FC Séville 3-0 Real Madrid : l’analyse tactique

Chose assez rare de l’autre côté des Pyrénées, la 6ème journée de Liga a vu le Barça et le Real Madrid s’incliner. Tombé sur la pelouse de Leganes en début de soirée, le FC Barcelone avait laissé la possibilité à son rival de prendre seul la tête du championnat. C’était sans compter sur le FC Séville, auteur de 45 minutes de haute volée qui l’ont vu prendre 3 buts d’avance sur une formation madrilène dépassée dans l’intensité. Analyse détaillée de cet affrontement entre Pablo Machin et Julen Lopetegui.

Le plan de jeu sévillan : 

Il n’a suffit que d’une dizaine de secondes pour voir Séville rentrer une première fois dans la surface madrilène. Un mouvement très simple, qu’ils ont essayé de répéter tout au long de la mi-temps par la suite : servi côté droit, Jesus Navas force Marcelo à sortir de l’alignement défensif. Le décalage est exploité immédiatement par un partenaire, qui attaque la profondeur dans le dos de ce dernier. A d’autres joueurs ensuite de se déplacer de manière complémentaire dans les espaces libérés par les Madrilènes, amenés à compenser le premier décalage.

Trois joueurs se sont montrés particulièrement complémentaires : André Silva et Ben Yedder évidemment, mais aussi Pablo Sarabia, replacé dans un rôle de milieu relayeur plutôt étonnant de prime abord… sauf que le volume de courses de l’Espagnol et sa capacité à briller en tant qu’ailier de débordement (zone où il se retrouvait naturellement en attaquant l’espace dans le dos de Marcelo) ont posé beaucoup de problèmes au Real.

Sur le plan tactique, le 3-5-2 des Andalous en possession du ballon leur offrait en plus un avantage quasi-naturel sur le 4-2-3-1 du Real. Dans le coeur du jeu, Banega était la plaque tournante de l’équipe, faisant le lien entre les défenseurs-relanceurs et ses partenaires positionnés plus haut. Manquant d’intensité, le bloc médian du Real n’a quasiment jamais réussi à mettre Séville sous pression. Les joueurs de Machin ont facilement trouvé leurs latéraux pour ensuite lancer André Silva, Ben Yedder ou Sarabia. Un plan que l’on pouvait résumer en trois temps :

  • Préparation : circulation du ballon entre Banega et les défenseurs (objectif : déjouer le pressing madrilène)
  • Décalage : trouver Arana ou Jesus Navas dans les couloirs (objectif : faire sortir Nacho ou Marcelo)
  • Finition : attaquer l’espace dans le dos des latéraux puis des autres défenseurs.

Ambitieux, ce plan n’était pas sans risque. Avec des latéraux placés très haut et un relayeur amené à se projeter énormément (sans parler des deux autres milieux à vocation plutôt offensive, Banega et Vasquez), le risque du déséquilibre n’était pas loin. Mais les Sévillans se sont montrés efficaces dans les transitions défensives. Seul Bale a eu l’occasion de mener un contre en première mi-temps (4e), sans succès.

La maîtrise des transitions est même allée plus loin puisqu’ils ont inscrit leurs deux premiers buts sur des contres très bien menés : le premier a succédé à une perte de balle de Marcelo (17e), le second a fait suite à un corner en faveur du Real Madrid (21e). A ce moment de la partie, en plus de mener 2-0 au tableau d’affichage, le FC Séville était aussi largmeent en tête (8-1) au nombre de tirs tentés.

Vasquez aurait même pu ajouter un 3ème but (32e) après un nouvelle erreur de Kroos dans le rond central. Peu avant la pause, c’est finalement Ben Yedder qui a mis le 3-0, permettant aux Sévillans de rentrer sereinement aux vestiaires. Après 45 minutes, les xG saluaient leur réalisme (1,5 xG pour 3 buts marqués) mais surtout la stérilité des Madrilènes, bloqués à 0,2 xG malgré une possession largement en leur faveur (64%).

Reste à se pencher sur les raisons de cette si pauvre production face à un adversaire qui n’a pourtant pas brillé par ses qualités défensives jusque-là (17ème défense de Liga en terme de xG concédés avant cette journée)…

Les problèmes du Real Madrid : 

Une fois la transition contrôlée, Séville se réorganisait en 5-3-2 en phase défensive. L’axe était fermé par les deux attaquants (André Silva-Ben Yedder), qui orientaient naturellement l’adversaire vers les half-spaces et les côtés. Dans ces zones, on retrouvait de nombreux un-contre-un où les défenseurs andalous se montraient très agressifs pour empêcher leurs vis-à-vis de se mettre dans le sens du jeu. Carriço ou Gomez n’hésitaient par exemple pas à chasser Bale ou Asensio jusqu’à 40 mètres de leurs buts.

Une ligne plus haut, Sarabia et Vasquez avaient des rôles spécifiques à jouer face à Kroos et Modric. Les deux milieux du Real ont l’habitude d’aller demander le ballon dans des positions décrochées et excentrées, depuis lesquelles ils peuvent organiser le jeu tout en étant difficiles à aller chercher. Sarabia a ainsi été souvent amené à sortir très haut sur le milieu de terrain allemand.

Seul dans le coeur du jeu, Banega était là pour assurer les compensations, décrochant dans la ligne défensive en cas de sortie d’un défenseur au duel ou coulissant entre les lignes pour couvrir l’un de ses relayeurs sortis au pressing.

Le travail des relayeurs de Séville pouvait étirer énormément la ligne de trois au milieu sur la largeur. Conséquence, un Banega seul dans un grand espace à couvrir… Sauf que pour en profiter, les Madrilènes auraient dû mettre beaucoup plus de mouvement et de percussion durant leurs séquences de construction.

Exemple : lorsque Sarabia était amené à sortir sur Kroos, rares étaient les solutions qui se proposaient dans l’espace dans son dos. Et si celle-ci venait à se montrer, elle était très vite serrée par un adversaire et manquait de soutien pour que l’action puisse se poursuivre.

Seul Bale s’est signalé durant le premier acte en faisant une différence sur le flanc droit (tir sur le poteau, 22e) avant de manquer une grosse occasion dans les arrêts de jeu sur un coup de pied arrêté (45e+2). A part ça, une mi-temps tranquille pour la défense andalouse, jamais tirée hors de sa zone de confort. L’absence d’Isco s’est sans doute faite sentir dans ce secteur : sa capacité à conserver le ballon sous pression aurait sans doute fait pas mal de dégâts s’il avait pu se rendre disponible entre les lignes dans la zone de Banega.

Lopetegui change de formule : 

Preuve supplémentaire que le 3-5-2 de Pablo Machin avait naturellement le dessus sur le 4-2-3-1 de Lopetegui en première mi-temps : le coach du Real Madrid a décidé de changer de système dès la reprise. Casemiro a reculé d’un cran pour se retrouver en défense centrale entre Ramos et Varane, qui ont eux pris plus de responsabilités à la relance.

Face à la structure défensive de Séville, les deux centraux madrilènes se retrouvaient naturellement dans les half-spaces jusque-là surveillés par Sarabia et Vasquez. L’idée était simple : les charger de la relance devait permettre à Kroos et Modric d’évoluer plus haut sur le terrain, afin de se retrouver entre les lignes sévillanes et de faire ainsi le lien entre les couloirs et le coeur du jeu.

Le changement a rapidement porté ses fruits côté droit avec Modric (but refusé à la 53ème minute)… moins avec Kroos, peu enclin à se projeter et qui a parfois marché sur les pieds de Sergio Ramos.

Autre modification dans l’organisation madrilène, le repositionnement d’Asensio – invisible en première mi-temps – dans le coeur du jeu. Le jeune Espagnol n’avait jusque-là eu aucune influence sur l’aile gauche du fait de ses habitudes d’ailier classique dans cette zone. S’il a encore eu du déchet en deuxième mi-temps, il s’est retrouvé à la passe sur le but refusé à Modric (53e) et a offert à Bale un face-à-face à jouer en contre-attaque (60e). On restait loin d’Isco mais c’était déjà mieux que rien…

Un Real en manque d’équilibre : 

Changer de système n’était toutefois pas sans risque pour les Madrilènes. Le recul de Casemiro en défense centrale n’a laissé dans l’entrejeu que le double-pivot Kroos-Modric pour assurer l’équilibre et contrôler les transitions. Difficile dès lors d’être efficaces à la perte et en mesure de récupérer la balle très haut pour maintenir la défense adverse sous pression.

L’équipe de Machin a eu plusieurs opportunités de sortir en contre-attaque. Si Ramos, Varane et Casemiro en ont contrôlé la plupart aux abords de leur surface, les mètres gagnés ainsi par les Andalous leur offraient au moins des moments de répit où il n’avait plus besoin de défendre. A défaut de pouvoir inscrire un 4ème but, ils ont profité de ces séquences pour conserver le ballon et ainsi faire tourner l’horloge loin de leurs propres buts.

Leur deuxième option pour remettre le jeu dans le camp du Real Madrid était le jeu long de Vaclik et la recherche du duo Andre Silva-Ben Yedder aux avants-postes (50e). A défaut de remporter les premiers duels, la vivacité des milieux sévillans pouvait leur permettre de gratter les deuxièmes ballons dans les pieds madrilènes.

Le coaching :

  • Julen Lopetegui a dégainé le premier avec un double changement (59e) : les sorties de Benzema et Nacho au profit de Mariano et Lucas Vazquez. Le premier s’est « illustré » à la pointe de l’attaque en tentant 5 frappes en l’espace d’une demi-heure… sans en cadrer une seule. Le second est lui entré pour apporter plus de percussion sur l’aile droite, chose qu’il a réussi à faire une fois (71e) en prenant le dessus sur son adversaire direct (Arana) suite à un renversement de jeu. Ceballos a lui remplacé poste pour poste Luka Modric sans avoir une grosse influence sur la fin de partie (70e).
  • Côté sévillan, Pablo Machin a choisi de densifier son milieu avec l’entrée en jeu de Promes à la place de Ben Yedder (69e). Séville est ainsi passé du 5-3-2 en phase défensive à un 5-4-1 avec une ligne très resserrée dans l’entrejeu : Promes et Sarabia fermaient les half-spaces tandis que Vasquez renforçait l’axe aux côtés de Banega (voir ci-dessous). En fin de partie, Nolito a remplacé Arana (85e) et Roque Mesa a supplée un Banega très applaudi pour sa prestation.

Conclusion : 

Difficile de trouver quelque chose à redire au score final tant le Real est passé complètement à côté de sa première mi-temps. Incapables de presser, dépassés dans l’entrejeu et surtout à l’arrêt et sans solution en possession du ballon, les Madrilènes n’ont pu que constater la supériorité de leurs adversaires à qui ils offraient en plus des cadeaux pour faire la différence.

Il faut toutefois reconnaître la bonne réaction de Lopetegui à la pause : le changement de système a porté ses fruits sur le plan offensif puisque le Real a dominé le second acte (12 tirs à 4, 1,25 xG à 0,72). Certes, le déséquilibre dans l’entrejeu aurait pu coûter plus cher, mais le 3-4-3 a permis au Real de bien mieux attaquer et le clean-sheet de Séville n’a tenu qu’à quelques centimètres (Modric hors-jeu, 53e) et un très bel arrêt de Vaclik face à Bale (60e).

Pour le FC Séville, ce match confirme la très bonne forme de son attaque après ses victoires face au Standard Liège (5-1) et Levante (6-2). L’équipe andalouse semble enfin avoir des buteurs fiables, capables de concrétiser ses temps forts, avec André Silva et Ben Yedder. Ce réalisme avait justement manqué la saison dernière, puisque l’équipe avait terminé l’exercice avec seulement 49 buts marqués pour 61 xG produits… Peut-être la différence entre une équipe condamnée à la Ligue Europa et une autre qui se mêlera peut-être à la course au podium ?

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4 réponses

  1. Clem dit :

    Enchanté par ce nouvel article

  2. Julien dit :

    Merci pour vos excellentes analyses de match, c’est passionnant

  3. Carlito dit :

    Analyse parfaite ! Merci flo. Hate d ecouter le podcast ce soir.

  4. Mathieu dit :

    C’est l’un des matchs qui m’a le plus déçu. Il est vrai que le Real Madrid est au plus bas depuis le départ de Zizou, mais perdre contre le FC Séville, a été un vrai coup dur. Attendons le 20 janvier pour voir comment le Real jouera contre les protégés de Pablo Machín.

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