Manchester City 2-1 Naples : l’analyse tactique

A gauche, la meilleure équipe anglaise du moment. A droite, la meilleure équipe italienne*. Guardiola d’un côté, Sarri de l’autre. Sur le papier déjà, l’affiche ne pouvait pas décevoir… et on n’a heureusement pas été surpris. Ce premier City-Naples a été de très bon niveau et on attend déjà la revanche lors de la prochaine journée. Analyse de ce premier affrontement entre deux des meilleurs entraîneurs du continent.

*Lire : Expected Goals : les débuts de saison dans les cinq principaux championnats

Les compos : 

Aucune surprise n’était à signaler dans le onze de départ mancunien. Au coup d’envoi, Pep Guardiola a choisi de reconduire l’intégralité de l’équipe qui avait survolé sa rencontre du week-end face à Stoke City (7-2). En face, Maurizio Sarri avait lui choisi de reposer deux joueurs de son équipe-type : Jorginho et Allan. Diawara et Zielinski ont débuté à leurs places respectives.

Un match, deux histoires : 

Si cette rencontre a tenu ses promesses sur la durée, elle aurait aussi pu très rapidement tourner en faveur des Skyblues. Auteurs d’une première demi-heure de très haut niveau, les joueurs de Pep Guardiola aurait pu en sortir avec 3 voire 4 buts d’avance.

Sur cette période, ils ont produit plus de 2/3 de leurs actions (plus de 1,5xG sur les 2,23 au final) sans concéder le moindre tir (0 xG pour Naples). Cette domination se lisait aussi sur les tirs (9-0) et la possession de balle, largement à l’avantage de l’équipe anglaise (63% après avoir dépassé les 74% dans le premier quart d’heure).

L’équipe de Maurizio Sarri a relevé la tête, d’abord en rééquilibrant la possession dans le dernier quart d’heure de la première mi-temps (54%). Durant ce dernier quart d’heure du premier acte, ils ont manqué une première occasion de revenir au score sur penalty (38e). La 2ème période a été beaucoup plus équilibrée (5 tirs de chaque côté et une possession à 51-49 en faveur des visiteurs), le Napoli revenant finalement sur les talons de City en terme de production offensive (2,2 xG pour Naples – 0,73 pour City entre la 31e et la 90e minute).

Pour cette analyse, nous avons décidé de suivre cette chronologie. Nous avons donc commencé par analyser les raisons de la domination de Manchester City, avant de nous pencher sur les facteurs qui ont permis le retour progressif du Napoli dans le match.

Sortie de balle : faux latéral pour double-pivot

Ce match entre City et Napoli, c’était d’abord l’affrontement entre deux équipes qui ont l’habitude d’avoir le ballon. Du coup, l’une des clés de la rencontre résidait forcément dans la capacité des deux équipes à neutraliser les sorties de balle adverses. Et c’est justement dans ce domaine que l’avantage de City a été le plus criant dans la première demi-heure.

« Les premières trente minutes ont été difficiles, nous leur avons rendu la tâche facile. Nous n’avons pas pressé assez. Ils ont de très bons joueurs et nous ont contourné facilement. » (Maurizio Sarri)

Lors de la 1ère journée de Ligue des Champions, Naples avait vu son pressing déjouer par le Shakhtar Donetsk. Ce jour-là, le coach de l’équipe ukrainienne s’était notamment appuyé sur un double pivot pour relancer court depuis son gardien de but. Alors que les défenseurs s’écartaient des deux côtés de la surface, ce ne sont pas un seul n°6 mais deux joueurs qui proposaient des solutions dans l’axe (2+2).

Au vu de la prestation de son équipe, Pep Guardiola s’est sans doute inspiré de ce match puisqu’on a retrouvé ce 2+2 lorsque City devait repartir depuis son gardien de but. Cela pouvait même être un 3+2 avec Walker en position basse à droite. Avec Stones, Otamendi et Fernandinho, c’est Delph qui jouait le rôle du 4e homme à l’intérieur en repiquant depuis son poste de latéral gauche.

Ce positionnement a posé d’énormes problèmes au Napoli puisqu’il a crée de l’incertitude dans les actions de ses joueurs. Alors que la première relance partait toujours sur Stones, les habitudes du Napoli orientaient Mertens vers le porteur de balle, Insigne sur Walker, Hamsik sur Fernandinho et enfin Callejon, prêt à jaillir sur Otamendi.

Avec Delph pour apporter une solution supplémentaire dans l’axe, le Napoli se retrouvait face à un dilemme : envoyer Zielinski sur ce dernier signifiait aussi prendre le risque de laisser Diawara seul entre Silva et De Bruyne (situation que l’on voit dans la vidéo ci-dessus face au Shakhtar).

Autre problème : si Zielinski avance, cela laisse énormément d’espaces dans le couloir gauche de City. Habituellement en cas de jeu long vers ces zones, Naples s’appuie sur ses milieux pour aller fermer les côtés et aider les latéraux. Intelligemment, Silva s’est souvent excentré pour occuper cette zone et ainsi « tirer » Zielinski vers le bas alors que Hysaj était « fixé » plus bas par Sané.

Le second but des Mancuniens résume à lui seul l’intérêt du choix tactique de Guardiola concernant Delph. En faisant preuve de patience et de maîtrise, Man City a pu ressortir proprement le ballon jusqu’à Sterling, avant de faire la différence grâce à De Bruyne et Gabriel Jesus (2-0, 15e).

Dans le camp adverse : la largeur pour contrer la densité napolitaine

Man City atteignait ainsi un premier objectif lorsqu’il parvenait à sortir de ses 30 mètres avec le ballon dans les pieds. Il faisait ensuite face à une équipe napolitaine qui se repliait en 4-5-1 avec deux lignes toujours compactes sur la largeur.

La plupart des formations qui alignent 5 joueurs sur une même ligne souhaitent cherchent à contrôler toute la largeur du terrain. A Naples, c’est différent : Sarri joue avec une ligne très resserrée au milieu de manière à réduire les intervalles entre ses joueurs. Résultat, quand l’un d’eux sort au pressing, la couverture est déjà assurée par ses partenaires. C’est cette densité de la ligne des milieux qui fait de Naples une équipe efficace lorsqu’il s’agit de défendre en avançant.

La limite d’une telle option, c’est qu’elle laisse des espaces sur la largeur. Et Man City s’est structuré pour les exploiter avec Sterling et Sané qui ont passé beaucoup de temps à sniffer les lignes de touche, recevant ensuite le soutien de De Bruyne et Silva à l’intérieur.

Sur leur premier but, les Skyblues ont parfaitement exploité ces espaces sur la largeur. Tout est parti d’une transversale de Delph pour toucher Sterling sur l’aile. Alors que Naples reformait ses deux lignes défensives (4+5) plus bas sur le terrain, City ressortait du couloir pour enchaîner avec un deuxième renversement de jeu. Est alors venu le moment de l’accélération avec l’appel de Silva entre Hysaj et Albiol (1-0, 8e).

En l’espace d’une demi-heure, Manchester City a quasiment réussi à produire plus offensivement que les autres adversaires de Naples depuis le début de la saison en 90 minutes (à l’exception du Shakhtar qui avait fini à 1,9xG). Après les deux buts, les Skyblues ont aussi été dangereux en contre-attaque (De Bruyne, 28e). Juste avant la pause, Gabriel Jesus a eu une dernière occasion de tripler la mise, sans succès (44e).

Un pressing efficace pour commencer… 

Mais bien attaquer face à Naples ne suffit pas, il faut aussi tenir défensivement. Et sur ce point, les Skyblues ont aussi répondu présents. Face à la relance du Napoli, ils se sont d’abord placés très haut afin de couper les possibilités de passes courtes pour Reina. Sané, Sterling et Gabriel Jesus s’opposaient ainsi à Albiol, Koulibaly et Diawara. Evidemment, si un milieu adverse décrochait, un joueur supplémentaire sortait.

L’équipe anglaise a d’abord profité du jeu au pied assez aléatoire de Reina. Le début de partie a été rythmé par de nombreuses touches qui ont permis à City de mettre beaucoup de pression côté ballon au milieu de terrain. Sur chaque remise en jeu, le milieu et l’attaque se repliait sur un demi-terrain afin de contrer les rondos habituels des Napolitains.

Plaque tournante du Napoli, Hamsik a fait l’objet d’une surveillance particulière. Positionné dans la zone au coup d’envoi, De Bruyne a souvent cherché à couper la ligne de passe vers le Slovaque (pour contrer cet habitué des remises en une touche). Dans son dos, le Belge comptait sur la couverture de Fernandinho en cas de problème.

… et une défense solide lorsque le jeu s’est équilibré 

Mais le bon match de City s’est surtout joué au niveau de sa défense. Car plusieurs fois, les milieux ont eu du mal avec les enchaînements adverses. En début de match, l’arrière-garde a profité de la précipitation des attaquants adverses sur quelques situations. Par la suite en revanche, elle a très bienb su gérer la profondeur. Stones et Otamendi ont accompli un excellent travail sur Mertens, qui a beaucoup moins pesé que d’habitude.

Le Napoli a eu très peu d’occasions de trouver la verticalité qu’il aime tant habituellement. A défaut de profondeur, la solution aurait pu venir de la largeur. Du fait du bloc très resserré de City au milieu, l’équipe de Sarri avait des espaces à exploiter sur les ailes. Mais elle se heurtait alors à deux difficultés : la petite taille de ses attaquants dans la surface de réparation et le repli très efficace des Skyblues, qui ont très bien quadrillé leurs 16 mètres.

Le retour du Napoli : 

Le problème de la demi-heure dominée sans partage par Man City, c’est qu’elle ne leur a pas suffi pour plier la rencontre. A 2-0, un match n’est jamais fini et le Napoli est petit à petit revenu dans le match grâce à deux facteurs.

Il s’est d’abord montré beaucoup plus patient avec le ballon. En début de partie, les Napolitains voulaient aller plus vite que la musique pour répondre au pressing adverse. Résultat, beaucoup de déchets et un pourcentage de passes en-dessous des 70% (69% dans le premier quart d’heure). Ils sont entrés dans leur match en recherchant plus souvent la largeur, pour mettre City sur le reculoir tout en gagnant en maîtrise technique (86% de passes réussies entre la 16e et la 90e minute).

Deuxième explication du retour du Napoli : son pressing s’est révélé de plus en plus efficace au fil des minutes. Pour régler le problème Delph, c’est tout le bloc qui a joué plus haut, quitte à risquer la mise en défaut à un moment donné. Zielinski, Diawara mais aussi Hysaj sont montés d’un cran et ont posé beaucoup plus de problèmes aux Skyblues.

Ces derniers ont en effet eu moins d’espaces pour réciter leur football et cela s’est ressenti. Sous la pression de Hysaj, Delph a rendu le ballon qui a lancé la séquence de Naples dans le camp adverse se terminant sur le premier penalty (36e).

Deuxième mi-temps :

Après la pause, Naples a poursuivi sur cette lancée en allant chasser City le plus haut possible. Les premières minutes de la mi-temps ont toutefois rappelé que les Italiens se mettaient en danger en faisant cela : par trois fois, Man City s’est défait de leur pressing pour se retrouver avec des décalages à jouer dans le camp adverse. Mais à chaque fois, ils ont manqué de justesse (47e, 49e, 54e)… ou de lucidité.

« Nous avons marqué les deux buts, nous aurions pu marquer trois ou quatre. Après cela, nous étions un peu fatigués et nous n’avons pas pu finir les contre-attaques. » (Pep Guardiola)

A partir de l’heure de jeu, cette nouvelle donne a tourné en faveur du Napoli. L’équipe de Sarri  a commencé à récolter les fruits de son pressing. L’entrée d’Allan à la place d’Insigne (57e) y a été pour beaucoup. Repoussant Zielinski sur l’aile gauche, le Brésilien a apporté son expérience de l’exercice au milieu. C’est notamment lui qui gratte le ballon dans les pieds de Fernandinho sur l’action menant à la grosse occasion de Hamsik (sauvée par Stones, 64e).

Quelques minutes plus tard, Ghoulam est allé chercher le penalty du 2-1 en allant récupérer un deuxième ballon dans la moitié de terrain adverse (73e). De quoi nous offrir un dernier quart d’heure de folie ? Pas vraiment puisque les deux équipes se sont neutralisées dans ce money-time. City a cherché à retrouver du contrôle dans le camp adverse alors que Naples n’a pas réussi à recréer le danger sur les buts d’Ederson.

Conclusion : 

Si la supériorité de Manchester City est incontestable sur ce premier match, l’écart entre les deux équipes est appelé à se réduire. Tactiquement, Maurizio Sarri a reconnu dès le coup de sifflet que son équipe avait pêché au niveau du pressing, particulièrement en début de partie.

Sur ce point, il a peut-être payé son choix de ménager Jorginho et Allan, Diawara et Zielinski ayant clairement affiché des limites sur ce match (avec et sans le ballon). Mais d’un autre côté, la marge de progression de son équipe est évidente en vue du match retour. Avec son onze-titulaire, il a les armes pour poser des problèmes aux Skyblues et les empêcher de jouer.

Avec la balle en revanche, son équipe devra trouver autre chose pour déstabiliser la défense anglaise. Manchester City est en effet sorti de ce match aller sans concéder la moindre occasion du Napoli sur attaque placée. Un vrai tour de force quand on connaît les chiffres des Italiens depuis le début de la saison, même malgré les absents au coup d’envoi (Jorginho et Allan toujours).

Guardiola pourra construire là-dessus en vue du match retour. En revanche, il aura certainement besoin de nouveaux circuits pour sortir le ballon au vu des soucis rencontrés en deuxième mi-temps (De Bruyne plus bas ?).

Verdict dans deux semaines après 90 minutes que l’on espère encore meilleures au San Paolo.

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6 réponses

  1. Teddy dit :

    Merci pour ton analyse Florent !
    Je vous écoute et vous lis depuis Zürich
    Tout est clair et concis, je regarde les matchs différemment depuis que je vous suis. C’est un excellent moyen de commencer la journée ;)
    Vous êtes au top vraiment j’adore les podcasts, analyses toujours pertinentes

    Très bonne journnée !
    Teddy

  2. Leto dit :

    Très belle analyse, merci !

  3. Seignez dit :

    Premier don pour moi aujourd’hui
    Tu le mérite, tes analyses sont toujours très intéressantes.
    Je crois que je les ai toutes lues!
    avec ton pote d’analy’sport j’vous adore!!
    Continue

  4. Seignez dit :

    PS: le lien pour le don en bas de page est cassé…

  5. Mick dit :

    Excellente analyse.
    Petite coquille : « bienb »

  6. Mr Serrurier dit :

    je viens de découvrir votre site, Bravo Très belle analyse !

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