Lyon 2-2 Shakhtar : pas qu’une simple histoire de U

Après son exploit de la 1ère journée sur la pelouse de Manchester City (victoire 2-1), l’Olympique Lyonnais a failli tout gâcher dans son stade face au Shakhtar Donetsk. Menés et sans réelle solution à la pause, les Gones s’en sont sortis comme ils l’ont souvent fait en Coupe d’Europe : grâce à une dernière demi-heure totalement débridée face à des adversaires qui ont eu le malheur de baisser de pied physiquement. Cette fin heureuse et le point arraché ne doivent toutefois pas masquer les problèmes entrevus pendant la première heure, des soucis qui ne se résument pas qu’à une seule lettre de l’alphabet.

Le U, pas le problème n°1 : 

C’est la lettre honni par les amateurs du jeu de position : le U, symbole d’une possession stérile qui va d’un côté à l’autre du terrain en passant par les défenseurs sans jamais trouver de relais à l’intérieur du jeu pour faciliter la progression. Du côté de Lyon, le sujet revient très souvent depuis le début de l’ère Génésio. Trois ans plus tard, certains ont choisi de faire dans la dérision pour ne pas sombrer mentalement.

De ce point de vue, la première mi-temps de l’OL a en effet été un véritable « modèle » du genre. Arrivés aux abords de la ligne médiane, les Lyonnais ont eu toutes les peines du monde à trouver des relais pour approcher les buts de Pyatov. Les chiffres en attestent avec seulement 37 passes tentées dans le dernier tiers (contre 78 en 2ème mi-temps) et 5 dans la surface de réparation (contre 17 en 2ème mi-temps). La map ci-dessous (passes tentées par l’OL en 1ère mi-temps) confirme d’ailleurs les difficultés de l’équipe de Genesio pour ne serait-ce que rentrer dans les 40m adverses.

Pour autant, le U ne suffit pas pour expliquer tous les soucis. Car en face, il y avait un adversaire très bien organisé. Le bloc médian du Shakhtar était hyper-compact et ne laissait quasiment aucun espace pour franchir « proprement » (comprendre : au sol) la ligne médiane.

De ce point de vue, le 4-4-2 de Paulo Fonseca a réalisé une petite démonstration sur la pelouse du Parc OL pendant un peu plus d’une heure. Les trois lignes du 4-4-2 et les joueurs étaient très proches les uns des autres (entre 15 et 20m au maximum entre l’attaque et la défense). Difficile dès lors pour Ndombele, Fekir et les autres d’exister dans le coeur du jeu (voir ci-dessous).

Mais l’OL n’était pas pour autant sans solution. Car qui dit bloc médian et très compact, dit aussi ligne défensive très haute. Et le pari est risqué quand la paire alignée derrière ne brille pas par sa vitesse (Rakitskiy et Krivtsov). L’OL avait là un point faible évident sur lequel appuyer pour faire reculer la défense du Shakhtar et par la même occasion le reste du bloc. Mais les Ukrainiens sortaient très vite sur les Gones les plus capables de délivrer ce genre de ballons en profondeur.

Autre excuse, les défenseurs centraux laissés libres eux (Marcelo, Denayer) n’ont pas la qualité de relance de Bonucci ou Rakitskiy pour parler d’un adversaire du soir. La solution aurait pu venir de décrochages ou d’un changement de structure pour la relance mais rien ne dit que le Shakhtar n’aurait pas eu une réponse à proposer dans ce cas.

Résumons : axe bloqué par un bloc ultra-compact et défenseurs peu connus pour leur jeu long. Sans ajustement technique, la solution devait passer par les côtés, expliquant le U aussi prononcé de la passmap. Les deux latéraux, Dubois et Mendy, avaient souvent un petit temps d’avance sur leurs adversaires directs. Encore fallait-il que leurs intentions rencontrent des appels au sein de la ligne d’attaque. C’est ce qu’il s’est passé à la 11ème minute, lorsque Ferland Mendy a lancé Dembélé en profondeur pour la première grosse occasion lyonnaise de la partie.

Une action très simple mais qui ne s’est pas vraiment répétée jusqu’à la pause. En revanche, ce genre d’appels est devenu plus récurrent après le repos. Dembélé puis Depay (entre à la 63e, et même Fekir ont enfin offert les courses vers l’avant pour passer dans le dos de la défense ukrainienne. Cette recherche plus systématique de la profondeur a permis à l’OL de faire reculer son adversaire et d’installer son bloc de plus en plus haut au fil des minutes, jusqu’à ce fameux temps fort dans la dernière partie du match qui lui a permis de revenir au score.

Ci-dessous, les deux maps représentent les passes « vers l’avant » des Lyonnais en première et deuxième mi-temps. On distingue très clairement le changement d’approche après la pause avec un jeu beaucoup plus vertical qui découle évidemment des mouvements de la ligne d’attaque.

A signaler aussi que pendant cette période, Ndombélé a pris plus de responsabilités dans la moitié de terrain adverse. Alors que les attaquants étaient amenés à dézoner pour donner au jeu cette fameuse profondeur, le milieu de terrain a évolué un cran plus haut dans l’axe afin d’occuper la zone. Une nécessité offensivement qui a tout de même fragilisé l’édifice des Gones à la perte du ballon, entraînant certaines transitions dangereuses en faveur du Shakhtar (dont celle menant au 2ème but, 55e).

Le Shakhtar, quand le U devient C : 

Preuve que le U n’est pas forcément le synonyme d’un match manqué : avec le ballon, le Shakhtar était un modèle de U fonctionnel. Mis en difficulté par le pressing lyonnais en début de partie, les Ukrainiens ont rapidement trouvé la parade en contournant le bloc des Gones via le flanc gauche lorsqu’ils choisissaient de construire de leur camp.

Ils se sont notamment appuyés sur la qualité de relance de Rakitskiy pour trouver son latéral Ismaïly, toujours positionné très haut dans son couloir, dans le dos de Bertrand Traoré. Le latéral faisait ensuite le lien Taison, qui se chargeait des connexions avec ses partenaires vers le coeur du jeu (Alan Patrick, Maycon, Stepanenko etc…). Le U devenait ainsi une sorte de C grâce à la capacité des deux joueurs de côté à retrouver des partenaires à l’intérieur.

Une situation rendue possible grâce au temps d’avance pris au départ sur le bloc lyonnais. En passant dans le dos de Traoré (souvent trop à l’intérieur), un premier décalage était crée. Cela pouvait forcer Dubois à sortir, Tousart à s’excentrer ou les deux lorsque le milieu devait compenser son latéral. Autant d’espaces à exploiter ensuite pour les milieux offensifs et attaquants du Shakhtar, toujours proches les uns des autres et excellents dans la lecture des zones à occuper pour demander le ballon et/ou ouvrir l’espace à un autre partenaire. La séquence de passes précédant leur premier but (Junior Moraes, 43e) en est d’ailleurs un bel exemple même si tout part d’une relance longue de Pyatov pour toucher Ismaïly.

La passmap du Shakhtar (ci-dessous) met aussi en exergue le poids de son côté gauche. Ismaïly et Taison ont été les joueurs les plus sollicités (83 et 89 ballons touchés) et leurs échanges sont les deux combinaisons de passes les plus prolifiques (23 et 19 passes) côté ukrainien.

Très logiquement devant à la pause, les joueurs de Paulo Fonseca ont contrôlé le début de la deuxième mi-temps et procédé en contre-attaque. Un ballon bien récupéré par Matvyenko dans les pieds d’Aouar leur a permis d’aller doubler (Junior Moraes, 55e). A cet instant de la partie, les Lyonnais sont sur le point de sombrer, d’autant plus que le danger revient à plusieurs reprises sur les buts de Lopes, à chaque fois sur des transitions. Déjà très bonne sur la pelouse de Man City, c’est la défense centrale de l’OL qui lui a permis de rester dans le match durant cette période. Des interventions restées dans l’ombre sur le direct mais capitales quand on sait ce qu’il est advenu par la suite.

Mais au final, comment l’OL est-il revenu ? 

La question peut décemment se poser après une telle heure de jeu : le Shakhtar a correctement défendu pendant plus d’une heure et a paru bien plus pertinent au moment d’attaquer. Comment a-t-il pu se faire rejoindre et pire, a-t-il même failli perdre le match dans le dernier quart d’heure ?

La réponse se situe peut-être dans la partie la plus primaire d’une rencontre de football, mais pas moins importante que les autres : les duels. Si l’on s’arrête très simplement sur les tacles tentés par le Shakhtar dans ce match, il existe une corrélation importante entre ses ratés et le temps fort de l’OL en terme de tirs au but (voir ci-dessous, les tacles manqués du Shakhtar en bleu et les tirs en orange).

Après l’heure de jeu, on sent en effet assez clairement une baisse de régime côté ukrainien. Elle est surtout visible au sein de la ligne d’attaque, qui a plus de mal à faire les efforts pour revenir aider dans ses 40m alors que le reste du bloc recule à cause de la profondeur offerte par les attaquants lyonnais. L’entrée de Depay a d’ailleurs été un souci supplémentaire à gérer (63e) pour la défense.

L’entrée de Kovalenko (75e) a permis à Fonseca de mettre fin au gros temps fort lyonnais, non sans empêcher deux nouvelles occasions pour Dembélé (77e) et Depay (80e) sur des attaques rapides suite à des ballons perdus dans l’entrejeu par le Shakhtar (chose qui n’arrivait pas auparavant). On peut toutefois se demander si cette perte de contrôle des Ukrainiens n’aurait pas pu être évitée par un coaching un peu moins tardif. Manque de chance pour Fonseca, « l’enthousiasme » lyonnais après la réduction du score ne lui a pas laissé le temps pour réagir, son équipe encaissant immédiatement le but égalisateur.

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5 réponses

  1. Clément dit :

    Au final j’ai l’impression que c’est Génésio qui n’a pas bien préparé son match parce que Hoffenheim lors de leur premier match n’a pas arrêté de jouer dans la profondeur. En plus l’effectif lyonnais possède les profils pour… Sauvé par ses talents comme toujours en coupe d’Europe (ou pas…)

    Merci pour ce nouvel article.

  2. Jackson dit :

    Les joueurs du Shatkar ont beaucoup plus de qualitées :
    – Ismaily va plus vite, est plus technique, a plus de frappe et est plus intelligent que Mendy.
    – Maycon est un vrai 8 pas un hybride 6/8 comme Ndombele, il est meilleur balle au pied.
    – Stepanenko est un 6 qui met des retournés acrobatiques, Tousart un DC niveau Guingamp.
    – A l’OL Rakitskiy serait 6 et jouerait à la place des deux milieux dans ce 4-2-4.
    -Pyatov c’est Ederson dans la relance face à Lopes.

  3. Clément dit :

    Certes l’effectif du Shaktar a des qualités mais celui de l’OL aussi. Déjà physiquement
    Tes comparaisons sont durs surtout pour Ndombele ou Mendy qui envoie Dembele au but pour son 1er raté.
    Mais ce que je retiens du match c’est que le Shaktar avait un plan et l’OL non ou bien moins clair.
    L’équipe semblait bien plus en place contre City qui eux ont de vrais joueur références…

  4. Jacksonn dit :

    Le match contre City est très trompeur pour plein de raisons (cf conf de Guardiola après Fulham juste avant le match contre l’OL, Cornet et Diop à 100 mn de temps de jeu, équipe B de city, Guardiola suspendu ect). Et le Shaktar à joué le gros City et le gros Naples l’an passé en faisant de grosses performances et certains de leurs joueurs ont gagnés des places à Manchester United et en sélection brésilienne donc les vrais joueur références eux les ont.
    Les comparaisons c’est juste des faits Mendy n’a pas les qualités pour exister à ce niveau, même Lucas Digne qui doit être le 40 ème latéral gauche en Europe est meilleur défensivement et à une meilleur patte gauche. Pareil pour Ndombele aucun bon club en Europe ne joue avec un 6/8 de ce profil.

    Pour le plan de jeu t’es limité par les qualités techniques de tes joueurs si t’as un latéral gauche à 5 passes vraies passes décisives et un but c’est mieux qu’un latéral moyen avec un but qui ne doit jamais rentrer à Caen et une passe dé qui aurait du avoir le même sort à Strasbourg.

  5. Mathieu dit :

    Salut,
    Je dois avouer que cette affiche ne m’emballait pas étant donné que l’Olympique Lyonnais semble être dans une mauvaise passe. Heureusement que le club de Bruno Génésio ait fini sur un nul au lieu d’une défaite.

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