Paris SG 3-0 Bayern Munich : l’analyse tactique

Pour son premier gros test de la saison sur la scène européenne, le PSG 2017-18 n’a pas fait les choses à moitié. S’appuyant sur une défense très solide, l’équipe d’Unai Emery a fait la démonstration de sa nouvelle force de frappe, forcément symbolisée par le trio Mbappé-Cavani-Neymar. Attention toutefois car en face, le Bayern a été un triste sparring-partner. Ses lacunes dans le jeu, et plus particulièrement en possession du ballon, ont grandement facilité le travail des Parisiens.

Les compos :

S’il n’y avait aucune surprise dans le onze de départ du PSG, celui du Bayern n’en manquait pas. En plus de Neuer, Hummels et Boateng (tous forfaits), Carlo Ancelotti avait décidé de se passer de Robben et Ribéry. Les deux éternels ailiers bavarois ont débuté la rencontre sur le banc, l’Italien leur préférant un milieu à trois avec la paire James-Müller pour soutenir Lewandowski. Au final, son schéma s’approchait grandement de son célèbre « sapin de Noël ».

compos

L’impact de l’ouverture du score : 

Au départ, cet affrontement entre le PSG et le Bayern devait d’abord nous réserver une bataille pour la possession du ballon. Les premières secondes de jeu sont allés dans ce sens avec un engagement en faveur du Bayern et des Parisiens décidés à faire reculer leurs adversaires jusqu’à Ulreich afin de forcer son dégagement et récupérer le ballon.

L’ouverture du score très rapide de Alves (2e) est venue bousculer ce scénario qui semblait pré-établi. Neymar a toute simplement fait la différence sur la première séquence placée du match, ce qui a forcément changé le scénario de la rencontre et permis à Paris de s’adapter. Malgré seulement 37,5% de possession, les joueurs d’Unai Emery se sont montrés beaucoup plus dangereux que le Bayern, une évolution positive alors que le coach espagnol souhaite depuis longtemps faire de la contre-attaque une force de cette équipe.

« Le but dès la 2e minute nous a fait du bien et nous a permis d’opérer en contre-attaque et avec les joueurs que nous avons, c’est appréciable. Ce n’était pas un choix de jouer de cette façon, mais on s’est adapté au scénario du match. » (Marco Verratti)

Ce but très rapide a aussi poussé le Bayern à jouer plus haut que ce qu’il avait sans doute prévu, à en croire Carlo Ancelotti en conférence de presse : « le premier but qu’on a encaissé d’entrée a tout changé. Cela nous a obligés à jouer beaucoup plus haut. On s’est exposé à leurs contres. » Et plus que les contres, ce sont en effet les attaques rapides du PSG qui ont mis les Bavarois en difficulté.

Les 2ème et 3ème buts du PSG sont à chaque fois partis de très bas. Sous pression dans leur camp, les Parisiens s’en sont dans les deux cas remis à Daniel Alves et Kylian Mbappé pour s’en sortir. Sur le premier, le Brésilien lance Mbappé en profondeur, lequel donne ensuite un ballon parfait dans la course de Cavani (32e). Sur le second, Alves fait la différence dans son camp en déposant Lewandowski et Vidal avant de décaler Mbappé, qui achève Alaba avant que Neymar ne mette la balle au fond (62e).

Ces actions précises illustrent les limites du pressing bavarois, longtemps défaillant malgré un léger mieux en début de seconde mi-temps. Les Allemands n’ont en plus pas su profiter des quelques séquences de transition, plus ou moins longues, qu’ils ont eues à négocier.

Bayern Munich : le jeu de position, de l’histoire ancienne ? 

Mais au-delà des soucis de pressing des Bavarois, il faut surtout retenir de ce match leur manque d’imagination et de créativité avec le ballon (plus de 60% du temps donc). Malgré la possession à leur avantage (62,5%), ils n’ont jamais réussi à déstabiliser l’arrière-garde parisienne. La faute à une structure offensive et des circuits de jeu bien trop limités et manquant de variété.

La passmap ci-dessous est révélatrice des maux du Bayern sur ce match (source : 11tegen11) : les milieux de terrain ont évolué très bas, souvent sur la même ligne et parfois même collés à leur défense centrale. En théorie, ils étaient censés couvrir leurs latéraux, qui ont pour mission d’apporter la largeur en phase offensive afin de permettre à James et Müller de proposer des solutions à l’intérieur aux côtés de Lewandowski.

bayern-passmap

Le problème, c’est que ce positionnement a crée un no man’s land bavarois dans le coeur du jeu. Conséquence ? Lorsque le Bayern parvenait à progresser dans les half-spaces pour trouver James ou Müller (voire Lewandowski), la seule solution pour ces derniers était ensuite d’écarter vers le latéral, faute de solutions dans l’axe. Un schéma facile à lire pour la défense puisque sans véritable incertitude quant à la suite de l’action.

Après avoir écarté, le Bayern n’avait ensuite plus beaucoup de solutions : le latéral centrait directement dans la surface ou recherchait le une-deux avec son attaquant en le lançant dans le dos du latéral adverse. Là encore, le manque de projections des milieux était préjudiciable puisqu’il réduisait le nombre de solutions. D’ailleurs, les rares séquences qui ont vu Tolisso ou Vidal attaquer les espaces ont terminé sur des décalages.

bayern-construction

Mais dans les deux cas, les actions se terminaient par des centres : les Bavarois en ont envoyé 52 (!) en 90 minutes (deux fois plus que leur moyenne depuis le début du championnat : 25,3). Problème, ils se sont heurtés à une charnière centrale parisienne impeccable dans sa surface. Avec respectivement 14 et 10 dégagements, Thiago Silva et Marquinhos ont dominé dans leurs 16 mètres, supplées en cas de besoin par Adrien Rabiot (6 dégagements et 5 blocks).

psg-degagements-blocks

Ce sans-faute a évidemment beaucoup pesé sur le bilan offensif du Bayern. Les Bavarois n’ont tiré au but qu’à 6 reprises dans le jeu pour une seule tentative dans la Danger Zone, une tête de Lewandowski sur un long centre d’Alaba (21e). Tous les autres essais dans le jeu ont été pris à mi-distance, Aréola se montrant notamment vigilant sur ceux de Javi Martinez (18e), Lewandowski (30e) et Rudy (56e).

La domination territoriale du Bayern et les nombreux centres ont aussi entraîné des corners qui auraient pu tourner en leur faveur. Muller (12e) et Javi Martinez (49e) se sont ainsi crées les meilleures occasions pour leur équipe mais sans succès.

… et puni pour son manque d’équilibre : 

Parce qu’en football toutes les phases de jeu sont liées, les problèmes défensifs du Bayern sur ce match n’étaient en vérité que la prolongation de ses limites avec le ballon. A l’issue de la rencontre, pour ce qui était du coup sa dernière conférence de presse en tant que coach de l’équipe bavaroise, Carlo Ancelotti a expliqué la défaite en mettant l’accent sur le manque d’équilibre de son équipe.

« Je pensais avant que c’était une équipe très forte, très dangereuse, on a préparé un match pour avoir un bon contrôle dans le jeu, mais on n’a pas eu d’équilibre. C’était la clé parce qu’on a pris trop de contre-attaques. » (Carlo Ancelotti)

Ce manque d’équilibre était la conséquence directe des problèmes de positionnement de son équipe. On l’a dit, les milieux évoluaient très bas et étaient souvent sur la même ligne. Pour toucher les offensifs, il leur fallait effectuer des passes assez longues. Et pour être dangereux, les Bavarois devaient enchaîner rapidement, sous peine de voir les Parisiens se replier en nombre autour de leur surface.

Ce besoin d’attaquer vite ne laissait du coup pas assez de temps aux milieux de terrain pour monter et ainsi former un ensemble compact dans le camp parisien… Au final, le PSG s’est retrouvé dans une situation idéale pour contrer : face à lui, son adversaire attaquait sans prendre le temps d’être en place pour pouvoir réagir en cas de perte du ballon.

Au-delà du manque d’équilibre, c’est donc le manque de compacité du Bayern en phase offensive qui a causé sa perte. Plutôt que de prendre le temps de s’installer et d’occuper correctement les espaces dans le camp adverse, les Bavarois se sont retrouvés à courir après des Parisiens qui récupéraient les ballons renvoyés par leur défense. Ils étaient dans la réaction plus que dans l’action.

Or quand ces derniers s’appellent Rabiot, Neymar ou Mbappé, avoir un temps de retard au départ rend la tâche vite impossible… Surtout que derrière, les joueurs en couverture (Thiago, Sule, Javi Martinez) étaient loin d’être capables de défendre sur de telles individualités et d’aussi grands espaces.

Conclusion : 

Au final, le Bayern de ce mercredi ressemblait à une pâle copie du Real Madrid de Zidane. On sait que, si on schématise, ce dernier s’appuie sur cinq joueurs chargés de conserver le ballon (Ramos, Varane, Casemiro, Kroos, Modric) derrière cinq éléments chargés de faire la différence devant (Marcelo, Carvajal, Isco, Ronaldo, Benzema). On passe volontairement sous silence la capacité de projections de certains ici (Modric, Kroos et même Ramos face à Dortmund).

Deux grandes différences toutefois entre l’original et la pâle copie :

  • 1/ les qualités individuelles des Madrilènes permettent une plus grande variété d’attaques (merci Isco), même si les centres leur servent aussi d’armes fatales
  • 2/ les joueurs assurant la couverture sont capables de défendre de grandes espaces (Ramos, Varane, Casemiro), ce qui permet à l’équipe de rester compacte dans la moitié de terrain adverse, rendant ainsi le pressing à la perte possible.

Au-delà de ce constat, on est aussi en droit de se demander si ce match n’a pas aussi été le théâtre d’un lâchage d’entraîneurde la part des joueurs du Bayern. Entre l’entame de match totalement manquée et les discours tenus par certains joueurs après la rencontre (Robben), les indices sont assez nombreux. Le limogeage d’Ancelotti dans al foulée peut rappeler celui de Rafa Benitez du Real Madrid, écarté après un Clasico mémorable (0-4) que ses joueurs n’avaient pas vraiment joué.

Et le PSG dans tout ça ? Les joueurs de la capitale ont su s’adapter à la situation favorable qui leur était offerte dès la 2ème minute. Le temps de 90 minutes, le centre de créativité de l’équipe est passé du milieu à l’attaque, permettant de voir directement l’effet des 400M d’euros dépensés pendant l’été. Et si le Bayern a ressemblé à une mauvaise copie du Real 2016 et 2017, les Parisiens se sont rapprochés du modèle Barça 2015, qui était allé au bout grâce à sa MSN. A confirmer dans quelques semaines à l’Allianz Arena pour le match retour… face à un autre Bayern et un autre entraîneur.

Les Chroniques Tactiques, c’est pas mal de temps mais pas d’argent. Si vous voulez les soutenir, vous pouvez désormais faire un don sur Paypal en cliquant sur le bouton ci-dessous. Merci ! 


Vous aimerez aussi...

7 réponses

  1. Higgins dit :

    On peut s’interroger sur le rôle défini pour tolisso et son adaptation au jeu du bayern qui semble pourtant assez similaire à Lyon: une sorte de 10 relayeur plus que distributeur. Lâchage des joueurs Ok mais peut être aussi suicide de Carlo avec ses choix de compo d’équipe zule ? James ? Avec boateng et robenn voire ribery l’équipe est plus habituée et sûre de sa force. Ancelotti est mort avec ses idées.

  2. Cracked dit :

    C’est dommage d’être aussi pauvres dans les déplacements avec Thiago, Vidal et Tolisso.
    Vu le manque d’initiatives des ailiers hier, je me disais quel bien pourrait faire Di Maria au Bayern !

    Mais bon Ancelotti c’est (deja !)de l’histoire ancienne !

  3. Lost in Translation dit :

    C’est tres bien tout ca mais on reste sur notre faim en fin de derniere video!

    C’est quoi la bonne nouvelle en 2020 malgres ces sommes folles hein ?

  4. Tillal dit :

    C’est quoi cette nouvelle manie d’utiliser l’effet ken burns sur les videos?

  5. tamoul-a-moustache dit :

    tres bon, comme d’habitude. Neanmoins, 18 corners, pas un dedans, c’est indigne de toute equipe de Ligue des Champions.
    Ca me rappelle l’article de je ne sais plus ou (desole, c’est peut-etre sur le site) qui disait que c’etait un peu inutile : https://www.theguardian.com/football/blog/2017/mar/27/in-defence-of-the-corner-a-much-maligned-set-piece
    Neanmoins : 18 corners, 0 but ! Il en mettent ne serait-ce qu’un seul sur leurs 10 de la 1ere Mi-temps, et un 2e en seconde Mi-temps, et on reparle du match differemment.

  6. Benm dit :

    On a tendance un peu trop à idéalisé le match de Paris sur cette rencontre, autant le match aller contre le Barça le jeu collectif et le pressing du Psg avait parfaitement fonctionné, alors qu’en première mi temps Paris a totalement perdu la bataille du milieu et son pressing a été inefficace, on peu voir notamment Que Verratti a d’abord joue très haut à la perte du ballon, il etait a la hauteur de Cavani mais le pressing n’a pas fonctionné et le Bayern a ressorti les ballons assez facilement, alors oui le Bayern n’a pas été très inventif devant mais le Psg a fini par jouer comme les 3/4 des équipes de L1 contre lui, et finalement comme le Psg de l’année dernière au match retour contre le Barça, sauf qu’ils n’ont pas pris de but gag des le début et ont maintenant une attaque permettant d’exploiter les contres efficacement

  7. Franchini dit :

    Avoir un gardien qui rassure, leur a également facilité la tâche : là où un Trapp avait mis toute l’équipe sur le reculoir face au Barça, Alphonse a su sortir les arrêts qu’il fallait, dans une équipe qui subit.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *