Paris SG 2-2 Naples : le PSG, dépendant de son contre-pressing

Auteur d’un sans-faute en championnat après 10 journées, le PSG de Thomas Tuchel a en revanche confirmé ses difficultés sur la scène européenne. Battu à Liverpool pour son entrée en lice (2-3), il a échappé de peu à une deuxième défaite en trois journées face à l’autre danger du groupe, le Napoli de Carlo Ancelotti. Un match qui a confirmé, si besoin était, que le chemin est encore long pour que ce PSG-là soit un candidat à la victoire finale en Ligue des Champions.

Deux mi-temps similaires 

Tout avait pourtant bien commencé. Bien entrés dans leur match, les joueurs de la capitale n’ont pas tardé à se créer des situations intéressants (1e, 7e). Autre preuve de leur bonne entame, les Napolitains ont dû attendre la 19ème minute pour tenter leur chance, de très loin sur un tir d’Allan. Dans le même temps, les Parisiens avaient déjà tiré à sept reprises. Un temps fort qui s’est reproduit quasiment à l’identique en 2ème mi-temps : 5 tirs à 1 en faveur du PSG entre la 46ème et la 65ème minute, dont le but égalisateur inscrit contre son camp par Mario Rui (61e).

Peu importe le système employé par Tuchel, sur lequel nous allons revenir par la suite, ces deux temps forts parisiens ont avant tout été marqués par un contre-pressing efficace, permettant des récupérations de balle très rapides. Durant ces deux périodes, Paris a la possession mais surtout domine le terrain : le jeu se passe en majorité au milieu et dans le tiers napolitain. Une situation idéale pour mettre en place le pressing à la perte cher à Tuchel… lorsque Naples repartait de son gardien, les attaquants faisaient en plus les efforts pour mettre les défenseurs sous pression et forcer les relances longues, qui facilitaient les récupérations de balle.

Mais ces deux temps forts n’ont pas duré. Tuchel l’a d’ailleurs martelé en conférence de presse en fin de semaine : « c’est difficile de jouer selon notre plan pendant 45 minutes. » Paris semble aujourd’hui en mesure de le faire pendant un quart-temps environ puisque le Napoli a su relever la tête à chaque fois au bout d’une vingtaine de minutes. Des périodes plus difficiles qui ont mis en lumière les limites des Parisiens dès lors que le ballon n’est pas rapidement récupéré… lorsque certains relâchent leurs efforts, sont moins attentifs et finissent par se déconnecter du reste du bloc-équipe.

Face au 4-3-3 parisien, l’asymétrie napolitaine 

Face à un PSG organisé en 4-2-3-1, le Napoli s’est appuyé sur le même système asymétrique que face à Liverpool pour ressortir le ballon. Latéral droit au coup d’envoi, Maksimovic était une cible dans son couloir lorsque son gardien devait allonger pour relancer. Mais en cas de relance courte ou de possession napolitaine, il occupait une position hybride, qui pouvait rappeler le rôle de Piszczek dans le Dortmund de Tuchel. Dans l’autre couloir, le latéral gauche Mario Rui (n°6) montait lui d’un cran pour évoluer à hauteur de Callejon (n°7), milieu droit sur le papier. En guise d’illustration ci-dessous, les positions moyennes des joueurs du Napoli face à Liverpool puis contre Paris.

Face au PSG, cette asymétrie a posé de gros problèmes à Thomas Meunier. Le Belge s’est souvent retrouvé coincé entre l’envie d’avancer sur Mario Rui et le danger que représentait Fabian Ruiz dans son dos. Devant lui, Mbappé ne se replaçait jamais dans le couloir, posant la question du système réellement employé par le PSG. Derrière lui, Marquinhos ne pouvait pas non plus reprendre le marquage, ayant déjà à faire avec les déplacements de Dries Mertens.

Résultat, c’était à Verratti de coulisser sur la largeur afin de lui venir en aide. Problème, Naples sortant souvent de la droite pour aller vers la gauche,  l’Italien était d’abord focalisé sur les déplacements de Hamsik à l’intérieur du jeu. Au bout du compte, les deux Parisiens ont souvent été pris par le triangle formé par Mario Rui, Hamsik et Fabian Ruiz, qui permettait aux Partenopei de poser le jeu dans cette partie du terrain.

A partir de là, le Napoli reproduisait certaines situations du système Sarri avec un grand nombre de joueurs pour combiner dans de petits espaces. L’équipe ayant peu changé, les automatismes étaient toujours présents et les Parisiens avaient beaucoup de mal à récupérer la balle dans ces conditions. Et en cas de balle perdue, il leur était aussi difficile de la garder du fait du rapide contre-pressing des Napolitains dans la zone, une autre réminiscence de la période Sarri.

