Real Madrid 2-3 Barcelone : l’analyse tactique

Après avoir connu des fortunes diverses en Ligue des Champions cette semaine, le Real Madrid et le FC Barcelone se sont retrouvés pour le dernier Clasico de la saison. Un match qui a offert bien plus de suspense et de spectacle que le 1er tour de la présidentielle. Analyse.

Les compos : 

Aucune surprise n’est à signaler dans les compositions de départ. Dans les rangs barcelonais, Luis Enrique choisit de lancer Paco Alcacer pour pallier à l’absence de Neymar. Dans l’autre camp, l’incertitude Gareth Bale est finalement levée avant le coup d’envoi : le Gallois est bel et bien titulaire aux côtés de Ronaldo et Benzema.

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Un Barça sans Neymar : 

En étant privé de son attaquant brésilien, le Barça perd l’un de ses joueurs-clés pour sortir le ballon de son camp. On l’a vu à de nombreuses reprises durant la saison : lorsque les Catalans sont pressés dans leur moitié de terrain, l’une des solutions pour eux est de se reposer sur la qualité technique de Neymar.

Dos au but, souvent pris par deux ou trois joueurs, le Brésilien parvient à s’en sortir et à libérer un partenaire. Il donne ainsi de l’air à son équipe et lui permet de se déployer sur tout le terrain. A titre de comparaison, Draxler a eu le même rôle lors de ses premières sorties avec le Paris Saint-Germain (avec un bel exemple contre le Barça).

Affronter un Barça sans Neymar, c’est donc affronter une équipe a priori moins efficace pour sortir le ballon. Les premières minutes de la partie le confirment : le Real essaie dès qu’il le peut de rester haut et bloquer les relances partant de ter Stegen. Et le Barça connaît quelques difficultés. Busquets (3e) et Iniesta (5e) perdent des ballons qui auraient pu être dangereux.

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Messi, Messi, Messi : 

Ces débuts compliqués pour le Barça se prolongent jusqu’à un décrochage de Messi dans ses 40 mètres (5e). Ce premier déplacement de l’Argentin annonce en vérité l’histoire de la première mi-temps. Lorsque la relance catalane parvient à trouver Busquets dans le coeur du jeu, l’Argentin redescend aux abords du rond central pour se rendre disponible.

Habituellement, on attend d’un n°10 moderne qu’il se place entre les lignes adverses. Messi prend le contre-pied et revient devant les milieux madrilènes. Le plus important pour lui est de recevoir le ballon dans les pieds. Se retrouver sous la pression d’un seul adversaire n’est pas un problème pour lui. Casemiro va l’apprendre à ses dépens tout au long des 45 premières minutes, y compris sur le but (33e). Le Brésilien va même frôler l’expulsion dans les arrêts de jeu (46e).

Pour Barcelone, le circuit est très simple. Si la sortie courte est permise par le Real, un milieu se charge d’être le relais vers Messi (Busquets en priorité). L’Argentin fait ensuite lui-même reculer tout le bloc madrilène en résistant à la pression et en portant le ballon jusque dans la moitié de terrain adverse. Les deux équipes basculent alors d’une position à l’autre : le Real se replie, le Barça se déploie.

Le Barça dans le camp adverse : 

Pour les Blaugranas, la bascule concerne un joueur : Paco Alcacer. Milieu gauche (comme Neymar) dans le 4-4-2 de Luis Enrique lorsque l’équipe n’a pas le ballon, l’attaquant espagnol rejoint la pointe de l’attaque aux côtés de Suarez lorsque Barça est en position offensive.

En alignant deux attaquants axiaux, Luis Enrique oblige la défense du Real Madrid à s’adapter. Adversaire direct d’Alcacer lorsque le Real presse, Carvajal est contraint de beaucoup plus défendre à l’intérieur afin de ne pas laisser Ramos et Nacho dans un deux-contre-deux. Résultat, le Real abandonne pas mal d’espaces dans le couloir gauche.

Le danger est surtout présent lorsque Barcelone trouve une solution pour prendre Madrid à défaut dans l’axe (ex : Messi qui fait la différence). Carvajal est forcé de rester intérieur, sous peine de créer un intervalle dans lequel Messi pourrait donner un ballon à ses attaquants.

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Loin d’être au top de sa forme cette saison, Jordi Alba est l’un des Barcelonais les plus en vue offensivement dans ce match. Dès que le Barça se déploie dans le camp adverse, il offre une solution sur son côté. Il termine la rencontre en tête du nombre de passes réussies dans le dernier tiers côté catalan (18/21, devant Iniesta et Messi) et n°1 de la chaîne xG. A mettre aussi à son crédit, 2 passes-clés dont la passe décisive pour Messi dans les arrêts de jeu (91e).

Le Real : transitions et profondeur 

Malgré tout, le Barça est loin d’être parfait dans l’exécution de ses attaques. A part Messi pour changer le rythme, ça ronronne beaucoup et avec pas mal de déchets. Résultat, les Madrilènes ont des opportunités en contre-attaque. Ronaldo est le premier à tenter sa chance (6e) ; d’autres situations suivent (24e, 28e) jusqu’à l’ouverture du score sur corner de Casemiro (28e).

Au-delà de ces contres, qui auraient peut-être pu suffire pour refaire basculer la partie en leur faveur (67e), les Madrilènes font face à un bloc catalan très compact et haut sur le terrain. Kroos et Modric jouent très bas et s’excentrent afin d’échapper. L’idée est de tenir la balle jusqu’à ce qu’un appel permette de prendre la défense haute du Barça à défaut.

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Une deuxième mi-temps débridée :

A la pause, le score de 1-1 est assez logique. Le Barça a la balle (60% de possession) et crée le danger à partir des changements de rythme de Messi au milieu. De son côté, le Real s’appuie beaucoup sur les transitions pour approcher les buts de ter Stegen (9 tirs à 7 en sa faveur à la mi-temps).

Les débats prennent une autre tournure après la pause. Le Real frappe le premier en tentant de jouer plus haut pour empêcher le ballon d’arriver jusqu’à Messi. Cela passe notamment par le marquage plus strict de Busquets au milieu. Kroos (47e) et Benzema (52e) tentent leur chance alors que le Barça n’arrive pas à sortir mais ter Stegen préserve le score. Alcacer (55e) et Piqué (59e) répondent, mais butent eux aussi sur le portier adverse.

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On retrouve ensuite un Real dangereux sur ses qualités propres avec un centre d’Asensio et un ciseau manqué par Ronaldo (65e), puis un nouveau contre et une énorme opportunité ratée par l’attaquant portugais (66e). Le Barça réplique par l’intermédiaire de Suarez (69e) mais Navas est encore là. En vérité, cette multiplication des grosses occasions est surtout la conséquence de la fatigue dans les deux camps.

D’un côté comme de l’autre, il devient de plus en plus difficile de redoubler les courses et les efforts. Côté Barça, l’équipe recule beaucoup plus et oppose quasiment une ligne de 6 joueurs au Real afin de couvrir au mieux la largeur. Le milieu disparaît presque entièrement ! Côté Real, le replacement semble de plus en plus dur à effectuer pour certains joueurs, notamment Marcelo ou Modric.

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C’est de cette fatigue que va naître la fin de match complètement folle. En quelques minutes, le but de Rakitic (73e) et le rouge de Ramos (77e) semblent offrir le match au Barça. Mais ce dernier ne parvient pas à conserver la maîtrise du ballon… et comme il continue de reculer lorsqu’il ne l’a pas, il reste sous la menace même en supériorité numérique. James égalise (2-2) et la Liga semble pliée…

… jusqu’à cette dernière action qui voit le Barça partir de très loin pour finir sur le but de la victoire signé Messi (91e). Le Real aurait pu couper cette action très tôt, via Modric ou Marcelo. Les deux n’ont rien pu faire face à Sergi Roberto, laissant leurs partenaires en infériorité numérique jusqu’à la fin de l’action. Une preuve de plus, s’il en fallait une, que le manque de lucidité a eu une énorme influence de part et d’autres dans cette fin de match.

Conclusion : 

Un match spectaculaire et l’occasion de revoir un Messi au sommet. Mais à part ça, difficile de considérer cette partie comme une rencontre de très haut niveau. D’un côté comme de l’autre, les jambes étaient très lourdes et cela s’est particulièrement vu sur la deuxième mi-temps, tant par l’explosion du nombre de grosses occasions (de 2 à 6) mais aussi par le fait qu’elles aient été en majorité ratées (de 2/2 à 1/6).

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Au final, il est assez rassurant de voir la rencontre basculer en faveur du Barça, même si le nul aurait aussi été logique après l’égalisation de James. Les Madrilènes restaient sur 120 minutes très intenses disputées en milieu de semaine face au Bayern. Il était dès lors difficile de les imaginer enchaîner face au Barça, d’autant plus avec un tel le scénario où tout s’est joué dans le money-time.

Cette partie a au moins eu le don de relancer la Liga pour le sprint final. Le Real Madrid a aujourd’hui la pression puisque le Barça est devant grâce à la différence de buts particulière. Son match en retard face au Celta à Balaidos est en plus loin d’être gagné, sans oublier la double confrontation à venir face à l’Atletico en Ligue des Champions qui va peser un peu plus dans les jambes. A 5 journées de la fin (6 pour le Real), difficile de deviner l’issue de la saison en Espagne. Et rien pour ça, on peut remercier Messi.

 

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7 réponses

  1. Donadoni dit :

    Excelente analyse comme trop souvent. Bcp de fatigue des 2 côtés et manque de lucidité de Suárez et Ronaldo dans les 2 camps. Grande partido de Messi. Le Real a manqué d’intelligence footballistique je dirai. Après légalisation de James ils auraient dû gérer ce résultat.
    Match assez rythmé mais pas de très haut niveau

  2. makumi dit :

    Bon le barca a fait sa final

  3. Oui c’est vraiment bête de la part du real de partir chercher la victoire à 10 contre 11 pendant les arrêts de jeu ,alors qu’un match nul était comme une défaite pour Barça.
    Comme cette saison ils ont l’habitude de faire des victoires aux ultimes minutes des matchs ça s’est retourné contre eux.

  4. Michael Kasingou dit :

    Je pense surtout que Zidane a fait 2 erreurs fondamentales. Très inhabituel pour lui.
    Premièrement, il s’est privé d’une option de remplacement en mettant un Bale en méforme titulaire dans LE match plus intense de l’année (hors LDC). Deuxièmement après l’égalisation de James, l’équipe presse tout terrain en infériorité numérique alors qu’il reste 2 minutes. Paradoxalement, cette deuxième erreur fait partie de sa philosophie qui est au final est propre à Zizou: Aller chercher le nul et/ou la victoire quelque soit les conditions. Ce qui a rapporté pas mal de points au Real sur les fins de rencontres. Pas cette fois…

  5. Aziz dit :

    Bonjour Florent,
    J’ai une question: le fait de jouer sans Neymar et Alcacer étant fontômatique est- ce que tactiquement, le fait de jouer à un seul attaquant (Suarez) et Messi en -vrai- 10 ne constitue pas la solution pour le Barça pour retrouver sa verve: les joueurs partant du milieu sont obligés de se projeter et donc de créer ce mouvement qui leur a tellement manqué face à la Juve et de manière générale toute l’année ??
    Sinon, comme tu dis s’il n’ y avait pas la fatigue, je pense qu’on aurait eu un tout autre match.

  6. Chimith Vilus dit :

    L’échec du real se resume a la multiplication de fautes qui est soldée par la sortie de Sergio Ramos.

  7. Chalbi Bechir dit :

    La faute de l’entraîneur de Réal Madrid c’est le déséquilibre défensif entre le côté droit ( Nacho et Carvajal: Joueurs moyens) et le côté gauche (Ramos et Marcello: Joueurs expérimentés). la conséquence: les deux buts marqués par Messi arrivent du côté droit du défense Madrilène.

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