Valence 2-1 Real Madrid, l’analyse tactique

Après Chelsea jeudi, c’est un autre leader de grand championnat qui est tombé dimanche en fin d’après-midi. En déplacement à Valence, le Real Madrid a vu sa série de 23 victoires consécutives s’achever sur une défaite logique face à la formation de Nuno Santos. Très présents dès les premières minutes de jeu, les Valenciens ont su revenir après avoir encaissé l’ouverture du score, réalisant une première moitié de deuxième mi-temps exceptionnelle pour renverser la tendance.

Les compositions : 

Pour accueillir le leader de la Liga, Nuno Santos avait décidé de préparer un 3-5-2 résolument ambitieux, avec notamment Piatti au poste de latéral gauche. Parti de Bordeaux pour n’être ni latéral, ni défenseur central, Orban se retrouvait à son poste favori au sein de la défense à trois, aux côtés d’Otamendi et Mustafi. Arrivé il y a quelques jours, Enzo Perez débutait lui dans l’entrejeu aux côtés de Dani Parejo et André Gomes.

Côté madrilène, Carlo Ancelotti pouvait compter sur son équipe-type du moment, Modric étant blessé depuis assez longtemps maintenant. Les Merengues ont donc débuté en 4-3-3 avec Isco et James encadrant Kroos dans l’entrejeu et l’habituel trio BBC (Bale, Benzema, Ronaldo) aux avants-postes.

 

Valence démarre fort, mais le Real marque : 

D’entrée de jeu, les Valenciens se sont montrés très agressifs et ont tout fait pour empêcher le Real de sortir « tranquillement » de sa moitié de terrain. La couverture assurée par les trois défenseurs centraux et Enzo Perez en position reculée (à 4 contre les 3 attaquants madrilènes), les hommes de Nuno Santos pouvaient ainsi sortir très haut pour empêcher les premières transmissions adverses.

Lorsque le Real était dans ses 30 mètres, Alcacer et Negredo étaient soutenus par André Gomes et Dani Parejo, les deux milieux bloquant l’axe (zone Isco, Kroos, James). James et Isco ont rapidement tenté d de s’écarter afin d’ouvrir des espaces pour Kroos et d’étirer les Valenciens sur la largeur, mais ces derniers coulissaient généralement ensemble afin de maintenir une présence dans la zone du milieu allemand (quand celle-ci n’était pas assurée par Alcacer et Negredo). Sur les côtés, Barragan et Piatti suivaient le mouvement et bloquaient Marcelo et Carvajal.

Ces phases de jeu étaient évidemment à double tranchant puisque si les Madrilènes parvenaient à se sortir du pressing, le simple démarrage d’un joueur vers l’avant (ex : Isco ou James) pouvait créer un quatre contre quatre face aux Valenciens restés en couverture.

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Lorsque les milieux madrilènes se défont du pressing adverse et se projettent vers l’avant, le danger arrive très vite. Ici, la sortie de James peut créer un quatre contre quatre dans la moitié de terrain adverse… Mais Enzo Pérez parvient à stopper le Colombien.

Lorsque le Real parvenait à sortir de ses 30 mètres et à déployer son système offensif, les Valenciens relâchaient la pression sur Pepe et Ramos. Alcacer et Negredo encadraient alors Kroos tandis que André Gomes et Enzo Perez se chargeaient de suivre les mouvements d’Isco et James Rodriguez. Le pressing était en revanche moins intense sur la largeur : Barragan et Piatti laissaient en effet plus de liberté à leurs homologues madrilènes. Un recul logique afin de répondre à un possible jeu long (Pepe, Ramos) à destination de Ronaldo ou Bale sur les ailes. Toutefois, à la moindre opportunité, le bloc remontait derrière les courses des attaquants et la pression s’accentuait ainsi sur les hommes de Carlo Ancelotti.

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Pour ressortir les ballons, le Real opérait à 5 contre 4 dans l’axe (Pepe et Ramos + Kroos, Isco et James vs Alcacer, Negredo + André Gomes et Parejo). Ici, Alcacer est sur la ligne de passe entre Pepe et Isco, il en profite pour sortir sur le défenseur central.

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A défaut de pouvoir progresser, le Real repasse par Ramos. Valence bloque côté ballon avec Parejo et Barragan mais laisse des espaces à l’opposée pour Isco et Carvajal. Piatti recule en effet afin d’anticiper en cas de transversale vers Bale.

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Isco tente d’en profiter en allant occuper une position excentrée mais André Gomes le suit et verrouille efficacement le couloir, limitant les solutions de son adversaire. Derrière lui, Piatti et Orban sont au marquage, couverts par Otamendi et Enzo Perez.

C’est d’ailleurs en utilisant le jeu long que les Madrilènes ont réussi à se défaire de la pression adverse durant les premières minutes de jeu. D’abord latéralement dans leur moitié de terrain, puis en recherchant la profondeur sitôt le ballon aux abords du rond central. Dans le premier quart d’heure, Bale a été la cible n°1 du Real sur ces ouvertures, le Gallois profitant d’un Orban souvent trop loin et d’un Piatti pris dans son dos (pas spécialiste du poste ?). Il a d’ailleurs obtenu le coup-franc amenant à l’ouverture du score (sur penalty par Ronaldo, 13e). C’est lorsqu’ils n’ont plus trouvé Bale que les Madrilènes ont commencé à avoir des problèmes (cf. ci-dessous).

Le jeu long du Real Madrid, lors des 20 premières minutes des deux mi-temps.

Le jeu long du Real Madrid, lors des 20 premières minutes des deux mi-temps. A gauche, déjà 5 ballons pour Gareth Bale dans le premier acte. A droite, seulement un en deuxième mi-temps, permis qui plus est par un coup-franc très mal joué par la défense valencienne.

Un milieu madrilène trop faible : 

Mais malgré ce premier but et une balle de 2-0 (25e), les Madrilènes ont montré des faiblesses étonnantes tout au long de la première mi-temps. Souvent gênés par le pressing d’André Gomes, Parejo ou Enzo Perez, Kroos a notamment perdu des ballons dans des positions dangereuses, qui ont complètement découvert la défense madrilène.

Avec la balle, les Valenciens ont aussi su se jouer des milieux de terrain madrilène assez facilement. Tout partait d’abord de l’avantage numérique dont ils bénéficiaient sur la largeur du terrain, avec la présence de Barragan et Piatti (puis Gaya) dans les couloirs. Marcelo et Carvajal laissaient en effet beaucoup de liberté à ses derniers lorsqu’ils évoluaient en position médiane, ce qui permettait aux Chés de faire courir les trois milieux madrilènes sur la largeur.

Dans l’axe, Dani Parejo et Enzo Perez (voire Otamendi) se chargeaient ensuite de profiter de ce travail d’étirement du milieu adverse pour trouver les relais de Paco Alcacer, Negredo et surtout André Gomes entre les lignes. Le Portugais s’est montré très intelligent dans ses déplacements tout au long de la partie et s’est souvent retrouvé à la mène dans les 30 derniers mètres, orientant ensuite le jeu vers Barragan ou Piatti (puis Gaya) sur les ailes ou recherchant Alcacer et Negredo dans la surface de réparation. En fin de première mi-temps, il ne manquait véritablement que la finition aux Valenciens, qui ne pouvaient notamment pas s’appuyer sur Alcacer, beaucoup trop malheureux dans ses choix.

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Alors que Enzo Perez et Dani Parejo se chargeaient de remonter les ballons face à une première ligne madrilène très passive, André Gomes cherchait les intervalles dans le dos des trois milieux adverses, qui devaient à la fois négocier ses déplacements et la disponibilité de Barragan et Gaya aux abords de la ligne médiane.

Les dernières minutes étaient malgré tout prometteuses avec deux frappes à mi-distance de la part de Barragan (41e) et André Gomes (45e).

Une reprise sur la même lancée pour Valence : 

Au retour des vestiaires, rien n’a changé pour la formation ché qui a poursuivi son travail dans l’optique de perturber les sorties de balle madrilènes. Le début du second acte a été marqué par la montée en puissance du flanc gauche valencien, sous l’impulsion de Orban et Gaya. Bousculé par Bale durant le premier acte, l’Argentin s’est montré beaucoup plus efficace dès lors qu’il sortait sur le Gallois avant que ce dernier ne puisse contrôler la balle, ce qu’il a très bien fait après la pause. Il a en cela été bien aidé par Gaya et André Gomes (pour bloquer Isco et Carvajal), sans oublier le travail sur Kroos, qui a forcé Pepe à un jeu direct peu efficace vers son ailier droit. Il était aussi bien couvert par Enzo Perez.

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Dès le début de la deuxième mi-temps, Valence accentue la pression et va chercher le Real très haut. Paco Alcacer et Negredo tente d’isoler les défenseurs sur un demi-terrain, suivi par le reste du milieu (André Gomes, Parejo + Barragan très à l’intérieur du terrain). En couverture, Orban sort loin au duel sur Bale, profitant de la couverture d’Enzo Perez sur Benzema.

C’est d’ailleurs un ballon gagné par l’ancien Bordelais qui a été à l’origine de l’action amenant l’égalisation. Récupérant la balle dans le camp madrilène, Gaya est allé ensuite fixer la défense avant de décaler Barragan qui a vu son tir déviée dans les filets de Casillas, lui qui avait vu une première tentative contrée en fin de première mi-temps (52e).

Complètement relancés par ce but, qui est venu récompenser les efforts fournis depuis la reprise, les joueurs de Nuno Santos ont continué dans le même esprit jusqu’à ce que le Real craque une seconde fois, cette fois sur coup de pied arrêté. Une nouvelle fois, tout est venu du flanc gauche avec un déboulé de Gaya face à Carvajal et Isco (Otamendi, 62e), bien lancé par Enzo Perez et Dani Parejo. En l’espace d’un quart d’heure à très haute intensité, Valence venait de renverser complètement la rencontre, non sans s’être fait peur sur un rush de Bale, consécutif à un coup-franc bêtement joué et rendu au Real par Orban (59e).

Coaching madrilène et fin de match à suspense : 

Une dernier tir de Barragan, en conclusion d’une splendide action collective de Valence (68e), à signaler et Carlo Ancelotti réagissait enfin en faisant entrer Khedira et Jésé afin de redonner un souffle à son flanc droit, dominé depuis la reprise par la présence à l’impact d’Orban et la vivacité de Gaya (71e). Complètement éteint jusque-là, Isco en a profité pour passer côté gauche à la place de James Rodriguez (sorti). Et rapidement, le joueur et l’équipe s’en sont beaucoup mieux sortis. Isco s’est même crée les deux plus grosses occasions du Real en fin de match sur deux têtes repoussées par Diego Alves (70e, 85e).

Les dernières minutes de la partie ont en effet vu le Real Madrid tout faire pour revenir au score, multipliant notamment les tentatives durant le dernier quart d’heure (7 tirs sur les 19 tentés au total). Mais en face, les Valenciens ont tenu, finissant la rencontre en faisant bloc autour de leur surface de réparation.

Conclusion :  

A l’instar de Tottenham qui a su, dans un autre registre, empêcher Chelsea de développer son jeu, les Valenciens ont fait tomber le Real Madrid « à l’énergie. » Menés 1-0, c’est en osant aller chercher leurs adversaires encore plus haut qu’ils ne le faisaient jusque-là qu’ils ont réussi à égaliser puis prendre l’avantage, masquant leur point faible en défense (Orban) par un pressing encore plus intense.

Leur temps fort en début de deuxième mi-temps sonnait comme celui de la dernière chance tant les efforts déployés risquaient de ne pas être tenus jusqu’au bout des 90 minutes. L’entrée de Gaya sur le flanc gauche a apporté la percussion nécessaire pour faire fructifier le travail défensif et le transformer en occasions de but. Le latéral s’est retrouvé dans tous les bons coups et a fait très mal à la paire Isco-Carvajal.

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2 réponses

  1. Marvin.E dit :

    Salut Florent très bonne analyse si on comprend bien valence a utilise son 3-5-2 qui se transformait en 3-4-3 lorsque qu’un des trois attaquants sortaient sur les latéraux pour bloquer la relance adverse ensuite isco et james étaient pris en individuels par les milieux en retrait une question se pose la clé pour un imposer son jeu a une équipe en 4-3-3 car ou 4231,schémas les plus vus en ce moment serait le trois défenseurs ? Car il permettrait de prendre efficacement les trois attaquants bale ronaldo et benzema au Real tout en étant aidé par son latéral positioné plus haut il pourrait donc sortir sur l’ailier comme barragan l’a fait sur ronaldo et si jamais ronaldo se défait du marquage une deuxieme lame viendrait le museler et en phase offensive il pourrait aider à garder la possesion de balle plus haut sur le terrain par exemple le Barca avec abidal la juve de conte ou meme l’ajax de cruyff sont ou étaient adeptes de ce système

  2. Daniel Constance dit :

    Salut,
    Brillante analyse comme d’habitude ! En faisant reculer les Madrilènes, l’équipe de Valence étouffait le jeu du Real. De plus, le FC Valence a été plus fort physiquement.

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