Pour ce qui était de la finition, le danger côté gauche est venu des centres de Mario Rui. L’un d’entre eux a vu Mertens reprendre la balle pour l’envoyer sur la barre (23e). L’ouverture du score est finalement venue du côté opposé, lorsque Callejon a trouvé Insigne, auteur d’un appel parfait dans le dos de Kimpembe (29e). Une action venue conclure une assez longue séquence à l’avantage du Napoli et qui résumait plutôt bien leur animation offensive.

Face à la verticalité parisienne, l’agressivité napolitaine 

L’autre facette du plan de jeu de Carlo Ancelotti résidait dans l’agressivité de son milieu de terrain. Un caractère personnifié par les statistiques d’un homme, tout juste appelé avec la Seleçao : Allan, auteur de 17 tacles (6 réussis), 2 fautes et surtout 13 récupérations de balle (n°1 de la rencontre). Les Napolitains ont mis beaucoup d’impact dans le coeur du jeu pour ne pas laisser de temps aux milieux adverses afin de trouver la fameuse verticalité, si importante lorsque Neymar évolue en tant que n°10.

La proximité entre les milieux et le travail de la ligne d’attaque (5 tacles et 2 fautes pour la paire Mertens-Insigne) faisaient aussi que si une première intervention était manquée, un deuxième joueur pouvait rapidement arriver en soutien. Dans le meilleur des cas, le ballon était récupéré assez haut et une transition pouvait être lancée (13e, 16e, 22e, 25e) : Insigne aurait même pu breaker avec un peu plus d’adresse juste avant la pause (35e). Sinon, une faute permettait au moins de mettre fin à l’offensive. Les Napolitains en ont fait 15 dans le match, avec une majorité dans le coeur du terrain.

Les Parisiens sont toutefois parvenus outre l’agressivité du Napoli pour casser le milieu et attaquer la défense. C’est arrivé à trois reprises en première mi-temps pour deux situations dangereuses sur les cages d’Ospina suite à de bons appels en profondeur de Mbappé (tir de Cavani, 17e puis tir de Mbappé, 38e). A chaque fois, c’est le talent de Neymar qui a permis de créer le danger (par la passe sur le premier, par le dribble puis la passe sur le second).

Pour contrer l’agressivité du Napoli, Paris n’a pas hésité à ajouter des joueurs dans le coeur du jeu. Di Maria a vite quitté son côté gauche pour offrir des relais à Verratti, Rabiot, ou Neymar. Plus haut, Mbappé n’hésitait pas à repiquer pour se proposer entre les lignes et relayer les percées du Brésilien. Des mouvements bienvenus pour progresser vers les buts d’Ospina mais qui ont eu le don de « déstructurer » l’organisation si chère à Thomas Tuchel. C’est certainement pour cela qu’il a fait le choix de changer de système à la pause afin de créer « naturellement » une situation d’égalité numérique dans le coeur du jeu face aux attaquants et aux milieux du Napoli.

Deuxième mi-temps : le coaching de Tuchel 

Venons-en à ce changement intervenu à la pause : Bernat a cédé sa place à Kehrer et le PSG est passé à trois défenseurs centraux (46e). L’Allemand s’est installé axe droit dans le dos de Meunier. Une option qui devait permettre à ce dernier de régler le problème Mario Rui sur le flanc gauche. Avec Kehrer dans son dos pour récupérer le marquage de Fabian Ruiz (puis de Zielinski à partir de la 52e), le Belge était en mesure de sortir sur le latéral portugais lorsque ce dernier était servi.

Dans l’autre couloir, Di Maria devenait latéral gauche. Mais le plus intéressant restait le changement dans l’axe avec la formation d’un véritable carré : Verratti-Rabiot sur une ligne et Neymar-Mbappé plus haut, positionnés à la manière de deux n°10 derrière Cavani (voir ci-dessous).

Comme on l’a évoqué en préambule, le PSG a très bien redémarré la rencontre. La disponibilité de Neymar et Mbappé entre les lignes, et surtout leur proximité « naturelle », a bien compliqué la tâche des milieux napolitains. Qui plus est, le PSG n’avait plus besoin de voir des joueurs dézoner pour progresser vers les buts d’Ospina. Le contre-pressing a retrouvé de l’efficacité grâce à un jeu de position plus « structuré », la paire Verratti-Rabiot étant en plus bien secondée par les sorties de Marquinhos, Kehrer ou Kimpembe dans le camp adverse.

Les occasions sont vite arrivées sur les buts italiens : Neymar et Meunier ont été les premiers à tenter (49e, 51e), puis Cavani a été repris de manière litigieuse dans la surface après un ballon rapidement gagné par ses partenaires (58e). Finalement, l’égalisation est intervenue après un échange entre Neymar et Mbappé, qui ont ensuite décalé Meunier auteur du centre envoyé dans ses propres buts par Mario Rui.

Rééquilibrage des débats et fin de l’histoire 

A ce moment précis de la rencontre, il était difficile d’imaginer le Napoli inverser la tendance. Et pourtant, c’est ce qu’il s’est passé dans les minutes qui ont suivi. avec un rééquilibrage de la possession de balle notamment due à des sorties de balle enfin réussies par le Napoli, qui lui permettent de se rapprocher des buts parisiens. En face, le souhait de verticalité des Parisiens et leur envie d’aller vite vers les buts adverses s’est aussi en partie retournée contre eux, le déchet technique se faisant plus important au fil des minutes.

La possession de balle est ainsi passée de 67/33 en faveur du PSG entre la 46ème et la 64ème minute à 52/48 en faveur du Napoli entre la 64ème et la 77ème, moment du but de Dries Mertens. Un but qui est intervenu suite à une balle perdue sur un enchaînement manqué dans l’axe (Mbappé) et un repli défensif que l’on qualifiera de « contestable ».

La fin de partie a ensuite vu le PSG reprendre largement la possession (plus de 75%) alors que Naples se replait dans ses 40 mètres pour défendre son avantage. Quelques secondes plus tôt, Draxler est entré en jeu à la place de Cavani (76e), s’installant entre les lignes aux côtés de Neymar et derrière un Mbappé désormais en pointe. Mais le salut pour les Parisiens est finalement venu du troisième et dernier changement de Tuchel. L’entrée de Diaby à la place de Verratti a en effet redistribué plusieurs rôles : Draxler est redescendu au milieu aux côtés de Rabiot, Diaby a pris le couloir gauche et… Di Maria s’est retrouvé dans sa position préférentielle côté droit. Et c’est de cette zone qu’il a égalisé quelques minutes plus tard de son traditionnel enroulé pied gauche pour éviter au PSG une grande déconvenue (90e+2).

Conclusion : Paris et la dépendance au contre-pressing 

A l’issue de la rencontre, Thomas Tuchel a réfuté l’idée selon laquelle son équipe avait manqué d’intensité, mettant plutôt en avant le manque de structure de son équipe.

« On manque de structure compacte. Si tu ne joues pas compact, tu ne peux pas jouer avec intensité. Ce sont deux choses différentes et on ne peut pas mélanger cela. On a commencé avec intensité durant les 15 premières minutes mais on a perdu notre structure (…) quand les espaces sont trop grands, tu ne peux pas jouer avec intensité. C’est donc très important de fermer les espaces, avec ou sans le ballon. (…) Nous avons l’intensité en seconde mi-temps parce que nous sommes ensemble dans le camp adverse, nous sommes ensemble avec des passes simples et faciles et on peut mettre la pression. Après ça, c’est plus facile de faire un contre-pressing avec intensité. »

Deux grandes questions se posent à l’issue de ces premières sorties du PSG en Ligue des Champions : il y a d’abord ce qu’il se passe lorsque l’adversaire parvient à conserver la balle après les 5 secondes du contre-pressing. Plusieurs Parisiens ont la mauvaise habitude de se relâcher et de ne pas se replacer. En résultent un bloc étiré et des distances trop grandes entre les joueurs pour que ceux-ci puissent défendre « avec intensité ». 

L’autre interrogation réside dans l’approche très verticale du PSG avec le ballon. Si elle permet à Neymar et Mbappé de briller, elle n’en reste pas moins risquée dès lors qu’il y a du déchet dans les transmissions qui demandent beaucoup de précision. Or, les balles perdues représentent autant de pressing à la perte à réaliser… et autant d’efforts à répéter qui peuvent peut-être expliquer pourquoi le PSG ne parvient pas à être constant sur toute une mi-temps. Interrogé à ce sujet en conférence de presse avant l’OM, Thomas Tuchel l’a d’ailleurs reconnu lui-même : « J’ai dit que c’était difficile de jouer selon notre plan pendant 45 minutes. » Reste à savoir s’il sera nécessaire d’en changer ou de l’ajuster pour franchir le cap des poules de Ligue des Champions… Début de réponse dans 10 jours pour le match retour.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *