-1 sur l’ensemble des deux matchs à chaque fois), mais aucun des détails si importants à ce niveau n’a tourné en leur faveur. Leur manque de réalisme a plombé leurs premières parties de match, et le coaching a semblé manquer d’ambition pour leur donner un coup de fouet durant les deuxièmes mi-temps (lire : Lyon 0-1 Juventus : l’analyse tactique).

Staff trop frileux ou manques réels de solutions dans l’effectif ? La question se pose et la réponse se situe certainement entre les deux. Toujours est-il que c’est très souvent sur ce genre de détails que se jouent les confrontations aller-retour du printemps. Du coup, pour vraiment espérer gagner la Ligue Europa, l’OL devra franchir un gros palier d’ici le printemps…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous aimerez aussi...

5 réponses

  1. benm dit :

    Je n’ai pas pu voir les matchs de lyon et de paris, tu ne fais pas de debrief de psg ludogorets cela serait intéressant ….

  2. Lokomotiv dit :

    J’ai vu le match au stade, et j’ai surtout eu l’impression que la seconde période mieux maîtrisée de Séville venait d’un changement d’approche tactique. Avec un milieu à 3 autour de Nzonzi, qui a permis de boucher certains espaces laissés libres par les renversements de jeu.
    Cela s’est assez bien vu dans la position des joueurs face à la relance lyonnaise : autant on voyait très bien la ligne de 4 (2 attaquants et deux milieux de coté) en première mi-temps, ligne que l’OL a réussi à déjouer assez souvent, autant on ne la voyait plus du tout en seconde. Ce qui correspond au renforcement du coeur du jeu. Au-delà, j’ai eu le sentiment que le bloc de Séville avait reculé de 20 mètres.

  3. Alexis dit :

    A quoi est du le manque d efficacite lyonnais? Joueur peu capable de faire la difference ou reel probleme colectif? Tactique?

  4. Alexis dit :

    Originally Posted By AlexisA quoi est du le manque d efficacite lyonnais? Joueur peu capable de faire la difference ou reel probleme colectif? Tactique?

    J’ai eu l’impression que l equipe insistait beaucoup sur avec les centres surtout coté gauche, mais peu de soutien dans la surface, mais a t’on les joueurs fait pour jouer de cette manière?

  1. 12 décembre 2016

    […] Il n’y a pas eu d’exploit au Parc OL. Après une bonne première mi-temps, les Lyonnais n’ont pas réussi à emballer la partie face à une équipe de Séville venue pour gérer son avance virtuelle de 2 buts, comme l’analyse Chroniques Tactiques. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *