France 6-0 Australie, l’analyse tactique

Après 4 buts en une mi-temps en Biélorussie, les Bleus ont continué sur leur lancée face à une très faible équipe d’Australie. Rentrés dans leur match très sérieusement, ils ont déroulé leur football et ont rapidement concrétisé leur domination. Au final, une bien belle soirée pour l’équipe de France et surtout quelques enseignements offensifs intéressants pour la suite.

Avant d’évoquer la performance des Bleus, quelques mots sur l’adversaire. Les Australiens se sont présentés avec le duo Cahill-Kruse en pointe devant deux lignes de quatre. Face à la relance française, les deux attaquants se positionnaient à hauteur des milieux bleus, Cabaye et Pogba, laissant le champ libre à Varane et Abidal (Langerak – Wilkshire, Neill, Williams, Carney – Holland, Jedinak, Bresciano, McKay – Kruse, Cahill). Offensivement, les Socceroos n’ont pas eu le temps de montrer grand chose puisque les Français ont rapidement pris les choses en main.

Organisés dans leur 4-2-3-1 désormais traditionnel, les Bleus ont eu le mérite de débuter très sérieusement la rencontre, affichant un visage bien différent par rapport à leurs dernières sorties amicales. Symbole de cet allant, le pressing effectué par Nasri et Giroud au cours des premières minutes de jeu, qui a rapidement forcé l’Australie à allonger pour rechercher la tête de Cahill. Dominés dans les airs et sur les seconds ballons, les Australiens étaient condamnés à défendre… Et les Bleus ont rapidement pu mettre en place leurs circuits préférentiels.

Rémy-Giroud : enfin la bonne ?

A côté de Nasri, c’était l’autre retour à scruter dans le onze de départ français. Après une longue absence, Loïc Rémy a profité de ce match amical pour retrouver le flanc droit de l’attaque. Et s’il n’a malheureusement pas participé à la fête en marquant, son rôle tactique a été extrêmement intéressant, pesant beaucoup sur le début de rencontre. De par son profil, avant-centre reconverti sur l’aile, le Magpie offrait forcément des solutions différentes par rapport aux autres titulaires récents sur l’aile droite des Bleus (Sissoko, Valbuena, Ménez, Payet…). Homme d’espaces, Rémy est aussi – surtout face à un bloc regroupé comme celui de l’Australie – un joueur capable de peser dans une surface de réparation.

Il a en effet pour lui un impact athlétique, notamment dans les airs, que n’ont pas ses concurrents au même poste, en plus de sa qualité d’appels. Et avec un jeu français qui a continué à passer côté gauche grâce à l’entente Ribéry-Nasri (qui a parfaitement supplée Valbuena dans ce domaine), le buteur de Newcastle est logiquement devenu une deuxième solution dans la surface de réparation adverse en plus de celle offerte par Giroud. Sur la première occasion du Gunner, repoussée par Langerak, Rémy était présent dans les 6 mètres au second poteau. Sur la seconde, cette fois convertie par l’attaquant d’Arsenal, il était toujours au même endroit, focalisant ainsi l’attention d’une partie de la défense adverse.

La complémentarité Giroud-Rémy se retrouvait aussi lorsque le premier quittait sa position de pure pointe pour aller participer au jeu et combiner avec ses partenaires. Que ce soit pour revenir très bas afin de se rendre disponible pour relayer la relance française, ou pour s’excentrer côté gauche afin de travailler avec Nasri, Evra et Ribéry, le Gunner a toujours été complété par les déplacements dans l’axe de Rémy. Quand il quittait le front de l’attaque, Rémy le récupérait. Les compensations continuaient ensuite côté droit avec la montée de Debuchy pour occuper l’aile : l’ancien Lillois était alors couvert par Cabaye, qui pouvait à son tour s’avancer lorsque le jeu venait de leur côté, porté de l’arrière par Varane.

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Giroud décroche pour favoriser la remontée de balle. Rémy compense en plongeant dans l’axe.

Pogba, Cabaye, Nasri pour une relance enfin maîtrisée :

Au-delà de la complémentarité Giroud-Rémy, l’entrejeu français a clairement crevé l’écran sur ce match. Avec Pogba, Cabaye et Nasri, la France a mis fin – le temps de 90 minutes en tout cas – à ses mauvaises habitudes dans l’entrejeu. Avec ce trio, Didier Deschamps pouvait compter sur trois joueurs capables d’assumer le poids de la relance et de la première passe dans le camp adverse, là où dernièrement l’équipe ne s’appuyait que sur un véritable créatif (Valbuena). Après quelques passées en soutien de Giroud, Nasri a rapidement décroché pour venir travailler dans le coeur du jeu avec ses milieux de terrain. Et les conséquences ne se sont pas faites attendre pour la défense australienne.

En revenant combiner avec Pogba, Cabaye, mais aussi Varane et Abidal en retrait, Nasri a crée un surnombre à hauteur de la première ligne australienne, formée par Cahill et Kruse. Eux qui étaient chargés de suivre les mouvements des deux milieux français se sont retrouvés dépassés alors qu’aucun partenaire ne sortait les aider pour répondre aux mouvements de Nasri. Occupant toute la largeur du terrain, les cinq Français (Abidal, Varane, Pogba, Cabaye et Nasri) se chargeaient de décaler l’un d’entre eux par rapport à l’attaque australienne de manière à pouvoir se rapprocher le plus possible de leurs solutions devant avant de les alimenter.

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La relance à cinq des Bleus, avec trois joueurs chargés d’encadrer les deux attaquants adverses afin de les mettre en infériorité numérique. Si l’adversaire sort pour les bloquer, le jeu long sur les ailes devient une solution pour les défenseurs (ex : Varane-Debuchy). Mais l’idéal est évidemment de trouver les duos « ailier-latéral » en passant par les milieux de terrain (Nasri-Evra-Ribéry). Dernière solution, le jeu plein axe avec les solutions offertes par Giroud et Rémy. Sur ces situations, l’un des milieux peut anticiper et monter d’un cran afin de s’intercaler entre les lignes adverses (Nasri).

Ce travail à cinq pour une bonne relance permettaient aux latéraux d’évoluer très haut dans le camp australien et ainsi d’offrir rapidement des solutions aux attaquants recherchés en priorité. Côté droit, les montées de Debuchy ont permis à Rémy d’évoluer régulièrement dans un rôle de deuxième attaquant axial aux côtés de Giroud, idéal pour attaquer la profondeur lorsque ce dernier était recherché dans les airs. Côté gauche, Evra a lui profité à plein régime du comportement des deux joueurs de couloir australiens censés s’opposer à lui et Ribéry.

Cherchant souvent à bloquer le Bavarois, Holland ne pouvait pas suivre le latéral mancunien qui a régulièrement crée le décalage en plongeant entre le latéral (Wilkshire) et le stoppeur droit (Neill). Les passes arrivant facilement grâce au 2+3 à l’arrière (2 défenseurs centraux + 3 milieux), les deux Français ont été très en vue jusqu’à ce que les changements ralentissent le rythme de la partie à l’heure de jeu.

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Pogba à la passe : Ribéry attire deux joueurs sur lui, ce qui libère des espaces à l’intérieur pour les appels d’Evra…

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Sur le second but français, la course d’Evra attire Neill loin de sa surface de réparation, laissant un deux-contre-deux entre Giroud-Rémy et Williams-Carney devant les buts de Langerak.

Conclusion : 

S’il est impossible de tirer des enseignements sur le niveau réel des Bleus au vu de la faiblesse de l’opposition, la prestation d’ensemble ne peut rendre qu’optimiste en vue des échéances à venir. Tactiquement, cela faisait très longtemps que les Français n’avaient pas rendu une copie aussi cohérente en terme d’animation offensive, et surtout complémentaire au niveau des profils associés. Evidemment, tout dépendra de l’adversaire des Français en barrages : mais si les Bleus devaient faire face à un nouveau bloc défensif sur la route du Mondial, l’équipe alignée face à l’Australie gagnerait sans doute à être reconduite. Vivement le tirage.

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